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Les avants-derniers réjouissants!

12 décembre 2012

PIRLSLe Programme international de recherche en lecture scolaire (PIRLS) est un examen international de lecture tenu aux cinq ans qui s’adresse aux jeunes de la quatrième année du primaire. Les résultats de la dernière vague de cet examen ont été diffusés hier dans les médias. Disons que les manchettes se sont bien accordées avec l’idéologie de chaque média!

Pendant que Le Devoir (ou La Presse canadienne) titrait Les écoliers de 4e année du Canada obtiennent un bon rendement en lecture, Radio-Canada y allait d’un regard moins positif, mais tout aussi pan-canadien, en soulignant que Les enfants canadiens lisent moins bien que les élèves américains et La Presse, elle, choisissait un titre visant, à son habitude, à dénigrer notre système d’éducation (Lecture: les enfants québécois avant-derniers au Canada). Mais qu’en est-il vraiment?

L’étude

Pour se faire une idée de la situation, il faut prendre connaissance de l’étude. Mais, se taper plus de 170 pages, c’est sûrement plus difficile que de trouver les aspects négatifs dans les faits saillants…

Commençons par regarder les affirmations de nos amis journalistes…

Oui, c’est vrai, les jeunes des États-Unis ont eu de meilleurs résultats que les jeunes Canadiens. Ils se sont classés sixième sur 45 pays grâce à un résultat de 556 par rapport à 548 pour le Canada qui s’est tout de même classé douzième, un résultat plus qu’honorable. Rappelons que la moyenne de l’échelle internationale est de 500. Il m’apparaît donc malhonnête de la part de Radio-Canada de mettre l’accent sur ce point. Cela dit, j’ai été moi aussi étonné des résultats des jeunes des États-Unis. Mais, il aurait été possible de souligner ce résultat étonnant et digne de mention autrement qu’en dénigrant le résultat plus que satisfaisant des jeunes Canadiens.

Et les jeunes Québécois, sont-ils vraiment avant-derniers au Canada? Oui, si on regarde les résultats globaux, seul le Nouveau-Brunswick a obtenu de moins bons résultats. Par contre, si on regarde les résultats des francophones du Canada à la page 27 du document, on verra que les jeunes francophones du Québec ont obtenu un résultat nettement supérieur à celui des jeunes francophones des autres provinces, avec 537 par rapport à 514 pour ceux du Nouveau-Brunswick, 513 pour ceux de Colombie-Britannique, 506 pour ceux de l’Ontario et tout juste la note de passage pour ceux de la Nouvelle-Écosse (500).

On m’objectera qu’il est normal que les francophones des autres provinces maîtrisent moins bien le français. Fort bien. Alors, on peut toujours se comparer avec les jeunes des autres pays francophones. Les jeunes Français (qui sont tellement meilleurs que nous en français, n’est-ce pas?)? Ils ont obtenu un résultat global de 520 (voir entre autres à la page 159), loin derrière le résultat global de 538 des jeunes Québécois. Les Belges francophones? 506! Moins que les jeunes francophones du Nouveau Brunswick! Étonnant, n’est-ce pas? Mais, est-ce un cas unique? Si on regarde à la page 25 de ce document qui porte sur les résultats de 2006, on verra que les jeunes Québécois francophones avaient obtenu un résultat de 532, les jeunes Français de 522 et les jeunes Belges de 500. Pas encore convaincus? En 2001, les jeunes Québécois francophones avaient obtenu un résultat de 537 et les jeunes Français de 525 (la Belgique n’avait pas participé, voir page 19).

En plus de montrer la constance dans les résultats des jeunes Québécois et de leur succès par rapport aux jeunes Français et aux jeunes Belges, ces résultats pourraient indiquer qu’il est possible que le français soit plus difficile à apprendre que d’autres langues. Je ne dis pas que c’est le cas, mais l’hypothèse mérite d’être considérée, d’autant plus que les résultats d’un autre examen international, mais qui s’adresse aux jeunes de 15 ans ayant atteint au moins un niveau équivalent à 9 années scolaires, soit le Programme international de suivi des acquis des élèves (PISA), montrait en 2009 et 2006 que les jeunes Québécois se classaient à cet âge dans la moyenne des élèves canadiens (voir page 6 et page 30), devançant les jeunes de 6 provinces canadiennes. En 2003? La page 35 de ce document nous montre qu’il en fut de même. Et en 2000, il devançait 7 provinces (voir page 17). Bref, le retard des jeunes de la quatrième année du primaire semble se combler au cours des années suivantes.

Autres constats sur les jeunes Québécois

– Exclusions

Le PIRLS permet d’exclure du plan d’échantillonnage un certain nombre d’élèves (voir les pages 151 à 157), soit les élèves ayant un handicap fonctionnel, un handicap intellectuel et ceux dont la langue première n’était pas celle du test (français et anglais, au Canada), ainsi que ceux qui fréquentent :

  • des écoles éloignées géographiquement;
  • des écoles ayant très peu d’élèves;
  • des écoles ayant une structure de niveaux scolaires ou un programme d’études radicalement différents;
  • et des écoles prodiguant leur enseignement uniquement à des élèves ayant des besoins spéciaux.

Le PIRLS impose toutefois que moins de 15 % des élèves soient ainsi exclus. Au Canada, 9,9 % des élèves ont ainsi été exclus du plan d’échantillonnage. Or on peut voir à la page 153 que le Québec est de loin la province qui a exclu le moins d’élèves. Il en a exclus 3,7 %, tandis que les provinces qui ont eu les meilleurs résultats en ont exclus beaucoup plus, par exemple 6,8 % en Alberta, 7,9 % en Ontario et 11,4 % en Colombie-Britannique.

Est-ce que cela pourrait expliquer les moins bons résultats des jeunes Québécois? Peut-être, mais pas nécessairement, quoique la plus grande différence entre les provinces n’est pas l’exclusion d’écoles, ce qui aurait moins d’impact, mais l’exclusion d’élèves (1,0 % au Québec, 5,4 % en Alberta, 7,0 % en Ontario et 9,7 % en Colombie-Britannique).

– Résultats en fonction du seuil repère international

Je reproduis ici la figure 2.1 de la page 38 du document.

PIRLS1

On peut voir sur ce graphique que les pourcentages de jeunes Québécois qui atteignent le «seuil repère international bas» (98 % au Québec comme au Canada, plus que la médiane internationale de 95 %) et le «seuil repère international intermédiaire» (85 % au Québec par rapport à 86% au Canada, plus que la médiane internationale de 80 %) sont très semblables à ceux des jeunes des autres provinces. C’est aux niveaux supérieurs que ça se gâte.

Alors que 51 % des jeunes Canadiens atteignent le «seuil repère international élevé», seulement 43 % des jeunes Québécois en font autant (même un peu moins que la médiane internationale de 44 %). L’écart est tout aussi grand chez ceux qui atteignent le «seuil repère international avancé» avec seulement 7 % des jeunes Québécois par rapport à 13 % au Canada (encore une fois un peu moins que la médiane internationale de 8 %).

Ces résultats laissent penser deux choses (au moins!). D’une part, le faible niveau d’exclusion d’élèves au Québec ne semble pas avoir eu un grand impact, car on peut penser que ces exclus auraient été parmi les «moins bons» en lecture. Or, le pourcentage d’élèves ayant de bas résultats n’est pas significativement plus élevé au Québec. Seulement 2 % n’atteignent pas le «seuil repère international bas», comme au Canada et seulement 15 % le «seuil repère international intermédiaire» par rapport à 14 % au Canada. Cela dit, pas de grand impact ne veut pas dire pas d’impact du tout!

D’autre part, le fait que les jeunes Québécois soient beaucoup moins nombreux parmi les élèves qui maîtrisent le mieux la lecture (niveaux élevé et avancé) pourrait aller dans le sens de l’hypothèse que le français soit plus difficile ou plus long à apprendre que d’autres langues, l’anglais dans ce cas.

