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Les maladroits – à chacun sa santé

29 novembre 2009

Rien de mieux qu’une première page d’un quotidien pour rappeler aux québécois qu’il n’y a pas de temps à perdre.  Bien qu’on parle rarement des files d’attente ou des délais de traitement dans l’entreprise privée, les chroniqueurs des empires de Desmarais et Péladeau ne ratent jamais l’occasion pour souligner la hausse de fréquentation des urgences ou tout écart aux délais prescrits pour certaines chirurgies.  Les think tanks économiques – Institut Fraser et IEDM en tête – s’énervent alors et publient en synchronisme des analyses qui vantent les bienfaits du privé en santé.  Les lobbies des compagnies d’assurances se mobilisent et tentent d’influencer les politiques gouvernementales afin d’ouvrir ce marché lucratif qui leur permettrait de hausser leurs revenus.  Tout à coup, les militants de la droite québécoise deviennent les mégaphones de l’industrie de la santé et exigent une plus grande privatisation des services de santé afin de régler, selon eux, tous les problèmes.

Alors que, année après année, les sondages indiquent qu’une très grande majorité des québécois sont satisfaits des services reçus, les droitistes tenteront de nous faire croire qu’une adhésion à une assurance et l’arrivée des hôpitaux privés permettront de faire disparaître le temps d’attente dans les urgences et que tous les citoyens auront miraculeusement accès à un médecin de famille.  Évidemment, quelques enquêtes réalisées par des firmes privées viendront contredire les statistiques.  Encore cette semaine, la firme Deloitte publiait les résultats d’un sondage qui nous apprend que la majorité des canadiens « souhaitent de plus en plus être traités comme des consommateurs plutôt que des patients et qu’ils sont pour un accroissement des services des soins privés si cela peut entraîner une réduction globale des temps d’attente dans le système public. »  Permettez-moi d’être sceptique face à une firme de consultants qui offre ses services pour accroître la collaboration entre les systèmes publics et l’entreprise privée…

On peut rêver.  On peut s’imaginer dans un épisode de Dr. House et pénétrer dans les coulisses de cette vie trépidante que celle qu’on retrouve dans les hôpitaux de luxe (qui n’existent qu’à la télévision) ou encore se prendre pour un Claude Dubois et court-circuiter les pauvres gens qui attendent dans les urgences des hôpitaux et qui peinent à se trouver un médecin de famille.  La droite essaiera de nous faire croire que le privé amènera des sommes additionnelles pour financer les services de santé.  Mais cet argent proviendra de vos poches, par l’entremise de vos cotisations aux assurances collectives!  En se basant sur le modèle américain, où le financement et la prestation de services sont majoritairement fournis par le secteur privé, les québécois doivent s’attendre à une hausse significative de leur facture.  En se basant sur cette réalité américaine, la classe moyenne verra sa contribution à une assurance privée (en plus du paiement des franchises, des plafonds et des services non-couverts) atteindre plus de 10,000$ par année, ce que la droite n’explique pas.  Elle semble croire que les employeurs défraieront la totalité des nouvelles cotisations, comme par magie.

Alors, il est où le gain pour la classe moyenne?  Est-ce que l’adhésion à une assurance privée – dans le seul but de se débarrasser des syndicats et de permettre à certains individus d’éviter les files d’attente – en vaut vraiment la peine?  Doit-on quitter le modèle de solidarité pour emprunter celui du chacun pour soi?

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7 commentaires leave one →
  1. Jean Mercier permalink
    30 novembre 2009 23 h 08 min

    Un beau sujet de polémique que celui-là! Ce qui me tarabuste dans ce genre de débats, c’est qu’il est jamais ou rarement chiffré. Par exemple, en effectuant la recherche qui suit, je suis tombé sur le blog de Mme Marcotte qui de manière concomitante à votre article y va de quelques suggestions pour réformer le système de santé dans son billet du 25 novembre. Quelques suggestions (sensées en apparence) de sa part et d’énormes tirades de ses lecteurs sur notre système « socialiste » de santé. Le souffle du bonhomme sept heure si ce n’est cet imbécile d’ « Anomime » qui aligne pêle-mêle une diarrhée de chiffres tirés de commentaires suite à un article de Claude Garcia.

    http://garcia.argent.canoe.ca/2009/11/16/finances_publiques_des_choix_difficiles_?p=58275&c=1&tb=1&pb=1

    Reste que suite à une émission de La Facture, mon épouse et moi sommes demeurés songeurs en constatant ce qui était advenu à un couple de la Rive-Sud de Montréal, M. et Mme Jetté. Alors que le couple passait ses vacances en Floride, Mme Jetté a dû être admise à l’hôpital pour un spasme au cœur. Pour ce que je connais de ce type de problème de santé, on a dû la monitorer à l’aide d’une petite machine qui fait bip-bip. Ne constatant rien de grave, on lui a donné son congé au bout de deux jours. Je passe sous silence le fait que son assureur, Desjardins Assurances, ait fait des chichis pour les dédommager des frais d’hospitalisation, pour ne retenir que le montant de ces frais soit près de 45,000$ US ou, au taux de change du 16 janvier dernier, 56,000$ CA.

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2009/11/15/002-snowbirds-desjardins-.shtml

    ou La Facture:

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia%3D/medianet/2009/CBFT/LaFacture200911171930.asx

    Vu le montant de la facture, on imagine qu’elle a reçu de bons soins. Comme on décrie souvent notre système de santé, nous nous sommes posé la question à savoir si la dame Jetté aurait eu la même qualité de soins ici que là-bas, avec le même empressement. Honnêtement, ma femme et moi n’en doutons pas.

    Sachant qu’il en coûte 28,000$ CA par jour pour être hospitalisé et traité aux Etats-Unis, nous nous sommes donc interrogés pour connaître ce qu’il en coûtait pour une journée d’hospitalisation ici. Il a fallu ratisser Internet assez large pour enfin obtenir l’information souhaitée. Nous avons donc consulté un document récent de la RAMQ portant sur les ententes interprovinciales sur les services hospitaliers internes. Il s’avère que la RAMQ. Pour une hospitalisation de court séjour, facture 1,100$ par journée d’hospitalisation, et ce, à compter du 1er avril de cette année. Avant cette date, il en coûtait 1000,00$ par jour. Le reste de ce document est renferme également multitude d’informations sur les divers actes médicaux et leur tarification. Ainsi nous pouvons présumer que la dame a reçu quelques visites du médecin, voire d’un spécialiste, a été mise sous surveillance, a reçu des médicaments, etc. Tout ça pour conclure qu’il y a une marge entre la facture américaine et ce qu’on lui aurait facturé (ou plutôt à son gouvernement) si elle avait été hospitalisée dans un établissement québécois.

    Cliquer pour accéder à 000_complet_serv_interne.pdf

    Le tarif québécois est avantageusement comparable à celui pratiqué en France (au CHU de Lyon) où il en coûte 1230 euros/jour soit 1,950$CA pour la période de référence mentionnée ci-dessus.

    Cette réponse amène une autre question : Combien en coûte pour s’assurer aux Etats-Unis et au Québec?

    Au printemps dernier, à l’émission Desautels de fin de journée, j’avais entendu un chef de famille vivant en Floride évoquer qu’il lui en coûtait 2,400$ US/mois pour assurer convenablement sa famille, lui, sa femme et ses 2 enfants.

    À une autre émission de janvier, une jeune femme, assise devant son ordinateur pour magasiner une police d’assurance parlait plutôt de 500,00 US/mois pour une assurance minimale couvrant deux personnes et de 12,000$US/année (toujours pour un couple) pour une assurance potable avec en sus des franchises de 25$ pour chaque visite chez le médecin, de 100$ pour une visite à l’urgence et de 20% de la facture pour une opération. Depuis que l’état du Massachussetts a introduit une réforme obligeant tous ses citoyens à être assurés, la même jeune femme confiait qu’il en coûtait ainsi beaucoup moins cher pour s’assurer que dans les autres états américains. Enfin, elle notait qu’on pouvait s’attendre à débourser facilement 50,000$ pour deux jours d’hospitalisation.

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia%3Dhttp://www.radio-canada.ca/Medianet/2008/CBF/Desautels200801091732_2.asx

    pour connaître mieux le système d’assurance du Massachussetts :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Massachusetts_health_care_reform

    et pour magasiner son assurance dans cet état (et réaliser vraiment combien il en coûte pour être assuré) :

    https://www.mahealthconnector.org/portal/site/connector/

    Alors, combien en coûte-t-il au Québec pour s’assurer?

    Comme ni le pourvoyeur d’assurance ni l’établissement hospitalier ne font des profits, on peut affirmer sans se tromper qu’au Québec la cotisation à l’assurance équivaut aux dépenses de santé par tête.

