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Une image sur l’inflation

12 juillet 2014

désinformation_inflationL’image qui accompagne ce billet circule depuis un bon bout de temps sur Internet. J’ai dû la voir apparaître des dizaines de fois sur mon fil de nouvelles Facebook. Elle est accompagnée d’un message disant qu’il est impossible de vivre avec le salaire minimum. Elle laisse penser que si ce salaire est insuffisant, c’est en premier lieu en raison de l’inflation.

Inflation

- démagogie

Cette image et son message m’indisposent pour plusieurs raisons, même si je suis bien d’accord que le salaire minimum n’est pas assez élevé pour vivre dignement avec ce seul revenu. Tout d’abord, elle est démagogique. En effet, j’ai de forts doutes qu’on pouvait remplir un gros panier d’épicerie avec 20,00 $ en 1998, mais, de toute façon, il est carrément mensonger de montrer qu’on pouvait en 2013 à peine acheter un quart ou un cinquième de ce qu’on pouvait acheter en 1998 avec ce même montant. Le ficher cansim 326-0020 nous montre en effet que le prix des aliments achetés au magasin a augmenté de 47 % entre 1998 et 2013, pas de 300 % ou 400 %! Soyons clair, j’ai moi-même écrit un billet pour dénoncer le fait que les prix augmentent plus vite dans les produits les plus consommés par les plus pauvres (notamment les aliments et le transport en commun), mais ils n’ont quand même pas quintuplé en 15 ans! La réalité est déjà assez déplorable sans en ajouter…

Évidemment, cette image est liée à la situation aux États-Unis, pas au Québec. Mais, cela ne change pas grand chose, car le taux d’inflation y est similaire (hausse de 43 % des prix entre 1998 et 2013).

- mauvaise cible

En accusant l’inflation d’être responsable du fait que le salaire minimum ne suffit pas pour vivre dignement, on oublie que le principal responsable de cette situation n’est pas l’inflation, mais l’insuffisance du salaire minimum! Mais, encore pire, ce type d’accusation endosse un mythe véhiculé par la droite depuis les années 1980 pour justifier ses politiques de lutte à l’inflation, entre autres responsables des récessions du début des années 1980 et 1990 et des politiques d’austérité de la Banque centrale européenne (BCE), soit que toute inflation est nuisible à l’économie et désavantage plus les pauvres que les riches. C’est pourtant l’inverse! Sinon, pourquoi la droite financée par les riches accorderaient tant d’importance à la lutte à l’inflation? Pourquoi le mandat de la BCE est-il de contrôler l’inflation et pas du tout de contrer le chômage?

Non seulement la lutte à l’inflation fait augmenter le chômage, mais une inflation élevée nuit en premier lieu aux personnes qui vivent des intérêts sur leur richesse, donc aux plus riches, comme Paul Krugman l’a bien expliqué dans son livre Sortez nous de cette crise…maintenant! dont j’ai parlé dans ce billet. Il est d’ailleurs revenu sur cette question dans deux billets de son blogue cette semaine, disant dans l’un d’eux : «[traduction] il faut se demander à qui profite une faible inflation ou la déflation, et des taux d’intérêt plus élevés. Et la réponse, au fond, c’est les vieux hommes riches». Il est en plus revenu sur le sujet dans sa dernière chronique, Who Wants a Depression? (Qui veut une dépression?). Il y précise entre autres que :

«[traduction] Le revenu d’intérêt moyen aux États-Unis était en 2012 de plus de 3000 $, mais la médiane n’était que de 255 $. Les très grands perdants de la baisse des taux d’intérêt bas sont vraiment riches – même pas le 1 %, mais le 0,1 % ou même 0,01 %. En 2007, avant la crise, le membre moyen du 0,01 % a reçu 3 millions $ (en dollars de 2012) en revenus d’intérêts. En 2011, ce revenu moyen était tombé à 1,3 million $ – une perte équivalente à près de 9 pour cent du revenu du groupe entre 2007 et 2011.»

Selon lui, cela explique en bonne partie les pressions pour faire augmenter les taux d’intérêts et faire diminuer l’inflation…

Et alors…

Même s’il est clair qu’une inflation plus élevée (mais pas trop!) bénéficie aux plus pauvres et nuit aux plus riches, bien des gauchistes perpétuent le message toxique de la droite que l’inflation, même peu élevée, est dommageable. Et ça, c’est mal!

Le commerce international de marchandises

10 juillet 2014

imports-exportsJe dis souvent de la série cansim de Statistique Canada contient des trésors qu’on découvre souvent à petite dose… Par contre, elle m’a joué des tours avec ses données incompatibles sur le commerce international… Mais, il y a une solution de rechange qui m’a été gentiment signalée par Renaud Gignac et Ianik Marcil, la Banque de données des statistiques officielles sur le Québec (BDSO). C’est donc grâce à ces données que j’ai pu reprendre ce billet…

Solde commercial

Le graphique qui suit montre l’évolution du solde commercial international de marchandises (ligne bleue avec l’échelle de gauche, tiré des données sur le commerce international de la BDSO) ainsi que celle de la valeur du dollar canadien par rapport au dollar des États-Unis (ligne rouge avec l’échelle de droite, selon les données de la Banque du Canada).

