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L’accessibilité et le maintien du réseau universitaire

14 février 2013

accessibilitéJe reviens dans ce billet sur le lien entre l’accessibilité aux études universitaires et la gratuité scolaire. On se rappellera que Pierre Fortin évalue le coût de cette gratuité à 1,1 milliards $ parce que la gratuité amènerait «entre 22 000 et 27 000 étudiants de plus à l’université».

Il y a un élément important qui n’a, à ma connaissance, jamais été discuté à ce sujet. Il s’agit des prévisions de fréquentation à l’université.

Évolution de la fréquentation

Selon les prévisions les plus récentes du ministères de l’Éducation, la fréquentation augmentera jusqu’en 2014-2015 (c’est dans moins de deux ans) et entamera par la suite une baisse jusqu’à au moins 2025-2026. Selon ces prévisions, la fréquentation universitaire passera de 233 466 en 2014-2015 à 213 501 (en équivalents temps complet), soit une baisse de 8,5 % ou d’environ 20 000 étudiants. Hum, ça me dit quelque chose ce 20 000… Ah oui, c’est dans l’ordre de grandeur du nombre supplémentaire d’étudiants qui irait à l’université avec la gratuité!

Ah, les moyennes!

Comme toujours, il n’y a rien de plus trompeur qu’une moyenne. Ce tableau donne l’évolution de ces prévisions pour chacune des universités québécoises. À partir de ce tableau, j’ai calculé la baisse pour toutes les universités. Je ne donnerai pas tous les résultats, mais seulement ceux que j’ai trouvé les plus significatifs.

Sans surprise, les baisses les plus fortes se réaliseraient loin des grands centres. En effet, les effectifs baisseraient par exemple de 17,8 % au Saguenay (le sommet prévu étant cette année, en 2012-2013), de 4425 à 3636, et de 15,5 % à Rimouski (de 3808 en 2013-2014 à 3198 en 2025-2026). L’université où la baisse serait la moins forte pourrait étonner, sauf si on a pris la peine de regarder l’image qui accompagne ce billet… McGill verrait sa fréquentation baisser de seulement 4,2 %… Pourtant, une baisse dans les grands centres serait moins dramatique qu’ailleurs. En effet, les baisses plus importantes loin des grands centres peuvent avoir pour effet de remettre en question l’existence de certains programmes.

Les moyennes ne sont pas trompeuses uniquement sur les divergences dans la baisse prévue de la fréquentation universitaire. Elles le sont encore plus dans la scolarisation des populations des différentes régions du Québec. Par exemple, je lisais il y a plus d’un an Daniel Zizian, président-directeur général de la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec (CREPUQ) dire que «le taux de diplomation, tous cycles confondus, était de 21,4 % au Québec, contre 22,6 % au Canada et 24,7 % en Ontario». Il est en effet vrai que le taux de diplomation universitaire au Québec était de 21,6 %, en 2006 comme on peut le voir au bas du tableau qui suit, tableau tiré de cette page plus complète de l’Institut de la statistique du Québec. Mais, on peut aussi y voir que les habitants des régions loin des grands centres ont un niveau de scolarisation beaucoup plus faible que ceux de Montréal ou de Québec.

accessibilité1

Même si on oublie le Nord-du-Québec, on peut en effet constater que la proportion de la population qui était titulaire d’un baccalauréat en 2006 (dernière colonne du tableau) était près de trois fois moins élevée dans les régions de la Côte-Nord et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (10,9 %) qu’à Montréal (31,8 %). Hasard qui n’en n’est pas un, ces deux régions sont parmi les seules qui n’accueillent pas d’universités et sont les seules qui n’en ont pas à une distance raisonnable. Ce tableau illustre très bien le fait que les moyennes ne disent pas tout : le retard du Québec en matière de diplomation universitaire se concrétise en effet essentiellement hors des grands centres.

En plus des données sur la diplomation universitaire, j’ai aussi conservé sur ce tableau la proportion de la population dont le plus haut diplôme acquis est collégial. S’il y a aussi des différences notables, on remarquera que les écarts entre les régions sont bien moins importants. Si on oublie encore le Nord-du-Québec (qui est vraiment un cas à part), les taux ne s’échelonnent que de 13,1 % en Abitibi-Témiscamingue à 18,5 % dans la région de la Capitale-Nationale. Comment expliquer que ces écarts soient si faibles? Disons que le fait qu’il y a des cégeps dans toutes les régions et qu’ils sont gratuits (ou presque…) ne doit pas être étranger à cette meilleure répartition de la diplomation!

Et alors…

Il est bien sûr impossible de savoir quelles universités de quelles régions fréquenteraient les 22 à 27 000 étudiants supplémentaires qu’apporterait la gratuité scolaire. Chose certaine, cet apport permettrait de compenser la perte prévue de fréquentation due aux facteurs démographiques. Et, considérant que les gens des régions loin des grands centres fréquentent moins l’université et que ceux qui la fréquentent s’endettent davantage, on peut parier que les universités de ces régions seraient les grandes bénéficiaires de cet apport supplémentaire.

Mais, il y a plus. Comment la CREPUQ peut-elle déplorer le retard du taux de diplomation universitaire des Québécois par rapport aux Ontariens (retard qui ne tient pas compte de l’avance des Québécois dans la diplomation postsecondaire grâce à nos cégeps presque gratuits) et refuser du revers de la main une mesure comme la gratuité qui permettrait de rattraper ce retard?

Bref, la gratuité scolaire permettrait de compenser les effets de la baisse démographique qui s’en vient, de maintenir les programmes dans les universités des régions loin des grands centres et de rattraper le retard du taux de scolarisation des Québécois. Est-ce si épouvantable?

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14 commentaires leave one →
  1. Mathieu Lemée permalink
    14 février 2013 5 h 14 min

    Pierre Fortin n’en démord pas. Voilà qu’il parle de sous-financement des universités. Toujours les mêmes vieilles cassettes pour justifier la hausse des frais de scolarité.

    http://www.lapresse.ca/debats/votre-opinion/201302/12/01-4620892-un-trou-de-plus-de-300-millions.php

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  2. 14 février 2013 7 h 03 min

    Il fait encore une règle de trois pour faire diminuer le manque à gagner des universités de 850 millions % à 300 ou 400, mais il ne remet nullement en question le bien fondé de ces dépenses.

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  3. youlle permalink
    15 février 2013 16 h 10 min

    « On se rappellera que Pierre Fortin évalue le coût de cette gratuité à 1,1 milliards $ parce que la gratuité amènerait «entre 22 000 et 27 000 étudiants de plus à l’université». »

    Je ne peux que constater que la droite (j’ai eu envie d’écrire «les dretteux») ne veut pas une augmentation de la fréquentation à l’université ou s’en fout complètement. Elle veut faire payer les jeunes. Ce qui importe pour elle, c’est de ne pas payer.

    Si la gratuité coûte seulement 1,1 milliard de plus et ce sont presque des grenailles, de toute façon elles seront payé par les étudiants.

    Les vieux sont avaricieux et sont accrochés à un vieux rêve même s’il beaucoup vieux qu’eux. Mon char, ma cabane ma bouffe et je ne veux rien savoir des autres.

    En voici un exemple et ça vaut la peine de s’y arrêter et de même prendre des notes. Le rêve américain dans toute sa splendeur:

    PS. Je me suis tapé un AVC le 23 nov. Je ne savais plus lire, parler et je n’étais plus capable d’écrire mon nom.
    Alors veuillez me pardonner le fautes même de syntaxe, je suis à l’école, en réhabilitation.
    Et rien n’interdit de me corriger. Maintenant j’ai une excuse. 🙂

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  4. 15 février 2013 21 h 22 min

    @youlle

    Reste que vous avez encore toute votre tête. Un dretteux ne peut pas en dire autant!

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  5. 15 février 2013 23 h 44 min

    Je ne peux pas écouter de vidéo ce soir. Peut-être demain…

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  6. Richard Langelier permalink
    15 février 2013 23 h 52 min

    Rebonjour Youlle,
    Je me demandais justement comment il se faisait que je ne pas lisais plus votre prose sur « les dretteux ». Moi, je suis zombie parce que je dois prendre des anti-inflammatoires et des Tylenol en attendant mon opération pour une prothèse de la hanche, le 5 mars. Lors des tests préopératoires, l’infirmière m’a expliqué que je reviendrais chez moi 5 jours plus tard et qu’une physiothérapeute du CLSC passerait 3 fois par semaine.
    – Je demeure seul.
    – Vous n’avez pas d’amis?
    – Mes amis travaillent et ont une vie familiale. Je peux leur demander d’aller faire un marché, mais pas de venir m’habiller le matin, me laver les fesses (pas exactement dans cet ordre), revenir me déshabiller et m’aider à me coucher.
    – On vous enverra peut-être dans un centre.

    Pendant ce temps-là, mon téléphone avec amplificateur de volume payé par la RAMQ lâche. Je boite à – 32 [1] jusqu’à l’Institut Raymond-Dewar. On m’en prête un autre.
    – Lorsqu’il sera réparé, je serai sans doute dans un centre de convalescence.
    – Vous n’avez pas d’amis?
    – Cr…! je ne peux pas demander à un ami de manquer une demi-journée de travail!

    Au CHUM Notre-Dame, l’audiologiste m’a dit qu’étant donné que l’appareil pour vérifier les aides auditives numériques était au CHUM Hôtel-Dieu, il me faudrait prendre 2 rendez-vous chaque année en attendant l’ouverture du nouveau CHUM. Elle m’a conseillé d’aller à l »Institut Raymond-Dewar. Demande, échange de messages sur boîtes vocales et courriels pour connaître l’objet de ma demande. Acceptation avec liste d’attente qui devrait aboutir… pendant cette convalescence. En attendant, je ne sais pas si c’est ma surdité qui s’est aggravée, si ce sont mes aides auditives qui font défaut, si le reste de l’humanité ne parle pas assez fort, n’articule pas, etc.

    Pendant ce temps-là, nos recteurs veulent des universités d’excellence, non pas pour l’étude de Kafka, mais pour de la recherche aux pavillons Kruger, Marcelle et Jean Coutu. Pendant ce temps-là, c’est la fondation Lucie et André Chagnon [2] qui décide dans quelles écoles, il y aura des petits déjeuners pour les enfants qui … n’ont pas déjeuné.

    Youlle, ce soir à RDI Économie, Martine Hébert de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante affirmait que recommencer à introduire la taxe sur le capital des institutions financières conduirait à la réintroduire pour les PME. J’ai toujours été surpris de constater à quel point la FCEI et le Conseil du patronat défendaient la grande entreprise, au nom des entreprises comme la vôtre.

    [1] – 32 à Montréal, c’est moins pénible à Montréal qu’à Trois-Rivières et à Québec, dans les rues sales et transversales, là où la vie à tant à faire et tour c’qu’on fait avec (les Tylenol me donnent un stone de Georges Dor)
    [2] http://affaires.lapresse.ca/economie/201010/20/01-4334180-la-fondation-chagnon-gruge-son-capital.php

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  7. 16 février 2013 0 h 55 min

    «Martine Hébert»

    Et elle est contre la hausse du salaire minimum. J’en suis tout pantoite…

    https://jeanneemard.wordpress.com/2011/03/01/la-fcei-et-le-salaire-minimum/

    Et merci pour l’article sur ma fondation favorite!

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  8. youlle permalink
    16 février 2013 8 h 53 min

    @ Drawin

    « Je ne peux pas écouter de vidéo ce soir.  »

    J’aurais du mentionner que c’est le côté artistique et le message qui sont importants.

    C’est tellement évident que l’on à pas besoin de comprendre l’anglais.

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  9. youlle permalink
    16 février 2013 9 h 13 min

    @ Benton

    « Reste que vous avez encore toute votre tête. »

    Heu!…pas tout à fait.

    Il y a des neurones qui m’ont abandonné par manque d’oxygène, mais vu qu’il y en a des milliards en stock d’autres prennent graduellement la relève ce qui fait que je peux encore me servir de ma tête.

    Vous avez raison. Les petit dretteux préfèrent croire. C’est plus facile que de se servir de sa tête et ça fait le pouvoir de leur maître à penser.

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  10. 16 février 2013 11 h 27 min

    «C’est tellement évident que l’on à pas besoin de comprendre l’anglais.»

    Ce n’était pas le problème, mais le fait que nous étions à moins d’un Gig de dépasser la limite. Là, on vient de repartir à zéro!

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  11. youlle permalink
    16 février 2013 13 h 14 min

    @ Darwin

    «C’est tellement évident que l’on à pas besoin de comprendre l’anglais.»

    Cette phrase s’adressait à tout le monde.

    Cette vidéo est une publicité pour dire de façon solennelle que GM est essentielle au rêve américain au bonheur de la nation. Regardez les travailleurs de GM pendant la CRISE sortir leurs porte-feuille pour tout se payer alors que les autres crèvent de faim. Le travailleur de GM il a pris ses responsabilité et réalise le rêve. Achetez une GM pour participer et réaliser le rêve.

    Enfin on essaye de nous passer le même message aujourd’hui. Pour réaliser le rêve il faut être responsable et ne pas téter le gouvernement, et payer ses études. Sinon nous serons que des petits pains.

    La crise de 29 a durée 10 ans. Maintenant aux USA elle rendue 6 ans.

    Ce rêve fait faire des folies et on essaye de nous les passer.

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  12. 16 février 2013 13 h 21 min

    «Maintenant aux USA elle rendue 6 ans.»

    C’est pire en Europe. Sans adopter de véritables plan de relance, les États-Unis ont quand même adopté certaines mesures de stimulation. Pas assez, mais ils n’ont tout de même pas pris de mesures aussi austères qu’en Europe.

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  13. 23 février 2013 15 h 09 min

    Lu dans Le Devoir :

    «Appelé à participer à la rencontre thématique portant sur la gouvernance, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées (IGOPP), Michel Nadeau, a été surpris de voir qu’on ne soufflait mot des prévisions démographiques du gouvernement même, selon lesquelles les universités vivront bientôt une décroissance.

    « A-t-on soulevé les pierres de tous les enjeux ? écrivait-il dans une lettre ouverte au Devoir publiée début février. Qui a amené la question de la croissance future de la population universitaire jusqu’en 2023 ? Comment a-t-on abordé la stagnation, voire le déclin de la population des collèges et son impact sur la population universitaire future ? »

    Bon, on est au moins deux à en avoir parlé. Mais, il s’arrête là sans préciser que «le déclin de la population des collèges et son impact sur la population universitaire future» se fera de façon bien inégale selon les régions.

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  1. Diplomation universitaire et immigration «

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