Skip to content

Citations de Milton Friedman et autres néo-classiques

20 juin 2011

Par Darwin – Après avoir publié des billets sur les Citations de John Maynard Keynes et sur les Citations de Friedrich August von Hayek, je récidive avec d’autres citations d’économistes célèbres. Celles-ci proviennent, comme dans les cas précédents du merveilleux essai de René Passet Les grandes représentations du monde et de l’économie à travers l’histoire – De l’univers magique au tourbillon créateur, que je ne recommanderai jamais assez…

Milton Friedman est connu comme le chef de file de l’École de Chicago et comme le plus grand promoteur du monétarisme, doctrine proche de la théorie classique et de la propension «naturelle» des marchés à s’équilibrer, qui est aussi critique des interventions de l’État et accorde à la masse monétaire un rôle prépondérant dans les ajustements économiques. C’est pourtant grâce à cet État honni qui a pu étudier, ayant reçu une bourse pour ce faire…

Ne demandez pas…

Selon Passet, les travaux de Friedman n’ont pas, et de loin, l’envergure intellectuelle de ceux de l’autre meneur du néolibéralisme contemporain, Hayek. Paraphrasant John Kennedy («Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.»), Friedman dira plutôt :

«L’homme libre ne se demandera pas ni ce que son pays peut faire pour lui, ni ce qu’il peut faire pour son pays.»

Sur l’égalité

«Une société qui place l’égalité avant la liberté finira par n’avoir ni égalité ni liberté. [..] Une société qui place la liberté avant toutes choses finira par obtenir, sans l’avoir cherché, davantage d’égalité en même temps que davantage de liberté.»

Aucun fait n’appuie cette tirade, mais les faits, Friedman n’en avait cure…

Sur les faits

«C’est une idée fausse et qui a causé de grands dommages, de vouloir tester les postulats (ou hypothèses de base). Non seulement il n’est pas nécessaire que les hypothèses de base soient réalistes, mais il est avantageux qu’elles ne le soient pas.»

Cela me rappelle un échange avec un libertarien qui m’a répondu de façon suave, après que je lui ai montré qu’un graphique que lui même avait présenté pour appuyer sa théorie prouvait exactement l’inverse. Il m’a répondu qu’il est vrai que les données n’appuyaient pas sa théorie, mais que celle-ci était trop logique pour être fausse! De même, Paul Krugman dit souvent que les faits ont un biais gauchistes (The Facts Have A Liberal Bias) lorsque des républicains ou des organismes de droite refusent de les considérer…

Sur l’État

«Les grandes avancées de la civilisation, que ce soit dans l’architecture ou dans la peinture, la science ou la littérature, l’industrie ou l’agriculture, ne sont jamais nées de l’intervention d’un gouvernement centralisé.»

Rappelons qu’il a poursuivi ses études grâce à l’intervention de l’État… et qu’il a écrit cela à l’époque de la recherche spatiale et de l’appui important de l’État à la recherche fondamentale qui n’aurait pu se faire sans sa contribution. Mais, bon, ce sont des faits, donc ce n’est pas important…

Il confie à l’État le même rôle que lui accordait Hayek :

«L’existence d’un marché libre n’élimine évidemment pas le besoin de gouvernement. Au contraire, le gouvernement est essentiel, à la fois comme forum pour déterminer les «règles du jeu» et comme arbitre pour interpréter et faire respecter les règles qui ont été adoptées.»

Sur le capitalisme et le marché

«L’histoire suggère uniquement que le capitalisme est une condition nécessaire à la liberté politique. Clairement ce n’est pas une condition suffisante.»

«La main invisible [du marché] a plus fait pour le progrès que la main visible [de l’État] pour le retour en arrière»

«La concurrence du marché, quand on la laisse fonctionner, protège le consommateur mieux que tous les mécanismes gouvernementaux venus successivement se superposer au marché.»

Ai-je mentionné que les faits importent peu pour Friedman ?

Sur la monnaie et l’inflation

«L’inflation est une maladie dangereuse et parfois fatale»

«une augmentation plus rapide de la masse monétaire a, dans ses débuts, l’apparence de la prospérité et crée de nouveaux emplois»

Mais, il ajoute :

«En laissant s’accélérer le taux de croissance de la masse monétaire, ce qui provoque la hausse des prix, on conduit le public à anticiper une nouvelle hausse.»

