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Droits de scolarité : un début de déblocage?

27 mars 2012

Quelle journée! Et ils disaient que le mouvement étudiant s’étoufferait après la manifestation monstre de jeudi dernier! En plus des actions nombreuses partout au Québec et de la poursuite d’un étudiant contre la ministre ( :-) ) la journée fut fertile en déclarations, inquiétudes et annonces… J’ai retenu celles qui m’ont le plus frappé.

Vacances écourtées?

«Si la grève perdure la semaine prochaine, certains établissements d’enseignement devront empiéter sur la période estivale.»

On approche des grandes inquiétudes, du prolongement de la session et de grosses dépenses pour les établissements et le ministère de l’Éducation… La pression monte et le rapport de force du mouvement étudiant aussi!

Pénuries de main-d’œuvre étudiante l’été prochain?

«Les chambres de commerce lancent un cri d’alarme: un prolongement de la session des cégépiens et des étudiants universitaires en grève pourrait créer une grave pénurie de main-d’œuvre temporaire cet été.»

Là, ça s’en vient intéressant! Si les entreprises commencent à craindre de manquer de main-d’œuvre à rabais l’été prochain, elles devront augmenter leurs salaires ou diminuer et même carrément interrompre leurs activités! Quelle horreur! Si les patrons montrent leurs inquiétudes au gouvernement (qui négocie régulièrement avec eux, ils n’ont pas brisé les lunettes de la secrétaire d’une ministre, eux!), la pression va monter et le rapport de force du mouvement étudiant aussi!

Cessez d’infantiliser les étudiants!

«Le président-directeur général de la Fédération des cégeps en a assez des commentateurs qui «infantilisent» les étudiants québécois en laissant entendre qu’ils ne comprennent pas les enjeux de leur grève ou qu’ils sont manipulés par leurs représentants.

«Dans ce débat, ce qui est un peu tannant, c’est qu’on a voulu infantiliser les jeunes à bien des égards. Ils savent très très bien dans quoi ils s’embarquent», a insisté Jean Beauchesne lors d’une conférence de la Fédération, mardi matin.»

Oulala! Un représentant des patrons scolaires qui sermonne nos grands commentateurs! Bon, il aurait pu aussi parler de la ministre qui infantilise elle aussi le mouvement étudiantla «vraie» perturbation demeurera celle vécue par l’étudiant», disait-elle, comme s’ils étaient inconscients des conséquences de leurs actes!), mais bon, il a dû se garder une petite gêne… Et la pression et le rapport de force du mouvement étudiant, que font-ils après ça? Et oui, ils montent!

Sortir de l’impasse

«Le gouvernement doit maintenir le cap sur la hausse des droits de scolarité jusqu’en 2016-2017, mais reprendre le plus tôt possible le dialogue avec les étudiants sur la base du maintien de l’accessibilité.»

Un professeur de fiscalité parmi les génies qui ont recommandé la hausse des droits de scolarité (et de tous les autres tarifs) avance que le gouvernement devrait rencontrer les étudiants… pas pour annuler la hausse, bien sûr, mais pour corriger une des conséquences de cette hausse, la baisse de l’accessibilité, en améliorant le régime de prêts et bourses et en prévoyant des modes de remboursement associés au revenus des diplômés. Bizarre, ce monsieur prétendait pourtant il n’y a pas si longtemps que la hausse des droits de scolarité n’aurait aucune conséquence sur l’accessibilité (voir pages 87 et suivantes de ce rapport qu’il a signé…)!

Bon, ce recul est bon signe! Si même les promoteurs de la hausse des droits demande au gouvernement de faire des concessions, cela ne peut que faire monter la pression et le rapport de force du mouvement étudiant!

Bonification du régime de prêts et bourses?

«Le premier ministre Jean Charest entrouvre la porte à un compromis avec les étudiants en grève. Il évoque pour la première fois, timidement, une bonification du régime de prêts et bourses. »

Ah bon, la lettre de M. Godbout et les autres inquiétudes de la journée ont fait effet rapidement! Sérieusement, même si cette offre ne correspond pas aux demandes du mouvement étudiant, elle représente tout de même un tournant important : il semble être possible de négocier…

Et alors?

Les étudiantEs et leur représentantEs décideront bien comment ils accueillent cette mini-ouverture. Chose certaine, la hausse de la pression semble commencer à faire effet! Et le rapport de force augmente toujours!