imports-exports1

On peut constater que le Québec a connu un surplus commercial de 1993 à 2004, quand la valeur du dollar canadien était inférieur à 0,80 $ des États-Unis et qu’il n’a connu que des déficits lorsque la valeur du dollar canadien était supérieur à cette somme. En fait la relation entre la valeur du dollar canadien par rapport au dollar des États-Unis et le solde commercial de marchandises est tellement forte que le coefficient de corrélation entre ces deux facteurs atteint -0,94, ce qui est énorme. Attention, cela ne veut pas dire que la valeur du dollar canadien est le seul facteur qui explique l’évolution du solde commercial international de marchandises. Pensons par exemple à la forte augmentation de la concurrence des pays à bas salaires (surtout de la Chine qui a joint l’Organisation mondiale du commerce à la fin de 2001). De même, la baisse de la valeur du dollar canadien en 2012 et 2013 n’a pas fait diminuer ce déficit commercial. Par contre, les données des cinq premiers mois de 2014 montrent une baisse de ce déficit par rapport aux mêmes mois de 2013 avec un dollar encore plus bas (0,94 $ au moment d’écrire ce texte)… D’ailleurs, la hausse étonnante du PIB du Québec au cours du premier trimestre de 2014 (0,6 %, soit l’équivalent de 2,4 % sur une base annuelle) «provient principalement d’une amélioration du solde du commerce extérieur, tandis que les dépenses des ménages stagnent et que l’investissement en capital fixe est en baisse un deuxième trimestre consécutif», selon l’Institut de la statistique du Québec (voir page 7).

Bref, ces données confirment ce que je dis depuis des années, que le Québec paie très cher son appartenance à un état pétrolier qui voit la valeur de sa monnaie varier au gré du prix du baril de pétrole

Gains et pertes

Le tableau qui suit montre l’évolution du solde total commercial international de marchandises total (première ligne) et celui des principaux types de marchandises exportés et importés par le Québec entre ses surplus (2001) et déficit (2013) les plus élevés des 25 dernières années (et probablement de tous les temps).

imports-exports2

La colonne «2013» nous permet de constater que le solde négatif de 17,7 milliards $ du pétrole et de l’essence représente 77,6 % du déficit total de 22,8 milliards $ cette année-là. Si on ajoute le déficit de 8,9 milliards $ du solde des «Voitures particulières» et des «Camions légers, fourgonnettes et VUS», on s’aperçoit que ces quatre catégories de dépenses sont déficitaires de 26,6 milliards $ et que, sans ces déficits, le solde commercial international de marchandises du Québec aurait été positif cette année-là de 3,8 milliards$! Cela nous permet de constater à quel point notre amour du transport individuel est coûteux pour le Québec (en plus de l’être pour la qualité de son environnement).

La colonne «Écart» nous montre que les trois catégories de produits qui ont le plus contribué à la détérioration de notre déficit (12,5 milliards $ sur près de 31 milliards $, soit plus de 40 % de celui-ci) sont aussi associés au transport individuel. Le tableau nous montre aussi que le surplus commercial d’un des fleurons historiques de l’industrie québécoise, le secteur du papier journal, a vu fondre son surplus commercial de près de 65 %, passant de plus de 4 milliards $ en 2001 à moins de 1,5 milliard $ en 2013. Même notre industrie phare, celle des aéronefs, a vu son surplus diminuer de 30 %, contribuant à plus de 2 milliards $ de la baisse. Non indiqué dans le tableau, il est bon de souligner que le secteur du bois d’oeuvre a aussi perdu des plumes, son surplus passant de 1,8 milliard $ à guère plus de 760 millions $, en raison du contentieux sur le bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis (entre 2001 et 2006, principalement), puis de l’effondrement de l’industrie de la construction aux États-Unis à compter de 2008. 

Les seules consolations notables se situent du côté du secteur des Minerais et concentrés de fer, dont le solde a augmenté 1,3 milliards $ (quoique l’exportation de matière première non transformée n’est pas vraiment une bonne nouvelle), et de l’Aluminium et alliages d’aluminium sous forme brute qui profite amplement des tarifs d’électricité que nous octroyons gentiment à cette industrie. Bref, même les consolations ont un goût amer…

Et alors…

Les données présentées dans ce billet permettent de constater à quel point la politique pétrolière canadienne (appuyée par les gouvernements péquistes et libéraux), en plus de détruire l’environnement et de permettre l’émission de quantités phénoménales de gaz à effet de serre, nuit à l’économie du Québec. Sans un changement de politique (et de politiciens!), il ne faut pas espérer que cette situation change de façon significative à l’avenir. Mais, justement, il y aura une élection fédérale l’an prochain… profitons-en!

Pour un changement de notre mode de vie

7 juillet 2014

mongeau0Comme bien souvent, c’est une chronique (cadenassée) du Devoir qui m’a fait connaître le livre que je présente dans ce billet, soit S’indigner, oui, mais agir de Serge Mongeau. Souvent présenté comme le «père de la simplicité volontaire au Québec», Serge Mongeau est un militant de la décroissance conviviale et un membre actif de Québec solidaire pour lequel il fut candidat en 2008, mais surtout une personne qui essaie de vivre en harmonie avec ses idées et ses valeurs.