Friedman n’a pas totalement tort ici, mais ce mécanisme (un taux d’augmentation de la masse monétaire supérieur à celui de la production entraîne inévitablement de l’inflation) est loin d’être aussi mécanique qu’il ne le prétend, par exemple lors de la présence d’une trappe à liquidité, comme après la dernière crise. C’est ce qui explique que les injections importantes de monnaie récemment aux États-Unis n’ont pas produit l’inflation que les descendants de Friedman prévoient depuis deux ans… Mais, laissons cela…

Les néoclassiques, les disciples de Friedman

Les disciples ou descendants de Friedman sont allés encore plus loin que lui!

«La recherche du réalisme d’un modèle économique pervertit son utilité potentielle pour penser la réalité.» Robert Lucas

Ils appliquent la supposée rationalité des humains et la recherche du meilleur rapport qualité/prix à toutes les activités humaines. Gary Becker l’applique à la recherche du partenaire de vie idéale (pour que leurs productivités associées soient supérieures à la somme de leurs productivités individuelles…, avantage auquel on doit toutefois soustraire le «coût» de la recherche en temps et en dépenses!), aux décisions d’avoir des enfants (qu’il compare à une recherche de biens durables : on dépense quand ils sont jeunes et on récolte quand ils s’occupent de nous quand on est vieux…), à l’avantage de divorcer, à l’existence de la délinquance, etc.

«Une personne commet un délit si l’utilité qu’elle en attend est supérieure à celle qu’elle obtiendrait en utilisant son temps et ses ressources à d’autres activités.» Gary Becker

Il tient aussi compte de la probabilité d’être arrêté et de la sévérité des peines. Il en conclut que c’est préférable pour l’État de dépenser en mesures répressives qu’en prévention, car la prévention ne change rien au calcul des avantages-désavantages! Ça doit être pour cela que la criminalité est beaucoup plus élevée aux États-Unis qu’au Canada même si les peines y sont beaucoup plus sévères. C’est vrai, je parle encore des faits… Je n’apprendrai jamais!

Ces facteurs économiques peuvent bien sûr jouer un rôle dans nos décisions. Le drame est de penser qu’ils sont toujours, de façon mécanique, le principal (ou même le seul) facteur influençant nos décisions.

Ah oui, j’oubliais, Gary Becker et Robert Lucas sont récipiendaires du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, appelé couramment, mais de façon fautive, le prix Nobel de l’économie…

Une petite dernière :

«L’aiguillon de la pauvreté est la chose la plus nécessaire à la réussite des pauvres. (…) les pauvres savent également que, dans une large mesure, ils ont choisi leur situation et ne sauraient s’en prendre qu’à eux-mêmes.» Georges Gilder

Donc, «L’aide aux pauvres, aux divorcés, aux déviants aux prodigues ne peut que les inciter à se multiplier et constitue une menace d’éclatement pour la société.»…

Il en a dit d’autres du même tonneau, mais ça suffit…

Et alors…

Paul Krugman considère qu’il y avait trois Milton Friedman : l’économiste, le politicien et l’idéologue. Il a du respect pour l’économiste, surtout pour ses travaux sur le comportement du consommateur (dont je n’ai pas parlé ici) et l’inflation, mais considère que l’acteur politique et l’idéologue ont perdu la capacité du premier à nuancer et travailler avec rigueur. Plus, il s’interroge sur la bonne foi du dernier…

Personnellement, je pense qu’on peut et doit s’interroger sur la bonne foi de tout idéologue, de droite comme de gauche!

About these ads
40 commentaires leave one →
  1. 20 juin 2011 9 h 46 min

    Coïncidemment publié sur Mises:

    http://mises.org/daily/5390/The-Chicago-School-versus-the-Austrian-School

    Je ne suis pas un fan de Robert Murphy, mais ce n’est pas si mal comme article.

