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Jeanne express – Les économistes éminents

25 février 2012
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Plusieurs journaux, dont Le Devoir, ont diffusé un court article de La Presse canadienne sur la proposition de deux économistes de taxer la nourriture vendue en épicerie.

On se rappellera que d’autres économistes, dont j’ai parlé dans un autre billet, se servaient justement de l’exemption des taxes en épicerie – entre autres – pour prétendre que les taxes à la consommation, la TPS et la TVQ, étaient progressives. J’expliquais dans ce billet que, oui, cela les rendaient progressives en partie, mais pas complètement, et bien moins que l’impôt qu’elles remplacent.

Des économistes «éminents»

Je ne sais pourquoi, le journaliste de La Presse canadienne a tenu à qualifier les économistes qui militent pour étendre la taxe de vente à la nourriture vendue en épicerie d’«éminents».

Éminent : Qui est supérieur aux autres par ses qualités professionnelles, intellectuelles, morales, etc.

En quoi des citoyens qui proposent d’augmenter encore les inégalités sociales peuvent-ils mériter de se voir attribuer des qualités morales? En quoi des citoyens qui font la promotion de mesures qui proviennent des théories qui nous ont mené à la crise actuelle, peuvent-ils mériter de se voir attribuer des qualités professionnelles? En quoi des citoyens qui font la promotion de mesures qui proviennent des théories qui maintiennent l’économie mondiale dans le marasme et la misère dans certains cas, peuvent-ils mériter de se voir attribuer des qualités intellectuelles?

39 milliards $

Et que proposent de faire nos éminences avec le 39 milliards $ de hausse des revenus de l’État que procurerait cette mesure?

«Avec cette somme, Ottawa serait en mesure de réduire l’impôt sur le revenu et, possiblement, de financer les programmes sociaux.»

L’ordre de préséance est ici révélateur. La priorité, pour ces promoteurs des inégalités sociales, est, après avoir augmenté les taxes qui touchent davantage les moins nantis, de baisser les impôts des riches, et si cela est encore possible, de financer les programmes sociaux. Pas pour les améliorer, auraient-ils pu ajouter, mais pour les maintenir. Et, j’insiste, seulement si cela est possible.

J’en ai marre qu’on nomme ce genre de néolibéraux à la tête de certains pays européens, qu’on leur confie le sort de peuples entiers et qu’on les qualifie d’éminents…

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16 commentaires leave one →
  1. mathieulemee permalink
    25 février 2012 21 h 57 min

    Hélas, la connerie sera toujours plus immuable que l’intelligence et la réflexion, surtout dans le contexte actuel.

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  2. 25 février 2012 22 h 09 min

    @ mathieulemee

    Je trouvais bizarre que ce commentaire soit modéré, mais je viens de remarquer que vous avez changé la façon d’écrire votre nom!

    Quant à la connerie, je la trouve pire quand on la drape d’oripeaux scientifiques…

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  3. Mathieu Lemée permalink
    25 février 2012 22 h 52 min

    @Darwin

    En effet, c’est pire, surtout quand justement on nous apprend à l’école que si les sciences ne sont pas exactes et ne mènent pas à une seule Vérité, elles se fondent sur des faits et pas de aprioris douteux.

    Oui, j’ai eu un problème avec mon compte WordPress, mais tout est arrangé maintenant, car je tiens à utiliser mon vrai nom, sauf peut-être quand mon propre blogue sera fondé, là « on verra » dirait une certaine autruche.

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  4. Richard Langelier permalink
    25 février 2012 22 h 54 min

    En effet, parler d’économistes éminents, c’est hum !!!

    J’étais et je suis toujours d’accord avec l’idée de taxer les services. Lorsque je sors du salon de barbier, j’ai quelque chose de moins [1]. Il n’y a aucune raison pour que ça ne soit pas taxé.
    Pour justifier cette mesure, le gouvernement Mulroney a plutôt utilisé l’argument du « flat tax ». Les matériaux de construction sont taxés à 14%, alors que… Bien sûr, l’opposition à la taxation de la nourriture est apparue. Il a été alors décidé que la nourriture non transformée ne serait pas taxée. Le poulet au restaurant, mais pas celui à l’épicerie. Un nouveau problème est apparu : le poulet rôti à l’épicerie serait taxé. Un cahier de 300 pages, en petits caractères a été créé : du thon dans une saumure devait-il être considéré comme de la nourriture transformée, des sardines, etc.? ».

    Je reste persuadé que les services doivent être taxés et je considère que la taxe de vente doit subsister. Je considère que la taxe de vente doit être pondérée : biens et services nécessaires, biens de luxe.

    Les limites de ces catégories ne seront jamais rationnelles (conformes à l’esprit). La mère monoparentale sans emploi qui a comme seul répit : fumer une cigarette en prenant un verre de liqueur douce n’est pas nécessairement compensée par les crédits d’impôt pour les taxes de vente [2].
    Est-ce à dire qu’il ne faut pas écouter les économistes ? La tentation est grande. Parce que des frais de scolarité moins élevés que dans la moyenne des autres provinces canadiennes, ne sont pas une condition suffisante pour que les enfants issus de quartiers où les revenus sont modestes aient autant accès aux études supérieures que les plus riches, il faudrait augmenter les frais de scolarité ? Je pense plutôt que ces économistes ne sont pas éminents, qu’il existe d’autres écoles et que le découpage de la réalité en « sciences » est pour le moins délicat.

    [1] Pour confirmer ma présence à une assemblée de Québec solidaire de ma circonscription, j’ai dû confirmer en m’inscrivant à une page Facebook. Tous les autres avaient une photo. Je n’en avais même pas une avec un caniche. Fort heureusement, dans ma boîte courriel, un ami que j’avais perdu de vue, m’avait envoyé une photo de groupe. J’ai tenté tant que mal à isoler ma face. Lors de l’assemblée de ma circonscription, un « ami » m’a dit : « ça doit faire longtemps ». Une amie de longue date de mon frère, à qui j’avais transféré cette photo m’a écrit : « t’étais beau quand t’avais des cheveux, tu ressemblais à ton frère ».
    [2]. En moyenne, elle l’est, si on se fie aux enquêtes sur les habitudes de consommation faites par Stat-Can.

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  5. 25 février 2012 23 h 22 min

    @ Richard

    «Pour confirmer ma présence à une assemblée de Québec solidaire de ma circonscription, j’ai dû confirmer en m’inscrivant à une page Facebook»

    Ce n’est pas obligatoire de confirmer sa présence, ça ne fait qu’aider les organisateurs.

    «Tous les autres avaient une photo.»

    Moi, c’est la même qu’ici! Ils ne me reconnaîtront pas!

    «Lors de l’assemblée de ma circonscription, un « ami » m’a dit : « ça doit faire longtemps».»

    Et, c’était le cas!

    «Pour justifier cette mesure, le gouvernement Mulroney a plutôt utilisé l’argument du « flat tax ».»

    C’est d’ailleurs en raison de la non discrimination entre les produits que j’étais contre, pas parce que les ervices étaient taxés!

    «Je considère que la taxe de vente doit être pondérée : biens et services nécessaires, biens de luxe.»

    On s’entend!

    «Parce que des frais de scolarité moins élevés que dans la moyenne des autres provinces canadiennes, ne sont pas une condition suffisante pour que les enfants issus de quartiers où les revenus sont modestes aient autant accès aux études supérieures que les plus riches, il faudrait augmenter les frais de scolarité ?»

    Excellente observation. J’aime bien le «non suffisante». Cela sous-entend qu’il s’agit d’une condition nécessaire, ce que je pense. La lutte contre la pauvreté et les inégalités est aussi nécessaire. On discutera après pour savoir si elle est suffisante!

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  6. 26 février 2012 8 h 41 min

    C’est de la politique, les éminences, les honorables…

    C’est certain que si on mesure l’éminence en distance par rapport au prix Nobel, on parle d’au moins quelques années lumières ici…

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  7. 26 février 2012 9 h 52 min

    @ Koval

    «si on mesure l’éminence en distance par rapport au prix Nobel»

    Quand on sait que Gary Becker et Robert Lucas ont déjà reçu le prix Nobel (enfin, le prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel) d’économie, rien ne peut nous surprendre!

    «C’est de la politique, les éminences, les honorables…»

    Ouais, c’était une de mes hypothèses, que éminent soit utilisé comme dans «professeur émérite».

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  8. 26 février 2012 12 h 03 min

    L’IRIS propose un texte, malheureusement disponible seulement en anglais, qui explique bien les conséquences de l’assujettissement de la nourriture vendue en épicerie à la TPS:

    Why taxing food staples should not be considered a policy option in Canada (Pourquoi taxer les produits alimentaires de base ne devrait pas être considéré comme une option politique au Canada)

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  9. 26 février 2012 12 h 22 min

    Cet article ne montre pas seulement que cette mesure, taxer les produits alimentaires de base, est régr5essive, mais aussi que le crédit pour la TPS ne corrige que très légèrement sa régressivité (en citant l’étude de Statistique Canada sur Le crédit pour TPS).

    L’article mentionne aussi qu’un des deux économistes «éminents» qui proposent cette taxe, Jack Mintz, fut un des grands promoteurs de la baisse de l’impôt des sociétés, prétendant que cette baisse stimulerait les investissements des entreprises et la création d’emplois, même si les données démontrent que ces baisses n’ont jamais eu cet effet. Un champion des théories qui ne fonctionnent pas…

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  10. 26 février 2012 13 h 36 min

    Merci pour la référence. Je cherchais justement un avis éclairé qui viendrait confirmer mon intuition sur le sujet…

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  11. Pierre (alias Le Crible) permalink
    28 février 2012 23 h 22 min

    Et que proposent de faire nos éminences avec le 39 milliards $ de hausse des revenus de l’État que procurerait cette mesure?

    «Avec cette somme, Ottawa serait en mesure de réduire l’impôt sur le revenu et, possiblement, de financer les programmes sociaux.»

    L’ordre de préséance est ici révélateur. La priorité, pour ces promoteurs des inégalités sociales, est, après avoir augmenté les taxes qui touchent davantage les moins nantis, de baisser les impôts des riches, et si cela est encore possible, de financer les programmes sociaux. Pas pour les améliorer, auraient-ils pu ajouter, mais pour les maintenir. Et, j’insiste, seulement si cela est possible.

    Il semble que la traduction française de l’article de la Presse Canadienne vous a induit en erreur quant aux propositions des deux économistes. Ainsi, dans la version anglophone de l’article, on retrouve plutôt le passage suivant:

    That cash bonanza could be used to cut income taxes, fund social services, or both, or even to reduce by about 40 per cent the 12 to 15 per cent rates Canadians pay in harmonized sales taxes in most provinces.
    (Réf.:)

    J’en déduits que les économistes n’excluent pas la possibilité que les sommes récoltées puissent financer des programmes sociaux sans nécessairement financer aussi des baisses d’impôts.
    D’autre part, le journaliste qui a couvert cette nouvelle pour le National Post a retenu que les économistes ont fait cette proposition pour augmenter les revenus de l’État afin de financer les programmes sociaux:
    Smart said a uniform tax would bring in more revenue for governments and pay for social services.
    (Réf.: )
    Ce journaliste n’a pas parlé des possibles baisses d’impôt. Cela laisse croire qu’il n’a pas senti que les économistes favorisaient de telles baisses même s’ils ont manifestement soulevé cet usage possible des revenus qui proviendraient des taxes sur les biens et services actuellement non taxés ou moins taxés.

    J’en conclus que les deux économistes n’ont probablement pas fait la promotion d’une augmentation des inégalités sociales, mais plutôt la promotion :

    1- de l’élimination du gaspillage de ressources (en frais de gestions additionnels dus aux complications découlant de différents taux de taxes applicables selon les produits). (Ressources qui pourraient plutôt servir à aider davantage les moins bien nantis…)

    2- d’une plus grande efficience (maximisation du bonheur que les gens peuvent retirer de leurs ressources disponibles) en éliminant les distorsions de prix qu’engendrent des taux de taxes variant selon les produits.
    (Et personnellement j’ajouterais une plus grande équité horizontale (donc entre les citoyens de mêmes niveaux socio-économiques). Pourquoi à revenu égal à mon voisin, devrais-je payer moins de taxes que lui parce que je suis plus amateur de bonne chaire non taxée plutôt qu’amateur d’autres biens et services taxés?…

    3- de l’élimination d’une politique qui, en dollars, favorise davantage les plus riches que les plus pauvres (parce que les riches achètent plus d’aliments que les pauvres). Le fait que les riches paient des impôts plus élevés ne justifie pas, aux yeux de ces deux économistes, des exemptions de taxes qui, sous prétexte d’aider les moins bien nantis, apportent plus de bénéfices (en dollars) aux riches qu’aux pauvres.

    Je trouve que leur position est très défendable.

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  12. 28 février 2012 23 h 43 min

    @ Pierre

    Merci de la précision.

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  13. koval permalink*
    29 février 2012 7 h 12 min

    Ha ha! Pierre se pense sur un site de libertariens, taxer la bouff c’est de la grande justice sociale de gogauche!

    De plus en plus comique!

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  14. 29 février 2012 18 h 37 min

    Disons que j’ai apprécié qu’il transmette la nuance sur les objectifs des économistes, mais pour le reste…

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  15. jack permalink
    1 mars 2012 20 h 55 min

    Nuance extrêmement intéressante. Que nous apprend-elle sur le biais de nos média québécois? Je laisse chacun se former son opinion…

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  1. Les bonnes mauvaises nouvelles «

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