Le livre

Avec seulement 91 pages, ce livre se lit rapidement. Après une introduction dans laquelle l’auteur précise que ce livre s’adresse directement à la gauche québécoise et vise à en convaincre les membres de vivre en fonction de leurs valeurs, la première partie du livre est consacrée à la description de la situation actuelle. Il y parle entres des réalités suivantes :

  • épuisement des ressources naturelles (et pas seulement du pétrole);
  • bouleversements climatiques;
  • présence toujours trop importante de la grande pauvreté à l’échelle mondiale;
  • acidification des océans;
  • raréfaction de l’eau douce;
  • diminution de la biodiversité.

Et, pendant ce temps, peu est fait pour corriger la situation. Pire, on continue à utiliser les ressources sans se soucier de leur épuisement et on émet toujours plus de gaz à effet de serre (GES) que ce soit par l’industrie ou par l’augmentation constante du parc automobile et de la taille de ses véhicules. Pourtant, il est possible de faire face à cette situation si on accepte de modifier de façon majeure notre mode de vie. Il propose ensuite des moyens concrets pour justement atteindre cet objectif.

Il montre ensuite que nous sommes matraqués à cœur de jour par des messages qui tentent de nous convaincre que le mode de vie actuel est le meilleur, voire le seul possible. Il n’est donc pas facile de sortir de la société de consommation. Pourtant, cette société accapare la plus grande partie de notre temps et nous empêche de mieux vivre, de faire ce que nous disons préférer : plus de temps pour nous, nos proches et nos activités sociales.

mongeauLa deuxième partie présente une série d’actions qui peuvent être mises en œuvre pour modifier en profondeur notre mode de vie.

- manger autrement

Pour éviter que les pénuries qui s’observent déjà s’aggravent, il faut changer notre approche face à l’alimentation : changer de modèle agricole, cesser le gaspillage et manger moins de viande. Ces moyens permettrait de rendre réellement durable notre modèle agricole, de nourrir tout le monde et de faire diminuer les importantes émissions de GES de ce secteur. L’auteur propose d’ailleurs des moyens bien concrets pour atteindre cet objectif.

- abandonner l’automobile

L’automobile n’est pas qu’une des sources les plus importantes de GES, mais elle est aussi et surtout l’élément probablement le plus représentatif du modèle de vie occidental. Le fait de valoriser autant ce moyen de transport individuel est à la base de l’utilisation du territoire (que ce soit en ville, en banlieue ou en campagne), influence négativement le vivre-ensemble (notamment en exacerbant l’individualisme) et est un des facteurs les plus importants qui nous force à consacrer autant d’heures de notre vie active au travail (et à nous y rendre!). Bref, on s’aliène pour prétendre être plus libre…

- utiliser le moins possible l’avion

L’avion est un des moyens de transport qui émet le plus de GES. Pourtant, il est rendu totalement banalisé. Même les écologistes n’hésitent pas à prendre l’avion par affaire (ce que Mongeau accepte, s’il est impossible de ne pas remplacer ce voyage par une vidéoconférence ou un autre moyen du genre, de même qu’il appuie les voyages par avion qui permettent aux jeunes de mieux connaître d’autres sociétés) ou pour leurs loisirs. Dans ce dernier cas, Mongeau nous invite tous et toutes à réfléchir avant d’acheter des billets d’avion.

Il émet du même coup de grands doutes au sujet des événements supposément «carboneutres» qui compenseraient les dégâts environnementaux causés par les vols commerciaux. Plus souvent qu’autrement, il est possible de réaliser ces projets (planter des arbres, développer des sources d’énergies vertes, etc.) sans nécessairement polluer auparavant! D’autres fois, il s’agit carrément d’imposture (comme la déclaration que les jeux de Sotchi étaient carboneutres…).

«Que voilà une belle invention pour faire taire sa conscience et remettre à la semaine des quatre jeudis les décisions qu’il faudrait prendre aujourd’hui!»

- cesser de regarder la télévision

Même si elle n’est pas une activité qui émet beaucoup de GES, l’écoute de la télévision est un des vecteurs principaux de la propagation des «valeurs» à la base de la société de consommation. Elle incite à l’inactivité et empêche souvent les activités sociales. Si on y tient pour regarder par exemple de bons documentaires (j’ajouterais des matchs sportifs…) ou des émissions pour les enfants (un enfant qui ne la regarde pas du tout risque de se sentir exclu), Mongeau recommande de les regarder en groupe pour pouvoir échanger par la suite et ajouter un composant social à cette activité.

- les autres chapitres

Dans les derniers chapitres, l’auteur met en garde contre le crédit, pourfend le salariat (pour mieux promouvoir le partage équitable du travail) et fait l’éloge des actions collectives et de l’engagement politique (à QS, notamment). Puis, il conclut en nous demandant quelles sont les caractéristiques d’une société idéale, pour lui axée sur la «véritable nature humaine», donc valorisant notre besoin de relations, de coopération et «de temps pour rêver, jouer, s’aimer».

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Lire! Même si on peut avoir des réserves sur certains aspects de ses propositions, elles demeurent vouées à retrouver le fondement de l’être humain, de le libérer des chaînes du système actuel et de rendre sa présence sur terre viable à long terme. Ne serait-ce que pour ça, et pour mieux connaître cette personne hors du commun, il ne faut pas hésiter à consacrer à ce livre le peu de temps que nécessite cette lecture.