    J'aime

  2. 20 juin 2011 14 h 47 min

    Belle collection de citations qui montrent assez bien les contradictions de l’homme. Vous avez omis de mentionner qu’il a travaillé au développement du système automatique de perception des impôts du gouvernement américain pendant les années 1940 (http://en.wikipedia.org/wiki/Withholding_tax). Sa femme aimait beaucoup le taquiner à ce sujet.

    J'aime

  3. 20 juin 2011 17 h 36 min

    @ Minarchiste

    «Je ne suis pas un fan de Robert Murphy, mais ce n’est pas si mal comme article.»

    Merci de cet envoi. Si vous avez lu le billet de citations que j’ai écrit sur Hayek, j’avais mentionné certaines de ces différences et même des points communs avec Keynes.

    @ L’ambidextre

    Merci de cette précision, qui donne un autre exemple pertinent de ses contradictions.

    J'aime

  4. koval permalink*
    20 juin 2011 21 h 07 min

    Hummm, j’ai bien aimé, je suis un peu confuse cependant…

    Je pensais que Hayek était moins populaire que Friedman car plus extrême. N’est-il pas souvent cité chez les libertariens?

    Il me semble que Friedman est plus stupide, dans les sens extrême, mais plus populaire, est-il le maître à penser du néolibéralisme?

    C’est ainsi que voyais les choses mais je me trompe peut-être…

    J'aime

  5. 20 juin 2011 21 h 58 min

    «Je pensais que Hayek était moins populaire que Friedman car plus extrême»

    On les associe beaucoup un à l’autre, entre autres en raison de leurs points communs, mais aussi de leur participation à la Société du Mont-Pèlerin
    (http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_du_Mont-P%C3%A8lerin). En outre, les «descendants» sont souvent plus extrêmes que les initiateurs de mouvements, comme on peut le lire dans ce billet.

    Lequel est le plus extrême ? Difficile à dire. Toutefois, comme les théories de Friedman ont été davantage mises en pratique (dans ce sens, oui, il a été plus populaire), il a fait beaucoup plus de tort ! Mais les théories de l’autre pourraient en faire tout autant ! Entre les deux, mon coeur balance…

    Je répondrai peut-être avec plus d’assurance dans un siècle, si les théories autrichiennes sont appliquées d’ici là (ce que je ne souhaite pas à mes enfants…) ! ;-)

    Cela dit, je t’invite à lire le lien que Minarchiste a laissé. Cet article montre bien les points de divergeance entre leurs deux écoles. C’est intéressant, même s’il ne souligne pas vraiment leurs points communs («haine» de l’État, croyance sans limite aux vertus du libre-marché, etc.).

    http://mises.org/daily/5390/The-Chicago-School-versus-the-Austrian-School

    «Il me semble que Friedman est plus stupide, dans les sens extrême, mais plus populaire, est-il le maître à penser du néolibéralisme?»

    Hayek m’a semblé plus cohérent et plus brillant, même si je ne suis pas plus d’accord avec lui. Le néolibéralisme regroupe plusieurs courants qui datent d’avant Friedman et Hayek. Wiki parle de 1844… et réfute l’appartenance de Friedman et Hayek à ce mouvement. Mais les termes évoluent…

    Comme je l’ai écrit au début du billet, Frieman est davantage associé à L’École de Chicago et au monétarisme, tandis que Hayek l’est à l’École autrichienne…

    J'aime

  6. koval permalink*
    21 juin 2011 7 h 27 min

    Le vocabulaire que tu utilises, probabilité, fonction d’utilité, m’a rappelée vaguement la théorie de la décision.

    La bible, j’en possède un exemplaire…

    Je me suis mise à chercher un peu, et cela m’a conduite à ce papier de Fridmen-Savage…

    http://www.richmond.ac.uk/bne/documents/66-Eisenhauer_000.pdf

    Mais je me trouvais un peu à coté de la « track » parce que Friedman et Savage étaient trop vieux pour la théorie Bayesienne !?!?

    J’ai finalement trouvé ceci:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Leonard_Savage

    « Son travail le plus marquant est le livre The Foundations of Statistics paru en 1954. Il propose une théorie subjective et personnelle des probabilités et des statistiques qui forme un des socles de l’inférence bayésienne et a des applications dans la théorie des jeux. »

    Pour dire comme le monde est petit, même le monde théorique….

