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Comment le capitalisme a conquis la toile

29 avril 2013

capitalisme_internetBon, il est temps que je laisse de côté les résumés de livres pour mon billet du lundi! Pour faire changement, je vais résumer un article… Il s’agit d’un texte de Robert W. McChesney assez long, mais plus court qu’un livre, intitulé How Capitalism Conquered the Internet (ou Comment le capitalisme a conquis Internet).

Introduction

Au moment de la conception de la constitution des États-Unis, Thomas Jefferson a prononcé un discours à Paris en 1787 en soulignant l’importance d’une presse libre pour toute démocratie, de façon à ce que la population puisse se faire une opinion de tout sujet à partir d’une information juste.

«[toutes les citations sont des traductions libres] Si on me donnait le choix entre avoir un gouvernement sans journaux ou des journaux sans gouvernement, je n’hésiterais pas un instant à opter pour cette deuxième option. Mais cela doit aussi vouloir dire que tout homme devrait recevoir ces journaux et être capable de les lire.»

Dans ce même discours, Jefferson mentionnait envier la société sans classes des Amérindiens et déplorer la société hiérarchisée européenne. Dans cette optique, il considérait la presse libre comme un rempart contre l’exploitation et la domination des pauvres par les riches, ou des agneaux par les loups.

«l’expérience nous montre que l’homme est le seul animal qui dévore sa propre espèce; je ne peux pas utiliser d’expression plus douce face aux gouvernements d’Europe et à la brutalité des riches envers les pauvres.»

Pour Jefferson, la presse libre «a le pouvoir d’empêcher les classes possédantes de dominer et de corrompre la politique, de réduire les masses à l’impuissance et de miner l’autonomie gouvernementale». Le gouvernement de l’époque reconnaissait aussi ce rôle de la presse. Ainsi, la plupart des journaux étaient distribué par la poste et représentaient de 90 % à 95 % du poids des livraisons, ne rapportant que 10 % à 12 % de ses revenus. Pendant ce temps, les grandes corporations, les loups de Jefferson, combattaient la presse libre qui menaçait de réveiller les pauvres et la classe ouvrière.

Wikileaks

On pense souvent que la crise du journalisme est atténuée par la multiplication des sources d’information sur Internet. Le meilleur exemple de cette illusion fut la diffusion par Wikileaks de milliers de documents secrets du gouvernement américain entre 2009 et 2011. Malgré la grande renommée qu’il en a retiré – certains prétendaient même que cela démontrait la supériorité d’Internet sur les médias traditionnels – cette masse d’information ne servait à rien si elle n’était pas traitée. Et quand a-t-elle commencé à servir? Quand des journalistes professionnels se sont attelés à la tâche de la dépouiller pour en retirer les éléments les plus pertinents et les interpréter en fonction de leur contexte. Cela dit, la grande majorité de cette masse d’information n’a rien livré et ne livrera peut-être jamais rien tant que des professionnels ne l’étudieront pas pour en faire sortir la substance et ne la résumeront pas à l’intention de la population.

Les conséquences de l’absence de médias indépendants solides sont devenues évidentes quand le gouvernement a lancé ses attaques sur le messager, Julian Assange, transformant Wikileaks et son fondateur en suppôts de Satan… Et cela a fonctionné, car plus personne n’a touché à son contenu depuis.

La création de la rareté

S’il est indéniable qu’Internet peut servir à stimuler la démocratie, les mains du capitalisme pèsent toujours plus lourdement sur son volant. Il ne s’agit pas ici d’un complot, mais bien d’une conséquence normale du fonctionnement du capitalisme, qui porte les gens et les sociétés à maximiser leurs profits par une avidité sans fin sans se soucier des externalités, qu’elles soient environnementales ou sociales et politiques, comme dans le cas présent.

Une des méthodes courantes pour les capitalistes de maximiser leurs profits est de créer de la rareté. Et leur attitude face à Internet est la même. L’information gratuite enrichit sans aucun doute la société, mais ne fait pas augmenter le PIB, à moins qu’on rende cette information plus rare.

Le rêve des premiers jours d’Internet que d’aucuns voyaient comme un outil pour donner un accès libre et non marchand à toutes les connaissances de l’humanité tout en solidifiant les liens entre les communautés, en mettant fin aux inégalités et en combattant les dictatures politiques s’effrite graduellement. Au contraire, Internet se commercialise de plus en plus, l’assujettissement aux droits d’auteur s’étend, les données se monopolisent. Bref, les capitalistes créent de la rareté… De l’autre côté, loin de libérer les travailleurs, Internet sert à bien les attacher à leur travail 24 heures par jour, sept jours par semaine, 52,18 semaines par année (en moyenne…)! Et, pour avoir accès aux merveilles d’Internet, on doit de plus en plus abandonner des pans de notre vie privée aux grands conglomérats qui y règnent.

Pour résister à cette tendance, il n’y a qu’un seul moyen, toujours le même face à aux assauts des capitalistes, s’organiser : «le seul moyen de battre la puissance organisée de l’argent est d’organiser les gens, beaucoup de gens». Utopique? Pas tant que ça…

Le mouvement Occupy nous a montré qu’il est encore possible de mobiliser la gauche et de sensibiliser la population. Ce n’est plus seulement une minorité qui pense que quelque chose ne tourne pas rond avec le système actuel, que la liberté et la justice sont de plus en plus sacrifiées sur l’autel de l’avidité, mais bien la majorité de la population. Internet n’est qu’un aspect de la dérive actuelle, la perte de confiance en nos institutions gagnant sans cesse du terrain.

Est-il possible de réformer Internet dans le cadre du capitalisme? Il faut réaliser que les sociétés qui y sont liés d’une façon ou d’une autre représentent maintenant près de la moitié (13) des 30 plus grosses sociétés en termes de valeur marchande. Se confronter à ces sociétés, c’est s’attaquer au courant dominant du capitalisme. Ces géants nous ont longtemps donné l’impression de présenter un nouveau visage du capitalisme, plus jeune, plus dynamique, plus amical. Mais, ces géants embauchent peu de personnel par rapport aux autres sociétés, permettant une plus grande concentration des profits au sommet et entraînant une augmentation des inégalités. Loin d’être progressistes, ces géants exploitent des travailleurs dans tous les pays, se créent des monopoles, bénéficient de subventions et de politiques gouvernementales à leur seul avantage. Il rendent rare ce qui devrait être abondant. Ce ne sont vraiment pas des alliés du peuple!

Le capitalisme et le postcapitalisme

Le défi est de taille. Si on peut critiquer certains aspects du capitalisme, le critiquer lui-même directement est comme s’attaquer à une religion, à un système infaillible. Et les grands le veulent ainsi, car cela rend très difficile la mobilisation et la participation politique à des mouvements qui osent le critiquer nommément. C’est pourtant ce qu’il faut faire! Pour ce, l’auteur emprunte les valeurs mises de l’avant par trois économistes, Richard Wolff, Juliet Schor and Gar Alperovitz [que je ne connais pas…] :

  • La richesse d’une communauté doit être contrôlée par ses membres.
  • Les États doivent mettre l’accent sur le contrôle et la planification décentralisés sous la responsabilité de la communauté locale.
  • On doit appuyer fortement la formation de coopératives et d’organismes sans but lucratif.
  • Les entreprises doivent être sous le contrôle démocratique de leurs salariés.
  • La production et la distribution doivent être respectueuses de l’environnement.

[C’est quasiment le programme de QS en la matière!]

Proposer un tel programme aux États-Unis peut sembler complètement fou! Mais, des expériences du genre se déroulent actuellement un peu partout au pays, notamment dans «des communautés en difficulté comme Cleveland où ils sont une source de promesses pour l’avenir». Voilà les germes de ce à quoi pourrait ressembler une société postcapitaliste! Il y aurait toujours des marchés et des entreprises privées, «mais dans la logique d’ensemble du système, l’excédent sera la plupart du temps sous contrôle communautaire sans but lucratif». En plus, il serait essentiel que ce soit des entreprises sans but lucratif qui soient responsables des médias, de la culture et des accès à Internet.

De cette façon, les technologies numériques contribueraient véritablement à la liberté, à la démocratie et à une meilleure vie. La bataille pour le contrôle d’Internet est primordiale pour ceux qui veulent construire une meilleure société.

«Quand la poussière s’effacera après cette période cruciale, si nos sociétés n’ont pas été fondamentalement transformée pour le mieux, si la démocratie n’a pas triomphé sur le capital, la révolution numérique se révélera n’avoir été une révolution que de nom, et ironiquement, constituera un rappel tragique de l’écart grandissant entre le potentiel de la société humaine et la réalité.»

Et alors…

Rien à ajouter, c’est complet! Sauf une chose…

Et si l’auteur me poursuivait pour viol de ses droits d’auteurs? 😉

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11 commentaires leave one →
  1. youlle permalink
    29 avril 2013 21 h 04 min

    « …la révolution numérique se révélera n’avoir été une révolution que de nom… »

    Ça fait 30 ans que je dis que le numérique c’est comme le passage de la pierre au marteau de fer, comme le manuscrit à la presse à imprimer.

    C’est pratiquement juste la vitesse qui change.

    Le futur a toujours fait fantasmer les hommes.

    Billet très intéressant.

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  2. Oli permalink
    29 avril 2013 22 h 41 min

    « Ça fait 30 ans que je dis que le numérique c’est comme le passage de la pierre au marteau de fer, comme le manuscrit à la presse à imprimer.
    C’est pratiquement juste la vitesse qui change.
    Le futur a toujours fait fantasmer les hommes. »

    Le problème, selon moi, c’est aussi le vocabulaire utilisé.


    « Si j’ai trouvé une façon de laver plus blanc, ça fait tu de moi un révolutionnaire? »

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  3. 30 avril 2013 5 h 14 min

    «C’est pratiquement juste la vitesse qui change.»

    Plus que ça quand même! On ne serait par exemple jamais entré en communication il y a 30 ans! Vitesse, accessibilité, relations, fonctions, et j’en passe!

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  4. 30 avril 2013 7 h 12 min

    Je recherchais justement récemment deux articles de Krugman, l’un où il parle d’invasion d’extra-terrestre et l’autre de la bulle technologie versus la bulle immobilière que j,avais déjà lu donc une certaine droite cite souvent (toujours) hors contexte pour le dénigrer.
    Or sur Google, l’on ne tombe jamais sur l’article mais les reprises de ses textes hors texte par ces sites de droites ou libertariennes!!!

    L’on comprends alors mieux pourquoi les idées zombies ont la vie dure….

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  5. 30 avril 2013 8 h 16 min

    «Je recherchais justement récemment deux articles de Krugman, l’un où il parle d’invasion d’extra-terrestre et l’autre de la bulle technologie versus la bulle immobilière »

    Et les avez-vous trouvés? Je ne comprends pas le lien avec ce billet…

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  6. 30 avril 2013 13 h 00 min

    C’est qu’il arrive souvent lorsqu’on cherche un article d’ordre politique et/ou économique sur Google, l’on tombe sur une liste de sites et/ou blogues libertariens ou très à droite.

    Dans le cas de Krugman, ses critiques rapportent toujours sa citation (hors de l’article) sur la bulle immobilière qu’il « prônait » ou l’invasion des extra-terrestres. Il est très difficile de retracer l’article original (ou traduite) mais pour ce qui est des citations hors contexte de Krugman, c’est une autre histoire. Qui plus est, est repris, repris, et repris par tous ces sites de droite tel qu’un virus… zombie!

    Comme quoi, l’important ce n’est pas ce cela soit vrai, mais que l’on répète sans cesse et Dieu sait que les libertariens font de bons perroquets!!!

    Pour les articles en question, en épluchant le site belge, je les retrouverais bien…

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  7. 30 avril 2013 14 h 28 min

    «Pour les articles en question, en épluchant le site belge, je les retrouverais bien…»

    Ce site ne traduit que ses chroniques, pas ses billets de blogues. Un traducteur ne suffirait pas! 😉

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  8. 30 avril 2013 15 h 17 min

    Du moins j’ai déjà lu les deux articles en question… en français! 😉

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  9. youlle permalink
    30 avril 2013 19 h 14 min

    @ Darwin

    «C’est pratiquement juste la vitesse qui change.»

    J’exagère, mais juste un peu. Sérieux! 😉

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  10. 30 avril 2013 19 h 42 min

    Ma manie de la nuance…

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  11. youlle permalink
    30 avril 2013 19 h 48 min

    @ benton65

    « Comme quoi, l’important ce n’est pas ce cela soit vrai, mais que l’on répète sans cesse et Dieu sait que les libertariens font de bons perroquets!!! »

    Ça fait longtemps que la droite l’a compris. C’était une des pratique qu’appliquait Hitler.

    « Qui plus est, est repris, repris, et repris par tous ces sites de droite tel qu’un virus… zombie! »

    C’est une autre chose qu’a comprise la droite. Noyer l’information, l’authentique, dans la désinformation. C’est une stratégie de mise en marché.

    Si vous faites un conférence sur une brindille rare que vous avez trouvé en tant que botaniste, je m’empresserai je jeter un tas de foin dessus pour que vous ne soyez pas capable de l’exposer. Ainsi on fera un reportage sur un sauté qui fouille dans un tas de foin.

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