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La charité aux États-Unis

27 décembre 2012

charitéUSLe temps des Fêtes remet à chaque année la question de la charité au devant de l’actualité. Et cela me porte à écrire sur le sujet, comme je l’ai fait lors des deux années précédentes. J’ai notamment abordé les questions des pauvres à Noël, de la guignolée des médias et de l’attitude des Québécois face à la charité en la comparant à celle des Canadiens.

Dans ce dernier billet, je montrais que les Québécois donnent aux organismes de bienfaisance en moyenne environ la moitié de ce que donnent les autres Canadiens. J’expliquais surtout que près de 65 % de cette différence s’explique par le fait que les Québécois donnent moins aux organismes religieux, qu’entre 20 et 25 % de cette différence se manifeste par des dons moins élevés aux organismes de santé, hôpitaux et universités, et que le reste de la différence (environ 15 %) pouvait très bien être une conséquence de leurs revenus moins élevés. Bref, on y voyait que les Québécois ne sont pas vraiment moins généreux envers les démunis, contrairement à ce que prétendent bien des critiques des comportements des Québécois.

Et aux États-Unis?

Je n’avais par contre jamais mis la main sur des données comparables pour les États-Unis. C’est maintenant chose faite, ayant trouvé une source fiable comparable (enfin, en partie), soit The Annual Report on Philanthropy for the Year 2011 (Rapport annuel sur la philanthropie pour 2011).

Les données de ce rapport sont tout de même colligées sur des bases différentes que les données canadiennes. Ainsi, ce rapport ne porte pas seulement sur les dons des particuliers et sur les legs par testament, mais aussi sur les dons des entreprises et des fondations. Cela dit, il est possible jusqu’à un certain point de comparer ce qui est comparable.

On estime que les dons de charité par les citoyens (y compris les legs) ont atteint aux États-Unis 242 milliards $ en 2011, par rapport à 10,6 milliards $ au Canada en 2010. Étant donné que la population des États-Unis est 9 fois plus élevée que celle du Canada, le don par habitant y est donc environ deux fois et demie plus élevé. Malgré cette grande différence, il faut souligner que ces dons, en additionnant ceux des fondations et des entreprises, représentent seulement 2 % du PIB des États-Unis.

On pourrait être surpris de constater que la proportion des dons aux organismes religieux est plus faible aux États-Unis (32 %) qu’au Canada (42 %, mais 27 % au Québec), mais il faut réaliser que cela représente tout de même deux fois plus par habitant! Voici d’autres différences notables :

  • la proportion des dons au réseau scolaire est 3 fois plus élevée aux États-Unis (13 % des dons) qu’au Canada (4 %), ce qui signifie que le don moyen par habitant y est huit fois plus élevé;
  • la proportion des dons au secteur de la santé est 2 fois moins élevée aux États-Unis (8 % des dons) qu’au Canada (16 %), ce qui signifie que le don moyen par habitant y est à peine 30 % plus élevé, malgré les besoins non fournis par l’État beaucoup plus élevés;
  • la plus grande différence s’observe toutefois dans les dons aux organismes de services sociaux qui représentent 12 % des dons aux États-Unis, mais seulement 1,5 % au Canada; cela représente des dons moyens par habitant près de 20 fois plus élevés!

Et alors…

Comme prévu, les dons aux États-Unis sont beaucoup plus élevés qu’au Canada. Par contre, quand on tient compte que le filet social assumé par l’État est beaucoup plus développé au Canada, ce n’est sûrement pas cette contribution qui peut remplacer les nombreuses mailles manquantes à ce filet aux États-Unis. Je serais aussi curieux de savoir quelle proportion de ces dons passent dans des activités administratives et de financement. Malheureusement peu de données portent là-dessus, même s’il est connu que ces dépenses représentent une part importante des revenus de ces organismes.

Par exemple, une étude nous informait en 2011 que la Société canadienne du Cancer «n’a versé que 22 % des fonds qu’elle amasse à des chercheurs engagés dans la lutte contre la maladie cette année [2011], comparativement à plus de 40 % en 2000.» Se défendant, cet organisme a mentionné «que ses dépenses en activités de financement comptent pour 39,1 % de son budget, comparativement à 4,3 % pour l’administration.». Si cela était supposé nous rassurer…

Quand on sait en plus que l’État rembourse une forte proportion de ces dons qui servent bien peu à ce à quoi ils sont destinés, il est clair que jamais les dons de charité ne seront en mesure de remplacer un bon filet social fourni par l’État.

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6 commentaires leave one →
  1. olivier permalink
    2 janvier 2013 19 h 32 min

    Intéressons-nous aussi aux états financiers de tous les organismes luttant contre le cancer. La Société de recherche sur le cancer est encore pire.

    http://www.societederecherchesurlecancer.ca/document.doc?id=132

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  2. 2 janvier 2013 20 h 04 min

    @ Olivier

    Merci! Cela va tout à fait dans le sens de ce que j’écrivais. On dira ce qu’on voudra, mais les gouvernements sont plus efficaces dans la levée de fonds!

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  3. Cynthia Dubé permalink
    16 janvier 2013 20 h 32 min

    « la proportion des dons au secteur de la santé est 2 fois moins élevée aux États-Unis (8 % des dons) qu’au Canada (16 %), ce qui signifie que le don moyen par habitant y est à peine 30 % plus élevé, malgré les besoins non fournis par l’État beaucoup plus élevés »

    Mon intuition était qu’un meilleur filet social entraînerait une baisse des dons, étant donné que les besoins étaient moins criants ou moins appararents pour les particuliers. Mais je ne sais pas si la donnée que je recopie ici vient contredire cette intuition. J’étais pourrie en statistiques dans mes études…

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  4. 16 janvier 2013 20 h 50 min

    En fait, le don moyen au secteur de la santé en argent est plus élevé de 30 % aux États-Unis, comme indiqué dans la citation. C’est la proportion de ce montant sur le total des dons qui est moins élevée (8 % au lieu de 16 %). C’est vraiment les dons au système d’éducation (sûrement aux universités) et aux services sociaux (pitoyables par rapport aux nôtres) qui y sont beaucoup plus élevés.

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