    Ce qui n’est tout de même pas donné. Ainsi, selon l’étude, « Les dépenses de santé au Québec : La bataille des chiffres », il coûtait en 2003, 2,203$/an par individu. En actualisant à l’aide d’une augmentation de 6% par année (ce qui est généralement admis même et surtout par les tenants de la privatisation totale ou partielle des soins de santé) il en coûterait en 2009, 3,125$/an/individu.

    Cliquer pour accéder à memoirebeland.pdf

    Associé à une famille de 4 personnes, le coût en est de 12,500$, soit 1,041$/mois.

    Bon. Peut-être bien que la dame Marcotte qui a potassé le dossier autrement que j’ai pu le faire pourrait répliquer que tout ça, c’est bien beau, mais qu’on s’en va dans le mur à cause des augmentations de coût et cetera. À ce que je sache, les pays occidentaux s’en vont tous dans. Aux États-Unis, on parle d’une augmentation des frais reliés à la santé de 10% annuellement. Coudonc, c’est-tu que nos gestionnaires de la santé feraient mieux le travail que les ricains?

    En fin de compte, ce qui me dérange, moi, capitaliste dans l’âme (j’ai été propriétaire unique d’une usine durant 25 ans), c’est qu’on envisage la santé comme une source potentielle de profits. Profit pour les compagnies d’assurances et profits pour les hôpitaux. Et n’allez pas me faire croire que c’est grâce à une fantastique organisation des ressources matérielles, financières et humaines qu’on réussit à réaliser de tels profits. De fait, la clientèle américaine est prise en otage et tant pis pour ceux qui offrent une telle résistance à « socialiser » leur médecine. J’aime penser qu’au Québec, nous sommes plus mutualistes et que nous entretiendrons encore longtemps le sentiment d’injustice au profit de celui qui n’aurait pas les moyens de se faire soigner sous un tel régime.

    Finalement, je constate que ma fille, malgré ma suggestion, n’a pas osé brosser le portrait du voteur adéquiste de la région de Québec. Je vous assure que la lecture du profil de ce mécréant aurait été tout à fait réjouissante pour vos lecteurs. Mais je la comprends. Elle a eu moment d’égarement et, j’ai senti dans sa voix toute la honte d’une fille qui confie à son père :

    – Tu sais papa, c’est que j’ai fait l’amour à cet adéquiste!

    Misère! Qu’est-ce qu’un père ne pardonnerait pas à sa fille…

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  2. 1 décembre 2009 9 h 34 min

    La santé ne devrait pas être source de profits ni pour les entreprises ni pour les syndiqués. Alors comment concilier les deux ? Autant les entreprises que les travailleurs cherchent une compensation les premiers dans leurs investissements et les derniers dans le salaire.

    Il y a de ces jours ou je me demande s’il ne faudrait pas envoyer les malades se faire soigner en Inde ou à Cuba pour 3 fois moins cher.

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  3. 1 décembre 2009 15 h 06 min

    Jean Mercier, merci pour votre généreux commentaire et pour toutes ces informations qui complète merveilleusement bien mon billet. Vous avez raison, si la droite politique veut nous vanter les mérites de la privatisation des services de santé, qu’elle mette les chiffres sur la table. Et votre exemple de la « coopérative » Desjardins qui refuse de rembourser des frais médicaux est le meilleur exemple de l’approche arbitraire des compagnies d’assurances qui fait en sorte que la facture peut être tr`s salée.

    Astidastineux, je suis entièrement d’accord avec vous lorsque vous dites que le monde du commerce ne doit pas chercher à faire des profits sur le dos de notre santé.

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  4. koval permalink*
    1 décembre 2009 22 h 53 min

    Ce M Breton est spécialisé en droit du travail! Faut le faire! Il enseignait à l’université, j’en reviens vraiment pas encore!

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  5. koval permalink*
    1 décembre 2009 22 h 54 min

    Ouf! Je n’ai pas précisé, il enseignait bien en droit du travail!

    Pas objectif du tout! Imaginez les pauvres étudiants!

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  6. 2 décembre 2009 5 h 30 min

    koval, j’ai entendu dire qu’il a été viré de l’Université Laval… tu es au courant? Si c’est le cas, je me demande bien s’il a demandé au syndicat de le défendre?

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  7. koval permalink*
    2 décembre 2009 14 h 38 min

    Oui, il dit qu’il est parti par lui-même mais la pression était grosse pour l’aider à quitter….

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