Diafoirus ou Guillotin

5 juillet 2014

Par Richard Lépine

diafoirus ou GuillotinCertaines mauvaises langues prétendent que l’actuel gouvernement en est un de médecins étant donné la présence au Conseil des ministres de trois poids lourds issus de cette profession. Mais au lendemain du premier budget on aurait pu penser qu’un autre groupe de professionnels de la santé, vétérinaires ceux-là, s’était immiscé dans le groupe select des Diafoirus, étant donné la médecine de cheval que le ministre Leitao et son grand argentier du Trésor ont commencé à administrer aux finances comme aux services publics.

En effet, comme dans Le Malade Imaginaire de Jean-Baptiste Poquelin dit Molière, ces sommités de la chose économique dissimulent sous un jargon incompréhensible leur abyssale incompétence à soigner le malade. Leurs gestes (leur pantomime) et leurs pantalonnades visant à faire peur au monde seraient risibles s’ils ne dissimulaient des buts aussi peu avouables.
Aveuglés par les dogmes de la religion néolibérale qu’ils professent, ces doctes personnages du burlesque politicien prétendent connaître et imposer les potions miraculeuses et incontournables qui permettraient de rétablir l’équilibre des finances publiques qu’eux et leurs amis d’un passé récent ont fortement mis à mal.

Le cocktail universel qu’ils proposent consiste à passer à la déchiqueteuse de l’austérité rebaptisée rigueur, pour la forme, l’ensemble des programmes sociaux qui permettent une meilleure redistribution de la richesse et de tarifer toujours plus les services à la population. Il n’est que de regarder comment se déroule la machinerie sans cœur de l’étude des crédits (preuves du charcutage en cours) pour s’en persuader.

Contre vents et marées, contre les avis des plus grands experts internationaux et malgré les avertissements d’économistes indépendants et de renom, concernant la dangerosité de leur médecine qui s’apparente à de la saignée sociale, ces personnages éminents s’acharnent à tenter d’achever le malade. On pourrait qualifier leur méthode d’acharnement thérapeutique à l’envers.
À l’image des doctes Diafoirus père et fils, ils prescrivent le clystère et la saignée pour satisfaire les fantasmes hypocondriaques de leur clientèle fortunée sans tenir aucun compte des conséquences directes et les dommages collatéraux qu’ils peuvent causer à l’édifice social de même qu’au monde ordinaire qui l’habite. Si tu es le patient (le peuple crédule) soit tu saignes à en mourir, soit tu chies jusqu’au même résultat.

La dot ici visée (souhaitée, un genou en terre et un pied sur la gorge du peuple) est une cote petit + ou moins gros + accordée par les augures (les entreprises de notation) qui sont, pour l’essentiel, les agences d’escorte des entreprises financières, celles-là même qui ont grassement profité, au cours des dernières décennies, des déréglementations gouvernementales tout azimut et de leurs libéralités fiscales.

Un job avec cela? Les portes tournantes ce n’est pas juste décoratif ni une image littéraire. On en a pour preuve le champion toutes catégories des allers et retours privé-public qui a aujourd’hui les deux mains sur le volant de l’ambulance.

diafoirus ou Guillotin1Tout cela, ce n’est que le réchauffement avant la course aux coupures. Le prochain budget sera plus « intense » mais toujours dans la lignée. Il Ne fait pas bon, par les temps qui courent, de n’avoir qu’une mémoire de poisson rouge. Il faut se souvenir des budgets de la révolution tarifaire à la Bachand, ensuite mimés par Marceau à la sauce de son prédécesseur, en gardant à l’esprit le premier Leitao précurseur avoué de celui de l’authentique guillotine.

Tiens, tiens, celui qui a inventé cet instrument dit sans douleur était aussi docteur, le docteur Guillotin, qui a réussi à diminuer, avec un réel souci d’humanité, l’espérance de vie de ses patients. T’as même plus le temps d’avoir froid dans le dos… la vie va trop vite.

 

Dépenses scientifiques et technologiques de l’administration fédérale

2 juillet 2014

dépenses_sc-techJ’ai déjà mentionné à quel point la diffusion gratuite des tableaux cansim de Statistique Canada permet d’accéder à des données fiables sur toutes sortes de sujets. Dans ce billet, je présenterai, comme son titre l’indique, des données sur l’évolution des dépenses scientifiques et technologiques de l’administration fédérale. On sait à quel point le gouvernement fédéral actuel se fie peu et se méfie même des données scientifiques et des analyses de son personnel scientifique. Ce billet permettra de quantifier à quel point et dans quels domaines ce mépris des données scientifiques se manifeste.

Les dépenses

Les données sur les dépenses scientifiques et technologiques de l’administration fédérale offerts par Statistique Canada (voir les 14 fichiers mentionnés dans son communiqué récent sur leur mise à jour) sont présentées en dollars courants et en dollars constants (mais avec une année de moins). Cela dit, ils ne tiennent pas compte de l’accroissement de la population et du PIB. Je trouve donc plus pertinent de présenter ces données en proportion du PIB. Le graphique qui suit a donc été construit à l’aide des tableaux cansim 358-0143 pour les dépenses et 380-0064 pour le PIB en dollars courants.

dépenses_sc-tech1

Ce graphique nous permet de constater que la proportion des dépenses scientifiques et technologiques de l’administration fédérale en fonction du PIB a varié entre 0,52 % et 0,73 % du PIB au cours de la période illustrée, soit de 1998-1999 à 2014-2015 (les données pour cette dernière année correspondent aux «intentions» de dépenses). Elle a connu un bond au tournant du siècle, puis une baisse graduelle suivie par un autre bond en 2009-2010 pour atteindre son sommet, avant de diminuer de 29 % entre cette année et 2014-2015. On se rappellera que le gouvernement majoritaire conservateur est justement arrivé au pouvoir au début de l’année financière suivante (2 mai 2011)…

Les nombreux fichiers offerts permettent de chercher à savoir si cette baisse fut plus ou moins accentuée selon le type de dépenses. En fait, la baisse fut très semblable selon bien des caractéristiques. Elle fut, à ma surprise, presque aussi forte pour les dépenses externes (28 %) que du côté des dépenses internes (31 %), des dépenses en sciences sociales et humaines (31 %) ou de celles en sciences naturelles et génie (29 %).