    Savage est une grande pointure en mathématique. J’ai bien l’impression que Savage a une part du prix Nobel de Friedman, parce qu’à lui seul, Fridmen ne devait pas valoir bien cher la livre…..

    Je lirai Minarchiste et j’y reviendrai…

    J'aime

  7. koval permalink*
    21 juin 2011 16 h 19 min

    Hey! Un ptit rock matante de BBQ d’été!

    On start l’été! Et c’est l’heure de la bière ! :lol:

    J'aime

  8. Benton permalink
    21 juin 2011 18 h 03 min

    Les libertariens étant de « libre-penseurs », ils prennent des libertés avec que qui fait leurs affaires… ainsi qu’avec les faits… et libres à eux d’appeler cela des arguments!

    Même avec un Friedman, un Hayek, n’importe quelques économistes et théoriciens du libre marché, ils choisissent ce qui fait leurs affaires…

    Le plus comique, c’est qu’ils confondent libre marché avec liberté individuelle!

    J'aime

  9. 21 juin 2011 18 h 34 min

    «Le vocabulaire que tu utilises, probabilité, fonction d’utilité, m’a rappelée vaguement la théorie de la décision.»

    Ce n’est pas moi, c’est dans les citations !

    «a des applications dans la théorie des jeux»

    J’ai lu des textes sur l’application de la théorie des jeux en économie (en micro seulement) et cela ne m’attire pas trop… Pas que cela ne puisse pas s’appliquer parfois, mais je n’aime pas la modélisation à outrance des comportements individuels.

    @ Benton

    «c’est qu’ils confondent libre marché avec liberté individuelle!»

    Ce qui est embêtant, surtout que le libre marché n’existe pas !

    J'aime

  10. 21 juin 2011 21 h 17 min

    Aucun rapport, mais je trouve cette photo géniale…

    J'aime

  11. Yves permalink
    21 juin 2011 23 h 08 min

    Salut Koval!!!

    C’est rendu que tu mets des vieilles tounes de mon âge. :D
    Le tout dans un blogue sérieux et qui n’a rien à avoir avec le sujet.

    Coudons je me trompe de blogue où on est bien chez Jeane ici. ;)

    J'aime

  12. Yves permalink
    21 juin 2011 23 h 11 min

    :lol:

    J'aime

  13. 22 juin 2011 0 h 11 min

    «Coudons je me trompe de blogue où on est bien chez Jeane ici. »

    On est bien chez Jeanne. On ne dirait pas comme ça, mais nous ne sommes pas toujours sérieux. Cela dit, que penses-tu du billet ? ;-)

    J'aime

  14. koval permalink*
    22 juin 2011 6 h 30 min

    Ha ha! C’est que j’ai été élevée avec des vieux! :lol:

    Bon été Yves!

    J'aime

  15. koval permalink*
    22 juin 2011 8 h 47 min

    « J’ai lu des textes sur l’application de la théorie des jeux en économie (en micro seulement) et cela ne m’attire pas trop »

    Les jalons de la théorie de la décision de Savage sont certainement une pièce maîtresse des mathématiques-statistiques, les applications sont nombreuses…

    Mais bon, c’est comme tu dis, l’outil est bon, la façon de s’en servir pas toujours.

    Si tu concasses ta glace à Pinä-Colada avec ta « chain saw » tu va faire pas mal de dégât mais si tu l’utilise pour confectionner des rondins, ça va être parfait…

    J'aime

  16. koval permalink*
    22 juin 2011 8 h 52 min

    Ensuite, je me suis arrêtée sur le concept de « trappe à liquidité », je ne suis pas certaine d’avoir bien compris…j’y reviendrai et poserai des questions plus précises…

    J'aime

  17. 22 juin 2011 16 h 38 min

    Tu reproches à Friedman de n’a pas avoir suffisamment de faits pour supporter ses affirmations; mais pourquoi n’as-tu pas fait ce reproche à Keynes, qui en a encore moins?

