Skip to content

Commons et l’institutionnalisme

24 mai 2010

Par Darwin – J’ai toujours trouvé que l’économie classique était fondée sur des hypothèses ridicules. Les économistes de ce courant ont bâti toute leur théorie sur des concepts purement intellectuels, prétendant qu’il ont ainsi fondé une nouvelle science «dure» sous le prétexte qu’elle utilise beaucoup de mathématiques, confondant ainsi un outil (mathématiques) avec la finalité de l’outil (analyse), sans réaliser que leur modèle… n’est qu’un modèle ! Il peut servir à comprendre des phénomènes, mais on ne doit jamais prétendre qu’un modèle représente toutes les complexités du monde réel, ce que ses adeptes font allègrement.

Du côté des autres théories économiques, j’apprécie Keynes, mais moins ses successeurs, les néo-keynésiens. Depuis environ un an, j’ai lu quelques textes, surtout de Sylvie Morel, dont son excellent Budget 2010-2011 : l’orthodoxie économique ou la démission du politique dont j’ai déjà parlé ici, qui abordaient l’institutionnalisme. De kessé ?…

Ce courant, qui fut tout de même important au début du XXème siècle, surtout grâce à Thorstein Veblen et John R. Commons et qui connaît actuellement une certaine renaissance, n’a, de mémoire, jamais été mentionné au cours de mes études. Même si je ne prétends pas avoir intégré tous ses concepts après la lecture d’un seul livre (L’économie politique de John R. Commons. Essai sur l’institutionnalisme en sciences sociales de Laure Bazzoli), je vais tenter de tracer ici les grandes lignes de ce courant qui s’inspire directement de la réalité. Cela fait changement avec les théories économiques basées sur le libre-marché…

L’institutionnalisme

Comme toutes les théories économiques, l’institutionnalisme repose en premier lieu sur un courant philosophique. Si l’inspiration des classiques est venue des utilitaristes, l’institutionnalisme a été influencé par le courant pragmatiste, en premier lieu par la vision de Charles Sanders Pierce.

Les hypothèses et observations de cette théorie sont fondamentalement différentes de celle du courant orthodoxe. Ici, point de rationalisme, d’homo œconomicus ou d’égoïsme des agents qui tentent de maximiser leur utilité.

L’institutionnalisme considère plutôt que, à la base, la rareté crée des conflits. Comme les ressources sont limitées, les humains veulent accaparer les biens et services rares pour eux-mêmes. Laisser faire cette tendance mènerait directement au chaos, et aucune transaction, aucun marché et aucune économie ne pourrait se développer ainsi.

Le seul moyen d’éviter le chaos est de créer des institutions (ah, enfin, voilà l’origine de la dénomination de ce courant…) pour réguler le chaos, l’institution de base étant l’État. La première règle que l’État a adoptée dans cette optique est le droit de propriété : sans reconnaissance de la propriété, aucune transaction n’est possible. D’ailleurs, les institutionnalistes considèrent qu’une transaction est en fait un transfert de droit de propriété. Il est plutôt ironique de constater que, en protégeant le droit de propriété, l’État soit en fait une condition essentielle à l’existence des marchés, quand on pense que tous les adeptes des courants qui font la promotion du libre-marché reprochent au contraire à l’État de pervertir son fonctionnement…

Avec le temps, la société a continué à créer de nouvelles règles et à les faire appliquer par des institutions pour garantir la liberté, la justice et la sécurité de la population, et pour assurer une redistribution plus équitable des richesses. Pour Commons, ces règles, loin de constituer des entraves à la liberté individuelle, sont au contraire une source de liberté par la contrainte sur les autres. Cela est vrai des règles protégeant contre le vol et le meurtre, mais aussi des lois sociales comme l’assurance-chômage et la santé et la sécurité au travail. Il voit du même œil le rôle des syndicats (autre institution) qui permettent d’équilibrer le rapport de force initialement beaucoup trop fort du côté des employeurs.

