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La lecture

18 août 2010

Par Darwin – Face à la concurrence avec les autres activités récréatives (télévision, spectacles, sports et loisirs, Internet, jeux vidéo, etc.), on s’inquiète de plus en plus de baisse de la lecture de livres chez les jeunes, surtout chez les garçons. Même si les données datent un peu, on peut en effet constater que, si la lecture a augmenté chez les personnes âgées de 55 ans et plus entre 1994 et 2004 (sûrement en raison de la hausse de leur niveau de scolarité), elle est demeurée assez stable chez celles âgées de 25 à 54 ans et a diminué chez les jeunes. La lecture de quotidiens, de revues et de magazines a, elle, diminué dans tous les groupes d’âge. Il serait plus qu’étonnant que ces tendances se soient inversées depuis.

Les principales inquiétudes à ce sujet sont de deux ordres : la baisse de lecture nuirait à la réussite scolaire et les activités qui la remplace (ou la concurrence) sont bien moins enrichissantes.

Lecture et réussite scolaire

Il est de notoriété publique qu’il y a un lien très net entre le temps consacré à la lecture et la réussite scolaire. Vraiment ?

Le tableau 2.2 à la page 67 du rapport sur le Programme international des acquis des élèves (PISA) de 2000 nous montre que, en effet, les résultats en lecture augmentent fortement chez les jeunes qui lisent jusqu’à une heure et même deux heures par jour pour le plaisir, mais qu’il diminuent s’ils lisent plus. La corrélation est bien nette.

Par contre, le tableau 2.9 de la page 74 du même document nous montre que, quand on regarde les résultats en tenant compte de plusieurs facteurs simultanément, ce n’est pas le temps consacré à la lecture qui explique les meilleurs résultats, mais le plaisir de lire ! Le temps consacré à la lecture n’a au mieux aucun impact et au pire un faible impact négatif (indiqué par la mention « -f ») dans quelques pays !

Le plaisir de lire, lui, a un impact positif variant de faible (f) à moyen (m) dans presque tous les pays et provinces, non seulement dans les résultats en lecture, mais aussi dans ceux en mathématiques et en sciences ! Ces résultats devraient faire réfléchir les tenants de l’imposition de la lecture de classiques (Camus, Kafka, etc.) au détriment de livres plus populaires (Twilight, Harry Potter, etc.) dans le débat sur les oeuvres que les enseignants proposent de faire lire dans nos écoles et cégeps.

Enrichissant, lire un livre ?

Mais, au-delà de la question de la réussite scolaire, je trouve qu’il y a un certain élitisme un peu fatigant dans l’apologie de la lecture et le dénigrement des autres activités récréatives. Et c’est un lecteur boulimique qui écrit cela !

Lire = bien, regarder la télé, jouer à des jeux vidéos et passer son temps sur un blogue = mal…

On met en comparaison une lecture bien enrichissante et une télé débilitante. Bon, il y a de cela, je n’ai jamais regardé de téléréalité, mais ce que je lis n’est pas toujours beaucoup plus enrichissant. Parfois oui, mais en général, c’est un divertissement agréable, point. En fait, que lit-on au Québec ?

En 2007, le livre le plus vendu au Québec fut… Le secret ! Enrichissant, ça ? Un livre qui ne peut que contribuer à nous faire avancer en arrière… En deuxième, Harry Potter. J’ai adoré, mais bon, je ne vois pas en quoi lire Harry Potter enrichit plus que de regarder un bon film à la télé… Et en troisième position, un livre qui risque davantage d’enrichir notre tour de taille que notre cerveau, Pasta et cetera à la di Stasio (excellent cadeau de Noël !).

En 2008, les quatre livres qui se sont vendus le plus étaient des romans, suivis d’un autre livre de cuisine. Deux de ces quatre livres faisaient partie de la trilogie Millenium, trilogie que j’ai aussi adorée. Mais, bon, cette lecture est loin de m’avoir enrichi autant que lorsque j’ai écouté un documentaire sur les inventions de l’antiquité chinoise au canal Historia (excellent documentaire, au demeurant…)

En 2009, ce fut l’année Twilight, dont les bouquins ont raflé trois des quatre premières positions. Je ne les ai pas lus, mais même ma conjointe s’est écœurée avant la fin… J’accorde une mention spéciale à L’énigme du retour de Dany Laferrière qui a pris la troisième position. Même si je n’ai pas aimé ce livre autant que les critiques (moi, la poésie…), je reconnais que ce bouquin permet de saisir un peu mieux la culture haïtienne et m’a enrichi d’une certaine façon.

Bref, on lit comme on regarde la télé, va au cinéma ou navigue sur Internet : on cherche en premier lieu à se divertir, pas à s’enrichir… Et c’est bien ainsi !

Alors…

J’aurais pu continuer ce billet en parlant entre autres des activités de nos jeunes sur Internet, sur les aptitudes qu’ils développent en clavardant, même s’il y font bien des fautes de français, mais bon, j’ai un polar à finir, moi !

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11 commentaires leave one →
  1. 19 août 2010 7 h 44 min

    Excellent billet. Avec les enfants, il faut tout simplement trouver (ou imposer…) un certain équilibre entre la cathode et le papier… Et pour ceux que ce sujet intéresse… le dernier numéro de Québec Science présente un dossier fort bien documenté sur le sujet… En voici un extrait:

    Il n’y a plus de doute: la télévision en bas âge nuit à l’acquisition du langage et au développement psychomoteur. En France et aux Etats-Unis, on recommande d’éviter les écrans avant l’âge de deux ou trois ans. Mais rien au Québec…

    Depuis sa mise en ondes, en 2008, la chaîne de télévision française Baby First a l’obligation de diffuser un message d’avertissement: «Regarder la télévision peut freiner le développement des enfants de moins de trois ans, même lorsqu’il s’agit de chaînes qui s’adressent spécifiquement à eux.» Les parents savent à quoi s’en tenir!

    C’est le pédopsychiatre Serge Tisseron, grand spécialiste de l’effet des écrans sur les enfants, qui a fait pression sur le gouvernement français pour qu’il diffuse ce message de santé publique. Il n’a cependant pas obtenu le retrait du permis de diffusion de cette chaîne destinée aux tout-petits! «Il n’y a plus de doute: la télévision en bas âge nuit à l’acquisition du langage et au développement psychomoteur», souligne le pédopsychiatre qui a reçu l’appui de presque toutes les associations françaises de professionnels de la petite enfance. Aux États-Unis, l’Académie de pédiatrie recommande elle aussi d’éviter les écrans avant l’âge de deux ans. Mais rien au Québec, même si l’offre télévisuelle continue d’augmenter. Après VRAK.TV et Télétoon (qui diffuse 24 heures sur 24), la toute nouvelle chaîne Yoopa cible désormais spécifiquement les jeunes enfants. «Les diffuseurs prétendent s’adresser aux petits de deux ans à six ans, mais c’est de l’hypocrisie, estime Serge Tisseron. On sait que les enfants sont assis devant la télé bien avant cet âge.» Et ce n’est que le premier écran qui entre dans leur vie… Ils grandiront ensuite avec la Wii et la Nintendo DS; ils enverront des textos, passeront des heures sur YouTube et communiqueront grâce à Facebook ou, plus vraisemblablement, grâce à des interfaces qui n’ont pas encore été développées.

    Le spécialiste n’a rien contre ces technologies: il blogue et il s’adonne lui-même aux jeux vidéo en ligne. Il s’enthousiasme des possibilités offertes aux jeunes d’aujourd’hui: parler par webcam à sa maman en voyage d’affaires ou accéder aux connaissances de l’humanité en un clic de souris. «Mais pour bien profiter des écrans, il ne faut pas les introduire trop tôt, ni les introduire n’importe comment», dit-il.

    Bombardé d’images depuis le berceau, le cerveau d’un enfant d’aujourd’hui est assurément différent de celui de ses parents au même âge. «Nous savons maintenant que toute expérience modifie le cerveau humain. Le contact avec les médias électroniques ne fait pas exception», dit le psychiatre Norman Doidge, qui partage son temps entre l’université de Toronto et l’université Columbia, à New York.

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  2. jack permalink
    19 août 2010 10 h 46 min

    Je partage entièrement votre point de vue.

    Il faut toujours faire attention aux corrélations. Comme vous le dites: « les résultats en lecture augmentent fortement chez les jeunes qui lisent jusqu’à une heure et même deux heures par jour pour le plaisir, mais qu’il diminuent s’ils lisent plus. La corrélation est bien nette. »

    Et comme vous le démontrez, cette corrélation évidente n’est pas une preuve de causalité. De fait, comme vous y faites allusion, ces deux variables pourraient être deux conséquences d’une même cause: l’amour de la lecture.

    Qu’est-ce qui explique quoi? Est-ce parce qu’on a du plaisir à lire qu’on devient bon à l’école? Ou serait-ce parce qu’on est bon à l’école qu’on a du plaisir à lire? Quelle est la cause et quel est l’effet? Et y a-t-il un effet boule de neige: l’effet devenant la cause?

    La réalité est fort complexe. Et la durée du jour est toujours 24h. Si on continue à travailler et à dormir, si on veut utiliser internet de plus en plus, il faut sacrifier autre chose. Les médias imprimés en souffrent. Doit-on le regretter? Je ne le crois pas.

    Une certaine élite voudrait bien qu’on soit cultivés (et selon leur définition de la culture).

    Peut-être certains d’entre eux auraient avantage à lire jeanneemard plutôt que L’Avare ou Les Belles-Soeurs.

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  3. 19 août 2010 18 h 01 min

    @ Luto

    «le dernier numéro de Québec Science présente un dossier fort bien documenté sur le sujet»

    Cet extrait complète bien mon billet, même s’il le contredit un peu ! Tant mieux, il faut toujours nuancer ses propos. le problème avec les jeunes enfants est qu’ils ne lisent pas vraiment… Ils adorent par contre quand on leur lit des bouquins !

    @ Jack

    «Peut-être certains d’entre eux auraient avantage à lire jeanneemard plutôt que L’Avare ou Les Belles-Soeurs.»

    Luto et moi allons rougir… 🙂

    «Quelle est la cause et quel est l’effet?»

    C’est toujours la réponse ;la plus difficile à trouver. Quelqu’un qui déteste lire ne se mettra pas à aimer cela si on le force !

    Ça me rappelle les bonzes de la réforme qui ont éliminé le redoublement parce qu’ils avaient vu une corrélation entre le redoublement et la non obtention du DES. Ils pensaient que le redoublement était la cause…

    «Une certaine élite voudrait bien qu’on soit cultivés (et selon leur définition de la culture).»

    Oui, mais je crois qu’en même temps, ces gens sont fiers de se dégager de ce qu’ils considèrent comme la vile populace et qu’ils n’aimeraient peut-être pas cela si tout le monde était aussi «cultivés» qu’eux, car ils ne pourraient plus regarder les autres de haut et se considérer comme une élite…

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  4. 20 août 2010 2 h 27 min

    « deux de ces quatre livres faisaient partie de la trilogie Millenium, trilogie que j’ai aussi adorée. Mais, bon, cette lecture est loin de m’avoir enrichi autant que lorsque j’ai écouté un documentaire sur les inventions de l’antiquité chinoise au canal Historia (excellent documentaire, au demeurant…) »

    ce n’est pas exactement comparer le comparable avec le comparable…
    puisque tu as choisi la popularité comme critère de sélection des livres, pourquoi ne pas comparer Millenium avec les émissions de télé les plus populaires? 😉

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  5. 20 août 2010 6 h 37 min

    @ Déréglé

    «ce n’est pas exactement comparer le comparable avec le comparable…»

    Je le sais bien, et c’est l’objectif de cette comparaison !

    Je commence cette section par : «On met en comparaison une lecture bien enrichissante et une télé débilitante. ». Je montre justement le fait que ce type de comparaison est injuste en faisant exactement le contraire !

    Au bout du compte, la lecture la plus populaire n’est pas meilleure que la télé populaire, et la lecture enrichissante ne l’est guère plus que la télé enrichissante. J’aurais en effet pu ajouter un paragraphe pour écrire cela. Cela me semblait clair et mes cobayes ont aussi bien compris…

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  6. 20 août 2010 18 h 25 min

    « Au bout du compte, la lecture la plus populaire n’est pas meilleure que la télé populaire, et la lecture enrichissante ne l’est guère plus que la télé enrichissante.  »

    Justement, je doute que Millenium soit égal, du point de vue de l’enrichissement, à Occupation double.

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  7. 20 août 2010 21 h 34 min

    «Justement, je doute que Millenium soit égal, du point de vue de l’enrichissement, à Occupation double.»

    Je ne pense pas que Occupation double ait dominé les cotes d’écoute… Si oui, je trouve ça encore moins nocif que Le secret… Ça, c’est carrément du désenrichissement !

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  8. 20 août 2010 22 h 27 min

    Ouais, pour le Secret, je peux te l’accorder.

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  9. 24 avril 2016 0 h 03 min

    Et ça empire…

    « Outre les recettes, l’acheteur de livres, ici, a faim de guides de l’auto, de guides sur la santé et le contrôle du poids. Et de romans très grand public. Sommes-nous ce que nous lisons ?»

    http://www.ledevoir.com/culture/livres/468986/livres-que-disent-de-nous-les-livres-que-nous-achetons

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