    « Ça doit être pour cela que la criminalité est beaucoup plus élevée aux États-Unis qu’au Canada même si les peines y sont beaucoup plus sévères. »

    En fait, 25% des détenus aux États-Unis ont été accusés de crimes non-violents reliés à la drogue. En fait, c’est la guerre à la drogue menée par les américains qui a fait en sorte que le taux d’incarcératon a fortement augmenté aux États-Unis. Me trompai-je en affirmant que Friedman, tout comme les libertariens, supportent la légalisation des drogues? Je ne crois pas que ce soit une prise valable contre Friedman. Et qu’est-il arrivé lorsque des politiciens ont proposé s’assouplir certaines lois et les durées des sentences? Ces initiatives ont été bloquées par les syndicats des policiers et des gardiens de prison.

    http://reason.com/archives/2011/06/08/prison-math

    Quel livre as-tu lu de Milton Friedman? Voici un petit résumé de livre qui dresse un portrait de ses idées principales:

    http://minarchiste.wordpress.com/2010/11/01/recommandation-de-lecturecapitalism-and-freedom-milton-friedman/

    J'aime

  18. 22 juin 2011 16 h 45 min

    Drôle de coïncidence, le sujet des prisons américaines fait la une de Reason
    Magazine, un « vrai » magazine libertarien rempli de faits et statistiques, tu adoreras!

    Ils y a une bonne dizaine d’articles sur le sujet dont ceux-ci:

    http://reason.com/archives/2011/06/20/the-crime-rate-puzzle

    http://reason.com/archives/2011/06/07/conservative-justices-dont-car

    J'aime

  19. 22 juin 2011 18 h 18 min

    @ Koval

    «je me suis arrêtée sur le concept de « trappe à liquidité »

    Dit simplement, une trappe à liquidité est une situation où une baisse des taux d’intérêts ne parvient pas à relancer la demande. L’exemple classique est la «décennie perdue» au Japon (années 1990) et on peut maintenant mentionner la période allant de la crise de 2007-2008 à maintenant (et ce n’est pas fini). Une autre caractéristique est la forte tendance des agents économiques à thésauriser.

    Mon billet donne un lien sur wiki, toujours bon pour une descrption, mais pas terrible pour l’analyse :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Trappe_%C3%A0_liquidit%C3%A9

    La version anglaise en dit un peu plus :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Liquidity_trap

    Paul Krugman parle beaucoup de la trappe de liquidité depuis quelques années. Voici deux de ses billets, avec des graphiques très parlants. Le premier montre bien le principe de la trappe (cela prendrait des taux d’intérêts négatifs pour initier une reprise, mais comme on ne peut pas, on est dans une trappe). Le deuxième démontre que, malgré ce qu’en disent les néoclassiques, les gros déficits américains n’ont pas fait augmenter les taux d’intérêts à long terme (10 ans, ici) des bons du Trésor, qui sont, au contraire, plus bas qu’avant la récession (échelle de droite), alors que les déficits étaient bien moins élevés (échelle de gauche).

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/06/19/the-obstinacy-of-error-interest-rates-edition/

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/03/16/yes-were-in-a-liquidity-trap/

    J'aime

  20. 22 juin 2011 19 h 29 min

    @ Minarchiste

    «Tu reproches à Friedman de n’a pas avoir suffisamment de faits pour supporter ses affirmations»

    Je ne fais que le citer. Il dit lui-même «il n’est pas nécessaire que les hypothèses de base soient réalistes, mais il est avantageux qu’elles ne le soient pas.».

    «pourquoi n’as-tu pas fait ce reproche à Keynes, qui en a encore moins?»

    C’est votre interprétation. Tout ce qu’a écrit Keynes est au contraire basé sur la réalité, pas sur des modèles reposant sur des hypothèses non réalistes.

    «En fait, 25% des détenus aux États-Unis ont été accusés de crimes non-violents reliés à la drogue.»

    Je n’ai pas lu tout l’article, mais si 25 % des peines sont dues à des «crimes non-violents reliés à la drogue.», cela veut dire que 75 % sont dus à d’autres motifs. Son taux d’incarcération de 2009 passerait de 743 par 100 000 à 565, encore cinq à six fois plus qu’en France (96). Ici (http://www.gdddq.org/heurejuste/hj_capsule_12.htm ), on parle de 117 au Canada et de 72 au Québec (et 760 aux États-Unis, soit à peu près ce qu’on dit dans votre article, plus de 10 fois plus !). Et quel % des incarcérations en France, au Canada et au Québec sont aussi dus à des «crimes non-violents reliés à la drogue.» ? Je ne le sais pas. Mais, même s’il y en avait pas, l’écart est gigantesque.