On voit donc que l’institutionnalisme de Commons n’est pas un rejet comme tel de l’économie de marché (ou du capitalisme), mais bien une façon de le réformer, de le dépasser, dirions-nous de nos jours…

Les transactions

Plutôt que, comme le font les classiques et leurs descendants, d’imaginer que les consommateurs passent leur temps à comparer tous les achats qu’ils pourraient faire avec un montant donné pour choisir celui qui leur apportera le plus d’utilité (ou de bien-être), comportement carrément pathologique pour ceux qui font cela pour vrai, s’il y en a, Commons considère que la plupart des transactions sont faites par habitude. On achètera le même produit, la même marque parce qu’on a eu une bonne expérience avec ce choix. On hésitera avant d’essayer autre chose.

Ce n’est que pour les transactions inhabituelles qu’on fait appel à la rationalité, ne pouvant évidemment pas se baser sur une habitude qu’on n’a pas. Et même dans cette situation, ces transactions rationnelles sont fortement influencées par notre environnement et par le reste de la société. Lorsqu’on achète un produit ou un service pour la première fois, ne demandons-nous pas conseil à nos proches qui les ont déjà achetés ? Ne faisons-nous pas deux ou trois recherches sur Internet ? Ne tenons-nous pas compte des avis qu’on nous donne ou qu’on y trouve ?

Harmonie, équilibre et évolution

Comme on l’a vu, l’institutionnalisme considère que la position de départ est le chaos, qui est domestiqué par les institutions. Cette façon de voir, qui correspond très bien à la réalité et qui est tout à fait cohérente, diffère totalement de celle des autres courants économiques, que ce soit du marxisme ou du capitalisme pur et dur. En effet, les tenants du capitalisme et du marxisme croient à une convergence vers une harmonie des intérêts, le capitalisme par la main invisible et le marxisme par la victoire de la classe prolétarienne, qui mènent toutes deux à une situation d’équilibre.

Commons considère plutôt qu’il n’y a jamais d’harmonie ou d’équilibre, car le monde est en évolution constante. Comme les autres institutionnalistes, il fut fortement influencé là-dessus par… Darwin (j’adore Commons !) ! Selon lui, il n’existe aucun équilibre, aucun stade final. Il avance même que c’est le conflit social qui permet le progrès de l’humanité : «le progrès n’existe pas quand une association détruit l’autre, mais quand une association détruit les excès de l’autre.».

Et alors…

L’institutionnalisme est trop nouveau pour moi pour que je m’en fasse une opinion réfléchie et définitive. Ses concepts sont tellement différents de ceux qu’on croise dans toutes les autres théories économiques que sa compréhension m’a demandé de grands efforts (et encore, si j’ai vraiment compris…). On dit d’ailleurs souvent qu’une des principales raisons du manque de succès de l’institutionnalisme est que Commons écrivait très mal ! En tout cas, s’il était encore plus dur à comprendre que l’auteure du livre que j’ai lu, cela devait être plus que rebutant ! Bon, je suis méchant, c’était une thèse de doctorat, donc compliquée intentionnellement…

Mais, peu importe, j’ai trouvé cela vraiment intéressant de prendre connaissance d’une théorie économique qui est basée sur la vraie vie plutôt que sur une modélisation intellectuelle complètement décrochée de la réalité. Avec Commons, l’économie politique prend sa vraie place, celle d’une science sociale…

Publicités
23 commentaires leave one →
  1. 24 mai 2010 11 h 09 min

    Intéressant. Tu comptes poursuivre tes investigations et nous tenir au courant?

    « Comme les autres institutionnalistes, il fut fortement influencé là-dessus par… Darwin (j’adore Commons !) !  »

    Commons a-t-il des idées sur Malthus? 😉

    « Avec Commons, l’économie politique prend sa vraie place, celle d’une science sociale… »

    On a déjà discuté en ce sens, et je crois qu’on est d’accord. La « certaine renaissance » de l’institutionalisme que tu évoques laisse-t-elle espérer que quelques cours d’anthropologie s’infiltrent dans les cursus d’économie à l’avenir?

    J'aime

  2. Darwin permalink*
    24 mai 2010 12 h 12 min

    @ DT

    «Tu comptes poursuivre tes investigations et nous tenir au courant?»

