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La charité, encore!

18 avril 2012

Il y a un an et demi, j’ai écrit un premier billet sur la «charité». Celui-ci, le cinquième, est en fait une mise à jour du premier avec quelques ajouts. En effet, Statistique Canada a publié cette semaine une analyse des données de l’Enquête canadienne sur le don, le bénévolat et la participation (ECDBP).

Retour sur un vieux billet…

Dans le billet datant d’un an et demi, je me demandais pourquoi, année après année, les Québécois donnent beaucoup moins d’argent aux organismes de bienfaisance (nom officiel des organismes de charité) que les autres Canadiens. Contrairement à l’hypothèse des droitistes comme quoi les Québécois se reposeraient plus que les autres sur l’État pour aider les pauvres, j’arrivais plutôt, en analysant des données (de 2000 et 2004), plutôt qu’en disant n’importe quoi qui correspond à mon idéologie, aux conclusions suivantes :

  • 64 % de l’écart entre les dons des Québécois et des Canadiens s’expliquaient par le fait que les Québécois donnaient moins aux organismes religieux;
  • 22 % de l’écart était dû au fait que les Québécois donnaient moins aux organismes de santé, aux hôpitaux et aux universités;
  • le reste s’expliquerait par d’autres raisons, fort probablement par le fait que le revenu des Québécois est moins élevé.

J’observais aussi que les plus riches du Canada donnaient une proportion trois fois moins élevée de leurs revenus que les plus pauvres. J’en concluais que l’impôt sur le revenu est drôlement plus équitable et efficace pour répartir les revenus que les dons de charité…

Enquête de 2010

Le rapport spécifique pour le Québec n’est pas encore sorti, mais celui pour l’ensemble du Canada fournit tout de même certaines données sur les provinces. Encore une fois, même si le pourcentage de donateurs est identique (84 % pour le Québec et 83 % pour l’ensemble du Canada), le don moyen est de loin inférieur au Québec (208 $ par rapport à 446 $).

On peut aussi voir clairement au graphique 5 de la page numérotée 32 que, encore en 2010, les Québécois donnent beaucoup moins aux organismes religieux que les gens des autres provinces, soit seulement 20 % de leurs dons (soit moins de 42 $) par rapport à 42 % (217 $) pour les autres. Cela explique 58 % de la différence totale, un peu moins qu’en 2004 (64 %). Il faudra toutefois attendre le rapport complet pour le Québec pour voir à quel point les dons aux hôpitaux, écoles et autres établissements de santé expliquent encore les différences dans les dons.

Ce rapport fournit toutefois d’autres pistes pour expliquer la différence de comportements des Québécois face aux dons. On peut ainsi lire ceci à la page numérotée 26 :

«une étude européenne a montré que les normes sociales encourageant les dons de charité étaient plus fortes dans les pays et les régions de religion protestante et que les catholiques vivant dans des régions où les catholiques étaient fortement majoritaires étaient moins susceptibles d’effectuer des dons de charité.»

Ce serait à cause de notre «habitus» catholique que nous donnerions moins aux organismes religieux? Ben coudonc, s’ils le disent… Au graphique 9 de la page numérotée 35, on peut aussi voir que les Québécois sont moins portés à demander des crédits d’impôts pour leurs dons. Est-ce un autre relent de notre culture catholique?

Par ailleurs, ce rapport montre que, encore une fois, les pauvres donnent une proportion plus élevée de leurs revenus en dons, soit entre trois et quatre fois plus que les plus riches (calculs faits à partir du tableau 2, à la page numérotée 23). Non, ce n’est pas demain que la charité va remplacer les impôts. Une chance, car il n’y aurait que les églises qui seraient bien financées!

Et alors…

J’ai aussi regardé les données de l’enquête de 2007 qui n’étaient pas disponibles lorsque j’ai écrit mon dernier billet. Les données présentées sont plus approximatives, mais j’ai calculé que, là encore, les dons aux organismes religieux expliquent entre 60 % et 70 % de l’écart dans les dons moyens des Québécois et ceux des personnes des autres provinces canadiennes.

Bref, les données que j’ai analysées dans mon premier billet sur le sujet ne semblent vraiment pas accidentelles. Il est très clair que ce n’est pas surtout par manque de générosité que nous donnons moins aux organismes de bienfaisance, mais surtout par manque de ferveur religieuse!

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2 commentaires leave one →
  1. 17 mai 2012 20 h 56 min

    50 % des dons des immigrants immigrants vont aux organismes religieux (37 % pour les natifs), selon un texte de Statistique Canada publié ce matin

    Voir la page 8 (numérotée 65)

    La proportion au Québec pourrait donc augmenter un peu à l’avenir… On verra!

    J'aime

  2. 22 octobre 2013 10 h 47 min

    «En 2010, elles [les organisations religieuses] récoltaient environ 40 % des dons de bienfaisance au pays, ce qui a occasionné une diminution des recettes fiscales de l’État fédéral estimée à 1,08 milliards de dollars.»

    Enfin, une étude portera sur ce phénomène. Merci à Adam Scott pour l’information!

    http://www.usherbrooke.ca/droit/accueil/nouvelles/nouvelles-details/article/23268/

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