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J’ai pas le temps

21 juillet 2010

Par Darwin – Dans la série «les expressions qui me tapent sur les nerfs», entamée avec le billet sur le gros bon sens, je m’attaque aujourd’hui à cette expression passe-partout qui ne veut pas dire grand chose… en tout cas pas toujours ce qu’elle dit ! Tout d’abord, notons que ceux qui l’utilisent n’ont tellement pas de temps qu’ils en profitent pour massacrer un peu plus encore notre belle langue française en omettant le merveilleux «ne» qu’on doit insérer entre le sujet et le verbe pour bien marquer le négatif…

Je préciserai d’entrée de jeu que cette expression a parfois sa place, par exemple quand notre patron nous demande de lui remettre avant 17 heures une analyse en 20 pages sur l’influence de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta sur la péréquation, l’emploi et le produit intérieur brut (PIB) du Québec, quand il est déjà 16 heures et qu’on a une autre échéance à respecter… C’est ça, ne pas avoir le temps !

La conciliation travail-famille

Il est de bon ton de parler aujourd’hui des problèmes de conciliation travail-famille. Comprenons-nous bien, il est indéniable qu’il s’agit ici d’un problème sérieux pour bien des gens : couples dont les deux conjoints travaillent, chefs de familles mono-parentales, en particulier ceux et surtout celles qui ont des enfants en bas âge, gens qui doivent prendre soin de personnes malades, habitants des banlieues qui perdent un temps fou en déplacement, etc. Par contre, dans bien d’autres cas, j’ai parfois l’impression qu’on devrait davantage parler de conciliation travail-famille-loisirs…

En effet, en cette époque où on se plaint du manque de temps pour se retrouver en famille, jamais l’offre de loisirs et le temps qu’on y consacre n’ont été aussi élevés. Malgré la hausse considérable du temps qu’on passe sur Internet et qu’on consacre aux jeux vidéos, ce qui se faisait peu il y a 30 ans (convenons-en…), l’écoute de la télévision se maintient, les recettes des cinémas baissent à peine, les spectacles de musique attirent autant sinon plus de spectateurs, les terrains de golf sont toujours aussi pleins qu’avant… Seul le temps consacré à la lecture de journaux, de revues et de livres a diminué.

Évidemment, face à toutes ses possibilités de loisirs, on manque de temps si on veut tous les faire. Mais est-ce à dire qu’on n’en a pas ?

Le temps ou l’intérêt ?

Quoi de plus frustrant quand on raconte nos passe-temps favoris, comme d’écrire des billets pour des blogues, jouer à des jeux vidéos ou assister à des débats politiques (ça me prenait quand même un exemple politique pour publier ici…) et qu’un ou une smatte déclare avec une moue dédaigneuse «J’aimerais donc ça avoir le temps de faire des niaiseries comme ça MOI aussi, mais j’ai pas le temps, MOI…!». Mais, le pire, c’est quand vous entendez cette même personne discuter des mérites respectifs de Kevin et de Audrey qui se disputent le premier rang (est-ce comme ça que ça marche ?) dans la version la plus récente de Loft double… Grrrrrr…

Idem si on parle de la dernière marche de la Fête des travailleurs (tiens, un deuxième exemple politique…) : «J’aurais bien aimé y aller MOI aussi, mais, que veux-tu, je suis trop t’occupé MOI, j’ai pas le temps, MOI !». Grrrrrrrrrrrr…

Je n’ai absolument rien contre les gens qui ont des intérêts différents des miens. Mais, cela me hérisse quand ils transforment ces différences d’intérêts en question de hiérarchie dans l’importance de nos activités respectives ou qu’ils prennent l’excuse du manque de temps pour camoufler leur manque d’intérêt. Est-ce vraiment trop demander que d’espérer entendre : «Désolé, mais je préfère consacrer mon temps à autre chose» ?

Je continuerais bien ce billet passionnant, mais j’ai pu le t…. euh… je n’ai plus le goût !

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9 commentaires leave one →
  1. 21 juillet 2010 16 h 17 min

    Excellent billet!

    En ce qui concerne la famille, plusieurs ne devraient pas procréer, au lieu de faire semblant de ne pas avoir le temps de s’occuper des enfants.

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  2. koval permalink*
    23 juillet 2010 7 h 43 min

    C’est certain qu’on en connait en masse des comme ça qui ont un agenda plus important que tous les autres, ça me donne une bonne raison pour ne pas les fréquenter….

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  3. 23 juillet 2010 7 h 54 min

    J’ai pas eu le temps 😉 de surveiller les chaînes de commentaires et de bien jouer mon rôle de modérateur. Suite à certaines interventions de DG, j’ai décidé d’effacer certains commentaires et de configurer l’outil de modération.

    Je déteste censurer mais je crois qu’il est plus important d’être solidaire envers koval que d’offrir cette tribune à des élucubrations qui, finalement, me tombent sur les nerfs.

    Merci.

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  4. 23 juillet 2010 10 h 43 min

    Bon… revenons au sujet de ce billet! Vrai que j’ai pas eu le temps de le commenter lors de sa publication, alors nous y voici…

    Peut-être que le fait d’oublier la première partie de la négation, le NE, indique que la réaction de l’interlocuteur est incomplète. Peut-être qu’il veut simplement dire qu’il n’a aucune intention de prendre le temps même s’il en en a, un tant soi peu.

    Étrange comment les gens peuvent prendre le temps de connaître les moindres détails de la vie d’un artiste ou maîtriser un nombre incroyable de statistiques reliés à un sport. Mais jamais le temps pour consulter le programme d’un parti politique pour se faire une idée.

    Et quoi penser des gens qui ont pas le temps d’aller voter? Ici, nous ne sommes plus dans une contrainte de temps mais plutôt dans une décision personnelle où l’on choisit de tourner le dos à la démocratie. Lors des générales de 2008, c’est presque la moité des québécois qui n’ont pas cru bon de prendre 30 minutes pour exercer leur droit. Lors des partielles de Vachon c’est le trois-quart.

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  5. 23 juillet 2010 17 h 25 min

    @ Luto

    «Peut-être que le fait d’oublier la première partie de la négation, le NE, indique que la réaction de l’interlocuteur est incomplète.»

    Nan, c’était une blague. C’est plutôt un tic de langage, comme «ça l’a l’air» (merde, je viens de perdre un sujet de billet. le lalaïsme…). On lit et entend souvent «c’est pas vrai» (au lieu de ce n’est pas vrai) ou «c’était pas ce que je voulais».

    «Mais jamais le temps pour consulter le programme d’un parti politique pour se faire une idée.»

    J’aurais pu développer dans ce sens… Merci de le faire. Je crois d’ailleurs que c’est ce manque d’intérêt réel pour aller au fond de l’information qui explique que la démagogie, que ce soit aux États-Unis ou ici, fonctionne aussi bien. Je pense par exemple au sondage qui montre que la population canadienne est divisée à peu près moitié-moitié sur le question de rendre optionnel le questionnaire long du recensement, et que la population québécoise appuierait le gouvernement à 62 %.

    «dans une décision personnelle où l’on choisit de tourner le dos à la démocratie»

    Je crois que c’est plus complexe que cela. Pour certains, les élections ne servent à rien. Si certains ne vont pas voter par «manque de temps», un grand nombre le font (ou plutôt ne le font pas !) par conviction. Et, je n’ai pas besoin de te dire que des élections ne sont qu’une partie, importante certes, de la démocratie. Certains ne votent pas mais sont engagés dans des mouvements sociaux, eux aussi essentiels pour notre démocratie. On ne peut donc conclure à coup sûr que les jgens qui ne votent pas ont tourné le dos à la démocratie.

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  6. 31 juillet 2010 9 h 11 min

    j’ai pas le temps de lire ton aticle 🙂

    Non plus sérieusement, belle analyse et belle pensée

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  7. 3 août 2010 11 h 33 min

    Tiens, je recopie mon statut facebook ici pour le fun:
    « DT aura pas le temps de dépouiller toutes les sources pertinentes à Valence… faudra un jour étudier la raison pour laquelle les découvertes les plus intéressantes se font toujours lorsque le temps vient à manquer… »

    Et c’est même pas un abus de l’expression. C’est un calcul en fonction de mon rythme de travail et des heures disponibles d’ici mon départ.

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  8. 3 août 2010 12 h 12 min

    «Et c’est même pas un abus de l’expression. »

    J’ai pris bien soin au début du billet de mentionner que cela existe, manquer de temps, même si j’ai pris un exemple extrême. C’est son abus qui m’indispose ainsi que son utilisation pour camoufler un manque d’intérêt.

    Sérieusement, même au boulot, j’utilise rarement cette expression. Je préfère dire que tout ce que je fais en surplus est au détriment d’autre chose et qu’il faut bien s’assurer que le boulot qui me fait tasser l’autre chose en vaut la peine.

    Par ailleurs, tu as sauté deux fois les «ne» de tes négations ! 😉

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  9. 3 août 2010 14 h 00 min

    « J’ai pris bien soin au début du billet de mentionner que cela existe, manquer de temps, même si j’ai pris un exemple extrême. »

    C’est à ça que je faisais référence.

    « Par ailleurs, tu as sauté deux fois les «ne» de tes négations ! 😉 »

    nananana!

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