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Jeanne express – De l’État-providence à l’État-pénitence

22 septembre 2011

Dans son livre La dissociété, auquel j’ai déjà consacré deux billets, Affamer la bête ou la récupérer? et La dissociété, Jacques Généreux mentionne que le néolibéralisme n’entraîne pas seulement la dissociation entre les aspirations de l’être humain à «être soi, pour soi» et à «être avec et pour autrui», mais aussi le passage de l’État-providence à l’État-pénitence.

Cela pourrait sembler être un jeu de mot facile s’il ne correspondait pas autant à la réalité… On peut en effet constater que le taux d’incarcération aux États-Unis dans les prisons sous la juridiction des états et du fédéral est demeuré à environ 100 personnes emprisonnées sur 100 000 entre 1925 et 1975, a monté un peu entre 1975 et 1981, puis a grimpé en flèche par la suite pour atteindre 500 en 2009! Et cela ne tient pas compte des gens emprisonnés dans des prisons de juridictions inférieures, car le taux global a plutôt atteint 743 cette même année! Ce taux était en 2010 de 141 au Canada et de 72 au Québec, soit 10 fois moins qu’aux États-Unis!

Que s’est-il passé aux États-Unis vers 1980 pour expliquer cette croissance époustouflante? Eh oui, l’élection de Ronald Reagan, le rejet du modèle keynésien et l’adoption du néolibéralisme. Un hasard? Rappelons que ce modèle rejette toute responsabilité sociale aux comportements des citoyens, considérant au contraire que la situation d’une personne dépend en premier lieu de sa responsabilité individuelle. Cette «philosophie» ne justifie pas pour ses porte-étendards seulement la diminution des interventions sociales de l’État, mais l’imposition de peines plus élevés pour les citoyens qui sont responsables et seuls responsables de leurs actes. Résultat? On passe de l’État-providence à l’État-pénitence… On voit bien que l’expression de Généreux est bien plus qu’un slogan ou qu’un jeu de mot.

Et que voit-on surgir au Canada avec le gouvernement le plus néolibéral de son histoire? Le durcissement des peines, la privatisation des fonctions de l’État et la diminution des services publics

15 commentaires leave one →
  1. 22 septembre 2011 17 h 46 min

    Comme quoi la prise d’otage de l’ambassade américaine en Iran a causé pratiquement plus d’impact sur le monde occidental que le 11 septembre 2001.

    Cela a ouvert la porte à Reagan et aux politiques néolibérales.

    L’amour propre, c’est tout, sauf propre!

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  2. 22 septembre 2011 18 h 24 min

    @ Benton

    «Comme quoi la prise d’otage de l’ambassade américaine en Iran a causé pratiquement plus d’impact sur le monde occidental que le 11 septembre 2001.»

    Je n’avais jamais fait ce lien, et encore moins cette comparaison, mais elle est assez juste. Mais, que ce serait-il passé sans cet incident? L’élection de Reagan est aussi due (davantage?) aux crises du pétrole et à la stagflation qui en a résulté. Et, c’est cette stagflation qui explique la phobie de pleins d’économistes et dirigeants des banques centrales sur l’inflation…

    Cela dit, c’est toujours intéressant de lier ainsi des événements.

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  3. 22 septembre 2011 19 h 36 min

    Très tristes les nouvelles ces temps-ci….coupures, corruption répression déportation,…déprimant….

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  4. 22 septembre 2011 19 h 48 min

    Ceci me choque pas mal, ça a plus ou moins rapport avec le sujet mais bon, on peut ranger ça dans les actes dissociétales… ce silence inquiétant de Harper en plus, il y a vraiment une odeur de merde en ce début d’automne et ça ne vient pas des étendeurs à fumier….

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201109/22/01-4450157-vote-des-tunisiens-la-decision-du-gouvernement-harper-critiquee.php

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  5. 22 septembre 2011 20 h 15 min

    «ça a plus ou moins rapport avec le sujet»

    Ça fait partie de l’ensemble de l’oeuvre…

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  6. 22 septembre 2011 21 h 16 min

    Je crois que Ford a payé pour la crise du pétrole et que Carter a été le président le plus improbable de l’histoire américaine. (Personnellement, je crois qu’il a sans doute été l’un des meilleurs présidents depuis 50 ans)

    Malgré la stagflation qui en suivit, Carter a toute même dominé les sondage contre Reagan… jusqu’à une semaine avant les élections… suite a un débat télévisé entre Carter et Reagan, débat que Carter avait toujours refusé auparavant.