P.S. Je m’en voudrais de ne pas mentionner dans ce billet récapitulatif de cette journée la parution d’une note de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) intitulée L’endettement étudiant: une bulle spéculative?. Elle montre les effets du virage vers la hausse des droits de scolarité dans de nombreux pays industrialisés et ses conséquences sur l’endettement des jeunes diplômés et leur famille, sur l’accessibilité des études universitaires et sur la financiarisation des dettes étudiantes. À lire!

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26 Commentaires leave one →
  1. 27 mars 2012 22:44

    Il s’en est trop passé aujourd’hui pour que je parle de tout! Tiens une autre, elle est trop amusante!

    Automobiliste furieux
    Pris dans la foule, il se joint aux manifestants

  2. 27 mars 2012 23:02

    Oui c’est bon signe, mais je considère que si on ne revient pas au gel c’est une défaite.

    Aucune hausse est acceptable. Même pas 25 sous. Alors, c’est certain que pour moi, on se dirige inévitablement vers une défaite.

    Darwin, penses-tu que la pression peut devenir assez forte pour que le gouvernement décide de mettre sa hausse sur la glace?

    Je n’y crois pas, trop beau pour être vrai. N’empêche, c’est ce que je souhaite.

  3. 27 mars 2012 23:33

    @ Yves

    «Je n’y crois pas, trop beau pour être vrai»

    Je n’en sais rien! Moi, j’aimerais bien qu’ils obtiennent la gratuité, mais, cela ce n’est possible qu’avec des élections. Et ce n’est pas à moi de décider, c’est à eux!

    «je considère que si on ne revient pas au gel c’est une défaite.»

    Je ne vois pas cela comme ça. Pour moi, l’ampleur de la mobilisation et la profondeur des enjeux discutés sont déjà une forme de victoire. Ça va laisser des traces, à très long terme chez ces jeunes! C’est une bataille, pas la fin des hostilités!

    Bon, sipposons que le gel est accepté et que rien ne change ailleurs, que l’université continue à marchandiser l’éducation. Ce serait une victoire? Je ne crois pas… L’enjeu est important, mais ce sont les discussions et actions pour changer notre société qui m’importent le plus!

  4. Blink permalien
    28 mars 2012 00:00

    "Alors, c’est certain que pour moi, on se dirige inévitablement vers une défaite. "

    La défaite des libéraux aux prochaines élections sera plus douloureuse encore. :-)

    C’est drôle, mais j’ai vraiment l’impression que cette fois-ci, les étudiants sont trop engagés et convaincus pour battre en retraite. Peut-être que certains regroupements voteront pour retourner en classe, mais le noyau dur devrait rester solidaire encore un bon moment.

    Vous savez ce qui me convaincrait de continuer la lutte si j’étais étudiant?
    L’atittude de la ministre Beauchamp, du premier ministre Charest et du ministre Bachand. C’est une chose se serrer la ceinture, mais s’en est une autre de se faire rire en pleine face par du monde qui trouvent toujours l’argent nécessaire pour satisfaire les amis et sympatisants idéologiques, mais qui ne comprennent pas qu’une société se bâtit avant tout sur la justice sociale et l’éducation.

    Et merci Darwin pour ce brillant résumé de la journée!

  5. 28 mars 2012 05:58

    «Vous savez ce qui me convaincrait de continuer la lutte si j’étais étudiant?
    L’atittude de la ministre Beauchamp, du premier ministre Charest et du ministre Bachand.»

    Bien d’accord. L’attitude maternante-méprisante de la ministre, qui personnalise le conflit avec Gabriel Nadeau-Dubois, me convaincrait tout partoculièrement.

  6. 28 mars 2012 06:09

    «mais, cela ce n’est possible qu’avec des élections.«

    Ouin, ça regarde mal.

    «Bon, supposons que le gel est accepté et que rien ne change ailleurs, que l’université continue à marchandiser l’éducation. Ce serait une victoire?«

    Ben, quand tu commences une guerre il est encouragent de gagner la première bataille. Pour la suite l’histoire nous le dira.

    «Ça va laisser des traces, à très long terme chez ces jeunes!»
    « L’enjeu est important, mais ce sont les discussions et actions pour changer notre société qui m’importent le plus!»

    Ouais! vu comme ça, ça regarde bien. :)

  7. 28 mars 2012 07:02

    Le mouvement étudiant ne semble pas prêt à discuter sur la base des prêts et bourses.