Et alors…

À chaque fois que les résultats de tests ou examens internationaux sur le rendement scolaire de nos jeunes sont diffusés, je remarque que nos médias – et bien des commentateurs – se font un malin plaisir à dénigrer les résultats de nos élèves et, dans certains cas, à critiquer notre système scolaire. Par exemple, lorsque les résultats du PIRLS de 2006 sont sortis, je me souviens que Bernard Landry et les membres de la coalition «Stoppons la réforme» ont poussé de hauts cris en raison du recul du résultat des jeunes Québécois qui étaient passés de 537 à 532, une baisse à la limite de la marge d’erreur (je rappelle que la moyenne de l’échelle internationale est de 500). Se réjouiront-ils du fait que le résultat de 2011 (538) dépasse les deux précédents ou que les jeunes Québécois ont les meilleurs résultats des pays francophones? J’en doute. Ils feront comme le titre de La Presse, ils souligneront les aspects les plus négatifs de ces résultats.

Je ne crie pas victoire non plus. Certains aspects sont inquiétants, comme la proportion moins élevée que la médiane internationale de jeunes Québécois qui atteignent les deux plus hauts niveaux de maîtrise de la lecture. L’hypothèse des difficultés d’apprentissage du français est invitante, mais, cela ne reste qu’une hypothèse. Nos jeunes sont aussi beaucoup moins motivés pour la lecture (61 % le sont par rapport à 72 % au Canada et 74 % dans l’ensemble des pays, voir page 56) et s’investissent moins dans la lecture (30 % par rapport à 39 % au Canada et 42 % dans l’ensemble des pays, voir page 58). Ces signaux doivent être entendus.

Par contre, tout en s’inquiétant des aspects négatifs de ces résultats, peut-on au moins se réjouir un peu de leurs aspects globalement positifs?

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8 commentaires leave one →
  1. Pierre Jobin permalink
    12 décembre 2012 7 h 54 min

    Excellente analyse et beaucoup plus substantielle que celle servit par les média.

    J'aime

  2. Félix permalink
    12 décembre 2012 8 h 13 min

    Reblogged this on À Laval des Rapides.

    J'aime

  3. 12 décembre 2012 8 h 19 min

    @ Pierre Jobin

    «Excellente analyse»

    Venant de quelqu’un du milieu de l’éducation, ce commentaire me réjouit d’autant plus!

    J'aime

  4. david weber permalink
    12 décembre 2012 9 h 38 min

    Bonjour,

    Voilà un article français qui tombe à propos :

     » Alerte sur le niveau en lecture des élèves français »

    http://www.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/12/12/alerte-sur-le-niveau-en-lecture-des-eleves-francais_1805108_1473688.html

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  5. 12 décembre 2012 9 h 49 min

    Cet article semble intéressant, mais seul le début est accessible sans abonnement ou sans l’acheter…

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  6. Gilbert Boileau permalink
    12 décembre 2012 10 h 51 min

    Analyse qui mérite une ample diffusion. Merci de nous faire les mises au point nécessaires dans ce dossier complexe.

    J'aime

  7. david weber permalink
    12 décembre 2012 11 h 41 min

    « Cet article semble intéressant, mais seul le début est accessible sans abonnement ou sans l’acheter… » , écrit Darwin. C’est curieux, je n’ai pas eu de problème pour le lire. Essayer d’ accéder à l’article à partir de votre moteur de recherche en mettant comme mots clefs le titre de l’article :  » alerte sur le niveau en lecture des élèves français ».

    Sinon, il y a un autre article du monde.fr sur le même sujet :

     » L’insoutenable médiocrité de la lecture à l’école  »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/12/12/l-insoutenable-mediocrite-de-la-lecture-a-l-ecole_1805093_3232.html

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  8. 12 décembre 2012 12 h 12 min

    @ Gilbert Boileau

    «Analyse qui mérite une ample diffusion»

    Ça, ça ne dépend pas vraiment de moi…

    @ david weber

    Celui-là, je peux le lire! Merci! Cela dit, le cas des États-Unis mériterait plus d’attention. Ce pays avait déjà de bons résultats en 2001 (550) et aussi, dans une moindre mesure, en 2006 (540). Cela n’empêche pas les jeunes de 15 ans d’afficher des résultats médiocres en lecture au PISA (leur meilleur résultat fut de 500 en 2009), même parfois pires que ceux des jeunes Français…

    Alors, j’aurais une petite gêne de vanter leurs méthodes et leurs programmes.
    .

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