    Je n’ai vraiment pas de plan de ce côté. La lecture de ce livre m’a fait arracher les cheveux à plusieurs reprises. J’étais même surpris d’avoir pu écrire un texte minimalement compréhensible et cohérent à partir de la confusion qui m’habitait…

    Cela dit, il est sûr que je serai vigilant si je tombe sur d’autres écrits sur le sujet et que je me ferai un plaisir d’en faire part ici.

    «Commons a-t-il des idées sur Malthus?»

    Haha… Je n’en sais rien, mais les institutions sont peut-être et même sûrement une voie à envisager pour espérer développer des règles et des ententes en matière environnementale. C’est d’ailleurs ce qui se fait, sans trop de succès jusqu’à maintenant.

    «La “certaine renaissance” de l’institutionalisme que tu évoques laisse-t-elle espérer que quelques cours d’anthropologie s’infiltrent dans les cursus d’économie à l’avenir»

    Quand je parle de «renaissance», je pense au fait que plus d’auteurs abordent l’institutionnalisme depuis une vingtaine d’années qu’auparavant. Jusqu’à quel point ce courant a-t-il réussi à entrer dans le cursus universitaire ? Dur à dire, mais, en faisant de petites recherches sur Google, on trouve de plus en plus de mentions à l’institutionnalisme et de textes visant à intégrer ce courant dans la pensée économique. Sans étonnement, j’ai constaté que les projets de recherche sur l’institutionalisme sont concentrés dans quelques universités seulement. Mais, c’est déjà ça…

    Pour répondre à ton commentaire, j’ai effleuré quelques textes. La question de l’interdisciplinarité y est abordé souvent.

    J’ai lu le paragraphe suivant sur Facebook (!!!). Il aborde la consommation d’une façon complètement différente à celle des classique, avec des éléments d’anthropologie (enfin, je pense…) :

    «Puisque c’est la demande, et donc la consommation, qui est le moteur de l’économie ( incidemment de la croissance et du profit des financiers), on peut bien se demander ce qui incite les consommateurs occidentalisés à dépenser si prodigialement. On peut ici mettre à contribution les apports de Thorstein Veblen à la théorie économique institutionnaliste : depuis l’avènement de l’ère post-indsutrielle, nous vivons non plus dans une société de classe qui oppose capitalistes et prolétaires, mais plutôt dans une société de classement où chacun peut être à la fois travailleur, capitaliste (actionnaire) et propriétaire (bien immobilier). L’individu a maintenant la responsabilité de se choisir (!), de se construire, de s’améliorer (« progrès ») afin de maximiser sa valeur, son statut (postmodernité). Du fait de l’urbanisation, de l’éclatement des communautés et de l’anonymat qui en résulte, les individus ne cherchent plus à se classer les uns par rapport aux autres par les qualités, l’autorité morale ou les compétences, mais plutôt par la consommation ostentatoire. Ainsi, les gens consomment d’abord pour se distinguer les uns des autres. On comprend maintenant pourquoi des sommes gargantuesques d’argent sont investies dans les opérations de publicité et de mercatique, qui visent à « plonger les individus dans une logique instinctive où la rationalité n’intervient plus guère ». Prisonniers de cette nouvelle dynamique sociales, les individus sont malgré eux (inconsciemment) soumis à cette tyrannie de l’image où l’on fait impression plus par la superficialité (émulation) que la profondeur (l’authenticité).»

    Ce n’est certainement pas un lucide qui aurait écrit une phrase comme «Ainsi, les gens consomment d’abord pour se distinguer les uns des autres.» !

    J'aime

  3. Sombre Déréliction permalink
    24 mai 2010 13 h 51 min

    « Commons a-t-il des idées sur Malthus?  »

    Et sur Quesnay?

    🙂

    J'aime

  4. 24 mai 2010 13 h 57 min

    « Dur à dire, mais, en faisant de petites recherches sur Google, on trouve de plus en plus de mentions à l’institutionnalisme et de textes visant à intégrer ce courant dans la pensée économique. »

    Je suis allé fouillé sur un des blogs d’économistes que je consulte à l’occasion. Tu connais peut-être Rationalité limitée?
    Voici la liste d’articles que sort le moteur de recherche du blog avec le mot « institutionnalisme » dedans:

    http://rationalitelimitee.wordpress.com/?s=institutionnalisme

    J'aime

  5. Darwin permalink*
    24 mai 2010 14 h 52 min

    @ SD

    «Et sur Quesnay?»

