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L’illusion malhabile

6 novembre 2010

Par lutopium – Entre vous et moi, quels auraient été les résultats des élections de mi-mandat de mardi dernier si les américains avaient préféré John McCain à Barack Obama lors des présidentielles de novembre 2008 ? Est-ce que le Tea Party serait monté au front pour appuyer le Parti Démocrate qui aurait sans doute dénoncé l’incapacité du président à relancer l’économie suite à une des pires crises économiques des 100 dernières années ? Est-ce qu’un Congrès contrôlé par les forces conservatrices aurait fait mieux ou pire ? Si les conservateurs purs et durs – incluant bien sur au passage ceux qui se prétendent libertariens – insistent pour que l’économie soit laissée à elle-même, quel serait le taux de chômage actuel aux États-Unis ?

«  Selon Hayek, la crise et le chômage sont des phénomènes naturels qui se résorbent seuls afin de parvenir à un nouvel équilibre. La seule façon de lutter contre le chômage consiste à ne pas utiliser de stimulants artificiels — que ce soit au cours de la crise ou après —, mais de laisser au temps le soin d’opérer une guérison durable par le lent processus d’adaptation de la structure de production aux moyens disponibles pour la formation du capital. En effet, chez Hayek, les défauts de coordination peuvent être dépassés grâce à l’intervention de deux mécanismes de coordination parfaite, à savoir le système de prix et la concurrence. » – Abdallah Zouache, chercheur au CNRS

Évidemment, les épouvantails de la droite québécoise tentent de nous faire croire que nos voisins du sud s’opposent aux idées progressistes et qu’ils ont enfin affaibli Obama le socialiste. Il est de bonne guerre d’interpréter les résultats de cette élection et de prétendre que les citoyens, gonflés à bloc par une colère immesurable, ont envoyé un message à Washington. Selon certains, voilà que les américains exigent la réduction de l’état à son strict minimum (et vive le budget militaire de 661 milliards) et la primauté de l’entreprise privée dans la prestation des services. Elle fait beaucoup mieux nous dit-on. Surtout lorsque les règles du jeu sont amincies, voire inexistantes. Mais qu’est-ce qu’aurait donc fait un John McCain, voire une Sarah Palin, pour faire mieux que Barack Obama ? Aurait-on déjà oublié que la crise économique a débuté sous le règne de George W. Bush et que le plan de relance a été lancé avant l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche ?

Selon plusieurs analystes, bien des progressistes ne sont pas allé voter mardi dernier parce qu’Obama a donné l’impression de jouer le jeu de Wall Street ou, du moins, y a été forcé, si on considère les forces en présence au sein du Parti Démocrate. Il me semblait évident à l’époque qu’Obama avait fait un pacte avec l’establishment de son parti. Le plus jeune président de l’histoire des États-Unis ne s’est pas vraiment imposé au Pentagone – l’hôtel Guantanamo est encore en affaires, 50,000 soldats sont toujours en Irak et la situation en Afghanistan et au Pakistan demeure instable… Même s’il s’est efforcé de projeter l’image d’un président qui était au-dessus des ambitions des requins de Wall Street, il semble maintenant impuissant devant l’élite financière qui, en bout de compte, finance les activités de son parti… En perdant la majorité à la Chambre des Représentants, toute réforme importante de la réglementation de cette industrie est maintenant vouée à l’échec.

Obama le socialiste

Comme le mentionnait le sénateur du Colorado Michael Bennet lors de son récent passage à l’émission Hardball, la campagne de peur des républicains et des teapartiers a bien fonctionné. En tentant de faire croire que le projet de réforme de l’assurance-maladie relevait du socialisme et que des gens allaient mourir si l’état prenait une plus grande place dans le financement des soins de santé, les républicains ont diabolisé Barack Obama tout en le blâmant directement pour les dérapages du monde financier et de la situation actuelle de l’économie américaine. Mais pour le sénateur, le problème le plus important pour les américains c’est le système d’éducation. Alors que la droite prône le laissez-faire et le libre-marché, moins de 10% des enfants issus de familles pauvres terminent leurs études collégiales. Tout en investissant dans son système d’éducation publique, l’Amérique doit diversifier ses activités économiques. « Comment expliquer que les chinois ont réussi, en moins de sept ans, à exporter des panneaux solaires pour une valeur de 35 milliards de dollars par année alors que les américains sont pratiquement absents de cette industrie et ce, même s’ils l’ont inventée dans les années 70 ? » conclut le jeune sénateur de 45 ans. Suite à l’obstruction systématique des républicains au cours des derniers mois et à l’arrivée de certains teapartiers qui remettent en question la problématique du réchauffement climatique, comment pourrait-on espérer que les États-Unis participent à la conception et la fabrication de sources d’énergies alternatives ?

