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La monnaie

6 août 2012

Ne me laissant pas distraire par la campagne électorale, je poursuis ma série sur le livre de Jim Stanford, Petit cours d’autodéfense en économie : L’abc du capitalisme. Je présente ici son chapitre sur La monnaie et le système bancaire. Je sais que ce n’est pas le sujet le plus amusant, mais cela vaut la peine de s’y attarder un peu, ne serait-ce pour défaire certains mythes qui circulent, entre autres sur Internet.

La forme de la monnaie

«Un visiteur de la planète Mars en viendrait vite à la conclusion que la monnaie constitue l’unique raison d’être de l’économie.»

Pourtant, à la base, la monnaie ne sert qu’à permettre à acheter des biens ou services. Si la monnaie avait au début la forme d’objets ayant eux-mêmes une valeur d’échange (du métal, en général), elle est aujourd’hui très majoritairement immatérielle et la valeur qu’on lui attribue est une convention sociale encadrée par les États. Sa forme varie encore plus de nos jours en raison de la «créativité» des institutions financières. Stanford présente les différentes formes que prend la monnaie de nos jours.

– Le numéraire : anciennement fait de métaux précieux, le numéraire se présente de nos jours sous la forme de pièces de métal non précieux et de billets de banque. On ne doit pas confondre la monnaie et le numéraire, ce dernier représentant moins de 5 % de l’ensemble de la monnaie.

– Les dépôts : l’argent qu’on dépose à la banque perd sa forme de numéraire pour devenir une écriture comptable, mais n’en demeure pas moins de la monnaie. Les dépôts comprennent les comptes chèques et d’épargne, les dépôts à terme et les obligations (provenant aussi bien de sociétés privées que de l’État). Ils peuvent être en monnaie locale ou étrangère.

– Le crédit : le crédit «constitue le principal instrument de création de monnaie dans le capitalisme contemporain.». Il permet la consommation de biens et services par des personnes qui n’ont pas l’argent nécessaire et l’investissement à des personnes ou des sociétés qui n’en ont pas non plus. L’emprunteur s’engage alors à rembourser cet emprunt selon un échéancier négocié et à verser des intérêts. Le crédit est la plus grande composante de la monnaie. Cette forme de monnaie est créée lors de l’octroi du prêt et est détruite lors du remboursement.

L’usage de la monnaie

– Mode de paiement : la monnaie sert bien sûr à acheter des biens et services, mais aussi à payer ses impôts, rembourser des prêts, etc.

– Unité de compte : la monnaie permet de mesurer le revenu et les richesses, d’évaluer des produits et actifs, et de déterminer la rentabilité d’une activité économique.

– Réserve de valeur : la monnaie permet d’épargner. En général, les gens épargnent en vue d’une consommation future. Comme la monnaie n’a pas de valeur en soi, peu de personnes mettent de la monnaie de côté pour elle-même. Cela dit, ceux qui le font peuvent causer beaucoup de problèmes à l’économie.

«De toutes les facettes de la monnaie, son utilisation comme réserve de valeur s’avère la plus complexe et imprévisible, et peut-être la plus problématique.»

Malheureusement, Stanford n’élabore pas sur cette question. Disons simplement que la monnaie retirée du cycle de consommation et d’investissement ne contribue plus du tout à générer de l’activité économique.

– Moyen de faciliter les échanges : la monnaie permet de pouvoir établir les termes de l’échange entre des biens très différents et même des services. Dans un système sans monnaie (le troc, par exemple), il est très difficile d’établir des ratios d’échanges stables (combien d’heures de gardiennage faut-il travailler pour acheter un ordinateur ou un poulet?). En plus, le consommateur doit trouver une personne prête à se délaisser du bien ou service qui l’intéresse en échange des biens et services précis que le consommateur est prêt à se départir ou à fournir en échange.

«Bref, ce serait la croix et la bannière. La monnaie est donc essentielle à tout échange commercial efficace.»

Compte tenu de ses avantages, son utilisation est beaucoup plus importante que sa forme. L’important est que l’usage de la monnaie soit reconnu par toutes les personnes et entreprises actives dans l’économie.

«Elle constitue donc une institution sociale dont l’utilité repose sur l’autorité du corps politique ou juridique qui la sanctionne (en général un organisme relevant de l’État), ainsi que sur la confiance, voire la foi, de ceux qui s’en servent. Quiconque accepte de l’argent en échange de quelque chose doit avoir l’assurance de pouvoir obtenir autre chose en le dépensant.»

Et, avouons-le, cet aspect de la monnaie fonctionne bien, à tout le moins dans les pays industrialisés. Jamais on n’a refusé mes sous en échange d’un bien ou d’un service en vente.

La monnaie et le capitalisme

Même si la monnaie existe depuis des millénaires, elle a gagné en importance avec l’avènement du capitalisme.

  • l’accumulation de la monnaie par le profit est devenue le but premier de la production;
  • le crédit aux entreprises est depuis la première source de création de monnaie et il est essentiel à la croissance économique et à la création d’emplois;
  • les entreprises privées du secteur financier (dont les banques) ont le contrôle de la création et de la destruction de la monnaie.

Même si ce sont les entreprises privées du secteur financier qui créent le plus de monnaie, l’État a toujours un rôle important dans ce processus.

  • il est essentiel à la reconnaissance de la monnaie;
  • il est responsable de l’impression, la frappe et la distribution du numéraire;
  • il adopte des règlements pour superviser la création de la monnaie;
  • il peut injecter des fonds supplémentaires dans le système bancaire s’il en a besoin;
  • il prévient les faillites et les crises (enfin, il essaie…).

L’évolution du rôle des banques

À l’origine, les banques ne servaient qu’à protéger le numéraire de ses clients. Les banques se sont aperçues que la fortune de leurs clients ne servait alors à rien. Elles ont réalisé qu’elles pourraient faire de bons profits en prêtant cet argent en échange d’un intérêt. Pour que cela fonctionne, la grande majorité des déposants doivent toutefois laisser leur argent à la banque, car si tous les déposants voulaient retirer leur argent, la banque serait incapable de leur remettre, une grande partie de cet argent étant prêté. Et cela est déjà arrivé… En plus, si une proportion importante des gens à qui la banque a prêté ne peuvent rembourser, la banque sera aussi dans le trouble, comme on l’a vu lors de la dernière crise lors de l’éclatement de la bulle immobilière.

Les banques sont donc toujours dans un équilibre précaire entre leur désir de prêter au plus grand nombre de personnes et d’entreprises pour maximiser leurs profits, et leurs craintes que celles-ci ne puissent les rembourser. En période de croissance, tout va bien, peu d’emprunteurs font faillite. Les banques sont donc portées à prendre plus de risques. Quand l’économie ralentit, c’est l’inverse, les banques deviennent plus prudentes, limitent l’accès au crédit ce qui accentue le ralentissement économique et débouche souvent sur une récession, comme on le vit aujourd’hui, notamment en Europe (qui subit aussi d’autres problèmes que celui-là). La prudence devient alors une cause de l’augmentation du non paiement des prêts par les personnes et entreprises qui ne peuvent plus obtenir d’autres prêts pour payer leurs intérêts…

La fragilité du système

Ce conflit entre la crainte des défauts de paiement et l’avidité du secteur bancaire crée une grande fragilité dans ce système. C’est là que l’État doit intervenir pour encadrer le fonctionnement des banques. Il doit d’une part limiter l’avidité des banques et le niveau de risques qu’elles sont prêtes à prendre en période de croissance et au contraire injecter des fonds en période de récession pour s’assurer de la disponibilité du crédit.

La période de déréglementation vécue depuis les années 1980 a grandement fragilisé ce système. Pourtant, aucune crise majeure n’avait eu lieu pendant la cinquantaine d’années au cours desquelles la réglementation avait été plus sévère. Et, depuis les premières vagues de déréglementations, elles se multiplient et deviennent de plus en plus courantes et importantes.

Et alors…

Ce texte de Stanford permet de préciser bien des choses sur la monnaie et son processus de création. Pour moi, le plus important de ces messages est que c’est l’usage de la monnaie qui importe, pas sa forme. Cela vient à l’encontre d’un grand nombre d’idées et de vidéos qui circulent sur Internet. Non, l’étalon-or n’améliorerait en rien le fonctionnement du système bien au contraire! Il ne ferait que créer une contrainte inutile et artificielle au système. La création de la monnaie par le crédit n’est pas son principal problème (la dette d’un débiteur est toujours égale au crédit du prêteur), mais bien l’équilibre précaire entre l’avidité des banques et la prudence qu’elles devraient avoir!