    Un autre que je ne connaissais pas ! En fait, j’ai compris l’allusion de DT à Malthus comme un clin d’oeil à une remarque de Minarchiste dans mon billet Croissance ou décroissance?

    «Tu connais peut-être Rationalité limitée?»

    Je crois que tu m’en a déjà parlé. Ce blogue me donne mal à la tête ( 😉 ), pas assez vulgarisé. Cela dit, il contient une foule de billets qui peuvent satisfaire ceux qui s’intéressent à la recherche en économie. Je préfère les sites qui ont plus de lien avec l’actualité et les événements concrets, comme Économie autrement et Oikos.

    Cela dit, j’ai profité de ma visite là-bas pour lire quelques billets qui parlent d’institutionalisme. Au moins, mon texte semble bien traduire les concepts de Commons et de l’institutionalisme.

    En tout cas, merci, ce blogue permet de constater que ce courant est en effet très présent (et probablement plus qu’il y a des années, car un texte parle justement de sa quasi disparition vers les années 1940) dans la littérature récente sur l’économie.

    J'aime

  6. 24 mai 2010 15 h 54 min

    Je ne savais pas qu’après avoir fait lecture d’un livre ou deux sur l’économie on devenait « savant » comme les libertariens 🙂

    J'aime

  7. 24 mai 2010 17 h 17 min

    @ L’astineux

    «Je ne savais pas qu’après avoir fait lecture d’un livre ou deux sur l’économie on devenait “savant” comme les libertariens»

    Un livre ou deux sur l’économie ??? Coudonc, il vous en manque de gros bouts…

    Par ailleurs, ça doit être parce que je me trouve «savant» que j’ai écrit «Même si je ne prétends pas avoir intégré tous ses concepts» et «et encore, si j’ai vraiment compris…»

    Je vois que les affirmations gratuites et la lecture sélective ne sont pas l’apanage des libertariens !

    J'aime

  8. 24 mai 2010 18 h 43 min

    Excellent billet, bien des trucs à lire! Le moins qu’on puisse dire, c’est que la gauche a maintenant son expert en économie sur la blogosphère! Sincèrement, BRAVO!

    Mon passage préféré: « J’ai toujours trouvé que l’économie classique était fondée sur des hypothèses ridicules. Les économistes de ce courant ont bâti toute leur théorie sur des concepts purement intellectuels, prétendant qu’il ont ainsi fondé une nouvelle science «dure» sous le prétexte qu’elle utilise beaucoup de mathématiques,.. »

    Ça donne le ton! Mais coudon, où est ce vieux minarchiste?

    J'aime

  9. 24 mai 2010 20 h 26 min

    @ Luto

    «où est ce vieux minarchiste?»

    Vieux ? Je ne pense pas… pas plus qu’il n’était une femme quand tu as émis cette possibilité en raison d’une coquille ! 😉

    Je ne crois pas qu’il apprécie un courant économique qui démontre que le droit de propriété, à la base même de l’existence des marchés, qu’ils soient libres ou non, soit dû à une institution, surtout lorsque cette institution est l’État…

    «bien des trucs à lire!

    En effet, cela m’étourdit un peu..

    Ce que j’apprécie particulièrement de ce courant est qu’il combine des éléments multidisciplinaires, comme l’a bien souligné Déréglé. L’homme cesse de, tout d’un coup, changer de comportement pour se plier aux hypothèses des économistes classiques. L’homme ne se transforme pas tout d’un d’un coup en un être imaginaire, l’homo œconomicus, mais demeure un être humain, sujet aux analyses des autres sciences sociales et agissant conformément à sa véritable nature en évolution.

    Mais les vieux réflexes sont durs à perdre. Je me demande parfois comment appliquer ces principes à la vraie vie. C’est totalement ridicule, car c’est dans la vraie vie que les institutions ont été créées (et parfois détruites) ! La bonne question est plutôt de se demander quelle évolution on voudrait apporter aux institutions pour qu’elle parviennent à attendre nos objectifs, une meilleure répartition des richesses par exemple, exactement ce que les partis de gauche proposent. De même, les gens de droite espèrent démanteler certaines institutions (où règles administrées par ces institutions), ce qui correspond très bien à certains éléments des programmes des partis de droite.

