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La planification écologique

26 septembre 2011

En politique et en économie, la planification est souvent associée aux fameux plans quinquennaux des régimes dits communistes de l’URSS, tellement que parler de planification économique est devenu tabou très difficile et presque synonyme de communisme archaïque.

Pourtant… tout le monde planifie! Que ce soit les entreprises privées avec leurs plans d’affaires ou les gouvernements de droite qui présentent eux aussi des budgets, parfois même des plans d’immigration (pour la réduire) ou d’immobilisation (avec de plus en plus de PPP…)!

Le problème n’est pas de planifier, mais de le faire sans garder de souplesse et de tenter de planifier chaque détail. À force de critiquer la planification, on risque de se retrouver avec un seul planificateur, la main invisible!

Comme le dit bien Wikipédia, «Dans le domaine socio-économique, la main invisible évoque l’idée que des actions guidées par notre seul intérêt personnel peuvent contribuer à la richesse et au bien-être commun.». Elle l’évoque peut-être, mais elle ne fait ni l’un ni l’autre.

Planification écologique

Parmi les domaines où il ne faut surtout pas laisser la main invisible déterminer notre avenir, le plus patent est la protection de l’environnement. Comme je l’ai déjà mentionné dans un vieux billet, Rationner rationnellement, «Le marché ne peut que réagir, il ne peut prévenir.».

Dans L’autre société, Jacques Généreux mentionne que si on veut vraiment diminuer notre empreinte écologique, qui est de trois à cinq fois trop élevé dans les pays industrialisés par rapport à ce que la planète peut nous fournir, on ne peut pas compter sur les marchés.

«Relever ce défi suppose de réorienter massivement la recherche industrielle, de la quête perpétuelle de nouveaux produits de consommation vers celles des économies d’énergies, des énergies nouvelles, des techniques de recyclage et de traitement des déchets, etc. Il faut aussi programmer la décroissance régulière des consommations de biens matériels, et assurer en même temps le plein emploi par la croissance des services collectifs améliorant la qualité de vie (encadrement de la jeunesse, éducation, formation continue, santé, assistance aux personnes dépendantes, activités culturelles, etc.). Il faudra en outre repenser l’habitat, l’urbanisation, la localisation des activités, les moyens de transport, etc.»

Comment appliquer cette «programmation»? Sûrement pas en laissant aller les forces du marché! Celles-ci n’ont permis qu’une seule baisse de l’émission des gaz à effet de serre dans les dernières années, en 2009, année de décroissance bien involontaire! Nous ne sommes quand même pas pour souhaiter des récessions non planifiées à répétition pour espérer limiter le réchauffement climatique et retarder l’épuisement des ressources! D’ailleurs, que c’est-il passé en 2010, malgré une croissance économique anémique? Une hausse record des émissions de CO2!

«L’agence [internationale de l’énergie (AIE)] affirme que sans «décision courageuse et marquante», il sera «extrêmement difficile» de maintenir l’ampleur du réchauffement climatique global sous les 2°C.»

Et, ce n’est pas le marché qui prendra de lui-même une «décision courageuse et marquante»… Généreux poursuit :

«Dès les années 1970, on savait que le modèle de croissance moderne était insoutenable, puisque fondé sur l’exploitation exponentielle de ressources naturelles non reproductibles. Mais, au moment même où le monde prenait conscience de sa trop grande dépendance au pétrole et aux dégâts écologiques de la croissance, à l’instant où il fallait penser à la planification d’une économie et d’une société soutenable pour l’humanité, la révolution néolibérale a soumis le pilotage du développement aux exigences de la rentabilité financière.»

«En outre la mondialisation libérale a étendu à l’ensemble de la planète un modèle insoutenable; elle a dégradé l’autonomie alimentaire des pays en développement; elle a exacerbé la recherche de surplus de production exportables; elle a allongé les distances entre les lieux de production et les lieux de consommation, faisant ainsi exploser la consommation d’énergie pour le seul transport de marchandises; elle a accéléré la déforestation et le recul de la biodiversité, etc.»

Et il conclut :

«Seule la mise en œuvre d’une planification écologique et démocratique des investissements et des mutations nécessaires pourra opérer une réorientation rapide et continue des procédés de production et des modes de consommation. Le culte de la qualité de vie devra remplacer celui de la performance. Le goût du temps libre devra se substituer à l’angoisse des temps morts. La pression de la compétition devra donc être ramenée vers son niveau minimal nécessaire à l’humanité, celui de la compétition ludique, du jeu social qui vise à entretenir des liens plutôt qu’à maximiser des gains.»

«Le goût du temps libre devra se substituer à l’angoisse des temps morts.», j’adore! Exactement ce que je ne planifie pas assez!

Et alors…

Alors, on doit résister au réflexe qu’on nous a pratiquement enfoncé dans l’esprit qu’il est impossible de planifier et qu’on doit uniquement se fier aux forces du marché. Notez qu’il ne faut pas négliger ces outils qui peuvent dans certaines circonstances être efficaces. J’ai d’ailleurs moi-même proposé d’utiliser entre autres les mécanismes de marché pour restreindre notre consommation d’énergie et nos émissions de gaz à effet de serre (GES), par exemple en augmentant les taxes sur les produits polluants. Mais, plutôt que de ne se fixer que des cibles, comme l’a fait l’actuel gouvernement canadien en promettant des baisses d’émission des GES de 50%, voire de 80 % d’ici 2050, et de se fier au marché et au bon vouloir de tout un chacun qui se donne bonne conscience (et surtout bonne image) dans des forums internationaux, il est essentiel de planifier les moyens précis qui permettront de les atteindre.

Mais, pour ça, il faut se réconcilier avec la planification et tasser la main invisible…

20 commentaires leave one →
  1. Benton permalink
    26 septembre 2011 13 h 11 min

    Planification, communisme…. et faite, dans le monde capitaliste, malgré ce qu’en disent les dretteux, ce qui se rapproche le plus du communisme, c’est le fonctionnement d’une entreprise!

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  2. the Ubbergeek permalink
    26 septembre 2011 14 h 23 min

    Un dirigeant chinois a déjà dit ‘le vrai communisme existe.. Et c’est au Japon.’

    Un peuple plutôt unis, très social minded, une économie qui a toujours été dirigée pas mal…

    Une preuve que l’étatisme a sa place en économie, disons.

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  3. 26 septembre 2011 20 h 00 min

    @ Benton

    «ce qui se rapproche le plus du communisme, c’est le fonctionnement d’une entreprise!»

    Pouvez-vous préciser? Pour la planification, je peux comprendre, mais à part ça…

    @ the Ubbergeek

    «Et c’est au Japon»

    Je ne les connais pas assez pour commenter, mais ils ne me semblent pas très ouverts aux autres cultures. Ils me donnent plutôt l’impression d’être refermés sur eux mêmes.

    «Une preuve que l’étatisme a sa place en économie, disons.»

    Comme je le dis souvent, l’étatisme n’est ni de droite, ni de gauche, cela dépend de ce qu’on fait avec notre État…

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  4. 26 septembre 2011 21 h 42 min

    Bon billet Darwin, ça tarde ça tarde l’écologie, pendant que la droite vit dans le déni ou négationnisme du climat, nous on essaye de trouver des solutions viables pour se faire traiter de communisss finis….À l’aube de la deuxième crise néolibérale, on ne pense qu’à aller encore plus à droite…..et de moins en moins à la crise écologique…

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  5. 26 septembre 2011 22 h 20 min

    Tu connais sans doute ce groupe, les objecteurs de croissances, Paul Ariès y est, c’est un bon leader de ce mouvement, celui en tout cas que j’ai le plus écouté et lu, sur la toile seulement, mais il a écrit pas mal sur ce thème et il y a plusieurs de ses conférences sur le web.

    http://www.objecteursdecroissance.fr/

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  6. 26 septembre 2011 22 h 53 min

    «nous on essaye de trouver des solutions viables»

    Et on désespère…

    «Tu connais sans doute ce groupe»

    Non! Le nom est intéressant!

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  7. 26 septembre 2011 22 h 59 min

    Ils t’ont écrit ceci: :mrgreen:

    Celui qui croit que la croissance
    peut être infinie dans un
    monde fini est soit un fou,
    soit un économiste.

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  8. 26 septembre 2011 23 h 02 min

    Mais bon, c’est une citation qui vient elle-même d’un économiste…

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  9. 26 septembre 2011 23 h 23 min

    «Mais bon, c’est une citation qui vient elle-même d’un économiste…»

    Jacques Généreux, dans Les vrais lois de l’économie, dénonce justement cette manie d’associer l’économie à la seule théorie dominante.

    Quand même les économistes hétérodoxes assimilent leur discipline à la doctrine de leurs adversaires, c’est quasiment un aveu de défaite.

    Je n’ai rien contre l’autodérision, tu le sais, mais énormément contre les généralisations et le manque de nuances…

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  10. 27 septembre 2011 0 h 50 min

    Planification, plan quinquennal, obligation de résultat à court terme, rationalisation, productivité, absence de démocratie, prolétaire au service des membres du parti, c’est-à-dire la direction et l’actionnariat…
    Il y a quelque chose de soviétique!

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  11. 27 septembre 2011 6 h 33 min

    @ Benton

    «Il y a quelque chose de soviétique!»

    L’entreprise se rapproche donc du capitalisme d’État, pas du communisme!

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Capitalisme_d'%C3%89tat

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  12. Benton permalink
    27 septembre 2011 10 h 14 min

    Effectivement, pour moi, le soviétisme, c’est du capitalisme d’état.

    C’est ce qui me fait rire avec certaines personnes très à droite qui nous associe spontanément au communisme du système soviétique… alors qu’ils en sont plus près!

    En réalité, bien qu’ils ont en horreur « l’étatique », ce qui est paradoxale parce que ce qu’ils prônent conduit nécessairement a une société de type pyramidale.

    La libre concurrence, libre marché ou libre quoi ce soit ne peut qu’exister que par contrepoids. Le gouvernement, les lois, la réglementation, le droit d’association sont des contrepoids. Techniquement, celui qui prône le libre marché doit prôner autant le capitalisme, les entreprises, les gouvernements… et même le droit d’association des travailleurs, c’est-à-dire les syndicats!

    Karl Popper, un autrichien que l’on ne peut certes pas qualifier de la gauche disait:
    « La liberté, si elle est illimitée, conduit à son contraire ; car si elle n’est pas protégée et restreinte par la loi, la liberté conduit nécessairement à la tyrannie du plus fort sur le plus faible. »

    ainsi que

    « C’est pourquoi nous exigeons que l’État limite la liberté dans une certaine mesure, de telle sorte que la liberté de chacun soit protégée par la loi. Personne ne doit être à la merci d’autres, mais tous doivent avoir le droit d’être protégé par l’État. Je crois que ces considérations, visant initialement le domaine de la force brute et de l’intimidation physique, doivent aussi être appliquées au domaine économique. […] Nous devons construire des institutions sociales, imposées par l’État, pour protéger les économiquement faibles des économiquement forts. »

    C’est ce qui échappe aux dretteux et aux libertarianismes de ce monde, leurs « pensées » étant unidimensionnelles…..

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  13. 27 septembre 2011 18 h 13 min

    @ Benton

    «La libre concurrence, libre marché ou libre quoi ce soit ne peut qu’exister que par contrepoids. Le gouvernement, les lois, la réglementation, le droit d’association sont des contrepoids. »

    Plus que ça. Cela prend l’État pour tout marché puisse exister, car pour avoir un marché, il faut reconnaître et respecter le «droit» de propriété. Or, c’est de tout temps l’État qui l’a protégé, tant par ses lois que par les forces policières pour les faire respecter.

    «et même le droit d’association des travailleurs, c’est-à-dire les syndicats!»

    Je suis d’accord que les syndicats permettent généralement un meilleur fonctionnement du marché du travail. Cela dit, en théorie (cette belle théorie qui n’existe que dans les fantasmes de ses créateurs), les syndicats éloignent le marché du travail de la notion de concurrence parfaite. Ce qui est très bien!

    «Karl Popper, un autrichien que l’on ne peut certes pas qualifier de la gauche disait»

    Je connais surtout Popper pour sa notion de réfutabilité de la science. Koval le connaît bien mieux que moi.

    J’ai appris il y a un moment que Popper était de droite. Il a en effet participé à la première rencontre de la Société du Mont-Pèlerin, avec Hayek, Von Mises, Stigler et Friedman (entre autres). Comme vous le dites, on est loin de la gauche avec ces gens!

    Je ne connaissais pas les citations de Popper que vous avez mises dans votre commentaires. Elles me surprennent agréablement! Elles m’ont font davantage penser à John Rawls (pas véritablement un gauchiste non plus)…

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  14. 29 septembre 2011 18 h 54 min

    Désolé de commenter tard. La semaine, je n’ai que peu de temps.

    Jacques Généreux est toujours excellent.

    Planification et libre marché sont antinomiques dans un cadre de mondialisation.

    Il est ainsi nécessaire de définir ce qui devrait être relégué au négoce, ce qui devrait être sous une planification publique et cela à un niveau mondial pour éviter des pressions concurrentielles d’autres contrées dans les secteurs sous tutelle collective dans certains autres pays.

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  15. the Ubbergeek permalink
    29 septembre 2011 22 h 37 min

    Ca a réussi au Japon, mais c’est un pays très protectioniste. Take that as you will.

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  16. 30 septembre 2011 9 h 43 min

    @ Jimmy St-Gelais

    «Il est ainsi nécessaire de définir ce qui devrait être relégué au négoce, ce qui devrait être sous une planification publique»

    J’avais tenté de catégoriser les biens un peu de cette façon dans ce billet : https://jeanneemard.wordpress.com/2011/08/29/biens-publics-et-prives-et-roles-de-letat-et-du-secteur-prive/. Ce n’est pas évident, mais il est possible de dégager des principes pour ça.

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