Il y a bien sûr eu des différences entre les ministères, mais moins que je ne l’aurais cru. Par exemple, la proportion de ces dépenses par rapport au PIB a diminué à un taux semblable à la moyenne (29 %) dans le domaine de l’environnement (30 %). Les plus gros écarts avec cette moyenne furent observés dans les ministères et organismes suivants :

  • hausse de 8 % à l’Agence spatiale canadienne, seul domaine ayant connu une hausse;
  • baisse de seulement 5 % à la Fondation canadienne pour l’innovation;
  • baisse de plus de 70 % à Industrie Canada (ce serait intéressant de fouiller davantage cette baisse étonnante);
  • baisse de 44 % à Santé Canada;
  • baisse de 42 % à Ressources naturelles Canada (encore là, ce serait intéressant de savoir ce qui a été abaissé);
  • baisse de 36 % à Statistique Canada (baisse qui m’étonne moins, mais que j’aurais pensée encore plus forte par rapport à la moyenne).

Le personnel

Comme il n’est pas évident de présenter l’évolution du personnel scientifique en fonction du PIB ou de la population (quoique, j’aurais pu…), je devrai me contenter de montrer les données brutes, qui diminueront forcément moins que la proportion des dépenses sur le PIB entre 2009-2010 et 2014-2015. Le graphique qui suit, tiré du tableau cansim 358-0147, illustre l’évolution de l’emploi dans trois catégories de personnel disponibles de 1993-1994 à 2014-2015.

dépenses_sc-tech2

Si le personnel de l’administration fédérale affecté aux sciences et à la technologie a globalement diminué de 10 % entre 2009-2010 et 2014-2015 (après avoir augmenté de 32 % entre 1998-1999 et 2009-2010, période où la recherche et la science semblaient plus importantes), le graphique montre que le nombre d’emplois a évolué de façon très différente selon la catégorie de personnel. Tout d’abord, le nombre de techniciens (ligne bleue) n’a augmenté que légèrement entre 1993-1994 et 2009-2010 (moins de 1 % par année), avant de diminuer de 21 % en cinq ans pour se retrouver en 2014-2015 à un niveau 11 % plus bas qu’en 1993-1994! Puis, l’«autre personnel», formé sûrement en bonne partie du personnel administratif (ligne jaune), n’a jamais connu autre chose que des baisses d’emploi, d’environ 1 % par année entre 1993-1994 et 2009-2010, mais beaucoup plus fortes récemment, soit de 26 % en cinq ans. Le personnel scientifique et professionnel (ligne rouge), de son côté, qui, mis à part une légère baisse au milieu des années 1990, n’avait connu que des hausses entre 1993-1994 et 2009-2010 (de 2,4 % par année en moyenne), a aussi augmenté en 2010-2011 (de 14 %!) et en 2011-2012 (de moins de 1 %) avant de subir une baisse de tout de même 7 % entre 2011-2012 et 2014-2015. Le fait que le nombre de scientifiques et professionnels ait davantage tardé avant de diminuer par rapport aux autres catégories de personnel peut à première vue laisser penser que les conséquences des fortes baisses de dépenses au cours de cette période pourraient être amoindries, mais, cette baisse demeure très significative, surtout en regard des hausses précédentes qui illustraient bien l’importance croissante de leurs fonctions dans une société moderne.

On ne s’étonnera pas que les ministères et organismes les plus touchés par ces diminutions de personnel soient les mêmes que celles qui ont le plus subi les baisses de dépenses. Je soulignerai tout de même que la baisse la plus forte au cours des cinq dernières années, baisse de 24 %, a touché Statistique Canada. Voilà qui augure mal pour la disponibilité de données fiables à l’avenir…

Et alors…

Je dois avouer que, sur le coup, j’ai été surpris de constater que les diminutions de dépenses et de personnel des dernières années ne soient pas davantage concentrés dans des secteurs comme l’environnement ou les sciences sociales. Par contre, quand on sait que l’idéologie du gouvernement actuel le porte à diminuer les dépenses un peu partout, la baisse étant davantage l’objectif que ce qui est abaissé, il est moins étonnant de constater ce résultat. Par principe, l’État doit rapetisser, peu importe ses fonctions. Et, ne tentons même pas de soulever le fait qu’il est illogique, incohérent et contradictoire de prétendre que l’avenir de l’économie repose sur la hausse de la productivité et sur l’innovation tout en diminuant fortement les dépenses gouvernementales en recherche. L’idéologie n’a cure de la logique…