    Bon, mon idée n’est pas faite, mais elle est de plus en plus séduite par la cohérence de ce courant.

    J'aime

  10. koval permalink*
    24 mai 2010 20 h 37 min

    J’aime bien le billet moi aussi et surtout cette idée suivante de Commons….

    Il avance même que c’est le conflit social qui permet le progrès de l’humanité : «le progrès n’existe pas quand une association détruit l’autre, mais quand une association détruit les excès de l’autre.».

    J'aime

  11. 24 mai 2010 21 h 00 min

    «J’aime bien le billet moi aussi et surtout cette idée suivante de Commons…»

    Bien content que tu apprécies. Quant à l’idée de Commons que tu soulignes, tu devines bien que je l’ai aussi bien aimée, puisque c’est la seule citation que j’ai insérée dans le billet !

    C’est toute cette idée de progrès et d’évolution, d’analyse non figée dans le temps, qui correspond si bien à ce qu’on observe dans notre société… C’est peut-être pourquoi ces idées ont bien vieilli.

    J'aime

  12. 27 mai 2010 7 h 33 min

    @ Luto

    «où est ce vieux minarchiste»

    Pour les libertariens, j’ai l’impression qu’il n’y a qu’une théorie économique. Ayant trouvé leur bible, ils sont peu enclins à s’intéresser aux autres courants économiques…

    J'aime

  13. 27 mai 2010 14 h 59 min

    Nan, ils s’intéressent aussi au keynésianisme, qu’ils lisent d’après Hayek…

    J'aime

  14. 27 mai 2010 18 h 37 min

    @ DT

    Bien sûr, pour mieux les démolir, car ne cadrant pas avec les préceptes de leur bible. Leur intérêt pour Keynes est selon moi assez récent et date de ce que beaucoup ont appelé la réhabilitation de Keynes (voir par exemple http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfeco_0769-0479_1989_num_4_4_1235 ), appelé à la rescousse en raison de la crise financière.

    Cela m’étonnerait qu’ils accordent la même importance à Commons… Et même si, ce ne serait pas pour tenter d’apprendre quelque chose de lui, mais uniquement pour le démolir. Le libertarianisme n’est pas un terrain fertile pour faire l’apologie des institutions…

    J'aime

  15. 28 mai 2010 0 h 36 min

    Hum, idéologie intéressante.

    Elle s’écarte du déterminisme marxiste et du dogmatisme de l’économie pure (ou classique).

    Mais, en coupant la poire en deux, ce schème de pensée ne dilue-t-il pas sa pertinence?

    Cependant, j’aime bien la partie que toute société est en évolution. Ce qui est différent de l’idéal communiste de fin de l’Histoire. C’est ce qui m’a toujours déplu chez Marx, cette finalité de l’Histoire, comme si elle s’arrêtait après une révolution et que tout irait mieux dans le meilleur des mondes.

    J'aime

  16. 28 mai 2010 1 h 24 min

    @ Jimmy

    «Mais, en coupant la poire en deux, ce schème de pensée ne dilue-t-il pas sa pertinence?»

    Je ne vois pas cela ainsi. Il s’agit pour moi davantage d’une description de la réalité que d’une théorie ou d’un schème de pensée. Ensuite, on peut en faire ce qu’on veut, selon nos valeurs et nos idéaux.

    Plutôt que d’isoler l’économie comme une discipline indépendante des autres, l’institutionnalisme réussit à l’intégrer à la fois à la philosophie, à la psychologie, à la sociologie, à l’anthropologie et aux sciences politiques (et je dois en oublier…).

    Il est purement exact que la société est basée sur ses institutions. Leur évolution a toujours été assujettie aux choix des citoyens (parfois de leurs monarques ou manipulateurs…). Le fonctionnement de l’économie ne fait finalement que se greffer à ces institutions. Plutôt que de voir ces institutions comme des entraves au fonctionnement du libre marché, fantasme des classiques, des néolibéraux et des libertariens, l’institutionnalisme voit le marché se greffer aux institutions (enfin, c’est ce que j’en comprends actuellement).

