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La droite subventionnée

16 décembre 2009

Même si Jean-François Lisée le déclare « parlementaire s’étant le plus illustré hors Québec » et qu’il tente de se donner des allures écologistes à Copenhague, notre premier ministre est en train de nous en passer une vite. Alors que le gouvernement québécois a décidé de plonger dans un déficit de 4 milliards pour nous sauver de la récession (…), Jean Charest est en train de préparer sournoisement les changements qui seront appliqués dans les finances publiques afin de retrouver l’équilibre budgétaire.

On se rappelle que M. Charest avait annoncé, lors du caucus de son parti en août dernier, qu’il souhaitait que «le plus grand nombre de Québécois participent à un dialogue sur les finances publiques ». Comme d’habitude, il avait imposé le ton de cette consultation en mentionnant que la réflexion qu’il propose, ou qu’il impose, aurait comme point de départ les hausses de tarifs dans les services publics.

Lorsqu’il s’agit de consulter, notre premier ministre libéral a ses propres méthodes. On sait très bien que M. Charest, à l’exception de ses apparitions publiques partisanes en campagne électorale, ne rencontre que les gens d’affaires lorsqu’il se retrouve à l’extérieur de l’Assemblée Nationale. Préférant casser la croûte avec les membres des chambres de commerce, il est beaucoup plus confortable devant les gens d’affaires. Honnêtement, je ne me souviens pas de la dernière apparition de M. Charest devant des citoyens ordinaires.

Et voilà, le ton est donné. Le premier ministre a demandé à des économistes de dresser la table. Quatre représentants de la droite économique qui auront droit à toutes les tribunes pour avertir les syndicats de la fonction publique qu’ils peuvent oublier toute hausse de salaire, que les contribuables devront s’attendre à une augmentation des tarifs et une réduction probable des services publics. Le Conseil du Patronat a également décidé de joindre la danse rapidement en publiant ses propres recommandations qui visent – oh suprise – à appliquer les mêmes concepts que ceux proposés par nos économistes.

Vous vous attentiez à un dialogue entre le gouvernement et les citoyens? Vous aviez espoir que toutes les voix du Québec pourraient se faire entendre? Détrompez-vous, le parti libéral a horreur des consultations publiques. Les dés sont pipés. Encore une fois, seules les chambres de commerce et les lobbies économiques pourront influencer l’agenda du Parti Libéral. On peut d’ores et déjà prédire qui seront les grands perdants de cette réflexion budgétaire: les employés de l’état et les citoyens. Les grands gagnants seront, encore une fois, les entreprises et les plus fortunés. Comme le mentionnait Jean Charest, ça prend au moins 250,000$ par année pour « soutenir le train de vie » d’un aristocrate.

« Que ces quatre économistes « prestigieux » soient arrivés aux résultats attendus par le gouvernement ne devrait pas nous surprendre. Claude Montmarquette et Pierre Fortin viennent de recevoir un financement de 6 millions du gouvernement Charest pour leurs travaux dans le domaine des politiques publiques. Robert Gagné, de l’Institut d’économie appliquée (IEA) des HEC Montréal sur la productivité a reçu du gouvernement 6 millions sur quatre ans. Enfin, Luc Godbout de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, vient de recevoir une contribution financière de 5 millions de dollars pour les cinq prochaines années. » – Pierre Dubuc, l’Aut’Journal

Pourrait-on imaginer plus belle ironie que de voir des professeurs syndiqués et subventionnés à coup de millions nous vendre l’idée de réduire la taille de l’état, de réduire l’impôt des riches et de prier tous ensemble pour faciliter la création de richesse?

5 commentaires leave one →
  1. Darwin permalink
    16 décembre 2009 19 h 19 min

    J’achève de lire le fascicule de nos quatre compères.

    Comme je m’y attendais, les conclusions sont dans les prémisses, dans la façon de la présenter les données. On les présente de façon à rendre la conclusion inévitable. Par exemple, ils suivent l’évolution des dépenses de santé et services sociaux en pourcentage des dépenses de programmes, plutôt qu’en pourcentage du PIB (les lucides avaient fait la même chose). Comme les dépenses de programmes ont diminué (en % du PIB), la croissance des dépenses de santé est ainsi amplifiée énormément.

    En utilisant cette croissance amplifiée dans leurs projections, cela amplifie aussi les impacts qu’ils prévoient. En plus, ils ne tiennent pas compte que, dans l’historique qu’ils utilisent, on a créé le programme de garderie à tarif réduit et le programme d’assurance-médicaments. Ces deux mesures ont bien sûr fait augmenter les dépenses en santé et services sociaux, mais ils ne seront pas créés une deuxième fois à l’avenir. Ils devraient donc réduire quelque peu le rythme de croissance des dépenses qu’ils prévoient.

    Il en est de même du coût des dépenses de programmes par rapport à l’Ontario. Au lieu de simplement les comparer en fonction de la population, ils introduisent un facteur lié aux salaires plus bas au Québec, pour faire augmenter la différence entre les deux provinces. Bref, ils calculent la différence des coûts comme si le Québec payait les mêmes salaires qu’en Ontario (ou si l’Ontario payaient ceux du Québec, je n’ai pas fini de lire la méthode utilisée) ! C’est assez tordu…

    En procédant ainsi, ils veulent totalement éliminer l’option d’augmenter les revenus fiscaux. Or, si on ne les augmentent pas, on ne peut aller chercher les sous nécessaires que par la taxe et les tarifs, ou par une baisse des dépenses, trois «solutions» beaucoup plus régressives que la hausse des impôts.

    Bref, aucune surprise dans ce document…

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  2. 18 décembre 2009 7 h 18 min

    Darwin, merci pour ces informations qui complètent mon billet à merveille! Jean Charest nous prend pour des valises… Et t’as vu les chroniqueurs de La Presse qui se sont empressés à joindre la parade? On va se faire laver le cerveau pendant quelques mois. Y’aura-t-il un combat entre les forces néolibrales et les travailleurs? Demeurerons-nous encore une fois confortablement engourdis?

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  3. Darwin permalink
    18 décembre 2009 8 h 04 min

    @ Luto

    « Et t’as vu les chroniqueurs de La Presse qui se sont empressés à joindre la parade?»

    Quelle surprise ! Par contre, j’ai été agréablement surpris par la chronique suivante du Devoir :
    Perspectives – Trop noir, au http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/279490/perspectives-trop-noir

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  4. 18 décembre 2009 13 h 17 min

    Et même l’un des plus grands capitalistes du Québec exacerbe la « peur » des citoyens en face de la dette publique à l’aide de son empire médiatique:
    http://pourquedemainsoit.wordpress.com/2009/11/01/convergence-politico-mediatique/

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  5. Darwin permalink
    18 décembre 2009 19 h 13 min

    La meilleure analyse que j’ai lue est celle de Jean-François Lisée. Je ne suis pas toujours d’accord avec lui (et même fréquemment en désaccord), mais là, il vise assez juste :

    http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/quebec-vs-ontario-un-bon-rapport-qualiteprix/1064/

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