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Sommet trop court ou conférence de presse trop longue?

26 février 2013

sommetNous étions nombreux à penser que le sommet sur l’éducation supérieure serait bien trop court pour pouvoir faire le tour de tous les sujets à l’ordre du jour et surtout des sujets qui n’y étaient pas! C’était même une des raisons évoquées par l’ASSÉ pour le boycotter (dans ce cas, le terme est approprié…). En fait, tous avaient tort, sauf peut-être l’ASSÉ et quelques autres, car ce n’était pas un sommet, mais une conférence de presse d’une journée et demie!

Mis à part l’ajout d’un cinquième chantier sur les frais institutionnels, ce «sommet» n’a en effet servi qu’à mettre un emballage autour de décisions déjà prises par le gouvernement. Quand j’ai vu ce document d’une douzaine de pages avec des tableaux présentant des prévisions précises sur une seule option, non seulement sur le niveau des droits de scolarité, mais aussi sur celui du réinvestissement dans les universités, je n’ai pu arriver qu’à une seule conclusion, soit que la présence des recteurs, associations étudiantes, partis de l’opposition et syndicats ne servait qu’à attirer le plus possible l’attention sur cette gigantesque conférence de presse destinée à informer la population des décisions du gouvernement.

Quelques remarques…

– indexation

Non seulement avons-nous eu droit au cours des dernières semaines à une nouvelle définition des notions pourtant claires depuis des lunes de «gel» et d’«indexation», mais on a maintenant réussi à pervertir le sens du deuxième de ces termes, l’indexation. Depuis que je suis tout petit, quand on parle d’indexation, on veut dire indexation au coût de la vie (inflation). Lors du renouvellement d’une convention collective, quand on négocie plus que l’indexation au coût de la vie, on n’appelle pas ça une indexation aux revenus du 1 %, mais de l’enrichissement! Alors, une indexation des droits de scolarité à un niveau supérieur que le coût de la vie, ça s’appelle une hausse!

Là, on a décidé de hausser les droits de scolarité de 3 % par année, se basant supposément sur la hausse du revenu des familles, mais sans préciser la source qui montre cette hausse. Passons… Mais, ce que ne dit pas le gouvernement, c’est qu’une partie de la hausse du revenu disponible des familles est due à la baisse des impôts des dernières années, baisse compensée par la hausse de nombreux tarifs. Bref, l’indexation se base sur un enrichissement fictif. Ce que les familles ne payaient plus en impôt, elles le payaient en tarifs! Si les familles plus aisées y ont gagné, celles des classes pauvre et moyenne y ont perdu. Et, comme le gouvernement ne pourra pas réduire encore les impôts, le revenu disponible des familles risque d’augmenter beaucoup moins que par le passé quand les droits de scolarité et les frais institutionnels augmenteront bien plus que leur revenu disponible!

En plus, le gouvernement prétend que cette hausse représente 70,00 $ par année, mais ce tableau montre bien que, en tenant compte des frais institutionnels (quoiqu’on ne sache pas trop ce qui ressortira du cinquième chantier, même si on s’en doute), cette hausse sera en moyenne de 89 $ dès l’an prochain et franchira le cap des 100 $ dès la cinquième année. Françoise David avait donc bien raison de dire, à la sortie du sommet que «Cette hausse ressemble à celle prévue en 2007 par le gouvernement de Jean Charest». Rappelons que le gouvernement Charest avait augmenté les droits de scolarité de 100 $ par année de 2007 à 2011. C’est en effet pas mal la même chose!

Et puisque ce gouvernement considère qu’un gel est une indexation de 3 %, j’espère qu’il sera cohérent et augmentera de 3 % le salaire des employés de l’État quand il voudra le geler!

Le sous-mal-sur-financement

Le gouvernement prétend avoir annoncé dès le départ son intention d’indexer les droits de scolarité. Ce n’est pas faux, mais caves que nous sommes, nous pensions que cette indexation serait faite selon l’inflation et qu’elle serait négociable dans le cadre du sommet. Par contre, sans l’annoncer clairement, il semble qu’il ait changé son fusil d’épaule dans le cas du pseudo sous-financement des universités. Lui qui clamait il y à peine trois mois avec l’appui d’études qu’il n’y avait pas de sous-financement, affirmation qu’il n’a jamais remise en question, qui ne voyons-nous pas, soudain, annoncer au sommet un important réinvestissement dans le financement universitaire, comme on peut le voir dans le tableau qui suit, tiré de la page 4 de ce document?

sommet1

On voit que le gouvernement entend non seulement «compenser» l’annulation des hausses de droits de scolarité de l’ancien gouvernement (deuxième ligne), mais ajouter un réinvestissement qui atteindrait 226 millions $ dans sept ans (première ligne). Étrange pour un gouvernement qui est supposé nier le sous-financement des universités…

Et cela n’empêche pas les recteurs de se plaindre :

«Je passe mon temps à en faire des compromis. Mais il y a du monde qui n’en font pas beaucoup» Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal.