    Commons était un réformiste (comme moi…) qui a été impliqué dans l’instauration des premiers programmes d’assurance-chômage aux États-Unis. Il était donc un progressiste pour son époque. Mais, son système (ou sa théorie) ne fonctionne pas nécessairement que pour des progressistes : elle décrit le fonctionnement de l’économie dans le monde réel.

    J’aime !

    J'aime

  17. 22 juin 2010 22 h 28 min

    Tiens, je suis retourné lire Rationalité Limitée (j’occupe mes insomnies avec des lectures sérieuses en parallèle avec des déconnades). J’ai retrouvé un billet que j’avais bien aimé il y a longtemps sur l’émergence des marchés.

    Ce qui m’a frappé ce coup-ci, c’est qu’il centre son point de vue sur celui de « l’économie institutionnelle ».
    http://rationalitelimitee.wordpress.com/2008/10/13/le-marche-ce-nest-pas-magique-et-pas-spontane-mais-cest-bien-quand-meme/

    J'aime

  18. 22 juin 2010 23 h 59 min

    @ Déréglé

    «J’ai retrouvé un billet que j’avais bien aimé il y a longtemps sur l’émergence des marchés.»

    Très intéressant en effet ! Ce billet et aussi celui de Mark Thoma dont parle l’auteur http://economistsview.typepad.com/economistsview/2008/10/competitive-mar.html (qui aborde par contre plus les éléments de mon prochain billet !) rejoignent bien des points que j’ai soulevés dans le billet d’aujourd’hui et que j’utilise dans le prochain.

    Le lien avec l’institutionnalisme est aussi éclairant. C’est toujours un peu limité d’examiner un courant théorique de façon isolée. Ce billet fait très bien le lien entre la critique du libre-marché (sans nier l’existence des marchés) et l’importance des institutions. J’ai bien aimé cette phrase :
    «les marchés n’apparaissent pas spontanément et ils ne sont pas forcément spontanément efficaces.»
    Toi, tu sembles aussi avoir retenu :
    «il est souvent erroné d’adopter la vision binaire marché versus Etat» !

    C’est drôle, mais c’est en disant quelque chose comme cela dans un de mes commentaires sué 7 que PJCA m’a traité de commentateur qui cherche les effets de toges (ou comparaison similaire) et qui est de mauvaise foi. C’est ce commentaire qui m’a emmené à cesser mes commentaires sur ce blogue. En tout cas, je ne suis pas le seul à penser comme je le fais et suis accompagné de gens solides et crédibles !

    Sans parler d’institutionnalisme, Mark Thoma (je lis parfois ses billets, mais surtout quand Krugman en parle…) aborde aussi l’importance de l’intervention gouvernementale pour améliorer le fonctionnement des marchés déficients. Bref, j’ai de la compagnie dans mes analyses, et de la compagnie pas piquée des vers !

    Merci, c’est vraiment intéressant !

    J'aime

  19. 23 juin 2010 8 h 39 min

    « Toi, tu sembles aussi avoir retenu :
    «il est souvent erroné d’adopter la vision binaire marché versus Etat» ! »

    Tu parles de mon commentaire à Minarchiste. J’ai fais ce commentaire avant de relire ce billet. Bon, je l’avais déjà lu, alors peut-être qu’à quelque part ça m’est resté, mais ce n’était pas conscient!
    Mais oui, j’aime bien cette affirmation 😉

    J'aime

  20. 10 février 2011 18 h 13 min

    @ Déréglé

    J’ai pris connaissance d’une série de textes sur Thorstein Veblen. Clea me semble très intéressant. Voir le texte de présentation à http://interventionseconomiques.revues.org/519

    On y lit entre autres les principales étapes du regain de l’institutionnalisme en France, sujet sur lequel tu avais posé une question dans ton premier commentaire sur ce billet.

    J'aime

Trackbacks

  1. L’économie féministe «
  2. L’institutionnalisme et le concept de futurité |
  3. La médiocratie |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :