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Les inégalités hommes-femmes et l’OCDE

20 décembre 2012

inégalités_hommes-femmesDepuis un peu plus d’un an, on dirait que certains organismes réputés pour leur conservatisme jettent de plus en plus un œil sur des mesures plus progressistes. Bon, ils ne vont pas jusqu’à renier le capitalisme, mais se montrent de plus en plus critiques face à ses dérives.

J’ai d’ailleurs écrit quelques textes sur ce virage :

  • je me suis étonné des affirmations du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Organisation des nations unies (ONU) qui s’inquiétaient des mesures d’austérité, eux qui les ont pourtant imposées à trop de pays;
  • j’ai souligné certaines études étonnamment progressistes du Conference Board, notamment sur la croissance des inégalités et du faible revenu chez les personnes âgées;
  • j’ai élaboré sur un document de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) sur la croissance des inégalités, mettant l’accent sur son chapitre sur l’effet des programmes sociaux sur les inégalités.

Au début de cette semaine, j’ai pris connaissance d’une autre étude intéressante de l’OCDE, Closing the Gender Gap: Act Now (ou Inégalités hommes-femmes : il est temps d’agir) portant cette fois sur les inégalités entre les hommes et les femmes. Je n’ai pas pu lire le document complet (plus de 350 pages), car il n’est toujours pas disponible au moment où j’édite ce billet, me contentant du sommaire (en anglais seulement pour l’instant) et du communiqué (en français!).

Principaux constats

«[traduction] L’égalité des sexes n’est pas seulement une question d’autonomie économique. Il s’agit d’un impératif moral. C’est une question d’équité qui comprend de nombreuses dimensions, à la fois politiques, sociales et culturelles. C’est aussi un des facteurs les plus importants dans l’auto-évaluation du bien-être et du bonheur à travers le monde»

Ainsi commence ce sommaire. Ce paragraphe met bien la table pour ce qui suit, quoique cette suite soit beaucoup plus axée sur des aspects purement économiques.

– Éducation

  • Si les filles ont maintenant un taux de scolarisation supérieur dans la plupart des pays de l’OCDE, ce n’est pas encore le cas dans les pays moins développés où, comme les familles n’ont pas les moyens d’envoyer tous leurs enfants à l’école, on donne la priorité à l’éducation des garçons.
  • Dès que l’éducation est offerte gratuitement, le taux de fréquentation des filles augmente et influence celui des filles de la génération suivante.
  • Elles ont de bien meilleurs résultats en lecture que les garçons, mais pas en mathématiques, quoique l’écart soit de moins en moins important.
  • Elles étudient moins souvent dans les disciplines liées aux sciences et aux technologies, et quand elles le font, elles travaillent moins souvent dans des domaines liés, malgré les grands besoins et les salaires plus élevés dans ces domaines.
  • Ce phénomène est en grande partie dû aux stéréotypes véhiculés dans la société, à la maison et dans les milieux scolaires dès leur plus jeune âge.

– Emploi

  • C’est lors du passage des études au marché du travail que se manifestent le plus les inégalités qui marqueront la vie au travail des femmes : plus de difficultés à trouver un emploi, travail plus souvent à temps partiel, salaires moins élevés, etc.
  • Les domaines d’études bien différents que choisissent les hommes et les femmes perpétuent la ségrégation sexuelle sur le marché du travail, les femmes étant sous-représentées dans les secteurs des affaires et des sciences appliquées, et concentrées dans la santé, les services sociaux, l’éducation et les emplois administratifs.
  • Une grande partie de ces différences s’expliquent par le fardeau des tâches domestiques non payées que les femmes accomplissent toujours bien plus que les hommes. Dans les pays moins développés, ces tâches les empêchent trop souvent d’accéder au marché du travail et même d’aller à l’école. Lorsqu’elles travaillent, c’est plus souvent qu’autrement dans des emplois vulnérables, peu rémunérateurs et concentrés dans le secteur informel.
  • En plus, les femmes bénéficient moins des promotions, tellement que les inégalités augmentent dans les emplois les mieux payés. Si les femmes des pays de l’OCDE gagnent en moyenne 16 % de moins que les hommes, cette différence atteint 21 % dans les emplois les mieux payés. Le fameux «plafond de verre» n’est pas une légende urbaine, il existe bel et bien! Par exemple, on trouve à peine 10 % de femmes dans les conseils d’administration des pays de l’OCDE. À cet égard, on doit souligner l’efficacité du contingentement («quotas») imposé en Norvège où les femmes occupent 40 % de ces postes.
  • Les problèmes de conciliation travail-famille (ou travail-vie personnelle) sont toujours bien plus présents et importants pour les femmes. À ce sujet, les femmes des pays qui offrent des services de garde gratuits ou à coûts réduits sont bien plus actives sur le marché du travail que celles des pays qui n’en offrent pas, où une grande partie de leur salaire doit être consacrée à la garde des enfants.
  • Les États ont un grand rôle à jouer pour lutter contre ces inégalités, pas seulement par l’adoption d’une législation équitable et favorisant l’emploi des femmes (prestations et congés parentaux, services de garde abordables, etc.), mais aussi en tant qu’employeur (équité en matière d’emploi, horaires variables, etc.), puisqu’il doit être un modèle pour les autres employeurs.

– Entreprenariat

  • Même si les femmes sont de plus en plus présentes sur le marché du travail, elle demeurent bien minoritaires parmi les entrepreneurs. Quand elles le deviennent, c’est plus souvent que les hommes pour mieux concilier leur travail avec leurs obligations familiales.
  • L’entreprenariat joue un rôle important, tant dans les pays développés que dans ceux qui le sont moins, pour la création d’emplois, l’innovation et la croissance. Donc, en se privant de l’apport des femmes dans ce domaine, les pays renoncent à une part importante de leur potentiel économique.
  • Les femmes qui veulent partir en affaire ont plus de difficultés à obtenir des prêts et les institutions prêteuses leur octroient des sommes inférieures tout en exigeant plus de garanties, entres autres parce qu’elles ont des antécédents de crédit plus courts et moins de possessions (ou d’actifs).
  • Le développement du microcrédit a certes aidé un peu l’entreprenariat des femmes, mais ne peut remplacer un traitement équitable par les institutions financières et les banques.

– La crise et les femmes

Si l’emploi des femmes a subi moins durement la crise actuelle dans la plupart des pays, les compressions budgétaires des gouvernements les frappent davantage, tant en raison de la baisse de prestations que par l’abolition d’emplois dans les secteurs où elles sont majoritaires (gouvernement, santé, éducation, etc.). De même, les problèmes budgétaires gouvernementaux relèguent à plus tard les questions d’équité et d’égalités des droits.

Et alors…

Même si cette étude contient des constats intéressants, elle demeure basée sur une approche que je trouve teintée d’économisme. C’est un peu normal pour un organisme du genre dont le mandat est justement le développement économique. Il n’en demeure pas moins que les aspects sociaux des sujets abordées ne sont évoqués que succinctement. Il est par contre possible que le document complet élabore davantage sur ces questions.

Cela dit, on ne peut nier que ce type d’étude représente une avancée pour cette organisation internationale. Elle semble se préoccuper de plus en plus des inégalités, qu’elles soient sociales ou autres, ici entre les hommes et les femmes, et cela doit être souligné.

La sortie de cette étude fut entourée de la diffusion de courts documents (en anglais seulement pour l’instant) sur certaines particularités de pays membres et de données, dont un portail d’indicateurs, portant sur la situation des hommes et des femmes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de l’entreprenariat. Bref, on ne peut que saluer cette initiative de l’OCDE!

Voici pour terminer une vidéo (en anglais seulement…) qui résume très bien le sommaire de l’étude, donc une grande partie de ce billet!

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9 commentaires leave one →
  1. 21 décembre 2012 8 h 53 min

    « Elles étudient moins souvent dans les disciplines liées aux sciences et aux technologies, et quand elles le font, elles travaillent moins souvent dans des domaines liés, malgré les grands besoins et les salaires plus élevés dans ces domaines. »

    Il me semble que c’est à partir d’un tel constat que François Legault s’est permis de dire lors de la dernière campagne électorale que les femmes accordaient moins d’importance au salaire que les hommes. Interprétation volontairement fallacieuse? Cette partie semble lui avoir échappé : « Ce phénomène est en grande partie dû aux stéréotypes véhiculés dans la société, à la maison et dans les milieux scolaires dès leur plus jeune âge. »

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  2. 21 décembre 2012 9 h 37 min

    «Il me semble que c’est à partir d’un tel constat que François Legault s’est permis de dire lors de la dernière campagne électorale que les femmes accordaient moins d’importance au salaire que les hommes.»

    Il faudrait lui demander! Pour moi, le problème à la base n’est pas seulement le choix des femmes, mais le fait que la société n’offre pas de salaires équitables dans les professions que les femmes choisissent.

    Reste l’autre problème, celui des choix. Ces choix sont sûrement grandement le résultat d’une vision sociale imposée aux femmes, comme le mentionne le rapport de l’OCDE. Là, la solution est plus complexe et ne peut s’appliquer à court terme. Cela ne veut pas dire de ne rien faire, car même si le processus est long, il faut bien le commencer quelque part!

    Il y a eu de grandes avancées depuis 50 ans et le problème semblait pourtant bien plus insoluble à l’époque. Mais, en posant des gestes, on a avancé. Il faut continuer!

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  3. 21 décembre 2012 10 h 13 min

    « Il faudrait lui demander! »

    Il s’appuyait sur un rappot de l’OCDE lui aussi. Grosso modo, ce rapport de 80 pages établissait des constats très similaires à celui-ci. Mais le cherry-picking était plutôt flagrant de sa part (à Legault).

    « Là, la solution est plus complexe et ne peut s’appliquer à court terme. »

    Vous proposeriez quoi?

    « Mais, en posant des gestes, on a avancé. Il faut continuer! »

    Bien d’accord! Je craint simplement une éventuelle régression. Certains cherchent volontairement à mettre la transmission sur la marche arrière.

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  4. 21 décembre 2012 10 h 59 min

    «Je crains simplement une éventuelle régression. Certains cherchent volontairement à mettre la transmission sur la marche arrière.»

    C’est un fait. D’ailleurs Koval me faisait remarquer, ce que j’ai vérifié à l’aide des données du MELS (Relance) que le % de femmes en informatique et en mathématiques a diminué de façon significative depuis une dizaine ou une vingtaine d’années. C’est la même chose au niveau canadien.

    «Vous proposeriez quoi?»

    De continuer! Il n’y a pas de magie! Il faut éliminer les barrières sociales. Cela doit se faire à la maison, dans le discours (entre autres en ne laissant pas passer les affirmations gratuites des Legault de ce monde), dans le milieu scolaire et dans les milieux de travail (certains sont encore très réticents à l’arrivée de femmes et le manifestent même pas subtilement), mais sans non plus blâmer celles qui choisissent d’autres domaines.

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  5. 21 décembre 2012 13 h 30 min

    « entre autres en ne laissant pas passer les affirmations gratuites des Legault de ce monde »

    Le plus dangereux avec les types comme Legault c’est qu’ils tentent d’utiliser des études empiriques afin d’appuyer leurs préjugés et leurs stéréotypes. Or, vous auriez du voir tous les caquistes qui réagissaient sur Twitter à tous ceux accusant Legault de sexisme paternaliste lors de la campagne : « Mais c’est l’OCDE qui le dit, ça doit être vrai!!! Y’a une étude qui prouve que les femmes aiment pas les gros salaires!!! Enlevez donc vos oeillères, c’est des faits!!! »

    Autrement dit, Legault n’est plus seulement un macho rétrograde, neu-non! Ce n’est qu’un pauvre politicien qui a osé énoncer des « faits »! Il a eu le courage de mettre de côté la langue de bois, saluons sa bravoure!

    « certains sont encore très réticents à l’arrivée de femmes et le manifestent même pas subtilement »

    Certes mais je ne crois pas que ces types soient pris très au sérieux dans leurs revendications. Le sexisme arboré par les gens comme Legault est justement plus néfaste car il se présente sous un vernis « rationnel et scientifique ».

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  6. 21 décembre 2012 13 h 36 min

    «Certes mais je ne crois pas que ces types soient pris très au sérieux dans leurs revendications.»

    Ça dépend des milieux. J’ai connu des cas de milieux très fortement masculins où les femmes qui «osaient» vouloir s’intégrer étaient systématiquement ignorées ou encore pire, devaient endurer le comportement harcelant de leurs collègues masculins.

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  7. 21 décembre 2012 13 h 39 min

    « J’ai connu des cas de milieux très fortement masculins où les femmes qui «osaient» vouloir s’intégrer étaient systématiquement ignorées ou encore pire, devaient endurer le comportement harcelant de leurs collègues masculins. »

    C’est fort probable mais ces gens n’aspirent pas à devenir premier ministre. 😉

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  8. 21 décembre 2012 18 h 03 min

    Je parlais du constat général sur le marché du travail, qui explique en partie qu’«elles travaillent moins souvent dans des domaines liés, malgré les grands besoins et les salaires plus élevés dans ces domaines».

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