N’ayez crainte, la droite canadienne et québécoise utilisera le même stratagème. Et c’est d’ailleurs commencé… Pour eux, tout politicien ou journaliste qui n’adhère pas aux idées pseudo-libertariennes est automatiquement un gauchiste, un socialiste, voire un tyran ! Tous les problèmes que nous connaissons aujourd’hui ont été causés par des gouvernements de gauche contrôlés par les syndicats. Et comme le dit si bien Gérard Deltell : exploitons toutes nos ressources naturelles au plus sacrant !

Le défi

Les deux prochaines années risquent d’être extrêmement pénibles pour Barack Obama. En contrôlant la Chambre des Représentants, il est fort à parier que les républicains continueront de bloquer toute mesure réformatrice et maintiendront le même discours qui vise à diaboliser le président. Leur objectif est clair et précis : s’assurer que l’électorat américain blâme le président et les démocrates pour la mauvaise performance économique du pays, un taux de chômage inacceptable et un appareil gouvernemental déficient. Le travail des sénateurs et représentants républicains sera d’assurer une victoire lors des élections présidentielles de 2012.

À moins que les démocrates aient compris le message et qu’ils s’efforcent de retisser les liens entre les électeurs progressistes et la Maison Blanche. Souvenons-nous que ces liens étaient extrêmement forts lors de la campagne à l’investiture (primaries) de Barack Obama en 2008. Comme le faisait remarquer Michael Moore cette semaine (voir vidéo ci-dessous), les communications entre le président et les militants ont immédiatement arrêté après la soirée des élections de novembre 2008. Pendant de nombreux mois, les militants et les sympathisants recevaient un message du candidat à chaque jour. Depuis, le lien entre les américains et leur président se résume à ses apparitions à la télévision, où le représentant du peuple projette maintenant l’image d’un intellectuel, s’efforçant de lire des discours bien fignolés. Le lien s’est effrité.

On pourrait également croire que les teapartiers sèmeront la pagaille au sein du Parti Républicain, facilitant la tâche des démocrates lors des prochaines élections présidentielles. C’est possible. Si on se fie à l’impact du Réseau Liberté-Québec sur l’Action Démocratique, qui contribuera probablement au décès de cette dernière, on pourrait croire que Sarah Palin et sa gang rendront les choses un peu plus difficiles pour les républicains…

13 commentaires leave one →
  1. 6 novembre 2010 11 h 13 min

    Excellent portrait de la situation.

    Michael Moore a soulevé de bons points, d’ailleurs partagés par bien des analystes : Obama a cessé d’être un démocrate au pouvoir se voyant plutôt comme un arbitre tentant d’amadouer les démocrates et les républicains. Il a ainsi perdu une bonne partie de son appui populaire pour un pari qui était voué à l’échec dès le départ.

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  2. Blink permalink
    6 novembre 2010 23 h 41 min

    Salut Luto

    C’est pas pour être « picosseux », mais y’a comme une faute qui m’a sauté au visage au tout début du texte…

    « Entre vous et moi, quels auraient été les résultats des élections de mi-mandat de mardi dernier si les américains auraient… »

    C’est « si les américains AVAIENT… »

    Tu pourras effacer mon commentaire si tu veux

    Amicalement

    Blink

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  3. 7 novembre 2010 7 h 21 min

    @Darwin, merci! J’aime bien les interventions d’un Michael Moore… Tout en étant un activiste politique progressiste, il sait comment prendre ses distances et demeurer critique. Rappelons-nous qu’il a appuyé Barack Obama à la dernière minute lors de la campagne à l’nvestiture de 2008 (primaries), ses convictions étant beaucoup plus proches de celles d’un Dennis Kucinich. D’ailleurs, ce dernier était en faveur d’un système de santé entièrement public.

    @Blink, merci – c’est corrigé! Je me suis donné quelques coups de fouet.

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  4. koval permalink*
    7 novembre 2010 8 h 07 min

    Quelqu’un m’a filé cet article d’une candidat au Nobel de la paix qui tente de faire un peu la même chose que toi….Ça dit grosso-modo « Républicains Démocrate, bonnet blanc, blanc bonnet ». Remarque, je suis plus d’accord avec ton point de vue.

    http://english.aljazeera.net/indepth/opinion/2010/10/2010103175555761506.html

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  5. 7 novembre 2010 8 h 18 min

    Quelques perles noires, trouvées sur la toile…

    Historiquement, les politiciens ont toujours joué au père Noël. Mais ce temps est révolu, dit Éric Duhaime, cofondateur du Réseau Liberté Québec, un mouvement citoyen qui prône plus de liberté de choix et de responsabilité individuelle. « C’est le fun être un père Noël, donner des cadeaux et recevoir des becs de tout le monde. Mais le prochain type de politicien qu’on a besoin, au Québec et ailleurs, c’est un huissier. Un gars qui va défoncer des portes, casser des jambes et aller chercher des chèques. »

    « Les Américains voulaient un rédempteur, ils ont élu un imposteur. Ils voulaient sauver leur économie, leur président l’a mutilée. Ils voulaient se sortir de la crise, Washington les y a enfoncés. L’élection de mardi représentait bien plus qu’un bras de fer entre les partis démocrate et républicain. C’était un affrontement entre l’idéologie socialiste et les valeurs américaines, entre la tyrannie et la liberté. » Nathalie Elgrably, Institut Économique de Montréal

    « …Justement, on peut bien diriger un tollé de critiques envers ces penseurs et acteurs de la droite québécoise, mais ces derniers possèdent toutefois le mérite de proposer des solutions précises, réfléchies et largement documentées. Il existe un véritable consensus à droite sur les problèmes et les mesures à entreprendre pour s’y attaquer. Qui plus est, ce consensus semble substantiellement appuyé par l’opinion publique, laquelle se dit ouverte à l’émergence d’un nouveau parti politique de centre droit dans la province. Pendant que les instances de gauche plafonnent ou même dégringolent en termes d’appuis populaires, pensons à la stagnation de Québec solidaire dans les intentions de vote ou au faible soutien de la population à l’égard des revendications du front commun syndical, les idées dites de droite séduisent de plus en plus l’électorat. » Emmanuel Choquette, chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

    Les élections de la chambre des représentants et du Sénat des États-Unis mardi confirmeront une évidence: la droite nord-américaine reprend des forces. Le plus rafraichissant: l’apparition des candidat du Tea Party . Dédié à la responsabilité fiscale et au respect de la constitution, ces candidats sont des souvent des gens comme vous et moi et non des politiciens de carrière. Ils ramènent aux urnes des gens qui étaient désabusés de la politique. Quoique ridiculisés par la presse québécoise, ces gens recueillent beaucoup d’appui et les sondages en font foi.

    Il est difficile de ne pas faire le parallèle entre l’arrivée ici du Réseau Liberté-Québec, les promesses que le futur mouvement de François Legault laisse entrevoir et ces mouvements outre-frontière. Mieux, le discours de Maxime Bernier qui dit qu’il faut que le Canada respecte sa constitution et que le gouvernement soit responsable fiscalement, fait de lui un ”Teapartier” québécois ! Pierre Langlois, blogueur

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  6. 7 novembre 2010 8 h 38 min

    @koval, merci pour le lien… Très bon article de Mme Sheehan. Verra-t-on, comme le suggère Michael Moore, l’apparition d’un troisième parti qui se réappropriera les valeurs progressistes? La gauche est bel et bien vivante aux États-Unis mais elle vit dans l’ombre. Si tous les activistes progressistes, appuyés par les médias alternatifs (The Nation, Democracy Now!, NPR, et autres) et, qui sait, les chroniqueurs du « primetime » à MSNBC (Matthews, Olbermann, Maddow, O’Donnell) et un Michael Moore qui sait comment rejoindre les gens; on pourrait croire que c’est possible!

    Reste la question de l’argent…

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  7. 7 novembre 2010 9 h 46 min

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  8. 7 novembre 2010 11 h 03 min

    «Quelques perles noires, trouvées sur la toile…»

    Merci d’éplucher ça pour nous, je n’aurai jamais ta patience pour lire ces gens.

    «le discours de Maxime Bernier (…) fait de lui un ”Teapartier” »

    Je suis d’accord ! Mais, l’auteur disait cela comme si c’était un compliment, pas moi !

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  9. 7 novembre 2010 11 h 14 min

    En fait, le blogueur se contredit et ne semble pas connaître les candidats du Tea Party qui se sont présentés aux élections de mi-mandat. Ce sont loin d’être « des gens comme vous et moi et non des politiciens de carrière »…

    D’ailleurs, on ne pourrait affirmer que Maxime Bernier n’est pas un politicien de carrière! Éric Duhaime non plus, ayant passé toute sa vie comme conseiller politique (Bloc Québécois, Reform Party et ADQ)…

    C’est n’importe quoi! Et il faut dénoncer cette supercherie!

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  10. koval permalink*
    7 novembre 2010 11 h 15 min

    Darwin, le pire, c’est ce ce bout là…en parlant des Teapartiers,il dit:

    « ces candidats sont des souvent des gens comme vous et moi »…

    Cela insulte plusieurs personnes!

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  11. 7 novembre 2010 11 h 37 min

    «“ces candidats sont des souvent des gens comme vous et moi”…»

    Moi, ce qui me fâche avec cette expression, c’est l’amalgame qui en résulte : il y a les politiciens d’un côté, des gens anormaux, et les gens normaux de l’autre, qui sont tous semblables, bien sûr…

    J’ai toujours trouvé ahurissant que des politiciens puissent faire carrière en disant qu’ils ne sont pas des politiciens de carrière !

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  12. koval permalink*
    7 novembre 2010 12 h 48 min

    Bah! Que veux-tu Darwin, dans l’utopie du monde de la libââârté, y’a rien comme le vrâ monde lorsqu’il s’agit de vertus…

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  13. 7 novembre 2010 20 h 04 min

    Quand on se regarde, on se désole !

    Quand on se compare, on se console.

    Ne le prenez pas personnel.

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