Ah, ces recteurs-rois, jamais satisfaits!

Certains fins observateurs se demandaient pourquoi les recteurs acceptaient de se faire humilier en participant au sommet. Peut-être savaient-ils qu’ils ne se feraient pas humilier, justement! Et, ils sont bien trop habiles pour sortir en jubilant!

Et alors…

Le summum du sommet est arrivé après sa fin. Quand Mme Marois a déclaré d’un ton triomphant que «La crise sociale est derrière nous», sachant que le mouvement étudiant était le seul perdant de ce sommet et que, au même moment se préparait la manifestation d’après sommet, j’ai comme entendu Jean Charest affirmer qu’il comptait sur l’adoption de la loi spéciale pour «mettre fin au conflit étudiant».

Coudonc, est-ce une exigence pour occuper le poste de premier ministre de s’amuser à jeter de l’huile sur le feu?

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22 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    26 février 2013 22 h 41 min

    Je me demandais pourquoi la majorité des sondés appuyaient l’an passé la position du gouvernement Charest et celle du gouvernement Marois cette année. C’est le secret de la novlangue et de la mise en marché. On change l’emballage. On pose la question : « êtes-vous d’accord pour que les personnes qui quittent leur emploi, sans raison valable, n’aient pas droit à l’assurance-chômage? » On montre des images de Sébastien Roy traversant la glace pour arracher le masque du gardien adverse, avec Patrick Roy pointant du doigt, et surprise : « 80% de la population considère que la suspension à Patrick Roy n’est pas assez sévère ».

    Après cela, sur le site du Devoir, un Hubert Larocque viendra me dire que les intérêts de la Nation transcendent les besoins de personnes assistées sociales, des travailleurs au salaire minimum et des étudiants. Pus capable!

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  2. 26 février 2013 22 h 53 min

    «Je me demandais pourquoi la majorité des sondés appuyaient l’an passé la position du gouvernement Charest et celle du gouvernement Marois cette année.»

    C’est drôle, j’ai eu un échange là-dessus sur Facebook aujourd’hui. Mon interlocuteur prétendait que c’est en raison des questions des sondages (et je ne pense pas qu’il ait tort), mais moi, je pense plutôt que beaucoup de monde se positionne en fonction des enjeux qui sont sur la place publique. Et les fortes hausses ne sont plus dans le décor, ou si peu. En fait, je pense aussi qu’une forte proportion des répondants n’ont pas une connaissance très approfondie des enjeux. Et il y a ceux qui choisissent l’option qui leur assure le plus d’avoir la paix…

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  3. 26 février 2013 23 h 03 min

    On hausse d’abord, on « négocie », on coupe la poire en deux pis trois, on change la formule de la hausse avec une nouvelle indexation à la vie « familiale » et au finale ça reste une augmentation et on évacue complètement la gratuite que l’on devrait atteindre à long terme selon la recommandation de la commission Parent…. qui date de près 50 ans!!!

    Bye bye le choix de société…

    C’est quoi déjà la devise du Québec… Je me souviens !?!?!?

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  4. 26 février 2013 23 h 16 min

    J’ai vu ça après avoir publié mon billet…

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  5. 27 février 2013 0 h 28 min

    Bravo, encore un excellent billet, très explicatif et simple.

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  6. 27 février 2013 6 h 18 min

    Merci!

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  7. 27 février 2013 7 h 10 min

    Je me demandais aussi si c’était juste moi qui avait vu aux nouvelles des manifestants lancer des balles de neige!?!?!?

    Rien ça, ça mérite une charge de cavalerie!!!

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  8. 27 février 2013 7 h 17 min

    C’est l’excuse qu’ils ont utilisée…

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  9. 27 février 2013 10 h 40 min

    Excellente remarque sur le revenu disponible.

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  10. 27 février 2013 10 h 42 min

    « le gouvernement prétend que cette hausse représente 70,00 $ par année, mais ce tableau montre bien que, en tenant compte des frais institutionnels (quoiqu’on ne sache pas trop ce qui ressortira du cinquième chantier, même si on s’en doute), cette hausse sera en moyenne de 89 $ dès l’an prochain et franchira le cap des 100 $ dès la cinquième année.  »

    En supposant qu’on limite réellement la hausse des FIO.

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  11. 27 février 2013 18 h 04 min

    «En supposant qu’on limite réellement la hausse des FIO.»

    Ma parenthèse ne dit pas que ce sera moins que 3 %, simplement qu’on ne le sait pas…

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  12. 28 février 2013 17 h 27 min

    J’ai écrit dans ce billet, à propos des recteurs : «Peut-être savaient-ils qu’ils ne se feraient pas humilier, justement!»

    Or, qu’apprend-on aujourd’hui?

    «Une entente entre les recteurs des universités québécoises et le gouvernement du Québec était dans l’air pendant le Sommet sur l’enseignement supérieur. L’entente, qui a été acceptée par les recteurs mercredi, permet à ces derniers d’étaler les compressions budgétaires de 250 millions de dollars sur 7 ans.»

    Et voilà! Le seul point qu’ils n’avaient pas gagné est dans la poche. Je le répète, «ils sont bien trop habiles pour sortir en jubilant!»

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  13. 28 février 2013 17 h 39 min

    Cette manoeuvre permet en plus au gouvernement de poursuivre son «idéal» du déficit zéro. En effet, cette entente fera augmenter la dette des établissements universitaires, mais permet de diminuer artificiellement les dépenses du gouvernement pour 2012-2013 et surtout 2013-2014, année cibée par le gouvernement pour atteindre le déficit zéro. Voilà pourquoi le gouvernement n’annule pas tout simplement ses compressions de 250 millions $, compressions qui, avec cette entente, ne forcent pas les universités à comprimer leurs dépenses!

    Ai-je entendu Machiavel?

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  14. Yves permalink
    28 février 2013 20 h 23 min

    «Ai-je entendu Machiavel?«

    Oui!

    Et pendant ce temps-là, ils se préparent à couper l’aide sociale au plus pauvre.

    Ce parti me dégoûte de plus en plus. Ce n’est pas des farces, je commence à m’ennuyer de Charest. 😯

    https://www.facebook.com/FRAPRU.logement

    http://www2.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/dynamicSearch/telecharge.php?type=1&file=59028.PDF

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  15. Oli permalink
    1 mars 2013 12 h 53 min

    Je commence à avoir l’impression que, même si le PQ n’est pas pire que le PLQ ne l’était, le PLQ savait bullshitter discrètement. Le PQ semble s’enfarger dans sa bullshit à chaque fois, surtout avec ce sommet.

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  16. 1 mars 2013 17 h 58 min

    «Et pendant ce temps-là, ils se préparent à couper l’aide sociale au plus pauvre.»

    Ouais, Il accuse Harper de faire aux chômeurs ce qu’il fait aux bénéficiaires de l’aide sociale…

    «Le PQ semble s’enfarger dans sa bullshit à chaque fois, surtout avec ce sommet.»

    Je n’ai rien lu encore sur ses réations au sujet ses compressions aux bénéficiaires de l’aide sociale… Il escompte peut-être que ça passera inaperçu. Là, il se trompe!

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  17. 1 mars 2013 21 h 16 min

    Un petit chef-d’oeuvre d’éloquence et de pertinence…

    J’aimerais l’entendre sur les compressions à l’aide sociale (il fait d’ailleurs un petit lapsus dans la vidéo en confondant l’assurance-emploi et l’aide sociale). Petite note personnelle : il était de loin le député du PQ que je préférais. Pas étonnant qu’il l’ait quitté…

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  18. 1 mars 2013 21 h 20 min

    Une autre envollée à écouter. Donald Cuccioletta dans cette émission. 21 minutes, mais à écouter jusqu’au bout. cette fois en lien avec ce billet.

    http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2013/CBF/MediumLarge201303010906_1.asx

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  19. Yves permalink
    2 mars 2013 20 h 27 min

    Excellente cette envolée de Camil Bouchard. As-tu remarqué Darwin, Vincent Marissal est le seul qui n’a pas applaudi à la fin.

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  20. 2 mars 2013 20 h 52 min

    Non, je n’avais pas remarqué. Mais Antoine Robitaille n’applaudit pas non plus. Et disons que Facal ne fait que caresser le bout de ses doigts!

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  21. Yves permalink
    2 mars 2013 21 h 14 min

    Pour Antoine Robitaille ( que je ne connais pas) il a bougé les mains, je crois qu’il a donné une toute petite tape et à arrêter en regardant Marissal. C’est la raison du pourquoi que je me suis retenu de le nommer. Facal, quel drôle de nom, un nom où il suffit de changer une toute petite voyelle pour que ça devienne nauséabond.

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