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Le décrochage des filles et la journée internationale des femmes

8 mars 2012

Pendant que certains se demandent si la journée internationale de la femmes est encore pertinente – débat futile qui revient à chaque année – la Fédération des femmes du Québec (FFQ) affirme au contraire que «Les femmes ont toutes les raisons de s’indigner». Une des raisons mentionnées par la FFQ pour s’indigner encore aujourd’hui – «Le discours à l’effet que l’égalité serait atteinte invisibilise les inégalités qui perdurent entre les femmes et les hommes.» – m’a rappelé certains commentaires qui démontrent que la FFQ vise juste. C’est en effet un danger pernicieux, du même type que l’affirmation de Justin Trudeau à Tout le monde en parle comme quoi le français ne serait plus en danger au Québec. Mais, ne nous égarons pas…

Le décrochage des filles

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) a publié plus tôt cette semaine une étude intitulée «Les conséquences du décrochage scolaire des filles». Cette étude présente de nombreuses caractéristiques spécifiques au décrochage féminin, notamment :

  • même si le décrochage est plus élevé chez les garçons, il est loin d’être négligeable chez les filles, à 12,4 % à 19 ans en 2009 par rapport à 21,6 % chez les garçons;
  • les conséquences sont souvent plus graves pour les filles, le revenu des décrocheuses étant beaucoup plus faible (16 500 $ par an) que celui des décrocheurs (24 500 $).
  • les programmes de décrochage visent plus souvent les garçons.

En outre, les motifs de décrochage des filles se distinguent nettement de ceux des garçons. L’étude Décrochage et retards scolaires précise à ce sujet (voir les données à la page numérotée 6) dans ses faits saillants (page numérotée iv) :

«L‘occupation d’un emploi est une des principales raisons invoquées par les jeunes décrocheurs pour justifier l’interruption de leurs études, les autres étant rattachées à l’école (ennui ou manque d’intérêt, difficultés liées aux travaux scolaires ou aux enseignants, etc.). Les filles donnent davantage des raisons personnelles ou familiales comme leur santé, une grossesse, les soins de leur enfant, que les garçons plutôt attirés par le marché du travail.»

Si certains motifs sont communs aux garçons et aux filles, d’autres, on le voit bien, sont bien différents. Il est selon moi tout à fait logique qu’on adopte en conséquence à la fois des moyens de prévention qui s’appliquent aux deux sexes, et d’autres plus spécifiques aux garçons et aux filles. Quoi de plus normal et sensé? Mais certains ne l’entendent pas ainsi, prétendant que tout programme de prévention créé pour les filles nuira à ceux conçus pour les garçons qui décrochent bien plus que les filles. Voici un exemple des commentaires que j’ai lus dans les médias en réaction à l’étude de la FAE :

«Mesdames, comme le dit mon titre: revenez-en. Oui, il y a eu du patriarchalisme dans nos sociétés par le passé. Reste que nous n’en sommes plus aux années 60. Éteignez vos brassières et remettez-les, la guerre est terminée.»

Ça c’était dans le Devoir. C’était quasiment pire à Radio-Canada

Et alors…

Je ne voudrais pas donner l’impression de généraliser à partir du pire exemple que j’ai trouvé. Certains commentaires étaient au contraire très pertinents. Cela dit, il est rendu difficile de nos jours de soulever un problème comme celui-là sans susciter des réactions agressives injustifiées.

J’aurais pu aussi élaborer sur d’autres aspects de la pertinence des revendications féministes (revenus, pauvreté, précarité, harcèlement, pouvoir politique et économique, etc.), mais je voulais seulement illustrer que les avancées et le progrès dans bien des domaines, dont l’égalité entre les sexes, ne doivent pas camoufler les écarts qui subsistent encore et la nécessité de poursuivre les actions pour les éliminer.

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18 Commentaires leave one →
  1. 8 mars 2012 14 h 45 min

    La meilleure façon de combattre le décrochage et l’intimidation est de combattre l’école.

    "les programmes de décrochage visent plus souvent les garçons."

    Malheureusement, oui. Mais les programmes de discrimination sexiste visent surtout les femmes.

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  2. 8 mars 2012 14 h 46 min

    Et ça n’aidera pas les femmes, en particulier, si la décision de hausser les frais de scolarité est maintenue.

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  3. 8 mars 2012 15 h 27 min

    «Et ça n’aidera pas les femmes, en particulier, si la décision de hausser les frais de scolarité est maintenue.»

    Là, je suis d’accord.

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  4. Gilbert Boileau permalink
    8 mars 2012 16 h 25 min

    Analyse fort pertinente. Il serait aussi intéressant de regarder l’aspect religio-ethnique du décrochage scolaire des filles : sujet politiquement incorrect? L’autre aspect est de savoir si, une fois qu’elles ont décroché au secondaire, les filles vont revenir à la formation pour adultes comme le font de plus en plus de jeunes hommes après un passage sur le marché du travail.

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  5. 8 mars 2012 16 h 52 min

    @ Gilbert Boileau

    «Il serait aussi intéressant de regarder l’aspect religio-ethnique du décrochage scolaire des filles»

    Je ne sais pas s’il existe des données de ce type sur le décrochage comme tel. La CSDM ou le CGTSGM (Comité de gestion de la taxe scolaire de grand Montréal) a déjà publié des études du genre, je crois, mais avec des données différentes bien questionnables (taux d’obtention du DES 5, 6 et 7 ans après l’entrée au secondaire), car on inclut au décrochage les jeunes qu’on perd de vue en raison de déménagement de province ou d’émigration et des hjeunes qui étudient encore. Cela risque de toucher davantage certaines religions-ethnies.

    «si, une fois qu’elles ont décroché au secondaire, les filles vont revenir à la formation pour adultes comme le font de plus en plus de jeunes hommes après un passage sur le marché du travail.»

    Un des indicateurs qu’on peut utiliser pour ça est le «Taux d’obtention d’un diplôme ou d’une qualification du secondaire, tant au secteur des jeunes qu’au secteur des adultes, selon le sexe (en %)» au http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/indicateurs/pdf/5_2_Indicateurs_fr.pdf . On peut voir que le taux d’obtention après 20 ans est à peu près le même chez les filles et les garçons. Sauf que, si on le calcule en % des jeunes qui n’ont pas obtenu «un diplôme ou d’une qualification du secondaire» avant 20 ans, il est plus élevé chez les filles.

    Laissons 2009-2010 de côté, car la méthode de calcul a changé («Cette augmentation est en grande partie due à la création récente de nouveaux types de sanctions qui permettent à un plus grand nombre de personnes d’obtenir l’un ou l’autre des nombreux diplômes du secondaire»).

    En 2008-2009, 18 % de garçons et 16,5 % obtenaient leur diplôme à 20 ans et plus. Par contre 32,5 % des garçons ne l’avaient pas obtenu à 20 ans par rapport à 22,3 % des filles. Si on veut savoir le % des garçons qui n’avaient pas obtenu leur diplôme à 20 ans, mais qui l’obtiennent après 19 ans, on doit diviser le 18 % par 32,5 %, ce qui donne 55 %. Pour les filles, on doit diviser le 16,5 % par 22,3 %, ce qui donne 74 %. Donc, il y a proportionnellement plus de filles qui n’ont pas obtenu leur diplôme avant 20 ans qui l’obtiennent à 20 ans ou plus, même si l’obtention après 19 ans fait diminuer l’écart entre les gars et les filles (de 10,2 points de pourcentage à 8,7).

    Et que c’est amusant! ;-)

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  6. 8 mars 2012 17 h 03 min

    Bon point, l’écart entre les sexes doit crissement diminuer après un certain temps!

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  7. 8 mars 2012 17 h 04 min

    Bon point, l’écart doit foutrement diminuer entre les sexes après un certain temps!

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  8. 8 mars 2012 17 h 07 min

    Ah oui, j’oubliais… Un autre problème avec les données de la CSDM ou du CGTSGM est que le passage dans des classes d’accueil de nombreux jeunes de certaines ethnies et religion (en fait, les données étaient seulement par langue maternelle, si je me souviens bien) venaient aussi fausser le portrait. De mémoire, les allophones avaient un résultat inférieur après 5 et 6 ans, mais semblable après 7 ans. Cela dit, cela variait énormément selon les langues maternelles. Je fouillerai ce soir ou demain pour voir si la source est sur Internet, je dois quitter.

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  9. koval permalink*
    8 mars 2012 17 h 45 min

    "Cela dit, il est rendu difficile de nos jours de soulever un problème comme celui-là sans susciter des réactions agressives injustifiées."

    C’est comme tu le dis…c’est d’ailleurs pourquoi j’interviens peu sur les tribunes qui en parlent, c’est difficile de trouver un endroit qui n’est pas beurré de frustrations anti-femmes…

    J’aime bien le thème de la journée du 8 mars de cette année, moi aussi je trouve que la FFQ vise juste et bien.

    Merci pour ce billet, j’aurais aimé écrire moi-même sur ce sujet mais j’avais pas envie de me faire dire de r’mettre ma brassière brûlée… ;)

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  10. koval permalink*
    8 mars 2012 18 h 39 min

    Tiens! Pauline parle du bon bord de la bouche encore, c’est pas trop tôt!

    http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2012/03/20120308-170434.html

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  11. Mathieu Lemée permalink
    8 mars 2012 19 h 15 min

    D’une certaine façon, cette journée de la femme nous rappelle que la lutte pour son émancipation et une meilleure égalité par rapport doit être souligné tous les jours, sans exceptions. Car les objectifs sont loin encore d’être atteints et qu’il ne faut pas se laisser-aller à la facilité suite au progrès des femmes des dernières années. Il y a encore tant à faire.

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  12. 8 mars 2012 19 h 47 min

    Un chiffre qui m’a un peu surpris aujourd’hui, mais qui démontre l’ampleur du rattrapage à faire.* Il disait que malgré qu’elles représentent 50% de la main d’oeuvre active mondiale, les femmes ont seulement un pour cent de toutes l’argent qui y circulent.

    * Je n’ai pas de lien. Entendu à Radio Canada cette après-midi.

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  13. koval permalink*
    8 mars 2012 20 h 46 min

    Tiens la liste des progrès depuis les conservateurs.

    http://quebec.huffingtonpost.ca/lea-clermont-dion/harper-et-les-femmes_b_1327165.html?ref=canada-quebec

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  14. 8 mars 2012 22 h 12 min

    @ Koval

    «J’aime bien le thème de la journée du 8 mars de cette année, moi aussi je trouve que la FFQ vise juste et bien.»

    Ouais, c’est pas mal toi qui m’a donné l’idée de ce billet. Je le mentionnais dans mon premier jet, mais ça s’insérait mal… :oops:

    « j’aurais aimé écrire moi-même sur ce sujet»

    Si tu me l’avais dit… Mais, je me suis forcé pour le publier aujourd’hui. J’avais promis à la femme de la maison de faire le ménage des armoires et j’avais une réunion ce soir. Mission accomplie! :-)

    «Tiens! Pauline parle du bon bord de la bouche encore, c’est pas trop tôt!»

    Bien d’accord avec elle aussi là-dessus?

    «Il disait que malgré qu’elles représentent 50% de la main d’oeuvre active mondiale, les femmes ont seulement un pour cent de toutes l’argent qui y circulent.»

    Hum… j’aurais aimé avoir sa source! Probablement 1 % des richesses, pas de l’argent. Va voir à http://www.inegalites.fr/spip.php?article1393. On ne parle pas des femmes, mais on y dit que les 50 %les plus pauvres possèdent 1 % des richesses! Alors, il est fort possible que cela s’applique aussi aux femmes!

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  15. 8 mars 2012 23 h 25 min

    Superbe lettre de Françoise David et Émilie Guimond-Bélanger (celle qui a remplacé Mme David à QS comme porte-parole féminine l’été dernier) à la ministre de la condition féminine.

    http://www.journalmetro.com/chroniqueurs/article/1118836

    Extrait :

    «Il faut refuser, Mme la ministre, de baisser les bras devant nos éternels détracteurs. Dire : «Nous sommes féministes» et expliquer ce que ça signifie. Ce que les féministes québécoises proposent aujourd’hui? Réduire de façon significative les inégalités sociales, protéger les services publics, assurer une retraite digne à tous, créer des emplois durables et accessibles aux femmes et aux hommes, mettre en œuvre des mesures de conciliation famille-travail, éliminer les violences faites aux femmes et développer leur confiance en elles, en particulier face à leur image corporelle. Voilà un beau programme! Comment ne pas souscrire à ces propositions porteuses d’un projet de société mobilisant pour tout le monde?»

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  16. 9 mars 2012 1 h 06 min

    «Cette apathie a permis que soient grugés petit à petit des acquis gagnés de chaude lutte.»

    J’ai pris cette phrase dans un éditorial du Devoir. De quoi parlait-il? De la situation des femmes?

    Non, de celle du français…

    Loi 101 – Torpeur linguistique

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  17. koval permalink*
    9 mars 2012 7 h 30 min

    Darwin

    Le deuxième graphique sur ce site donne 11-12% comme différence entre filles et garçons pour ce qui est de la diplomation.

    http://tendancessociales.blogspot.com/2011/01/le-discours-alarmiste-sur-le-decrochage_09.html

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  18. 9 mars 2012 9 h 23 min

    «Le deuxième graphique sur ce site donne 11-12% comme différence entre filles et garçons pour ce qui est de la diplomation.»

    Le fichier que j’utilise parle des 20 ans et plus, pas des 20 à 24 ans. Il ne précise ni la source, ni l’année. C’est probablement la source du graphique suivant, Statcan en 2008.

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