    «Quel livre as-tu lu de Milton Friedman?»

    Aucun. Il ne m’intéresse vraiment pas assez.

    Les billets que j’ai écrits sur quelques économistes ne prétendent nullement présenter leur vision. Ça se veut un peu informatif et en grande partie ludique.

    J'aime

  21. 22 juin 2011 19 h 38 min

    @ Minarchiste

    «un « vrai » magazine libertarien rempli de faits et statistiques, tu adoreras!»

    Vous savez sûrement la principale raison de la baisse de la criminalité aux États-Unis mentionnée par Steven D. Levitt dans son livre Freakonomics… La légalisation de l’avortement ! Je ne crois pas que vos articles en parlent (j’ai cherché sur ces pages et n’ai pas trouvé), mais sa démonstration est vraiment troublante…

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Steven_Levitt#Freakonomics

    Et ce livre-là, oui, je l’ai lu !

    J'aime

  22. 22 juin 2011 20 h 01 min

    @ Minarchiste

    «Aucun.»

    En fait, j’ai lu des choses sur Friedman durant mes études. C’était sur le comportement des consommateurs et la répartition des revenus durant une vie, si je me souviens bien. C’était pertinent car cela reposait sur des données !

    C’était, comme le dit Krugman, durant sa période «économiste», avant qu’il ne devienne un idéologue !

    J'aime

  23. 23 juin 2011 8 h 19 min

    @Darwin

    Ils en glissent un mot dans celui-ci:

    http://reason.com/archives/2011/06/20/the-crime-rate-puzzle

    Mais beaucoup de gens ont mis de gros bémols sur l’analyse de Levitt.

    J'aime

  24. 23 juin 2011 9 h 37 min

    @ Minarchiste

    «Ils en glissent un mot»

    Un mot, l’expression est bien choisie. Le sujet de l’avortement est mentionné, mais pas discuté. Reste que, comme je l’ai écrit, l’association entre l’avortement et la baisse de la criminalité reste troublante, à la fois parce que corrélation ne signifie pas causalité (quoique la démonstration de Levitt est convaincante), et parce que le lien établi (l’avortement est plus fréquent dans les classes inférieures) est dérangeant…

    «Mais beaucoup de gens ont mis de gros bémols sur l’analyse de Levitt.»

    Je sais. Tant de la droite que de la gauche, en passant. Reste qu’on ne peut pas la rejeter d’un revers de la main…

    J'aime

  25. Richard Langelier permalink
    23 juin 2011 19 h 56 min

    Selon mes souvenirs, c’était l’hypothèse du revenu permanent http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_revenu_permanent qui m’est toujours apparue comme une grosse évidence qui ne validait ni n’invalidait rien.

    Mon cerveau n’ayant pas été défragmenté depuis quelques jours, j’ai relié ça à la théorie des anticipations rationnelles http://fr.wikipedia.org/wiki/Anticipation_rationnelle. [1]. Pendant la campagne référendaire de 95, j’écoutais Mario Dumont avec une copine hypersouverainiste (mettons exposant 18 par rapport à moi). Il affirmait que le ROC accepterait le partenariat à cause de la théorie des anticipations rationnelles. Comme je n’ai pas trouvé le lien très subtil, je n’ai pas eu droit à une autre tasse de café.

