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Jeanne express – Dépenses privées de santé et soins dentaires

29 octobre 2011

On se vante souvent que nous, au Québec, nous ne sommes pas comme les barbares des États-Unis, nous offrons à tous nos concitoyens des services de santé complets et gratuits. On reparlera de la gratuité une autre fois, mais c’est le «complet» qui me dérange (ça me dérange tellement que je ne porte jamais de complets!).

Complets, vous dites?

À la page 162 (numérotée 148) de son document Tendances de dépenses nationales en santé, l’Institut canadien d’information en santé (ICIS) montre que la part des dépenses de santé du secteur privé en pourcentage des dépenses totales de santé est passée de 17,5 % en 1979 à 28,6 % en 2010. Cela représente une hausse de 63 %!

Et quels sont ces dépenses non couvertes? On pense en premier lieu aux médicaments, dont la part dans les dépenses totales de santé s’élevait à 20 % en 2010 au Québec (voir page 95, numérotée 87 du document Dépenses en médicaments au Canada). Si ces dépenses représentaient 12,5% des dépenses publiques en santé, elles comptaient pour près de 40 % (en fait 38,5 %) des dépenses privées, tant pour l’achat d’assurances privées qu’en paiement direct aux pharmaciens.

Mais il y en a bien d’autres (61,5 %!). Il y a surtout toute une panoplie de services de santé fournis par des professionnels pourtant reconnus et dont l’exercice est encadré par un ordre professionnel : chiropraticiens, physiothérapeutes, acupuncteurs, dentistes, optométristes, etc.

Parmi ces services, le cas des services offerts par les optométristes et les dentistes est particulier. Pendant des années, ces services offerts aux mineurs ont été couverts entièrement par la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ), mais nos chers gouvernements ont à plusieurs reprises restreint cette couverture à des services précis et à des enfants de plus en plus jeunes.

Les soins dentaires

De nos jours, seuls les enfants de moins de 10 ans (soit de 9 ans et moins…) ont droit à la couverture de certains services offerts par les dentistes, et pas trop souvent! S’ils ont droit à un examen par année, cet examen ne couvre pas les coûts liés au nettoyage, au détartrage et à application de fluorure! Je ne sais pas pour vous, mais le nettoyage et au détartrage fait systématiquement partie de mon examen dentaire annuel…

D’autres services sont remboursés aux prestataires de l’aide financière de dernier recours (aide sociale), mais encore là, ces services ne sont pas complets et doivent satisfaire certains critères. En plus, dénonçant les tarifs payés, bien des dentistes refusent de rendre les services remboursés par la RAMQ. Je les comprends un peu, mais trouve inadmissible que des professionnels de la santé refusent d’exercer leur métier pour ce genre de motif…

Conséquence de ces réductions de services? Comme le soulève cet article du Devoir, on peut se demander si on considère que les soins dentaires sont un luxe quand on constate que «environ 30% des Québécois auraient de la difficulté à se payer des soins».

«Selon une étude de Christophe Bedos et Christine Loignon, intitulée Pauvreté et accès aux soins bucco-dentaires, 24 % des Québécois de 35 à 44 ans seraient complètement édentés chez les personnes dont le revenu annuel est de 15 000 $ ou moins, alors que cette proportion baisse à 6 % chez les personnes gagnant 75 000 $ ou plus.»

Cet écart dans la santé buccale entre les riches et les pauvres se manifeste dès le plus jeune âge. On trouve en effet plus de deux fois plus de caries dentaires dans la bouche des enfants de cinq à six ans dont les parents gagnent moins de 30 000 $ par année que dans celle des enfants dont les parents ont un revenu annuel de 50 000 $ ou plus.»

Et alors…

Pourquoi certains soins pourtant essentiels comme ceux-là ne sont-ils pas couverts et que d’autres que d’aucuns trouvent moins essentiels le sont? Il peut aussi bien s’agir d’un contexte historique que du manque de pressions de la part de la population. Mais pourquoi acceptons-nous cette iniquité?

J’ai écrit de nombreux billets (dont celui-ci) sur le transfert que nous vivons d’une fiscalité vraiment progressive basée fortement sur l’impôt sur le revenu et l’impôt des entreprises vers une fiscalité régressive davantage axée sur la hausse des taxes et des tarifs. J’ai aussi mentionné le virage des dépenses de l’État qui sont de plus en plus axées vers les besoins des plus influents et des entreprises, et moins sur les services publics. Pourtant, les besoins de ce côté sont encore loin d’être comblés.

Le cas des soins dentaires n’en est qu’un exemple…

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13 commentaires leave one →
  1. 29 octobre 2011 13 h 24 min

    Il faut questionner ce choix douteux du gouvernement de réduire à un seuil si bas la gratuité des soins dentaires, ne serait-ce que par les coûts qui en résulteront à moyen et à long terme.

    Un adulte à la dentition « précaire » s’alimentera différemment. On peut s’attendre, raisonnablement, à ce que les « économies » de l’État au niveau des soins dentaires en 2011 reviendront hanter les gestionnaires de l’État en 2050 ou en 2060, quand l’enfant né en 2000 sera devenu un adulte victime de ses mauvaises habitudes de nutrition… elles-même reliées à ces quelques dents qu’il n’aura plus… Sauf que le PM de 2011 ne sera plus là en 2050.

    Ce genre d’économies qui n’en sont pas, ça me fait penser à cet employé de la compagnie « ACME » qui disait à son boss: Boss, le contrat signé que vous deviez mettre à la poste avant 17h hier, vous allez être fier de moé, je l’ai mis dans la déchiqueteuse et ça vous a fait économiser le prix du timbre-poste…

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  2. the Ubbergeek permalink
    29 octobre 2011 13 h 32 min

    La droite ne saisis pas toujours que payer certains trucs comme cà, le bien-être social, Insite, etc.. c’est d’une facon ‘investir’ de retour, OU investir et à la fin économiser en retour des frais bien plus élevées…

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  3. 29 octobre 2011 13 h 57 min

    @ Papitibi

    «Un adulte à la dentition « précaire » s’alimentera différemment. »

    C’est aussi une question de culture et d’éducation. Le message envoyé est que la santé dentaire est moins importante que la médecine pharmacologique. La médecine dentaire repose encore plus sur la prévention et l’éducation. Je le sais, je ne me brossais les dents qu’une fois par semaine (de mémoire) dans ma tendre jeunesse, personne ne m’ayant appris ou incité à le faire plus fréquemment. Et ces mauvaises habitudes (ou plutôt, cette absence de bonnes habitudes) sont longues à perdre quand elles les bonnes n’ont pas été acquises jeunes.

    D’ailleurs la citation que j’ai mise sur les caries chez les enfants de milieux défavorisés («On trouve en effet plus de deux fois plus de caries dentaires dans la bouche des enfants de cinq à six ans dont les parents gagnent moins de 30 000 $ par année que dans celle des enfants dont les parents ont un revenu annuel de 50 000 $ ou plus.») est troublante, car les enfants de cinq à six ans ont droit à certains soins dentaires gratuits. Est-ce uniquement parce que ces services ne sont pas assez étendus qu’ils ont une santé buccale aussi mauvaise par rapport aux enfants dont les parents «ont un revenu annuel de 50 000 $ ou plus» ? À 50 000 $, on ne parle pas de riches, ici… Malheureusement, le document ne ventile pas davantage, car la différence est peut-être importante entre le 50000 à 60000 et les plus riches…

    Cela dit, le document que j’ai mis en lien (http://www.greas.ca/publication/pdf/cbedoscloignon.pdf ) vaut la peine d’être parcouru. On y montre, comme je le disais plus haut, l’importance d’un bon départ et de la prévention.

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  4. 29 octobre 2011 13 h 59 min

    @ the Ubbergeek

    «La droite ne saisis pas toujours que payer certains trucs comme cà, le bien-être social, Insite, etc.. c’est d’une facon ‘investir’ de retour, OU investir et à la fin économiser en retour des frais bien plus élevées…»

    Vous avez raison, mais pour moi, ce n’est pas qu’une question de retour sur investissements et d’économies, mais surtout d’éducation, de santé et de qualité de vie.

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  5. the Ubbergeek permalink
    29 octobre 2011 14 h 19 min

    je suis d’accord, mais attaquer par le pragmatisme est des fois nécessaire.

    Comme par example, un thread sur AH.com que je me rappelle bien.. Un américain qui voulait aller dans le business des énergie vertes, écologisme et tout – en terre deep south, très républicaine, etc… Il voulait des idées pour vendre ses idées sans avoir l’air d’un ‘hippie’.

    Par example, en appeller au sens de ,self-reliance’ de l,américain type….ne plus dépendre de pétrole ‘non éthique’ disons, par example.

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  6. the Ubbergeek permalink
    29 octobre 2011 14 h 21 min

    La mauvaise santé dentaire peut avoir des conséquences sérieuses en santé globale au long terme…

    La gingivite a été lié scientifiquement à des problèmes comme des risques plus élevés pour l’endocardite par example, ou caillots sanguins, si je me rapelle bien.

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  7. 29 octobre 2011 14 h 38 min

    @ the Ubbergeek

    « mais attaquer par le pragmatisme est des fois nécessaire»

    Un n’exclut pas l’autre… Mais, j’insiste, c’est tout aussi pragmatique de parler de qualité de vie que de sous. Ce qui ne se mesure pas précisément, comme la qualité de vie, n’en est pas moins réel… Et, vous le savez, je l’espère, je mesure plein de choses!

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  8. Richard Langelier permalink
    29 octobre 2011 20 h 47 min

    J’aurais beaucoup d’exemples à ajouter. Lorsque j’étais sur l’aide sociale, le dentiste m’a dit que j’avais besoin d’un traitement de canal, que ce n’était pas couvert et que c’était 600$. J’ai évidemment répondu : « arrache ». Heureusement, c’était la dernière molaire. Au dégel, ce fut douloureux. Le lendemain, je suis retourné à la pharmacie pour renouveler la prescription au cas où la douleur reviendrait après l’heure de fermeture de la pharmacie.
    – Non la tolérance, l’accoutumance et la dépendance.
    – Je sais bien madame, qu’Elvis prenait de la codéine, mais je ne suis pas enfermé dans un château comme lui.

    L’aide sociale ne couvre plus le traitement de canal, mais paie les dentiers partiels.

    En psychiatrie, on a opté pour la désinstitutionnalisation. Outre les cas célèbres, Émile Nelligan et Alys Roby, des milliers de personnes sont entrées à l’hôpital St-Jean-de-Dieu (devenu Louis-Hipplyte Lafontaine) http://www.hlhl.qc.ca/documents/pdf/Hopital/portrait/historique.pdf et à l’hôpital Saint-Michel-Archange http://www.institutsmq.qc.ca/a-propos-de/histoire/index.html devenu Robert-Giffard. Maintenant, un patient sort de psychiatrie après trois semaines, le plus souvent sans encadrement. Cf le commentaire 2 d’André Leduc sur http://www.francoisedavid.com/2011/09/une-semaine-en-montagnes-russes/ et mon commentaire 4.

    Je pourrais ajouter les coûts de l’ambulance.

    Sans vouloir insulter les comptables et les économistes orthodoxes, je dirais que le problème n’est pas celui du retour sur l’investissement. C’est plutôt celui de la dissociété, celui du mode de reproduction décisionnel-organisationnel décrit par Michel Freitag qui est inquiétant. Une société produit des richesses (mauvaise traduction de wealth of nations?), souvent avec entropie. Je ne crois ni à la vie rêvée des anges dont rêvent les libertariens ni à celle dont rêve l’extrême-gauche. Le compromis fordiste, keynésien des Trente Glorieuses a été ébranlé lorsque les pays producteurs de pétrole ont fermé les robinets au cours des années 70. Les partisans de l’hyperlibéralisme économique ont pris leur revanche : les Boys of Chicago qui sont allés « démontrer » leurs thèses sous la dictature de Pinochet, Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont dit : « Nous achetons », Brian Mulroney a embarqué. Son ex-bras droit Lucien Bouchard a nommé ces mesures-là « les conditions gagnantes ».

    Comme l’exprime Darwin dans son billet, la fiscalité progressive a été transférée « vers une fiscalité régressive davantage axée sur la hausse des taxes et des tarifs ». J’ajoute cependant que la technique a permis de transférer le travail. Avant les communications par satellite, il était impossible de transférer le travail des téléphonistes de l’assistance-annuaire aux Philippines. Si la fiscalité des entreprises est plus basse ailleurs…

    Que faire? Revenir vers la nation? Croire à une altermondialisation? L’Europe sociale bat de l’aile, en ce moment. Il n’y en aura pas d’facile!

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  9. 29 octobre 2011 21 h 26 min

    @ Richard Langelier

    «C’est plutôt celui de la dissociété»

    Je n’osais pas l’écrire ainsi de peur qu’on me prenne pour un intoxiqué de Généreux!

    «Que faire?»

    Pour répondre à ça, il faut bâtir un programme politique! Et c’est long… 😉

    «Il n’y en aura pas d’facile!»

    Ça…

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  10. 30 octobre 2011 20 h 20 min

    « Pour répondre à ça, il faut bâtir un programme politique! Et c’est long…  » – Darwin

    = = =

    Parfait Legault en sait quelque chose… 😉

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  11. 30 octobre 2011 20 h 59 min

    «Parfait Legault en sait quelque chose…»

    Oui, mais lui ne fait pas ça en congrès. Il n’a juste qu’à être d’accord avec lui-même!

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  12. Benton permalink
    15 novembre 2011 13 h 04 min

    Lu dans le dernier article traduit de Krugman sur la propension des républicains et plus spécifiquement Mitt « ce qui est bon pour le Massachusetts n’est pas bon pour les USA » Romney a coupé dans ce qui fonctionne dans la santé pour ne garder ce qui ne fonctionne pas:

    « Tout ceci m’amène à une dernière pensée : peut-être que tout ceci plaide en faveur de Rick Perry. N’importe quel républicain, s’il était élu président, se préparerait à saper précisément les programmes gouvernementaux qui fonctionnent le mieux. Mais Perry pourrait lui ne pas se rappeler quel programme il était censé détruire. »

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