Maintenant que ce premier objectif est atteint, les prochaines compressions seront-elles du même type, bref aveugles et généralisées? Rien n’est moins sûr. Il ne serait pas étonnant que ce gouvernement choisisse davantage ses victimes à l’avenir, et pas pour le mieux. Si on lui en donne l’occasion…

Questions et réponses sur l’économie

30 juin 2014

75_FillionComme mentionné précédemment dans un autre billet, je ne suis habituellement pas friand des livres d’économie qui présentent des concepts en une ou deux pages. À moins de connaître les sujets abordés, je ne crois pas que les quelques mots qu’on peut lire sur chacun d’eux peuvent vraiment permettre de les comprendre convenablement. Et si on les connaît déjà, il est inutile de les lire! J’ai quand même lu le livre Vos questions sur l’économie : 75 questions – 75 réponses de Gérald Fillion et François Delorme, notamment parce que j’aime bien l’émission RDI économie animée par Gérald Fillion et parce que je voulais pouvoir dire ce que j’en pense!

Dur départ… ou départ qui fait dur!

Le premier chapitre contient sept questions et réponses… et au moins quatre erreurs de faits ou d’appréciation!

À la page 18, dans le tout premier texte du livre, on lit que «votre dette de crédit à la consommation ne devrait pas dépasser 15 % ou 20 % de votre revenu mensuel brut, et (…) le total de votre dette (y compris l’hypothèque) ne devrait pas dépasser 35 % ou 40 % de votre revenu mensuel brut». Cela voudrait dire qu’un ménage qui gagne 120 000 $ par année ne devrait pas avoir une hypothèque de plus de… 4 000 $! Il est clair que les auteurs voulaient dire que les paiements liés à ces dettes ne doivent pas dépasser ce montant! Que ce soit une erreur d’inattention (probablement) ou de fond, ça part mal!

À la page 25, on lit que l’hyperinflation en Allemagne en 1923 fut la conséquence du déficit de l’État dû à la Première Guerre mondiale et du financement des dépenses publiques. Pourquoi alors ne s’est-elle manifestée que cinq ans après la fin de cette guerre? En fait, cette hyperinflation était plutôt la conséquence d’une série de facteurs dont le principal fut les paiements de remboursement exigés par les pays vainqueurs en fonction du traité de Versailles (comme Keynes l’avait craint). Bon, on peut dire que les auteurs ont tourné les coins ronds pour mieux vulgariser, mais je n’ai pu que grincer des dents en lisant qu’ils considèrent que le financement des dépenses publiques fut un des deux facteurs les plus importants pouvant mener à l’hyperinflation et que les obligations de paiements dictés par le traité de Versailles n’en furent pas un.

À la page 26, on prétend que le taux de chômage ne tient pas compte du travail souterrain; or, on n’en sait rien! Comment savoir ce que répondent les personnes qui travaillent au noir au questionnaire de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada, surtout celles qui touchent des prestations d’assurance-emploi tout en travaillant au noir? Je le répète, on ne peut pas le savoir. Je trouve en plus tout à fait inopportun de parler de ce sujet dans un petit texte de deux pages sur le taux de chômage, comme si cela pouvait être un des principaux facteurs faisant en sorte que cet indicateur est imparfait. Par exemple, n’aurait-il pas été plus important de distinguer les chômeurs des prestataires de l’assurance-emploi ou de préciser que la proportion des chômeurs qui n’ont pas travaillé depuis plus d’an an est en forte hausse, tant au Canada qu’au Québec?

Presque toute la page suivante porte sur les «chercheurs découragés», laissant entendre qu’ils sont relativement nombreux (l’exemple donné fait baisser le taux de chômage de plus de deux points de pourcentage en raison du retrait du chômage des personnes qui cessent de chercher des emplois parce qu’elles sont convaincues de ne pas pouvoir en trouver); or, le fichier cansim 282-0085 nous montre que, si on considérait les chercheurs découragés, le taux de chômage augmenterait de seulement 0,1 ou 0,2 point de pourcentage selon les mois. S’il ne s’agit pas d’une erreur comme telle, c’est sans aucun doute une mauvaise appréciation et un signe de la méconnaissance de l’importance de ce phénomène (et des sources qui permettent de le savoir!).

La suite

Les chapitres suivants contiennent moins d’erreurs aussi flagrantes, mais effleurent à peine les sujets abordés, ce qui est le propre de ce genre de livre. Les textes sont très descriptifs et n’abordent presque jamais les conséquences politiques et sociales des sujets traités. Par exemple, on explique la mécanique des instruments de retraite, comme les régimes enregistrés d’épargne-retraite (RÉER) et les comptes d’épargne libre d’impôt (CÉLI), sans même dire un seul mot sur leurs effets sur les inégalités ou sur les personnes qui profitent le plus de ces dépenses fiscales. Désolé, mais l’économie n’est pas une technique, mais est profondément politique.