    Je rappelle que les Boys of Chicago ont « démontré » leurs thèses au Chili de Pinochet, alors que l’opposition était en prison. Les gouvernements Thatcher, Reagan et Mulroney ont adopté ces thèses. Il faut dire que cela s’est fait dans le contexte de la fin des accords de Bretton Woods [2], de l’essoufflement du modèle fordiste. À partir du New deal, mais surtout avec la reconstruction de l’après-guerre, il y a eu un certain consensus envers le cercle vertueux de la redistribution des gains de productivité entre le capital et le travail. [3] Tout cela reposait sur des coûts d’énergie très bas. Lorsque les pays producteurs de pétrole ont fermé les robinets, le cercle vertueux a été remis en question. Qui plus est, le capital manufacturier qui voyait d’un bon œil la redistribution du pouvoir d’achat est devenu de plus en plus lié au capital bancaire. Le gouvernement américain avait financé la guerre du Vietnam par des emprunts. Il y a beaucoup de facteurs qui expliquent l’hyperlibéralisme économique, sous diverses formes : monétarisme, supply sider, etc. Normalement le préfixe néo, signifie que le mouvement a intégré les œuvres postérieures : néo-platonisme, néo-kantisme, néo-romantisme. En ce qui concerne le Friedman idéologue et les libertariens, je préfère l’expression «  l’hyperlibéralisme économique », puisque le libéralisme économique était une lutte contre l’arbitraire féodal.

    [1] Koval pourrait peut-être nous expliquer ce qu’est la moyenne stochastique le jour où elle nous vulgarisera les nombres imaginaires.
    [2] Les billets de Darwin sur le syndrome hollandais nous incitent à réfléchir sur la possibilité d’un nouvel accord de Bretton Woods, basé sur la proposition de Keynes plutôt que sur celle de White.
    [3] Comme le rappelle Mona-Josée Gagnon dans « Le travail, une transformation en forme de paradoxes, PUL 1996 », bien des plongeurs et employés d’entrepôt seraient surpris d’apprendre qu’ils ont vécu alors l’âge d’or du salariat, pendant cette période.

    J'aime

  26. 23 juin 2011 20 h 18 min

    «c’était l’hypothèse du revenu permanent»

    C’est en plein ça ! C’est loin pas mal…

    «bien des plongeurs et employés d’entrepôt seraient surpris d’apprendre qu’ils ont vécu alors l’âge d’or du salariat, pendant cette période»

    Tout à fait. Certains ont tendance à idéaliser le passé, surtout lorsqu’ils ne l’ont pas connu !

    J'aime

  27. 23 juin 2011 20 h 36 min

    @Richard Langelier

    « [1] Koval pourrait peut-être nous expliquer ce qu’est la moyenne stochastique le jour où elle nous vulgarisera les nombres imaginaires. »

    Bah! Des fois, j’aime autant vous faire tourner les coins ronds….mais je pourrais le faire…..faut pas me pousser! ;)

    J'aime

  28. 23 juin 2011 20 h 40 min

    Merci Darwin, c’est très clair, j’ai pris le temps de lire les liens que tu as fournis, ceux de Krugman…

    J'aime

  29. 23 juin 2011 20 h 58 min

    «j’ai pris le temps de lire les liens que tu as fournis, ceux de Krugman…»

    Krugman est calé, mais vulgarise très bien. Il m’a fait comprendre bien des choses, dont le principe de la trappe ! Je connaissais un peu, mais n’aurais pas pu l’expliquer aussi clairement…

    J'aime

  30. 3 décembre 2012 0 h 11 min

    « Il m’a fait comprendre bien des choses, dont le principe de la trappe ! »

    Afin de m’assurer de bien comprendre, considérez-vous une telle situation comme étant un bon exemple de trappe à liquidité?

    http://affaires.lapresse.ca/finances-personnelles/201005/30/01-4285152-une-hausse-des-taux-dinteret-nefaste-pour-les-acheteurs-dobligations.php

    Cette citation de Thornton «Nous savons que les taux de la Banque centrale se situent presque à zéro, ce qui signifie, à long terme, qu’ils ne peuvent que monter» évoque justement le phénomène de spéculation faisant suite à une baisse des taux d’intérêt de la banque centrale tel que semblait le croire Keynes. Toutefois, je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi les investisseurs opteraient tous nécessairement pour la « liquidité » dans un tel cas. Pourquoi ne leur serait-il pas possible de se tourner plutôt vers un autre type d’actifs financiers tels que des actions?

    J'aime

  31. 3 décembre 2012 5 h 14 min

    Je ne comprends pas la question.

    La trappe arrive quand les taux d’intérêts pour stimuler le crédit devraient être en bas de 0. Aux États-Unis, par exemple, les banques étaient plus prudentes après la crise et préféraient garder plus de liquidités. La Fed a dû presque tripler la base monétaire pour dégeler un peu le crédit. Contrairement aux prévisions des orthodoxes, l’inflation n’a pas explosé.

