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Les jeunes, la CAQ et la vie belle

24 août 2012

Il y a quelque temps – tempus fugit – un politicien à la recherche d’attention et d’originalité – je sais, ce n’est que supposition, mais difficile d’imaginer autre chose – a décidé de s’attaquer à nos jeunes pour se faire du capital politique. Jean Charest? Oui, il a bien sûr fait ça, mais je parle de François Legault.

En constatant le succès de son idole (Jean Charest? Lucien Bouchard?), il s’est dit qu’il ne risquait rien à attaquer nos jeunes d’un autre angle, ce qu’il a probablement trouvé comme une idée géniale. Bref, il a lancé sur la place publique que nos jeunes pensent trop à la vie belle.

«Il a rappelé que, l’an dernier, il était allé échanger avec des jeunes qui participaient à l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde : « J’essayais de leur expliquer comment créer de la richesse au Québec. La plupart des questions, c’était : “ Pourquoi ? Pourquoi créer de la richesse ? Moi, ce que je veux dans la vie, c’est de ne pas avoir de stress, être chez nous à 4 heures ! ”»

Vous avez tous pris connaissance de cette déclaration de notre chantre du changement, j’en suis sûr. Moi qui lis au moins deux journaux par jour et consacre beaucoup trop de temps dans les médias sociaux, j’ai lu quelques textes réprobateurs, mais un seul qui mentionnait de façon claire que M. Legault avait tout simplement déformé les déclarations des jeunes… Mais ça, je n’ai lu personne dans les médias traditionnels le mentionner. Pourtant, cela venait d’un ancien éditorialiste en chef et chroniqueur du Devoir, et maintenant directeur de l’Institut du Nouveau Monde (INM), Michel Venne.

Qu’a dit M. Venne? Tout simplement que M. Legault a déformé les faits. Pendant que tous les journalistes péroraient sur les conclusions des affirmations de M. Legault, il semble qu’aucun d’entre eux ne se soit posé la question de savoir si des jeunes avaient vraiment dit quelque chose du genre «Moi, ce que je veux dans la vie, c’est de ne pas avoir de stress, être chez nous à 4 heures !». Or, M. Venne tient un blogue durant la campagne électorale. Et qu’ai-je lu sur ce blogue?

«On peut comprendre que, dans une campagne électorale, un homme politique doive résumer sa pensée et parfois, faire des raccourcis. Mais on n’a pas le droit de déformer la parole des gens. C’est ce que M. Legault a fait avec la parole des jeunes de l’École d’été de l’INM. J’étais présent, le 20 août 2011, lors de l’échange entre M. Legault et les jeunes de l’École d’été. (…) Les jeunes n’ont rien contre la création de richesse. Ce qu’ils questionnent, c’est la façon de la créer et, ensuite, de la redistribuer. »

M. Venne précise qu’ils ont parlé aussi de d’éducation, de l’utilisation de la prospérité pour la justice sociale et de conciliation famille-travail. Il considère donc que «Monsieur Legault devrait s’excuser auprès d’eux».

Qui croire? Hum… Disons que je n’hésite pas trop, et pas seulement parce que ça fait mon affaire! Mais, je ne vais pas me contenter de contester les prémisses, mais aussi les conclusions de M. Legault.

Comparaison du taux d’emploi des jeunes

Bien avant moi, certains ont soulevé le fait que le taux d’emploi des jeunes est plus élevé au Québec qu’en Ontario, 57,7 % par rapport à 52 %. La source n’étant pas mentionnée, j’ai pédalé un peu pour trouver ces données. Selon ce que j’ai trouvé, il s’agit du taux d’emploi désaisonnalisé pour juillet 2012. On trouve en effet dans ces données que le taux d’emploi des jeunes québécois âgés de 15 à 24 ans était bien de 57,7 %, mais que celui des jeunes de l’Ontario était en fait de 50,0 %, encore moins! Pour le reste du Canada, ce taux était de 53,6 %, selon le fichier cansim 282-0087.

Ce que ces données ne disent pas, c’est que la différence la plus grande entre les taux d’emploi des jeunes s’observe chez les étudiants. Comme Statistique Canada ne publie des données sur les étudiants que durant les mois d’étude (septembre à avril), la donnée la plus récente date d’avril 2012. Ce mois là, le taux d’emploi des étudiants du Québec âgés de 15 à 24 ans était de 45,5 %, celui des jeunes étudiants de l’Ontario de 32,9 %, et celui des jeunes étudiants du reste du Canada de 35.3 % (cansim 282-0005). Celui du Québec était simplement le plus élevé de toutes les provinces canadiennes.

Données sélectionnées («cherry picking»), pourrait-on penser… Alors, j’ai refait l’exercice avec la moyenne des 8 mois d’étude de 2011, à l’aide des données du tableau cansim 282-0095. Pour varier mon billet, je vais cette fois présenter le résultat sous forme de graphique. Non seulement c’est plus joli, mais j’ai lu un article scientifique récemment qui citait des études démontrant que les graphiques sont le mode de présentation de données le plus convaincant.

Encore une fois, on peut voir que le taux d’emploi des jeunes étudiants était le plus élevé au Québec. On ne peut cette fois invoquer le hasard, la gréve étudiante ou tout autre motif pour nier que nos jeunes ne sont pas vraiment des amateurs de belle vie. Cela montre aussi que, malgré les droits de scolarité universitaires les plus faibles au Canada, les étudiants sont nettement plus nombreux proportionnellement à travailler tout en étudiant au Québec, d’autant plus que l’écart entre le taux d’emploi fut en 2011 beaucoup plus élevé chez les jeunes âgés de 20 à 24 ans (écart de 10,7 points de pourcentage entre le Québec et le reste du Canada, 57,1 % par rapport à 46,4 %) que chez ceux âgés de 15 à 19 ans (écart de 4,8 points, 37,0 % par rapport à 32,2 %).

Et alors…

On peut constater que les attaques contre les jeunes sont devenues sans danger pour les politiciens du Québec. Non seulement ils subissent pas de réprobation généralisée, malgré quelques textes réprobateurs, mais ils s’appuient sur les préjugés les plus bas d’une certaine partie de la population. Que les faits les contredisent, cela ne semble pas importer. Que les déclarations qu’ils rapportent soit déformées, cela semble pas plus important.

Au delà de l’incurie de ces adultes qui se font du capital politique sur le dos des jeunes, ce genre d’attaques, qu’elles visent les jeunes, les parents, les adultes sur l’aide sociale ou n’importe quel groupe minoritaire de la société, illustre une tendance qui s’en vient de plus en plus répandue en politique, celle d’emprunter au monde de la publicité les techniques de segmentation de la clientèle, comme j’en avais parlé plus en détail dans un précédent billet :

«Ils segmentent ainsi leur «marché» comme le font les manufacturiers et les commerçants : tel produit pour tel citoyen, tel autre pour d’autres catégories de citoyens.»

Les attaques comme celles du chef de CAQ sont encore plus pernicieuses : on ne fait pas que viser une niche de l’électorat, mais on le fait en dénigrant les autres. Et il n’est pas le seul! Je vais m’arrêter là avant de changer complètement de sujet!

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17 commentaires leave one →
  1. 24 août 2012 8 h 07 min

    À la page 6 du rapport du DGE, on voit des estimation du taux de vote par tranche d’âge. Le politiciens savent que 40% des jeunes votent vs 74% chez les vieux. Même les 45 ans et moins votent beaucoup moins. Les politiciens savent que donner aux vieux en écrasant les jeunes fait plaisir à la majorité des votants…

    C’est une situation assez catastrophique, les plus jeunes sont victimes de leurs poids plume démographique et leur taux d’abstention aux scrutins…..De là l’adage  » Si tu ne t’occupes pas de la politique, la politique s’occupera pas de toi! » ha ha!

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  2. 24 août 2012 8 h 43 min

    Oups! Voilà la référence!

    http://www.electionsquebec.qc.ca/documents/pdf/DGE-6434.pdf

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  3. 24 août 2012 8 h 59 min

    Bonne remarque! Mais cette étude date de 2009. Une révision des données parle maintenant de 36 %! C’est encore pire.

    http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201208/02/01-4561793-la-participation-des-jeunes-une-situation-inquietante.php

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  4. 24 août 2012 10 h 48 min

    J’ai passé assez de temps à essayer de réfuter les gens qui disent que les jeunes d’aujourd’hui travaillent moins et moins fort qu’avant. Avec des statistiques. Parfois j’ai l’impression de le faire pour rien. Je peux les convaincre un jour, mais six mois plus tard, ils reviennent me gâcher la vie avec leurs préjugés.

    Bravo pour cette nouvelle collation d’informations, je les garde à l’esprit – et les apprends par coeur!

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  5. 24 août 2012 11 h 02 min

    @ Mouton Marron

    «Parfois j’ai l’impression de le faire pour rien.»

    Moi aussi! On répète et répète! Mais, bon, si ces données peuvent au moins aider nos alliés, c’est déjà ça!

    «six mois plus tard, ils reviennent me gâcher la vie avec leurs préjugés»

    Les idéologues ne cherchent pas à s’informer sur le fond des choses, mais ne retiennent que les éléments qui confirment leurs préjugés, que ceux-ci soit vrais ou faux!

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  6. 24 août 2012 18 h 21 min

    Superbe!

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  7. 24 août 2012 18 h 22 min

    Maudits jeunes newfies à marde!

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  8. 24 août 2012 18 h 25 min

    « J’ai passé assez de temps à essayer de réfuter les gens qui disent que les jeunes d’aujourd’hui travaillent moins et moins fort qu’avant. »

    Attention, Mouton Marron, il est indéniable que les baby-boomers ont travaillé plus que nous dans leur jeunesse, c’est juste qu’ils en avaient plus la possibilité, pas que nous sommes plus paresseux.

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  9. 24 août 2012 18 h 34 min

    Et attention, on peut atténuer encore plus mon propos en mentionnant que les jeunes étudient en plus grande proportion et plus longtemps qu’avant.

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  10. 24 août 2012 18 h 41 min

    «il est indéniable que les baby-boomers ont travaillé plus que nous dans leur jeunesse»

    Le taux d’emploi des étudiants à temps plein âgés de 15 à 24 ans était de 16,3 % en 1976 et de 42,3 % en 2011.

    Chez les non étudiants? 67,4 % en 1976 et 74,0 % en 2011.

    (cansim, 282-0095)

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  11. 24 août 2012 23 h 41 min

    Pauline Marois a raison de dire que le chef caquiste passe pour un « comptable qui ne sait pas compter ».

    Encore récemment, il critiquait le cadre financier du PQ en disant que leur refus de couper des postes dans la fonction publique tout en réduisant leurs dépenses était « mathématiquement impossible, parce que le deux tiers des dépenses, ce sont des salaires. »

    Pourtant, en consultant les chiffres de la dernière année répertoriée des dépenses des administrations provinciales publiques du Québec, je constate plutôt que la rémunération des salariés occupe environ 46% des dépenses.

    Mauvaise foi ou illettrisme mathématique?

    Source : http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/econm_finnc/conjn_econm/compt_econm/cea5_10.htm

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  12. 25 août 2012 7 h 35 min

    «je constate plutôt que la rémunération des salariés occupe environ 46% des dépenses.»

    Si on regarde plus que la dernière année, on peut parler de 50 %, ce qui est loin des 2/3! Il dit n’importe quoi sur de nombreux sujets! Utiliser une pub (nous sommes 12 012 pour vous servir) comme source pour évaluer l’emploi chez Hydro il y a 20 ans, c’est dur à battre!

    «Mauvaise foi ou illettrisme mathématique?»

    Je ne le sais pas… J’irais pour un excès d’enthousiame!

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  13. 25 août 2012 17 h 50 min

    Legault pense maintenant pourvoir acheter le silence des syndicats!

    «Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a indiqué qu’il était confiant de pouvoir s’entendre avec les organisations syndicales. Comme gage de sa bonne foi, il se dit prêt à négocier les modalités des changements qu’il préconise.

    Sans chiffrer ses dires, il indique qu’il pourrait « compenser » financièrement les organisations syndicales pour les pertes de cotisations qu’elles subiraient avec son plan prévoyant l’abolition de 7000 postes dans la fonction publique et chez Hydro-Québec.»

    http://www.radio-canada.ca/sujet/elections-quebec-2012/2012/08/25/005-legault-syndicats-samedi.shtml

    Mais ça ne mache pas…

    « La CSN n’est pas à vendre. Cet homme ne mérite tout simplement pas le poste de premier ministre du Québec! », a conclu le président du syndicat.»

    http://www.radio-canada.ca/sujet/elections-quebec-2012/2012/08/25/007-csn-reax-legault.shtml

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  14. Rément Closset permalink
    25 août 2012 19 h 16 min

    Adam Curtis a réalisé une excellente série documentaire pour la BBC traitant de l’art obscure du marketing politique:

    The Century of the Self
    http://en.wikipedia.org/wiki/The_Century_of_the_Self

    Les plus patients peuvent la visionner en version saucissonnée sur YouTube; pour les moins patients, il y a BT…

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  15. 25 août 2012 19 h 36 min

    @ Rément Closset

    Merci pour la référence! Cela montre bien que la tendance n’est pas locale et qu’elle est bien réelle.

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  16. 25 août 2012 23 h 50 min

    Legault croit vraiment qu’un syndicat est une corporation ?!?!?!

    S’il croire le discours néolibérale, ça fait dure….

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  17. 25 août 2012 23 h 51 min

    Ouais, il m’a donné une idée de billet…

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