Si la plupart des textes ne développent pas suffisamment les sujets abordés, d’autres donnent parfois une importance démesurée à des phénomènes (comme on l’a vu au sujet des «chercheurs découragés») ou à des théories qui n’en méritent pas tant. Ainsi, un texte complet porte sur l’approche fumeuse de Gary Becker (dont j’ai parlée un peu dans ce billet) qui prétend qu’on prend plein de décisions, comme de se marier ou d’avoir des enfants, uniquement pour des raisons économiques. Bon, ce texte en est un qui se veut humoristique, mais son contenu est présenté comme si les thèses de Becker avait un grande importance et n’avaient jamais été réfutées. On lit par exemple que l’économie nous enseigne qu’on se marie aussi «pour partager le risque lorsque la date de notre mort est incertaine», car le mariage est une forme d’assurance grâce aux transferts de revenus qu’il permet (testament, polices d’assurances, etc.). Or, l’économie n’enseigne rien de tel. Il n’y a que Becker et ses admirateurs qui assimilent l’être humain à un homos œconomicus qui n’agit qu’en fonction de ses avantages égoïstes, alors que ce type de comportement n’existe pas dans la réalité. Que ces facteurs «rationnels» jouent un certain rôle dans nos décisions (plus pour certains, moins ou pas du tout pour d’autres), je veux bien, mais prétendre comme les auteurs le font un peu plus loin que son revenu est le premier facteur qui influence notre choix de partenaire et que «c’est l’amour qui vient tout compliquer», même sous le couvert d’un humour douteux, je trouve ça déplorable.

La suite du livre aborde beaucoup (trop) de sujets liés à la finance, notamment à la bourse, encore là avec peu de critique sociale (un peu, quand même). La série de textes sur les finances publiques (dette, propriétaires de la dette, agences de notation, etc.) est de meilleure tenue, décrivant même le fonds consolidé, sujet rarement expliqué. J’aurais aimé que les auteurs donnent plus d’exemples sur les finances des organismes non budgétaires (dont le manque de transparence a été maintes fois critiqué, notamment par le vérificateur général du Québec), mais c’est déjà bien d’en avoir parlé.

Et alors…

Et alors, lire ou ne pas lire? Compte tenu de mes nombreuses critiques, on pourrait penser que la réponse coule de source. Je dois toutefois concéder que j’ai été ici plutôt sévère. J’ai davantage insisté sur les erreurs, les manques et les raccourcis que sur les bons points qu’on trouve tout de même dans de nombreux textes (comme ceux sur le Supplément de revenu garanti et les régimes de retraite à prestations ou cotisations déterminées). Mais, il demeure que ce livre m’a déçu. Comment peut-on, dans un livre qui vise à expliquer les rouages essentiels de l’économie, accorder si peu d’importance aux inégalités et à l’environnement (on en glisse quelques mots, mais vraiment pas assez et surtout pas de façon assez critique), ou aux choix entre les politiques d’austérité, de croissance, ou de décroissance, quand ces questions sont au cœur des enjeux actuels? Comment ne pas parler des différentes écoles théoriques qui ont tellement d’influence dans le développement des politiques économiques? Et je n’ai pas parlé du fait que, comme trop souvent, les notes explicatives sont à la fin du livre…

Bref, lisez-le si ça vous tente, mais n’ayez pas trop d’attentes!

Inégalités : la réalité est encore pire!

28 juin 2014
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Je sais, ça fait un peu cliché, mais la recherche d’image est parfois bien chronophage…

Michael Wolfson (tiens, je n’avais jamais entendu parler de ce monsieur il y a deux semaines, et j’en parle maintenant dans deux billets consécutifs!), Mike Veall (le Piketty canadien, qui a produit des études semblables à celle de Piketty et Saez sur les inégalités au Canada) et Neil Brooks ont publié plus tôt ce mois-ci une étude fort intéressante sur les inégalités de revenus, étude intitulée Piercing the Veil – Private Corporations and the Income of the Affluent (Lever le voile – Les sociétés privées et le revenu des riches). À ma connaissance (et selon Google), aucun média francophone n’en a parlé, alors que cette étude a été couverte par de nombreux médias anglophones (CBC, Globe and Mail, Huffington, Toronto Star, etc.). Personnellement, j’en ai entendu parler par un statut Facebook non sollicité de PressProgress qui contenait même un lien direct vers l’étude (bravo, trop peu de médias le font!).

L’étude

La plupart des études sur la concentration des revenus chez le 1 % le plus riche reposent sur les données tirées des déclarations de revenus. Or, malgré les fortes inégalités que ces données permettent de constater, elles ne peuvent à elles seules fournir un portrait complet de la situation. L’étude de nos trois compères se concentre sur une technique fiscale lourde de conséquence, soit la possibilité pour les «sociétés privées sous contrôle canadien» (SPCC), soit les sociétés qui appartiennent à des actionnaires privés canadiens, ce qui exclut par définition les sociétés dont les actions se transigent à la Bourse, de retenir une partie de leurs revenus (ou profits) plutôt que de les verser sur le champ aux actionnaires, pour retarder le moment du paiement des impôts. Le principe est de se verser ces sommes retenues à un moment où son taux marginal d’imposition sera plus bas, par exemple à la retraite. Dans le fond, cette méthode équivaut à bénéficier d’un plafond plus élevé à un régime enregistré d’épargne-retraite, car elle permet, comme le fait un REER, à différer le versement de ses impôts.

Mais, ce qui intéresse ici les auteurs, ce n’est pas de calculer le coût pour l’État de cette mesure (ou les avantages retirés par les personnes qui l’utilisent), mais de calculer l’effet de la rétention de ces sommes dans les entreprises sur le calcul des inégalités et de la part des revenus gagnés par le 1 % le plus riche. En effet, comme ces sommes gagnées une année donnée ne seront comptabilisés dans les déclarations de revenus que plusieurs années plus tard (au moins, les revenus déposés dans un REER sont inclus dans les déclarations de revenus l’année même de leur dépôt), leur rétention dans les SPCC fait diminuer artificiellement les revenus réellement gagnés une année donnée par leurs actionnaires.