    La majorité du débat a tournée autour de la crise d’otage et de la prolifération des armes nucléaires.
    Reagan a réussi a faire passer son message que Carter, un homme de conciliation (Israël/Égypte) n’était pas la personne en mesure de faire face à la prise d’otage et a l’invasion de l’Afghanistan par les soviétique.

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  7. 22 septembre 2011 21 h 20 min

    @ Benton

    «suite a un débat télévisé entre Carter et Reagan,»

    Je me souviens vaguement de ça. Je ne suivais pas beaucoup la politique des États-Unis à l’époque. Je me souviens bien sûr de la faillite de la libération des otages. Comme si un président pouvait la faire réussir quand ses troupes l’ont mal planifiée…

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  8. 22 septembre 2011 21 h 40 min

    À l’époque, Reagan passait encore pour un acteur de série B auprès de bien des américains. Ce débat télévisé a eu autant d’influence que celui entre Kennedy et Nixon.

    Reagan y est apparu comme l’homme qui pouvait ramener la grandeur des États-Unis dans le monde et que l’on en étaient plus aux compromis et à la conciliation.

    Pour l’histoire, Reagan a fait la citation qui prime à bord semble la moins pertinente du débat mais qui révèle rétroactivement ce que les américains recherchaient:
    « Vous savez, j’ai déjà tourné avec John Wayne »

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  9. 22 septembre 2011 21 h 55 min

    «À l’époque, Reagan passait encore pour un acteur de série B auprès de bien des américains.»

    Ça aussi, je m’en souviens

    Un autre exemple de privatisations :

    «Les frais de consultants à Ottawa sont passés de 900 millions de dollars sous les libéraux, en 2005-2006, à 1,797 milliard de dollars sous les conservateurs en 2010-2011, rien qu’au ministère des Travaux publics»

    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201109/21/01-4450070-ministere-des-travaux-publics-les-frais-de-consultants-ont-double-depuis-2005-2006.php

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  10. the Ubbergeek permalink
    22 septembre 2011 22 h 27 min

    John Wayne était un hollywoodien de droite, et très – il est le le *seul* qui a fais un film proVietnam, Les Bérêts Verts…

    On lui a donné des ambitions d’entrer dans la politique, j’oui-dire.

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  11. 22 septembre 2011 22 h 50 min

    Ce n’est pas pour rien que les conservateurs veulent « privatiser » le financement des partis.

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  12. 22 septembre 2011 23 h 07 min

    «Ce n’est pas pour rien que les conservateurs veulent « privatiser » le financement des partis.»

    C’est bizarre, ils ne parlent pas d’enlever la déduction d’impôt de 75 % pour les premiers 400$ de dons aux partis… Pourtant, ils disent que l’État n’a rien à faire dans le financement des partis politiques!

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  13. 22 septembre 2011 23 h 19 min

    Faut bien encourager les citoyens qui croient tellement fort a l’idéologie qu’un parti qu’ils sont près a donner $400 et même plus à un parti.

    Aussi, c’est le même problème avec les fondations « privés » qui reçoivent des déductions d’impôts aussi bien que pour venir en aide aux maladies infantiles, à l’Institut Économique de Montréal ou a envoyer un milliardaire dans l’espace!

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  14. 22 septembre 2011 23 h 28 min

    «Aussi, c’est le même problème avec les fondations « privés » qui reçoivent des déductions d’impôts aussi bien que pour venir en aide aux maladies infantiles, à l’Institut Économique de Montréal ou a envoyer un milliardaire dans l’espace!»

    Ce n’est qu’une goutte (hahaha…) comparé aux dons aux établissements religieux!

    https://jeanneemard.wordpress.com/2010/12/10/les-quebecois-et-la-charite/

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  15. 23 avril 2012 17 h 33 min

    Le dernier billet de Jean-François Lisée, Prisons: l’exemple américain, montre un graphique qui correspond à celui dont je parlais au début de ce billet:

    http://www2.lactualite.com/jean-francois-lisee/prisons-lexemple-americain/12508/

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