    Il faut vraiment lire Krugman et voir ses graphiques de la courbe IS-LM pour bien comprendre…

    J'aime

  32. 3 décembre 2012 14 h 02 min

    « Il faut vraiment lire Krugman et voir ses graphiques de la courbe IS-LM pour bien comprendre… »

    Oui mais le modèle IS-LM n’est qu’une version mathématisée (par John Hicks) d’une partie de la théorie keynésienne. Ce qui m’intéresse c’est pourquoi il y a une trappe à liquidité lorsque le taux d’intérêt atteint 0%! Bref, quels sont les comportements des agents à l’origine de la trappe?

    Minarchiste prétend que c’est en raison du fait que les gens se sont tellement endettés durant le « boom » que rendu à 0%, ils n’ont plus envie de dépenser et de profiter davantage du crédit même si celui-ci est offert à un prix faible voir quasiment inexistant.

    En contrepartie, Wikipédia résume assez bien l’explication de Keynes : « Pour John Maynard Keynes, les agents arbitrent, dans la répartition de leur portefeuille, entre la détention d’obligations -un actif risqué dont le cours varie de manière inverse au taux d’intérêt- et la détention de monnaie -un actif non risqué-. Lorsque le taux d’intérêt est faible, les agents prévoient (spéculent) qu’il va nécessairement augmenter et veulent donc détenir de la monnaie, le cours des obligations étant amené à diminuer. Il existe alors un taux critique, pour lequel la demande de monnaie est parfaitement (infiniment) élastique : les agents pensent alors tous que le taux va augmenter, et leur préférence pour la liquidité est alors absolue. »

    Or l’article que j’ai inséré dans mon précédent commentaire est justement l’illustration d’un tel concept. Ainsi, pour reprendre encore une fois la citation de Thornton : «Nous savons que les taux de la Banque centrale se situent presque à zéro, ce qui signifie, à long terme, qu’ils ne peuvent que monter». Bref, pour un type décédé il y a de cela plusieurs décennies, les explications de Keynes sont encore et toujours d’actualité quand vient le temps d’expliquer le comportement des investisseurs.

    Toutefois, je me demande pourquoi les agents iraient nécessairement vers la détention de liquidité alors qu’il existe d’autres actifs financiers dont la valeur n’est pas nécessairement négativement corrélée avec le taux d’intérêt.

    « Contrairement aux prévisions des orthodoxes, l’inflation n’a pas explosé. »

    Car les liquidités supplémentaires sont thésaurisées par les agents, que ce soit les investisseurs ou les banques, plutôt que réinvesties directement dans l’économie réelle, c’est cela?

    J'aime

  33. 3 décembre 2012 16 h 29 min

    «Car les liquidités supplémentaires sont thésaurisées par les agents, que ce soit les investisseurs ou les banques, plutôt que réinvesties directement dans l’économie réelle, c’est cela?»

    Oui. La préférence à la liquidité est aussi renforcés par la réticence au risque. Dans le cas des banques, elles hésitent à prêter aux autres banques, ce qui limite encore plus le crédit.

    Voici quelques billets de Krugman sur le sujet :

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2010/07/14/nobody-understands-the-liquidity-trap-wonkish/

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/10/30/a-volcker-moment-indeed-slightly-wonkish/

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2011/10/09/is-lmentary/

    J'aime

  34. 8 août 2013 20 h 02 min

    Krugman aujourd’hui à propos de Friedman :

    «Donc, Friedman a disparu de la scène politique – tant et si bien que je soupçonne que dans quelques dizaines d’années, les historiens de la pensée économique vont le considérer comme à peine plus d’une note en bas de page.»

    Ouch!

    http://krugman.blogs.nytimes.com/2013/08/08/milton-friedman-unperson/

    J'aime

Trackbacks

  1. Citations de René Passet* sur le néolibéralisme et la bioéconomie «
  2. Ayn froide «
  3. Citations de Margaret Thatcher |
  4. Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! » |
  5. Pénurie de compétences? |
  6. La valeur et les valeurs |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 202 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :