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L’endettement et le revenu disponible

6 décembre 2012

endettementMois après mois, la Banque du Canada mentionne son inquiétude face à l’endettement des ménages. C’était le cas en février dernier, ça l’est encore maintenant. La situation a de quoi inquiéter, une révision du mode de calcul de la dette des ménages par Statistique Canada en octobre dernier l’a encore fait grimper.

«Le ratio de la dette sur le marché du crédit au revenu disponible des ménages a été révisé à la hausse pour passer de 150,6 % à 161,7 %.»

Cela fait peur… d’autant plus que le même communiqué de Statistique Canada nous informe que ce ratio est passé de 163,4 % au deuxième trimestre de 2012. Mais est-ce aussi terrible au Québec? Malheureusement, Statistique Canada ne fournit pas de données régulièrement pour le Québec.

Au début de la semaine, on a parlé un peu dans les médias d’une étude de Desjardins qui semble a eu accès aux données pour le Québec. Malheureusement, cette étude n’est pas encore disponible sur son site Internet. Par contre, j’ai pu me procurer le graphique qui suit qui est tiré de cette étude, grâce au compte Facebook de l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS) qui l’a publié.

endettement1

Est-ce grave docteur?

Ce graphique peut aussi bien nous rassurer que nous faire paniquer… D’une part, on voit que le ratio de la dette, soit le total de la dette à la consommation et de la dette hypothécaire, sur le revenu disponible des ménages québécois a presque triplé depuis 30 ans, passant d’environ 50 % en 1982 à un peu plus de 140 % en 2012.

D’autre part, on constate avec soulagement que la situation est tout de même moins grave au Québec que dans le reste du Canada. En fait, l’écart entre les deux situations est encore plus grand que ça.

En effet, comme le revenu disponible est moins élevé au Québec, un même ratio de dette représente une dette moins élevée. En plus, comme les Québécois payent plus d’impôts et de taxes, cela fait diminuer artificiellement leur revenu disponible. Je dis «artificiellement» car ces taxes et impôts permettent aux Québécois de ne pas payer ou de payer moins cher pour des services que les autres Canadiens doivent payer au gros prix, agravant potentiellement leur problème de dette. On peut penser par exemple au transport en commun, aux frais de garde et aux droits de scolarité. D’ailleurs, l’endettement moyen des étudiants ayant une dette était en 2006 au moins deux fois plus élevé dans le reste du Canada qu’au Québec, la dette passant de 13 000 $ au Québec pour atteindre plus de 22 000 $ en Ontario et dans les provinces de l’Ouest, plus de 26 500 $ en Colombie-Britannique et près de 30 000 $ dans les provinces de l’Atlantique, comme on peut le voir au tableau 5 au bas de la page 7 de cette étude.

J’ai réalisé que la baisse artificielle du revenu disponible rend injuste les comparaisons entre les ratios canadien et québécois d’endettement en lisant ce billet de Gérald Fillion, qui mentionne (en citant des économistes de la Nationale) avec le même type d’argument qu’on ne peut comparer les ratios d’endettement des ménages du Canada et des États-Unis, entre autres en raison des coûts de santé qui sont, aux États-Unis, payés en grande partie à partir du revenu disponible des ménages, ce qui est beaucoup moins le cas au Canada. Il en est donc de même pour les services publics qui sont moins chers au Québec que dans le reste du Canada.

J’espère que mes remarques ne donnent pas l’impression que, parce que la situation des ménages québécois est «moins pire» que celle des ménages canadiens, tout va bien. Non, ça va mal, et c’est grave!

Et alors…

Desjardins mentionne dans son étude (en tout cas, selon Radio-Canada) d’autres facteurs de soulagement, comme la stabilisation des dettes par cartes de crédit (celles qui ont les taux d’intérêt les plus élevés) et le fait que les taux d’intérêt devraient demeurer bas encore quelque temps. Par contre, Desjardins ajoute que s’il fallait que les taux augmentent bien des ménages seraient dans le trouble. Et moi, je conclus que, inévitablement, ils vont finir par augmenter… et que ça va être laid!

Mais, ce n’est pas tout. Le pire dans cette histoire demeure la fuite en avant causée par la surconsommation et la stagnation des revenus (comme le disent bien Simon Tremblay-Pepin et Julia Posca, dans ce billet du blogue de l’IRIS). Même en faisant presque tripler le ratio de la dette des ménages sur le revenu disponible, nous avons un niveau de croissance poussif. S’il fallait que la dette arrête d’augmenter, ce qui devrait bien sûr être souhaitable, ou si elle diminuait, ce serait la récession assurée. Nous nous retrouvons donc avec deux choix devant nous, Charybde et Scylla… à moins de commencer à changer ce système qui nous force à faire ce genre de choix!

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8 commentaires leave one →
  1. Dominic permalink
    6 décembre 2012 13 h 18 min

    Bonjour,
    Puis-je vous poser une question?
    Comment calcule-t-on le taux d’endettement de son ménage?

    Vous dites: «… le ratio de la dette, soit le total de la dette à la consommation et de la dette hypothécaire, sur le revenu disponible…»

    Donc: L’ensemble de la dette de consommation (de cartes de crédit et autre) + la dette hypothécaire, le tout divisé par le revenu disponible…

    Questions:
    1/ Est-ce le montant total de l’hypothèque restant?
    2/ Comment est-ce que le résultat de se calcul donne-t-il un pourcentage? Cela doit être que je ne comprends pas « ratio » de la dette…

    Peut-être, voire certainement, une question bête et facile… Vous aurez compris que je ne suis pas économiste. Mais cela ne m’empêche pas de vous suivre… distraitement.

    Merci à vous

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  2. Yves permalink
    6 décembre 2012 13 h 53 min

    « Par contre, Desjardins ajoute que s’il fallait que les taux augmentent bien des ménages seraient dans le trouble. Et moi, je conclus que, inévitablement, ils vont finir par augmenter… et que ça va être laid!«

    Certain que cela serait laid. Très laid.
    Je me retrouverais sans doute dans la rue.

    Je n’y connais pas grand-chose en chiffres et en économie, mais je me demande c’est quoi qui peut bien inciter les banques à augmenter leur taux d’intérêt, si ce n’est pas de faire plus d’argent. Dans la mesure qu’une hausse annonce une catastrophe pour tous les ménages et l’économie, alors ne serait-il pas possible de forcer les banques à se garder les taux d’intérêt toujours bas ?

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  3. Marc Sauvageau permalink
    6 décembre 2012 13 h 57 min

    L’étude de Desjardins dont vous reproduisez le graphique se trouve ici :
    http://www.desjardins.com/fr/a_propos/etudes_economiques/actualites/point_vue_economique/pv121203.pdf

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  4. 6 décembre 2012 15 h 15 min

    @ Dominic

    Bienvenue ici!

    « Est-ce le montant total de l’hypothèque restant?»

    Oui, y compris les deuxièmes hypothèques, s’il y a lieu.

    «Comment est-ce que le résultat de se calcul donne-t-il un pourcentage?»

    C’est de fait un ratio, mais Statcan l’exprime souvent en %. C’est toujours mêlant, car un dette est un stock (une accumulation sur des années) et le revenu disponible un flux (il ne tient compte que du revenu disponible de l’année courante).

    «Mais cela ne m’empêche pas de vous suivre… distraitement.»

    pas trop distraitement, j’espère ! 😉

    @ Yves

    «Je n’y connais pas grand-chose en chiffres et en économie, mais je me demande c’est quoi qui peut bien inciter les banques à augmenter leur taux d’intérêt, si ce n’est pas de faire plus d’argent»

    En fait, les banques font de l’argent surtout avec la différence entre le taux de la Banque du Canada et les taux qu’ils chargent. Quand Desjatdins et moi parlons de la hausse des taux d’intérêt, on parle de ceux décidées par la Banque du Canada. Quand ceux-ci augmentent, ceux des banques augmentent automatiquement (ou presque…).

    @ Marc Sauvageau

    Merci! Je ne regardais pas à la bonne place… Je vais lire ça tantôt.

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  5. Yves permalink
    6 décembre 2012 20 h 04 min

    «Quand Desjardins et moi parlons de la hausse des taux d’intérêt, on parle de ceux décidées par la Banque du Canada. Quand ceux-ci augmentent, ceux des banques augmentent automatiquement (ou presque…).«

    Alors, il me semble, pour ne pas mettre tout le monde dans la rue, la Banque du Canada a juste à laisser indéfiniment les taux bas. Non? Comme ça il en aura pas de problème!

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  6. 6 décembre 2012 20 h 28 min

    Pas simple de même… Par contre, ce serait étonnant que la Banque du Canada ne rehausse ses taux avant 2014 et encore! Et si elle le fait ce sera très légèrement.

    C’est seulement si l’inflation (hors des prix du pétrole et de l’alimentation) s’envolait que la Banque rehausserait ses taux.

    Va vraiment falloir que j’écrive sur l’inflation…

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  7. Yves permalink
    6 décembre 2012 22 h 38 min

    Ouais! 😯

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  1. Oikos Blogue | Les chiffres de la semaine : l’endettement des Québécois et des Canadiens

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