Non seulement la déréglementation a accentué ce déséquilibre, mais le sauvetage à répétition des banques rend les risques moins importants – on socialise les pertes et on privatise les profits – et incite le secteur financier à prendre encore plus de risques! Il est donc urgent de rétablir les règlements abolis. Il pourrait aussi être bon de nationaliser une ou plusieurs banques, ou plus simplement, créer une ou des banques publiques, comme j’en avais parlé dans un autre billet.

Il y a bien d’autres problèmes avec la monnaie, comme la création de produits dérivés et autres papiers commerciaux, l’absence de monnaie vraiment internationale, la trop grande mobilité des capitaux, et quelques autres, mais cela sera (peut-être) pour une autre fois!

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22 commentaires leave one →
  1. 6 août 2012 12 h 05 min

    L’on voit qu’une certaine droite sont dans le même système que les créditistes de l’époque.

    Les créditistes disent l’économie va mal, qu’on imprime plus d’argent.

    La certaine droite dit l’économie va mal, c’est qu’on imprime trop d’argents!

    Pensées différentes, mais même logique….

    C’est qu’ils ont sans doute le même QI !!!

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  2. 6 août 2012 13 h 03 min

    « Si la monnaie avait au début la forme d’objets ayant eux-mêmes une valeur d’échange (du métal, en général) »

    Juste une précision: l’une des formes les plus fréquentes de monnaie dans les sociétés archaïque prend la forme de sel.

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  3. 6 août 2012 13 h 38 min

    @ benton65

    «Les créditistes disent l’économie va mal, qu’on imprime plus d’argent.»

    Cette option ne doit pas être rejetée dans toute situation. Par exemple, cela pourrait faire partie de la solution en Europe.

    @ Déréglé temporel

    «l’une des formes les plus fréquentes de monnaie dans les sociétés archaïque prend la forme de sel.»

    Je crois avoir déjà lu ça il y a un certain temps. Mais Stanford n’en parle pas! Pour ma part, j’ai écrit «, en général» pour bien montrer que la monnaie pouvait aussi être autre chose que du métal. Le sel correspond d’ailleurs au concept «d’objets ayant eux-mêmes une valeur d’échange ».

    Merci pour la précision et l’exemple!

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  4. 6 août 2012 13 h 53 min

    « Cette option ne doit pas être rejetée dans toute situation. Par exemple, cela pourrait faire partie de la solution en Europe. »

    Que diriez-vous à ceux qui prétendent qu’une augmentation de l’impression d’argent de la part de l’État contribue à faire exploser l’inflation?

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  5. Mathieu Lemée permalink
    6 août 2012 14 h 06 min

    @pseudovirtuose

    À cause de l’article 123 du traité de Lisbonne visant justement à éviter l’inflation, les pays d’Europe ont eu recours presqu’uniquement à l’emprunt aux banques privées plutôt qu’à la création monétaire ou l’impression d’argent pour gérer leurs besoins. Or, un retour à une impression d’argent ne serait pas un risque de faire exploser l’inflation si elle est correctement utilisé, car en ce moment, les pays d’Europe n’y ont pas recours. Si la baignoire est vide, il n’y a aucn risque à la remplir tant qu’elle ne déborde pas. Pour l’instant, elle déborde seulement du côté des emprunts aux banques privées.

    Par ailleurs, il serait intéressant de savoir ce que Darwin et Standford ont à dire au sujet du phénomène de la stagflation (conjugaison d’une forte inflation avec un taux de chômage élevé), surtout quand la droite se sert de ce phénomène pour tenter de justifier la mise en avant de ses politiques monétaristes et la dérèglementation banquaire.

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  6. 6 août 2012 16 h 42 min

    @ pseudovirtuose

    «Que diriez-vous à ceux qui prétendent qu’une augmentation de l’impression d’argent de la part de l’État contribue à faire exploser l’inflation?»

    Je dirais que les États-Unis ont fait tripler leur base monétaire (M1 et M2, si je ne m’abuse) et qu’on ne voit toujours pas de traces d’augmentation de l’inflation aux États-Unis, même si «ceux qui prétendent qu’une augmentation de l’impression d’argent de la part de l’État contribue à faire exploser l’inflation» annonce sa venue explosive depuis 2009…

    Krugman a écrit de nombreux billets et chroniques sur le sujet. Par exemple :

    «cela fait au moins trois ans que les économistes de droite, les experts et les hommes politiques nous préviennent que l’inflation galopante est là, tout près, et ils ne cessent d’avoir tort. Vous souvenez-vous des tirades à propos de la « dévaluation du dollar » l’an dernier à la même époque ? Vous souvenez-vous des vagues de mépris que Bernanke a supporté au printemps dernier lorsqu’il a avancé que la poussée de l’inflation, qui avait cours à ce moment-là, n’était que temporaire parce que causée par les prix du pétrole, et qu’elle allait vite se résorber ? Eh bien, il avait raison. Aujourd’hui, l’inflation est encore une fois un peu en dessous des 2 pourcent visés par la Fed.»

    http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_pas-assez-d-inflation-paul-krugman?id=7744042&chroniqueurId=5032403

    Mais, attention, je ne dis pas, Krugman non plus, que l’augmentation de la masse monétaire ne crée jamais d’inflation! Mais pas dans une situation de trappe de liquidité comme on trouve en Europe et, dans une moindre mesure (en bonne partie grâce à l’augmentation de la masse monnétaire), aux États-Unis. Au Canada, cette politique me semblerait plus risquée.

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  7. 6 août 2012 16 h 48 min

    @ Mathieu Lemée

    «un retour à une impression d’argent ne serait pas un risque de faire exploser l’inflation si elle est correctement utilisé»

    Tout à fait, même qu’un peu plus d’inflation serait excellent! Certains pays sont carrément en déflation!

    «Par ailleurs, il serait intéressant de savoir ce que Darwin et Standford ont à dire au sujet du phénomène de la stagflation »

    Je ne peux parler pour Stanford et ce serait trop long de parler de ce sujet ici. Cela dit, je vais probablement écrire une série sur l’inflation d’ici quelque temps… Je ne pensais pas aborder la stagflation, mais, bon, je verrai…

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  8. Cynthia Dubé permalink
    6 août 2012 23 h 44 min

    « Dans un système sans monnaie (le troc, par exemple), il est très difficile d’établir des ratios d’échanges stables (combien d’heures de gardiennage faut-il travailler pour acheter un ordinateur ou un poulet?). En plus, le consommateur doit trouver une personne prête à se délaisser du bien ou service qui l’intéresse en échange des biens et services précis que le consommateur est prêt à se départir ou à fournir en échange. »
    Je suis moi-même séduite par l’idée du troc, en particulier le troc de biens, pour sortir de la spirale de la surconsommation et les négociations pour des peccadilles (jamais plus de vente de garage pour ma part…) Dans la foulée du mouvement Occupy, certains prônent le troc pour combattre les dérives du capitalisme. Quelle est votre opinion à ce sujet?
    Deuxième question:
    « Tout à fait, même qu’un peu plus d’inflation serait excellent! Certains pays sont carrément en déflation! » En quoi un peu d’inflation serait excellent? (Mes cours d’économie sont loin…)
    Merci!
    Cynthia

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  9. 7 août 2012 5 h 50 min

    @ Cynthia Dubé

    Je vais commencer par la deuxième:

    «En quoi un peu d’inflation serait excellent? (Mes cours d’économie sont loin…)»

    En quoi l’inflation est-elle mauvaise? Comme je l’ai dit dans un comm précédent, je compte écrire sous peu (quelques semaines…) une série sur l’inflation. J’aborderai sûrement cette question, En attendant, je vous suggère la même chronique de Krugman sur ce sujet :

    Pas assez d’inflation
    http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_pas-assez-d-inflation-paul-krugman?id=7744042&chroniqueurId=5032403

    Le troc :

    Il est toujours possible d’embarquer dans un tel système pour certains échanges, dans une formule coopérative. Mais, ce n’est certainement pas efficace comme système global. Beaucoup ne font cela que pour sauver de l’impôt et des taxes. Et je ne vois pas comment cela ferait diminuer la consommation. Expliquez-moi, car je ne saisis pas.

    Certaines régions de Grèce (et peut-être d’Espagne, je suis moins certain) ont même inventé une monnaie locale pour relancer l’économie. Et ça marche! Au lieu de pourrir, les légumes se vendent maintenant!

    Cela dit, il aurait été bien plus simple (et plus efficace) que ce soit la Banque centrale européenne qui intervienne! Mais, bon, mieux vaut ce système monétaire local que rien du tout!

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  10. Sortie 252 permalink
    7 août 2012 9 h 02 min

    @Darwin

    Merci pour le lien! Cependant, étant une novice en matière d’économie, je reste encore dans la brume. Comment une inflation modeste ronge un peu la valeur réelle de la dette des entreprises? Et comment rend-elle le fait de laisser dormir de l’argent pour celles qui ont des surplus moins attrayant et agirait comme stimulant pour investir? Je suis prête à attendre votre billet sur l’inflation pour mieux comprendre. 😉

    Pour ce qui est du troc, je comprends maintenant en quoi cela pose un problème. L’argument de la difficulté d’attribuer une valeur m’agaçait. Mais la notion d’éviter de payer de l’impôt et des taxes représente un argument plus convaincant pour moi.

    Je vois dans le troc une façon de diminuer la consommation ou, peut-être devrais-je dire, d’éviter la production de biens supplémentaires en prolongeant la durée de vie utile des objets qui sont remis en circulation parmi un réseau de membres de clubs de troc. De toute façon, je crois que ce système demeure marginal et je ne crois pas qu’il fasse grand tort, à mon humble avis.

    Ça fait quelques années que je me dis que je devrais m’intéresser plus à l’économie. Ce printemps 2012 a fini de me convaincre qu’on peut se faire passer des sapins si on ne comprend pas les mécanismes en cause. J’aimais mieux me buter aux règles compliquées de la grammaire française. Disons que j’ai du rattrapage à faire! Je réalise que la couverture médiatique par le journalisme économique en temps d’élection est déjà plus intéressante. J’associe le journalisme politique au journalisme sportif et ça ne m’intéresse pas d’entendre des analyses sur la performance des politiciens au lieu de la valeur de leurs idées. Je crois que ça vole du temps d’antenne à un réel débat d’idées.

    Cynthia

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  11. Sortie 252 permalink
    7 août 2012 9 h 13 min

    @ Darwin

    « Certaines régions de Grèce (et peut-être d’Espagne, je suis moins certain) ont même inventé une monnaie locale pour relancer l’économie. Et ça marche! Au lieu de pourrir, les légumes se vendent maintenant! »

    L’Argentine n’avait-elle pas fait la même chose?

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  12. 7 août 2012 9 h 52 min

    @ Sortie 252

    «Comment une inflation modeste ronge un peu la valeur réelle de la dette des entreprises?»

    Disons qu’une entreprise doit 10 millions $. Avec une inflation de 5 %, la valeur réelle de cette dette ne sera plus que de 9,5 millions$. Avec une inflation de 2 %, elle ne baissera qu’à 9,8 millions $. Par contre, si les taux d’intérêts grimpent au même rythme, l’avantage disparaît. Cela dit, cette inflation permet aux banques centrales de diminuer davantage les taux d’intérêts réels (1 %, est en fait -4 % avec une inflation de 5 %, mais -1 % avec une inflation de 2 %), ce qui normalement stimule la croissance. Bref, dans une situation de trappe de liquidité (les banques se garde de plus grosses réserves qu’avant) comme il y a en Europe et aux États-Unis, il serait étonnant qu’une inflation modeste entraîne une augmentation proportionnelle des taux d’intérêts.

    Le raisonnement pour la dette des entreprises vaut aussi pour les dettes des ménages et des États.

    «Et comment rend-elle le fait de laisser dormir de l’argent pour celles qui ont des surplus moins attrayant et agirait comme stimulant pour investir?»

    Il devient moins rentable pour tous de «laisser dormir» leurs avoirs financiers dans des placements non productifs dont le rendement repose en partie sur le niveau des intérêts. Cela encourage donc les investissements réels (nouvelles capacité de production, pourquoi pas dans les énergies renouvelables, innovation, etc.).

    «Je vois dans le troc une façon de diminuer la consommation ou, peut-être devrais-je dire, d’éviter la production de biens supplémentaires en prolongeant la durée de vie utile des objets qui sont remis en circulation parmi un réseau de membres de clubs de troc»

    Le recyclage est aussi possible avec des transactions monétaires ! Dans cet exemple, c’est l’objet du troc (prolonger la durée de vie utile des objets) qui semble vous attirer, pas nécessairement le mode d’échange.

    «L’Argentine n’avait-elle pas fait la même chose?

    J’ai en effet trouvé plusieurs sources à cet effet sur Internet.

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  13. Cynthia Dubé permalink
    7 août 2012 10 h 11 min

    Bingo, j’ai compris! Merci.

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  14. Cynthia Dubé permalink
    7 août 2012 10 h 25 min

    En effet, c’est le recyclage qui me séduit. Mais ça ne me rentre pas dans la tête en quoi la transaction monétaire serait préférable. Les petites annonces, les ventes de garage impliquent une transaction monétaire qui n’est pas imposée, l’argent va direct dans les poches. En quoi échanger deux objets serait-il moins approprié? J’accepte l’idée d’offrir quelque chose d’une valeur supérieure si j’évalue que mon besoin correspond à ce que j’obtiens en échange. Et d’autres échanges équilibreront éventuellement les valeurs. En tout cas, je continue de cogiter là-dessus.
    Cynthia

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  15. 7 août 2012 12 h 25 min

    «Mais ça ne me rentre pas dans la tête en quoi la transaction monétaire serait préférable»

    Cela permet beaucoup plus de recyclage. Il est difficile de se procurer par exemple un frigo ou un ordi usagés par le troc. Que donner en échange? Pour cela, je préfère les coop et les organismes de l’économie sociale, toutefois!

    «Les petites annonces, les ventes de garage impliquent une transaction monétaire qui n’est pas imposée»

    Voilà un exemple où l’échange monétaire facilite le recyclage et la réutilisation! Je parlais de taxes et d’impôts parce que c’est un des «avantages» du troc.

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  16. Cynthia Dubé permalink
    7 août 2012 12 h 36 min

    Oui, OK, je vous suis. C’est que le troc ne constitue pas une panacée et ne peut se substituer au système monétaire, puisqu’il est limité dans sa capacité de recyclage. Vu comme ça, on est d’accord. Pour ce qui est du choix des coops et de l’économie sociale, je seconde!

    Cynthia

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  17. Richard Langelier permalink
    8 août 2012 0 h 28 min

    @ Cynthia Dubé

    « J’associe le journalisme politique au journalisme sportif et ça ne m’intéresse pas d’entendre des analyses sur la performance des politiciens au lieu de la valeur de leurs idées. Je crois que ça vole du temps d’antenne à un réel débat d’idées. »

    Moi aussi, la couverture de la campagne électorale comme une joute me déçoit, voire « me tombe sur le gros narf ». J’ai entendu Gérald Fillion au téléjournal affirmer que « les partis marginaux » [1], comme Québec solidaire et Option nationale ont dévoilé clairement leur programme économique, alors que pour les trois principaux partis, il fallait additionner les bribes quotidiennes.

    Aujourd’hui, François Legault a annoncé des baisses d’impôt pour « la » classe moyenne [2] comblées par les économies engendrées par l’abolition des commissions scolaires et le ménage dans la fonction publique. Je comprends que le deuxième palier d’imposition sera plus bas et que le troisième sera plus élevé, sinon cette baisse profiterait aussi aux contribuables des classes aux revenus plus élevés. Je ne sais pas si des journalistes lui ont posé la question.

    En ce qui concerne l’abolition des commissions scolaires, il y aurait sûrement un beau billet à écrire… par quelqu’un qui connaît le sujet.

    [1] Je ne suis pas sûr que c’était son expression.
    [2] J’ai additionné les petites bourgeoisies lorsque le marxisme de Poulantzas avait le vent dans les voiles à l’UQAM, grâce à une relecture du 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, alors que Marx l’avait écrit pour se reposer comme Richard Desjardins l’a fait avec « Quand j’vas être un bon gars ». Maintenant, je parle des classes moyennes. À l’instar d’Elvis, je vieillis mal.

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  18. 8 août 2012 1 h 00 min

    «En ce qui concerne l’abolition des commissions scolaires, il y aurait sûrement un beau billet à écrire… par quelqu’un qui connaît le sujet.»

    Je connais bien, mais non, je n’écrirai pas… car j’en ai déjà parlé, peut-être seulement en commentaire, mais c’est suffisant.

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  19. 17 décembre 2012 0 h 50 min

    @Darwin

    « la monnaie permet de mesurer le revenu et les richesses, d’évaluer des produits et actifs, et de déterminer la rentabilité d’une activité économique. »

    Apparemment que Keynes considérait la monnaie davantage comme un actif que comme une unité de change ou une réserve de valeur. Cela expliquerait la « préférance pour la liquidité ». Qu’en pensez-vous?

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  20. 17 décembre 2012 5 h 05 min

    «Qu’en pensez-vous?»

    J’aurais besoin de précision, car ça ne me dit rien. Et, que veut dire «apparemment»? Quelle est votre source? Cela m’étonnerait vraiment qu’il ait dit ça!

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  21. 17 décembre 2012 13 h 05 min

    « Et, que veut dire «apparemment»? »

    J’ai utilisé le terme « apparemment » car je n’ai pu trouvé de citation ou de source directe reportant correctement les propos de Keynes à ce sujet. Toutefois, c’est ce que semble affirmer plusieurs tenants de l’analyse keynésienne.

    « A contrario, J- M. KEYNES, met en avant l’idée, que la monnaie est active […] »
    http://meunier.ses.free.fr/prem/mo.htm

    « Keynes pensait qu’un agent qui avait le choix entre deux types d’actifs financiers, la monnaie et des obligations à taux fixe, pourrait préférer détenir sa fortune sous forme de monnaie alors même qu’il ne bénéficierait d’aucun rendement. »
    http://www.melchior.fr/index.php?id=3577&no_cache=1&type=123

    Ainsi, l’interprétation keynésienne de la monnaie suggère que la monnaie forme un actif non risqué, préférable à la détention d’actifs financiers avec rendement mais davantage risqué. Cela explique l’origine de la trappe à liquidité des agents lorsque ceux-ci prévoient (spéculent) une remontée des taux d’intérêts, ils préférent détenir toute leur fortune sous forme de liquidité.

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  22. 17 décembre 2012 13 h 44 min

    «Keynes pensait qu’un agent qui avait le choix entre deux types d’actifs financiers»

    Cela me dit quelque chose. Mais, cela ne veut pas dire que Keynes «considérait la monnaie davantage comme un actif que comme une unité de change ou une réserve de valeur»! Il explique seulement que, dans une situation donnée, certaines personnes, dans le choix d’un véhicule d’épargne, peuvent considérer l’argent comme un actif. Cela ne veut pas dire qu’il considérait l’argent «davantage comme un actif que comme une unité de change ou une réserve de valeur». En plus, quand on connaît l’opinion de Keynes sur la thésaurisation (voir mon billet sur ses citations pour quelques exemples), cette conclusion devient absurde. En plus, observer un phénomène ne veut pas dire l’approuver!

    «l’interprétation keynésienne de la monnaie suggère que la monnaie forme un actif non risqué, préférable à la détention d’actifs financiers avec rendement mais davantage risqué»

    C’est pour moi plus une observation qu’une interprétation, et, encore là, dans certaines situation seulement (crise).

    «Cela explique l’origine de la trappe à liquidité des agents lorsque ceux-ci prévoient (spéculent) une remontée des taux d’intérêts, ils préférent détenir toute leur fortune sous forme de liquidité.»

    Voilà! Ce n’est que dans une situation bien précise que cela arrive. Et, encore là, il ne dit pas que, même dans cette situation, la monnaie sert davantage à ça! Il dit qu’elle sert entre autres à cela et que le retrait de ces liquidités du circuit peut entraîner, selon le niveau d’utilisation de la monnaie de cette façon) une trappe de liquidité.

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