Je ne m’étendrai pas sur la méthode utilisée par les auteurs pour parvenir à leurs résultats, si ce n’est de dire qu’ils ont réussi à coupler deux sources de données différentes pour associer les sommes retenues dans les SPCC (en fait l’augmentation des sommes retenues lors de l’année étudiée) aux numéros d’assurance-sociale des actionnaires possédant au moins 10 % des actions de ces sociétés. Les auteurs mentionnent que les sommes retenues appartenant aux actionnaires qui possèdent au moins 10 % des actions de ces sociétés représentaient en 2010 environ 99,4 % de ces sommes retenues (47,8 milliards $ sur 48,1 milliards $). La perte des données due au manque d’information sur les actionnaires possédant moins de 10 % des actions des SPCC est donc négligeable.

On ne s’étonnera pas d’apprendre que les actionnaires qui possèdent au moins 10 % des actions de ces sociétés sont fortement concentrés chez les 1 % les plus riches, encore plus chez les 0,1 % et, on s’en doute, encore plus chez les 0,01 % les plus riches. En effet, alors que les membres des neufs premiers déciles (90 % des contribuables) possédant au moins 10 % des actions d’une SPCC ne bénéficient presque pas des sommes retenues dans leurs SPCC (en fait, les membres du décile inférieur, les 10 % les plus pauvres, accusent même des pertes à cet égard, voir le graphique 12 à la page 13), les membres du 10 % le plus riche possèdent en moyenne une valeur approchant 20 000 $ de ces sommes retenues, ceux du 1 % une valeur moyenne de 100 000 $, valeur qui atteint 600 000 $ chez les 0,1 % et enfin plus de 3 millions $ chez les 0,01 % (dont, selon les années, de 65 à 80 % des membres possèdent 10 % ou plus des actions d’au moins une SPCC).

Le tableau qui suit (tiré de la page 23) montre l’impact qu’aurait eu en 2011 l’inclusion des sommes retenues dans les SPCC aux revenus de leurs actionnaires.

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La première série de données («mean income» ou revenu moyen) nous montre à la première ligne la moyenne des revenus déclarés (ATI = after tax income ou revenus après impôt) des dix déciles (et des 1 %, 0,1 % et 0,01 % les plus riches), à la deuxième les revenus qui aurait été déclaré en tenant compte des sommes retenues de façon directe dans des SPCC et à la troisième les revenus en tenant compte des sommes retenues de façon directe et indirecte (à l’aide, par exemple de fiducies de revenus). On remarquera que le revenu moyen baisse chez les membres du premier décile, qui, comme je l’ai mentionné, subissent des pertes dans leurs SPCC. L’impact est minime dans les revenus des membres des huit déciles suivants et devient fortement positif dans le décile supérieur (décile 10) et encore plus chez les 5 %, 1 %, 0,1 % et 0,01 % les plus riches, l’enrichissement culminant dans ce dernier groupe par une augmentation de 71 % des revenus (ou de 3,3 millions $, comme mentionné auparavant).

La deuxième série de données («income shares» ou part des revenus) montre le pourcentage des revenus totaux accaparés par chaque décile et par les regroupements de riches. Ainsi, alors que le calcul «traditionnel» attribue 10,0 % des revenus totaux au 1 % le plus riche, cette part passe à 13,3 % en tenant compte des sommes retenues dans leurs SPCC, une augmentation de 33 %, alors que la part des revenus recueillis par les neuf déciles inférieurs diminue. La part détenue par les 0,01 % passe de 1,3 % des revenus totaux (une part déjà 130 fois plus élevée que leur importance relative) à 2,1 %, une augmentation de plus de 60 % les menant à une proportion 210 fois plus élevée que la moyenne…

Les auteurs précisent que, même si ces résultats sont déjà spectaculaires, ils ne tiennent pas compte de quelques autres caractéristiques des distorsions dues à l’actionnariat des SPCC. En effet, comme je l’ai mentionné brièvement dans le billet que j’ai écrit sur les conséquences fiscales de l’autorisation donnée par le gouvernement aux membres des ordres professionnels de s’incorporer, les auteurs mentionnent que les possibilités que donnent les SPCC de fractionner les revenus d’une seule personne aux membres de sa famille (en leur versant une partie des dividendes plutôt qu’à eux-mêmes. pour que ces revenus soient imposés à un palier de revenu inférieur) vient aussi fausser la mesure des inégalités. Les auteurs espèrent se pencher sur cette question, mais je ne vois pas comment ils pourront trouver des données sur cet aspect… Peut-être me surprendront-ils une autre fois!

Et alors…

Cette étude nous montre que chaque série de données utilisée pour calculer les inégalités comporte des forces et des faiblesses. J’ai personnellement été étonné de l’ampleur de la distorsion causée par la règle fiscale décrite par les auteurs (la possibilité de laisser ses revenus dans une SPCC). On peut bien sûr s’inquiéter de voir jusqu’où irait la concentration des revenus des plus riches si on tenait compte de toutes les autres possibilités offertes aux plus riches de détourner leurs revenus, dont le fractionnement des revenus et, facteur potentiellement encore plus important, l’évitement et l’évasion fiscaux…

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