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La hausse des tarifs d’électricité

25 novembre 2012

J’ai fait remarquer dans un commentaire à mon billet sur le budget de Nicolas Marceau qu’il semblait y avoir confusion entre différentes sources sur l’impact de la hausse des tarifs d’électricité en fonction du revenu. Rappelons que le budget Bachand prévoyait une hausse des tarifs d’électricité provenant du bloc patrimonial (soit l’électricité provenant des barrages anciens où le coût de production est beaucoup plus bas que celle provenant des barrages récents et de l’énergie d’autres sources, comme l’éolien privé) de 2,79 ¢ à 3,79 ¢ le kilowattheure (ou de 36 %) entre 2014 et 2018. Le budget Marceau, lui, prévoit plutôt une indexation basée sur le taux d’inflation à compter aussi de 2014. À terme, c’est-à dire en 2018, les tarifs augmenteront donc en moyenne de 120 $ (soit d’environ 11 %) plutôt que d’autour de 400 $. Par contre, ce budget ne précise pas l’impact de cette hausse en fonction du revenu des familles.

Impact de la hausse des tarifs d’électricité selon le revenu

Dès le soir du dépôt du budget, le 20 novembre, j’ai vu Luc Godbout, professeur à la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, présenter à RDI économie un tableau qui semble montrer que le coût de la hausse des tarifs d’électricité serait le même pour deux familles gagnant 50 000 $ et 100 000 $. On peut voir cet extrait à compter de la 27ème minute de cette vidéo. J’ai aussi capté à partir de cette vidéo le tableau qu’il a commenté durant cette émission.

Ce tableau montre l’économie pour une famille de deux adultes et deux enfants consécutive au budget Marceau par rapport au budget Bachand en 2014. On peut voir que M. Godbout considère que l’économie de 54 $ (qui serait 5 fois plus élevée en 2018) est la même pour ces deux familles. Cela voudrait dire que M. Godbout estime que la consommation d’électricité est la même peu importe le revenu d’une famille. Étrange…

Le lendemain, le 21 novembre, La Presse publiait un tableau plus détaillé sur cette question. En voici une reproduction trouvée sur le web (merci à Michelle Monette!).

 

La dernière colonne montre l’impact de l’indexation du tarif du bloc patrimonial. À voir les chiffres de cette colonne, il semble clair que cet impact est calculé pour l’année 2018. Plutôt que de présenter le changement par rapport au budget Bachand comme le faisait le tableau de M. Godbout, celui-ci montre plutôt le coût de la décision d’indexer ce tarif. Il faut noter que cette hausse n’inclut pas d’autres augmentations de tarifs qui pourraient être accordées par la Régie de l’énergie.

Comme dans le tableau de M. Godbout, on peut voir que les sommes indiquées à la dernière colonne demeurent au même niveau, soit à 120 $ dans ce tableau pour toutes les familles ayant un revenu annuel s’échelonnant de 30 000 $ à 150 000 $. L’impact de la hausse serait donc de 0,40 % pour les familles gagnant 30 000 $ (120/30 000 = 0,40 %) et de cinq fois moins, soit 0,08 % pour les familles gagnant 150 000 $ (120/150 000 = 0,08 %). Ce n’est qu’à compter d’un revenu de 250 000 $ que le coût augmenterait, mais seulement de 120 $ à 156 $, et il demeurerait à ce niveau pour une famille gagnant 300 000 $. Pour cette famille, l’impact réel serait encore plus bas, n’atteignant que 0,052 % (156/300 000 = 0.052 %), soit près de huit fois moins que pour une famille ne gagnant que 30 000 $ (0,4/0,052 = 7,7).

Je dois avouer que l’hypothèse que le coût demeurerait fixe de 30 000 $ à 150 000 $ me semble bien étrange. Cela voudrait dire que ces familles demeurerait dans des logements de même taille, ce qui me semble à première vue complètement absurde. Je veux bien croire qu’un logement plus grand d’une famille plus riche est probablement mieux isolé, mais j’ai de la difficulté à croire que les plus riches ne consomment pas au moins un peu plus d’électricité. Mais, comme ni M. Godbout, ni Ernst and Young ne parlent des méthodes qu’ils ont utilisées, j’ai l’impression qu’ils ont simplement mis la moyenne à toutes les familles, et que Ernst and Young a ajouté quelques dollars (en fait 30 % de plus bien précisément) pour la consommation des plus riches. Difficile de conclure avec ça…

Groupe de travail sur la tarification des services publics

En 2008, le gouvernement avait mis sur pied le Groupe de travail sur la tarification des services publics, formé de Claude Montmarquette, Joseph Facal et Lise Lachapelle, dont le mandat était d’examiner les enjeux et de «conseiller le gouvernement dans l’élaboration d’une nouvelle politique de tarification.». Ce groupe avait bien sûr examiné la question des tarifs d’électricité et avait recommandé une hausse du tarif du bloc patrimonial encore plus grande (hausse de 1,5 ¢ ou 54 %, soit de 2,79 ¢ à 4,29 ¢) que celle adoptée par le budget Bachand (1 ¢ ou 36 %). Ce groupe avait présenté une analyse de l’impact de la hausse qu’il proposait en fonction du revenu des familles, comme on peut le voir dans le graphique qui suit. Ce graphique provient de la page 103 du rapport de ce groupe.

Ce graphique montre les conséquences de la hausse proposée des tarifs pour trois familles de revenus différents. Le fait de prévoir une consommation plus élevée pour les plus riches me semble bien fondée, d’autant plus que les sources mentionnées (Hydro-Québec et le ministère des Ressources naturelles et de la Faune) sont crédibles et fiables. Mais, même si les dépenses en électricité de la famille gagnant un revenu annuel de 120 000 $ et plus sont plus du double de celles de la famille gagnant moins de 10 000 $ (1931/812 = 2,4), on peut voir que la hausse demeure fortement régressive. En effet, l’impact de la hausse serait de 3,6 % pour une famille gagnant 10 000 $ (360/10 000 = 3,6 %) et encore plus pour une famille gagnant moins que 10 000 $, de 1,0 % pour une famille gagnant 50 000 $ (504/50 000 = 1,0 %) et de 0,66% pour une famille gagnant 120 000 $ (789/120 000 = 0,66 %) et encore moins pour une famille gagnant plus de 120 000 $.

En outre, les auteurs de ce rapport prévoient que les personnes plus riches diminueraient davantage leur consommation que les plus pauvres en raison de la hausse des tarifs, car celle-ci représente une augmentation de 44,5 % de leurs dépenses en électricité (361/812 = 44,5 %), mais de 40,9 % pour les plus riches (789/1931 = 40,9 %). D’ailleurs, ce groupe calcule une élasticité-prix de -0,1 (voir page 105), ce qui veut dire, si je comprends bien, qu’il s’attend à ce qu’une hausse de 10 % des tarifs entraîne une baisse de 1 % de la consommation). Il faut noter ici que le budget Bachand ne prévoyait aucune baisse de ce genre, ni le budget Marceau, mais dans ce cas c’est bien normal, car le gouvernement ne considère pas l’indexation comme une hausse de prix. On voit donc que les simulations des conséquences d’une hausse des prix de l’électricité varient énormément selon les auteurs.

Et alors…

Cette analyse apporte un éclairage intéressant (même sans consommation d’électricité!), mais n’aborde pas l’argumentaire principal des promoteurs de la hausse des tarifs d’électricité. En effet, que ce soit le Groupe de travail sur la tarification des services publics, le Comité consultatif sur l’économie et les finances publiques, ou Jean-François Lisée, qui voulait augmenter les tarifs d’électricité régressifs pour faire baisser les impôts progressifs dans le cadre de ce qu’il appelait la «gauche efficace», tous ces partisans de la hausse des tarifs d’électricité prétendaient vouloir les faire augmenter pour qu’ils rejoignent ce qu’ils appellent le prix du marché.

Or qu’est-ce qu’un prix du marché dans une situation de monopole, comme l’est Hydro-Québec? Contrairement aux affirmations de ces partisans de la hausse, ce n’est sûrement pas les prix observés sur d’autres marchés comme Toronto ou New York qu’ils prennent souvent comme exemples. En effet, en situation de monopole, l’État régit les prix en fonction des coûts de production pour permettre un profit «raisonnable», comme l’État le faisait avec les tarifs téléphoniques de Bell Canada, lorsque celui-ci était un monopole. Comme les coûts de production sont moins élevés au Québec qu’à Toronto ou à New York, il est bien normal que les prix soient aussi moins élevés. Pour quelle raison ces promoteurs de l’entreprise privée recommandent-ils une intervention de l’État pour hausser des tarifs qui ne reflèteraient plus les coûts de production pour une entreprise publique, alors qu’ils trouveraient cela inacceptable si l’État intervenait de cette façon pour une entreprise privée?

Quelle que soit l’argumentation de ces personnes, leur volonté de hausser les tarifs d’électricité semble purement idéologique. L’ex-ministre Bachand ne s’en cachait pas, qualifiant le mouvement de baisse des impôts et de hausse des tarifs de «révolution culturelle». Personnellement, je préfère l’appellation utilisée par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), soit la révolution tarifaire. Mais peu importe, le principal est de bien comprendre que la hausse des tarifs d’électricité est une décision purement idéologique et non le résultat d’une étude honnête de ses impacts.

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15 commentaires leave one →
  1. 25 novembre 2012 16 h 37 min

    Lisée est aussi un défenseur des tarifs ?

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  2. 25 novembre 2012 16 h 44 min

    Oui, j’ai d’ailleurs mis un lien sur son nom pour le prouver. Pire, il veut qu’on vende une partie d’Hydro-Québec. Je le savais, car je pensais écrire quelque chose sur sa gauche efficace. Mais, pour le faire correctement, je devrais me taper son livre.

    Sur le lien en question, on peut entre autres lire :

    «Moi, ce que je dis, c’est que la même nuit, nous devrions hausser les tarifs d’électricité presque au niveau de ceux de l’Ontario, réduire les impôts et augmenter les prestations. Ce serait ainsi une opération blanche pour tous les Québécois, mais comme les Québécois réduiront leur consommation d’énergie, ils auront plus d’argent dans leurs poches. En vendant 25% d’Hydro, on réduit la dette du Québec et le Québec aurait ainsi deux milliards de plus par année à consacrer à l’enfance, à l’éducation et à tout le reste.»

    Opération blanche! En moyenne oui, mais aux détriments des plus pauvres et de la classe moyenne et au bénéfice des plus riches! Grrrrrrrrrrr!

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  3. jack permalink
    25 novembre 2012 16 h 51 min

    Concernant la régressivité de la hausse des prix de l’électricité, ça ne fait aucun doute à mon avis. Mais de là à trouver une étude précise… c’est loin d’être facile.

    Il y a des riches qui se chauffent au gaz naturel, des pauvres qui ont un logement chauffé à l’huile, des riches qui ont des thermopompes et même (j’en connais personnellement 2) qui utilisent la géothermie. Le problème, c’est que le niveau de richesse n’est qu’un facteur parmi tant d’autre qui influence le coût total.

    Cela étant dit je n’ai aucun problème à admettre que celui qui gagne 2 fois plus consomme en moyenne plus mais il ne consomme probablement pas le double. Ce qui rend l’augmentation régressive. Je l’accepte sans démonstration.

    Cependant j’ai tendance à penser qu’une hausse de prix favorise l’efficacité. Actuellement la géothermie est peu rentable. Mais toute hausse du prix de l’électricité en augmente l’attrait. Dans ce domaine (comme dans tant d’autres) je crois que la justice sociale affronte l’efficacité.

    Par ailleurs je suis très heureux de lire enfin quelqu’un qui ose confronter Jean-François Lisée sur son livre « Pour une gauche efficace ». Ses positions concernant le prix de l’électricité et les frais de scolarité (et dans un moindre mesure les frais des garderies), notamment, sont diamétralement opposées à la position du PQ.

    Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour se faire élire…

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  4. 25 novembre 2012 17 h 04 min

    «c’est que le niveau de richesse n’est qu’un facteur parmi tant d’autre qui influence le coût total.»

    Tout à fait. J’ai failli ajouter la nuance du mode de chauffage à mon billet. Mais comme je voulais publier aujourd’hui et ne pas me perdre dans toutes les ramifications de ce sujet, j’ai décidédey renoncer! Merci de préciser!

    «Cependant j’ai tendance à penser qu’une hausse de prix favorise l’efficacité»

    Je ne le nie pas. Mais à quel point? Pas sûr…

    La hausse des prix de l’électricité ralentirait aussi la consommation d’autres biens et services (restaurants? spectacles?), ou augmenterait l’endettement des ménages, pire problème actuel de notre économie selon le directeur de la Banque du Canada. Un autre aspect que je pensais aborder, car personne n’en parle.

    «Par ailleurs je suis très heureux de lire enfin quelqu’un qui ose confronter Jean-François Lisée sur son livre « Pour une gauche efficace »

    Comme je l’ai dit plus tôt, je devrais le lire pour le critiquer à fond. Je l’ai déjà vu en débat avec Léo-Paul Lauzon (et d’autres). Bon, LPL ne m’a pas impressionné (il s’atardait à des détails, comme de savoir si Lisée est vraiment gauchiste…), mais Lisée m’a vraiment fait ch… en raison de sa suffisance et de sa façon d’ignorer les arguments qu’on lui présentait.

    «Ses positions concernant le prix de l’électricité et les frais de scolarité (et dans un moindre mesure les frais des garderies), notamment, sont diamétralement opposées à la position du PQ.»

    Je crois avoir lu une de ses réponses à quelqu’un qui lui en faisait la remarque. Il a dit qu’il pouvait très bien accepter que ses idées ne soient pas appliquées…

    «Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour se faire élire…» En effet!

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  5. jack permalink
    25 novembre 2012 18 h 59 min

    « Bon, LPL ne m’a pas impressionné »

    Ça fait un bon bout de temps que Léo-Paul Lauzon ne m’impressionne plus. Il est l’équivalent, du côté gauche, de Réjean Breton: quelqu’un qui veut plus attirer l’attention que débattre intelligemment. Et dire qu’il y a des animateurs de télé qui invitent les deux pour se confronter… pas beau à voir.

    « Lisée m’a vraiment fait ch… en raison de sa suffisance et de sa façon d’ignorer les arguments qu’on lui présentait. »

    C’est triste. Lisée est un intellectuel de haut niveau qui pourrait être plus utile s’il abandonnait cette arrogance qu’il semble vouloir perfectionner avec le temps. Je le respecte toujours, mais je ne l’aime pas. Dommage.

    « Comme je l’ai dit plus tôt, je devrais le lire pour le critiquer à fond. »

    C’est vrai. Moi, je l’ai lu. C’est très facile à lire. Je crois que ça vaut la peine. Sinon, tu peux te contenter de lire 9 pages de son livre « Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments », les pages 93 à 101. Il y résume ses opinions. Bon, tu l’as compris, 9 pages, c’est insuffisant pour comprendre tout le raisonnement de l’auteur mais ses conclusions sont là.

    « La hausse des prix de l’électricité ralentirait aussi la consommation d’autres biens et services… »

    Ça dépend. Si la hausse de prix est transmise intégralement (tiens, un doute surgit dans mon esprit…) au gouvernement celui-ci pourrait réduire la TVQ du même montant et théoriquement il est possible qu’il n’y ait aucune répercussion ailleurs. Théoriquement…

    Il semble que je crois encore au Père Noël!

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  6. 25 novembre 2012 19 h 34 min

    @ jack

    «Je le respecte toujours, mais je ne l’aime pas»

    Ça correspond bien à ce que je pense de lui.

    «les pages 93 à 101»

    J’ai dû le faire, car j’ai lu ce livre. Mais, ce qui est rare quand je lis des livres du genre, je n’ai même pas écrit un billet sur ce livre (en tout cas, je ne m’en souviens pas et je ne le retrouve pas). Ou j’avais déjà traité les sujets qu’il y aborde (et mieux…) ou je n’y trouvais aucun intérêt.

    «Si la hausse de prix est transmise intégralement»

    À moins de changer la réglementation, elle ne le serait pas. Mais, c’est vrai que si cette baisse de consommation était compensée par plus de dépenses gouvernementales (ou par moins d’impôt ou de TVQ…), cela pourrait être moins dommageable. Cela dit, il y aurait un impact, et les promoteurs de la hausse n’en parlent pas, tandis qu’ils ne se gênent pas pour exagérer les conséquences de l’ajout de paliers d’imposition, n’hésitant pas à parler d’angoisse fiscale!

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  7. 27 novembre 2012 13 h 52 min

    @ Darwin et Jack

    « «Cependant j’ai tendance à penser qu’une hausse de prix favorise l’efficacité» [Jack]
    Je ne le nie pas. Mais à quel point? Pas sûr… »[Darwin]

    = = =

    Une hausse des tarifs pourrait favoriser une plus grande efficacité énergétique, oui. Mais uniquement pour ceux qui en auraient les moyens ou – simplement – la possibilité.

    Le riche propriétaire d’une résidence cossue mais de construction ancienne a les moyens de refaire l’isolation et la fenestration. Il a les moyens de se payer des électroménagers et une thermopompe moins énergivores. Et peut-être même songera-t-il à la géothermie ou encore à des panneaux solaires. S’il possède une piscine, il va peut-être se montrer moins négligent dans l’installation de sa toile solaire.

    Finalement, à terme, ses investissements lui auront permis de contrer l’augmentation des tarifs d’électricité.

    Mais les plus démunis – ou les moins bien nantis, selon le cas – n’ont pas les moyens financiers de procéder à ce genre d’investissements. Qui plus est, les locataires d’un « taudis », non seulement n’ont pas les sous pour changer leur vieux frigo énergivore, mais ils n’ont pas la latitude d’installer des portes et des fenêtres qui fuient moins, ni de refaire l’isolation de leur appart. Si le prix de location inclut les électroménagers, le proprio va PEUT-ÊTRE bouger, mais il n’y sera incité que si le prix du loyer inclut le chauffage et l’électricité.

    Bref, quand les tarifs augmentent, les démunis sont souvent contraints de subir intégralement la hausse, sans disposer de moyens pour la contrer. Bien sûr, ils peuvent toujours couper dans l’éclairage et dans la consommation énergétique de la télé, mais ils vont pas commencer à ne faire fonctionner la cuisinière et le frigo une journée sur deux…

    C’est là que réside l’iniquité d’une hausse « égale » pour tous.

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  8. 27 novembre 2012 14 h 40 min

    @ Papitibi

    Votre explication rejoint tout à fait mon commentaire (pas sôr…), mais aussi l’observation que j’ai faite dans le billet au sujet de la prévision de l,augmentation coût de la hausse des tarifs selon le revenu :

    « les auteurs de ce rapport prévoient que les personnes plus riches diminueraient davantage leur consommation que les plus pauvres en raison de la hausse des tarifs, car celle-ci représente une augmentation de 44,5 % de leurs dépenses en électricité (361/812 = 44,5 %), mais de 40,9 % pour les plus riches (789/1931 = 40,9 %).»

    J’aurais peut-être pu élaborer (la consommation est plus inélastique pour les pauvres), mais ne l’ai pas fait. Merci de votre explication.

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  9. 28 novembre 2012 21 h 51 min

    Si je vous comprends bien et qu’on prend les chiffres du graphique 19 pour illustrer votre pensée, vous dites:
    Si l’État veut augmenter ses revenus, il ne devrait pas augmenter les coûts d’électricité de 361 $ pour les ménages gagnant moins de 10 000 $, et de 789 $ pour les ménages mieux nantis gagnant 120 000 $ et plus. L’État devrait maintenir les tarifs d’électricité le plus bas possible (juste assez élevé pour couvrir les coûts moyens de production et dégager un bénéfice « normal » pour Hydro-Québec) et augmenter ses revenus en augmentant plutôt les impôts sur les revenus des particuliers, de manière à répartir la facture d’une façon plus progressiste (ou non régressive). Pour illustrer votre proposition avec des exemples chiffrés simples (de mon cru), les augmentations d’impôt pourraient être de 0 $ pour les personnes gagnant moins de 10 000 $, et de 3000 $ pour les ménages gagnant 120 000 $ et plus.

    Mais que diriez-vous de la solution alternative suivante?
    L’État augmenterait les coûts d’électricité de 361 $ (en moyenne) pour les ménages gagnant moins de 10 000 $. En contrepartie, l’État augmenterait de 361 $ les transferts monétaires versés à ces ménages. Au net, et en moyenne, les moins bien nantis ne subiraient donc aucune augmentation de dépenses (comme dans la première solution, où ces ménages ne subiraient ni augmentation de tarifs d’électricité, ni augmentation d’impôt).
    L’État augmenterait de 789 $ en moyenne, les coûts d’électricité des ménages gagnant 120 000 $ et plus. Non seulement l’État ne compenserait pas ces ménages mieux nantis, mais il augmenterait aussi leurs impôts de 2211 $. Au net, et en moyenne, les mieux nantis subiraient donc une augmentation de dépenses de 3000 $ (soit 789 $ en électricité et 2211 $ en impôt), comme c’était le cas dans l’option sans augmentation de tarifs d’électricité.

    À moins que quelque chose m’échappe, les deux solutions ci-haut reviennent donc au même en matière de progressivité (ou de transferts de richesses entre les mieux nantis et les moins bien nantis).
    Ces deux solutions ne reviennent cependant pas au même en matière d’efficience économique, c’est-à-dire en matière de capacité de maximiser le bien-être collectif global.
    Si j’ai bien compris mes cours d’économie, la science économique enseigne que l’efficience économique est atteinte lorsque les biens sont vendus à leurs coûts d’opportunité. En matière d’électricité produite par Hydro-Québec, ce coût d’opportunité serait le plus élevé entre:
    1) le prix le plus élevé pouvant être obtenu pour cette électricité québécoise sur les marchés extérieurs,
    2) le coûts de production marginal; C’est à dire le coût des dernières unités de kWh produites pour satisfaire à la demande. Ce coût marginal est plus élevé que le coût moyen de production, et bien plus élevé que le coût de production des kWh du bloc patrimonial.

    Si l’électricité québécoise est actuellement vendue à un prix en dessous de son coût d’opportunité (c’est à dire sa « valeur » en terme économique), la deuxième solution (avec augmentation des tarifs d’électricité) serait donc préférable à la première et ce, même si Hydro-Québec engrange déjà des bénéfices substantiels. Cette deuxième solution serait préférable, car elle serait économiquement plus efficiente que la première solution, tout en étant aussi progressiste (c’est à dire tout en répartissant autant la richesse entre les mieux et les moins bien nantis).

    Le comité Montmarquette a estimé que l’électricité québécoise était vendu à des tarifs en dessous de sa valeur économique (parce que en dessous de son coût marginal et de sa valeur de revente sur les marchés extérieurs). Il a donc proposé la deuxième solution; Soit une augmentation des tarifs, avec compensation pour les moins bien nantis; Ce qu’il a exprimé de la façon suivante dans son rapport à la page 106:
    « En tout état de cause, il importe que la hausse des tarifs d’électricité n’affecte
    pas les plus démunis. Le groupe de travail recommande que le gouvernement
    ajuste en conséquence l’aide sociale ou l’un des crédits d’impôt définis en
    faveur des bas salariés, et évite d’agir sur les tarifs mêmes.»

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  10. 28 novembre 2012 22 h 41 min

    @ Pierre

    «À moins que quelque chose m’échappe, les deux solutions ci-haut reviennent donc au même en matière de progressivité (ou de transferts de richesses entre les mieux nantis et les moins bien nantis).»

    À peu près oui. Ce serait un pis aller, avec certains avantages, je le concède. Par contre, cela me répugne qu’on utilise un bien de consommation (que je considère essentiel) comme outil de fiscalité. Ensuite, les remboursements ne peuvent se faire que sur la base des revenus de l’année précédente, comme les crédits de TPS et de solidarité.

    En plus, avez-vous vu des remboursements aux pauvres lors des dernières hausses de tarifs? Pas moi! Il n’y en avait pas non plus dans le budget Bachand.

    «Si j’ai bien compris mes cours d’économie»

    Pas assez pour les contester, semble-t-il! L’économie classique est basée sur une tonne d’impostures, de faux postulats, de comportements hystériques (homo oeconomicus) et j’en passe. Et il faudrait tenir compte des conclusions de cette école de pensée qui se base sur des hypothèses fausses?

    «le prix le plus élevé pouvant être obtenu pour cette électricité québécoise sur les marchés extérieurs,»

    Ridicule! Les lignes actuelles ne permettent que d’exporter 10 ou 20 % maximum (à confirmer) de la production. Il faudrait donc établir les prix sur les marchés où on peut vendre le moins? La comparaison de Montmarquette avec le pétrole est toute aussi ridicule. La production de pétrole de l’Alberta est exportée en grande majorité. Il est, dans ce cas, normal que ce soit les marchés d’exportations qui déterminent les prix. Et, à ce que je sache, nos exportations sont vendues aux prix des marchés où on exporte! Si ces prix étaient plus bas que nos prix de production, faudrait-il baisser aussi nos prix au Québec?

    «le coûts de production marginal»

    Normalement, c’est ce qui incite un offreur à augmenter ou pas ses capacités de production. Et, c’est justement le producteur qui a voulu augmenter sa capacité de production avec des investissements au coût maginal beaucoup plus élevé, car il espérait les vendre en exportations aux prix de ces marchés. Or, ces prix aussi ont baissé (à cause des gaz de schiste et de la stagnation économique aux États-Unis, entre autres). Et il faudrait que ce soit ce prix que nous payons? En plus, cette théorie ne fonctionne pas en situation de monopole… L’État pourrait obliger un monopole privé à augmenter ses capacités de production. Il le faisait par exemple pour le transport par autobus : si tu veux les routes payantes, tu dois offrir ton service en région, même si ce service est déficitaire. Bon, il a finalement laissé les entreprises abandonner presque complètement ces routes.

    Ça s’appelle l’interfinancement… Et le coût marginal ne fixe nullement le prix de vente!

    «son coût d’opportunité»

    Je répète que ses possibilités d’exportation sont limitées. L’électricité, cela ne s’exporte pas en camion, ni dans un pipeline! On pourrait aussi imaginer en vendre en Europe…

    «c’est à dire sa « valeur » en terme économique»

    Non, en termes monétaire, pas économique. J’expliquerai si nécessaire, mais c’est long…

    «Montmarquette a estimé»

    Montmarquette est le plus néolibéral des économistes québécois (avec Marcel Boyer), à ma connaissance. Son opinion ne m’intéresse absolument pas, sauf quand je veux rigoler!

    Et j’ai déjà réussi un de ses cours sans me présenter une seule fois en classe!

    Il l’a su et était bien découragé de ça!

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  11. 30 novembre 2012 8 h 52 min

    @ Darwin,

    Ensuite, les remboursements ne peuvent se faire que sur la base des revenus de l’année précédente, comme les crédits de TPS et de solidarité.

    Ce problème est contournable. Une éventuelle hausse de tarif à l’année 2013 pourrait être accompagnée de transferts compensatoires versés dès l’année 2013 aux ménages qui avaient de bas revenus en 2012. Êtes-vous inquiet du sort des ménages qui auraient de bas revenus en 2013, mais à qui l’État ne verserait pas automatiquement de prestations compensatoires en vertu de leurs revenus plus (trop) élevés de 2012? Ces ménages pourraient demander et obtenir dès 2013 des prestations sur leurs bas revenus anticipés pour 2013. Seuls des ajustements relativement mineurs des prestations compensatoires, sur la base des revenus réels de 2013, devraient alors attendre les déclarations fiscales des revenus de 2013.

    En plus, avez-vous vu des remboursements aux pauvres lors des dernières hausses de tarifs? Pas moi! Il n’y en avait pas non plus dans le budget Bachand.

    Il n’y a pas nécessairement des liens directs et officiels entre les hausses de tarifs et les hausses de prestations aux moins bien nantis. Il semblerait que, ces dernières années, pour les familles démunies avec enfants, les prestations ont augmenté dans des proportions faisant plus que compenser les augmentations de tarifs :
    « Qui sait qu’en 2010, une famille avec deux jeunes enfants n’ayant aucun revenu de travail reçoit 25 400$ en transfert de l’État? C’est beaucoup plus qu’avant, car cette même famille aurait reçu 16 400$ dix ans plus tôt. Même en tenant compte de l’inflation, son pouvoir d’achat s’est accru considérablement.» (La Presse, 13 août 2012, Jean-Herman Guay et Luc Godbout, « Du néolibéralisme, vraiment?»).

    Quand on n’est pas trompé par l’illusion que des hausses de tarifs ne peuvent que réduire les impôts des riches sans jamais augmenter les prestations versées aux moins bien nantis, on peut réfléchir à la question vraiment pertinente qui se pose en matière de tarification, soit : « À transferts égaux des riches vers les pauvres (en effectuant les ajustements fiscaux appropriés) ; Quel niveau de tarif devrait-on appliquer ? ».

    Pour répondre à cette question, les économistes classiques s’appuient sur des théories d’efficience économique reposant sur d’autres critères que les coûts moyens de production et la réalisation de profits « normaux » ou « raisonnables » pour les producteurs. (En passant, je vais peut-être vous surprendre, mais je suis loin d’être certain que ces théories classiques justifient actuellement des hausses de tarifs d’électricité, considérant les bas prix à l’exportation et les surplus de capacités de production à Hydro-Québec). Mais je ne vous invite pas à débattre de la valeur de ces théories économiques classiques, que vous me donnez l’impression de comprendre encore moins que moi (en espérant ne pas vous offenser en vous disant cela, comme vous ne m’avez pas offensé en prétendant mieux comprendre ces théories – et leurs limites – que moi). Ce qui m’intéresserait davantage serait que vous nous exposiez les bases théoriques qui vous amènent à conclure qu’il est préférable d’établir les tarifs d’électricité de manière à dégager des bénéfices « raisonnables » pour Hydro-Québec, même s’il n’en découle pas nécessairement une redistribution plus égale de la richesse que si les tarifs étaient établis à des niveaux plus élevés.

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  12. 30 novembre 2012 18 h 26 min

    @ Pierre (alias Le Crible)

    «Ce problème est contournable.»

    Oui, mais il serait lourd. Faudrait-il que les calculs se fasse avec la déclaration de revenu? Cela me semble étrange de calculer des remboursements ou baisse de tarifs d’un produit dans une déclaration de revenu. Et je pensais plutôt à des remboursements lorsque le revenu augmente. Sinon, on paierait pour quelqu’un qui a les revenus.

    «Mais je ne vous invite pas à débattre de la valeur de ces théories économiques classiques, que vous me donnez l’impression de comprendre encore moins que moi »

    Inutile alors de poursuivre cet échange. Allez donc discuter avec des gens qui comprennent ce système comme vous le désirez ou l’imaginez plutôt qu’avec quelqu’un comme moi que vous trouvez ignorant de ces choses…

    «Ce qui m’intéresserait davantage serait que vous nous exposiez les bases théoriques qui vous amènent à conclure qu’il est préférable d’établir les tarifs d’électricité de manière à dégager des bénéfices « raisonnables » pour Hydro-Québec»

    Je n’ai jamais conclu «qu’il est préférable d’établir les tarifs d’électricité de manière à dégager des bénéfices « raisonnables » pour Hydro-Québec», j’ai simplement mentionné que c’est ainsi que fonctionnait le CRTC avec Bell et j’ajoute que c’est à peu près ainsi que la Régie de l’énergie fonctionne avec Hydro. En fait, la hausse du budget Bachand enlevait à la Régie le pouvoir qui lui avait été octroyé en 1996, à sa création.

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  13. 3 décembre 2012 10 h 48 min

    Excellent billet de Eve-Lyne Couturier sur le blogue de l’IRIS.

    Les tarifs d’électricité suivent déjà l’inflation

    Extrait-conclusion:

    «Que le gouvernement décide de faire plus d’argent avec l’électricité est une décision qui lui appartient. Toutefois, en disant qu’il indexe le bloc patrimonial, il donne l’impression à la population qu’il indexe les tarifs d’électricité qui, eux, suivent déjà l’inflation. Si son intention est plutôt d’augmenter les tarifs plus vite que l’inflation, il serait important que le débat sur sa mesure se fasse en bonne connaissance de cause. Le dégel du bloc patrimonial est une décision d’abord politique qui n’est justifiée ni par les besoins économiques d’Hydro-Québec, ni par une volonté environnementale du gouvernement. Choisir l’indexation devient alors un choix aussi arbitraire que celui de l’augmenter de 1¢ et n’aura que comme conséquence de faire augmenter encore plus la facture d’électricité des ménages.»

    Ce billet détaille ce que je disais dans le mien en écrivant «Il faut noter que cette hausse n’inclut pas d’autres augmentations de tarifs qui pourraient être accordées par la Régie de l’énergie

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  14. 3 décembre 2012 13 h 14 min

    @ Darwin,

    « Cela me semble étrange de calculer des remboursements ou baisse de tarifs d’un produit dans une déclaration de revenu. Et je pensais plutôt à des remboursements lorsque le revenu augmente. »

    Voici des précisions sur la mécanique:

    Supposons que le gouvernement désirerait hausser les tarifs d’électricité (parce qu’il jugerait cela économiquement plus efficient en vertu de la théorie économique classique), mais qu’il ne voudrait pas que la redistribution de la richesse entre les mieux nantis et les moins bien nantis en soit modifiée dans un sens ou dans l’autre.
    Supposons aussi que ces hausses de tarifs impliqueraient, par exemple, des hausses moyennes de coûts d’électricité de 361 $ et de 789 $ pour les ménages gagnant respectivement 10 000 $ et moins et 120 000 $ et plus (si ces ménages décidaient de consommer autant d’électricité que si les tarifs n’étaient pas augmentés).
    Les sommes récoltées en plus grâce aux hausses de tarifs devraient alors être retournées aux citoyens :
    1- sous forme de baisses d’impôt de 789 $ pour les ménages gagnant 120 000 $ et plus. Ainsi, si une hausse de tarifs avait lieu en 2013, les retenues d’impôt à la source de 2013 seraient ajustées de manière à viser à ce que les citoyens qui auront gagné 120 000 $ et plus en 2013, aient payé, à la fin de 2013, 789 $ de moins en impôt que ce qu’ils auraient eu à payer si les tarifs d’électricité n’avaient pas été augmentés (et ce, même si ces ménages réduisent leur niveau de consommation d’électricité à cause de la hausse des tarifs).
    2- sous forme de hausses de 361 $ en prestations versées pour les ménage gagnant 10 000 $ et moins (puisque ces ménages ne paient pas d’impôts). Ainsi, si une hausse de tarifs avait lieu en 2013, le crédit pour solidarité versé en 2013 pourrait être augmenté de 361$ pour les personnes qui gagnaient 10 000 $ ou moins en 2012 (et ce, même si ces ménages réduisent leur niveau de consommation d’électricité à cause de la hausse des tarifs).

    Les ajustements de baisses d’impôts ou de hausses de prestations à effectuer en fonction des revenus réellement gagnés en 2013 pourraient être effectués au moment de la déclaration fiscale de l’année 2013. Par exemple, supposons qu’un ménage aurait reçu des prestations compensatoires en 2013 sur la base de ses faibles revenus de 2012, mais qu’il aurait gagné de hauts revenus en 2013. Les prestations versées en trop pourraient alors être récupérées au moment de la déclaration fiscale sur les revenus gagnés en 2013. Mais les impôts payables par ce ménage seraient quand même moindres que si les tarifs d’électricité n’avaient pas été augmentés.

    Cela semble vous avoir échappé, mais tant le Groupe de travail sur la tarification des services publics que le Comité consultatif sur l’économie et les finances publiques et que Jean-François Lisée ont recommandé de telles hausses de prestations afin que les hausses de tarifs à leurs niveaux économiquement efficients ne réduisent pas les transferts de richesse des mieux nantis vers les moins bien nantis. Dans le cas de Lisée, cette recommandation se retrouve dans la citation que vous avez vous-même présentée dans votre premier commentaire sous le présent billet.

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  15. 3 décembre 2012 16 h 34 min

    «Cela semble vous avoir échappé»

    Non. Ce n’est pas parce que je suis en désaccord avec une mesure qu’elle m’a échappé. Même chose pour la mécanique.

    Et je vous le répète : pourquoi n’envoyez-vous pas vos romans ailleurs? Ils seraient peut-être mieux reçus. Moi, j’en ai ma claque…

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