    «Sitôt la porte entrebâillée par Jean Charest, les réactions sur une possible bonification des prêts et bourses ont fusé de la part des étudiants. Ils ne veulent toutefois pas parler d’autre chose que du gel des droits de scolarité. «La bonification des prêts et bourses, on ne trouve pas que c’est une porte ouverte», a laissé tomber la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Martine Desjardins. «Le gouvernement Chartes oublie les 70 % qui n’ont pas accès au programme. Bonifier l’aide financière, c’est une mesure qui ne répond pas au problème, c’est ce qu’on dit depuis le début.»

    http://www.ledevoir.com/societe/education/346108/nous-sommes-toujours-a-l-ecoute

    Mais, cela montre que la pression monte… Même Robert Lacroix, ancien recteur de l’Université de Montréal et prorte-parole des promoteurs de la hausse des droits, propose des moyens de sortir de la crise :

    «la mise sur pied d’ici 18 mois d’un système de remboursement des prêts étudiants proportionnel au revenu gagné (RPR) au terme des études. Pareil remboursement ne débuterait que lorsque le revenu du diplômé aurait atteint un niveau minimum. (…)

    Autre mesure: le seuil des revenus annuels des ménages pour qu’un étudiant ait à contracter un prêt dans la politique des prêts-bourses devrait être rapidement revu pour éviter de pénaliser les étudiants venant des familles de classe moyenne à plus faible revenu.»

    http://www.ledevoir.com/societe/education/346047/libre-opinion-pour-sortir-de-l-impasse

    Ce n’est pas encore ce que le mouvement étudiant demande, mais, au moins, le gouvernement et ses alliés sente la soupe chaude!

  8. Blink permalien
    28 mars 2012 09:38

    La ministre Beauchamp déclare en entrevue au Journal de Montréal:

    "On ne peut pas parler de négociations quand le groupe en face de moi me dit: « prenez l’argent qui manque dans les poches des autres, mais pas dans les miennes ». Les autres poches, celles des contribuables, ne sont pas là pour en discuter."

    Coudon, faut vraiment être bouché :shock: Mais quelle démagogie! Encore une fois, elle dépeint les étudiants comme des profiteurs qui abusent de la courageuse classe de travailleurs qui eux, paient tout et n’importe quoi, sans hausser le ton. Elle les aime bien "mouton" ses ti-contribuables la ministre!

    Pour combler le manque à gagner, il n’y a personne qui demande une hausse des impôts pour les travailleurs de la classe moyenne, ni de hausser les frais de garderie à 10$/jour, ni d’augmenter la taxe sur l’essence, ni de mettre des péages sur les autoroutes. Juste de diminuer les cadeaux aux grandes entreprises et assurer une meilleure gestion des affaires de la province.

    Dans le fond, ce que cette situation à de bon, c’est qu’elle nous montre le véritable visage de ce gouvernement. On comprend que l’éducation n’est pas une priorité pour lui. Et on pourra voter en conséquence bientôt je l’espère.

  9. 28 mars 2012 10:21

    @ Blink

    «On comprend que l’éducation n’est pas une priorité pour lui.»

    Il ptétend pourtant le contraire! Imagine-toi si ce n’en n’était pas une!

  10. 28 mars 2012 13:24

    Voilà pourquoi il ne faut pas lâcher! Excellent billet!

  11. Blink permalien
    28 mars 2012 14:24

    Ceci dit en passant, les autorités ont beau dénoncer le port du masque, mais est-ce un délit que de vouloir se protéger contre le poivre de cayenne?

    (Voir la quatrième photo)

    http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal/archives/2012/03/20120328-133320.html

    Je porterais aussi des lunettes de ski en pareille situation.

  12. 28 mars 2012 16:50

    @ David Gendron

    «Voilà pourquoi il ne faut pas lâcher!»

    On peut l’espérer, mais n’étant pas étudiant moi-même, je les laisse décider! Je ne voudrais quand même pas les infantiliser moi aussi! ;-)

    @ Blink

    «Ceci dit en passant, les autorités ont beau dénoncer le port du masque, mais est-ce un délit que de vouloir se protéger contre le poivre de cayenne?»

    Ça ressemble à ce que j’ai dit à mes gars hier : «comment reprocher aux étudiants de vouloir se protéger avec un masque?». Les grands esprits se rejoignent!

    «Je porterais aussi des lunettes de ski en pareille situation.»

    Génial!

  13. 28 mars 2012 21:20

    J’espère qu’ils iront jusqu’au bout de la démarche.

    J’ai peur que Charest réajuste trop peu le tir et que ça divise le mouvement!

    Remarquons encore une fois la stratégie courageuse de Charest qui envoie les femmes au batte et qui se réserve les nouvelles réjouissantes….

    Épais!

  14. youlle permalien
    28 mars 2012 22:20

    Je sus bien heureux d’apprendre que les étudiants se tiennent debout et continuent d’affronter le gouvernement.

    L’éducation devrait être complètement gratuite jusqu’au doctorat lunch du midi fourni comme en Scandinavie.

    Ce sont les gens de plus de 55 ans qui demandent le plus que les étudiants fasse leur part. Donc il serait bien légitime que dans dix ans ces anciens étudiants demandent à ces gens de faire leur effort pour soulager le contribuable en baissant ou taxant les revenus de pensions.

    Au fait c’est quoi le montant annuel que finance le gouv aux universités?

  15. 28 mars 2012 22:37

    @ youlle

    «Ce sont les gens de plus de 55 ans qui demandent le plus que les étudiants fasse leur part»

    Hum… pas sûr. Gendron, Martineau et Beauchamp sont plutôt des X et ont moins de 55 ans. Charest a 54 ( :-) )… Godbout est un autre X… Attention de ne pas plonger dans les stéréotypes que ces gens tentent d’implanter.

    «Au fait c’est quoi le montant annuel que finance le gouv aux universités?»

    http://www.iris-recherche.qc.ca/blogue/la-hausse-des-frais-de-scolarite-est-synonyme-de-desinvestissement-public/

  16. 28 mars 2012 22:39

    @ Koval

    «J’ai peur que Charest réajuste trop peu le tir et que ça divise le mouvement!»

    J’avais peur un peu, mais ne les sousestimons pas nous non plus!

    «Remarquons encore une fois la stratégie courageuse de Charest qui envoie les femmes au batte et qui se réserve les nouvelles réjouissantes….»

    Quelles nouvelles réjouissantes? Son semblant d’ouverture?

  17. 28 mars 2012 23:08

    Voici un exemple de l’indépendance des médias… et de ceux qui travaillent pour Québécor!

  18. 28 mars 2012 23:15

    Ben oui, il se donne ainsi le beau rôle. Beauchamp conservera l’odieux de toute l’histoire.

  19. 28 mars 2012 23:18

    De glorieux moments du journalisme! :lol:

  20. 28 mars 2012 23:28

    «Ben oui, il se donne ainsi le beau rôle. »

    Il va quand même falloir qu’il en donne plus, beaucoup plus!

  21. youlle permalien
    28 mars 2012 23:28

    Un épas, innocent en plus.

    Au moins Elvis Gratton était drôle.

  22. 29 mars 2012 12:41

    C’est pour ça qu’il a favorisé la nomination de femmes dans le conseil des Sinistres.

  23. 29 mars 2012 20:18

    Surtout qu’il n’y avait eu aucun geste violent. L’agression a été totalement gratuite. Comme le matraquage au visage qui ont fait deux blessés légers ce jour-là. Un des deux gars avait carrément la matraque d’imprimée de la joue à la tempe.

    Les flics sont devenus totalement incontrôlables. Ils font n’importe quoi.

  24. 4 avril 2012 07:23

    Certains ptits juges merdeux s’en permettent pas mal je trouve!

    http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2012/04/20120403-113015.html

  25. 4 avril 2012 08:28

    Oh, et ça va empirer! La Presse parle ce matin des conséquences si les cours ne reprennent pas.

    Droits de scolarité: la date butoir approche

    Ai-je déjà dit que la pression monte et le rapport de force du mouvement étudiant aussi?

    Comme les politiciens refusent de régler le problème de façon politique, de plus en plus d’individus et d’établissements se tournent vers les tribunaux :

    Grève: demande d’injonction à l’UQUAM
    (après plus de 40 ans, les journalistes continuent à ajouter un «U» à UQÀM)

    Heureusement, La Presse ne censure pas encore Michèele Ouimet qui publie ce matin une de ses meilleures chroniques :

    La belle vie

    Extrait :

    «Il faut en finir avec le gel, répètent les politiciens, sauf que le gel n’existe plus depuis cinq ans. Un autre mythe qui a la vie dure. En 2007, le gouvernement a augmenté les droits de scolarité de 50$ par semestre. Depuis, la facture est passée de 1668$ à 2168$, une hausse de 30%. Où ça, le gel?

    Québec vient de décréter une nouvelle hausse, 75% étalée sur cinq ans. Les droits vont presque doubler, grimpant de 2168$ en 2012 à 3793$ en 2017. C’est vrai que les droits ont été gelés pendant de longues années, mais depuis 1989, ils explosent. Ils sont passés de 547$ à 2168$, une hausse de 300%.»

Rétroliens

  1. Le tourisme et l’éducation «

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