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L’autre fête!

12 mai 2013

fete des mères

Des gauchistes pacifistes à l’origine de la fête des mères!  Merci à Sylvain Bérubé qui m’a appris quelque chose d’intéressant. Un excellent cadeau de fête des mères…

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Voilà le travail de Sylvain.

Voici un texte que j’ai offert à La Gazette de la Coalition (féministe de Sherbrooke) du 1er mai 2010, produite pour la fête des Travailleurs et des travailleuses.

Pour la fête des Mères, célébrons la paix
par Ruth Rosen, traduit et adapté par Sylvain Bérubé

Le dimanche 9 mai prochain, huit jours après la fête des Travailleurs et des Travailleuses, ce sera au tour des mères d’être célébrées partout au Québec. À priori, ces deux célébrations semblent avoir bien peu en commun: d’un côté, des revendications sociales sous forme de slogans et de pancartes lors de rassemblements de masse dans la rue; de l’autre, l’expression de bons sentiments sous forme de carte Hallmark et de bouquets de roses remis lors de rassemblements familials au restaurant. De plus, si d’aucuns considèrent la fête du 1er mai comme secondaire, la fête des mères est une véritable institution: nous avons beau être plusieurs à dénoncer l’hypercommercialité d’une telle journée, il demeure impensable d’ignorer sa mère en cette journée. Et quelle mère ne serait pas dévastée si ses ingrats de rejetons ne l’honorent pas au moins une journée dans l’année?

Cela dit, la fête des Mères n’a pas toujours été vécu ainsi. En fait, les femmes qui ont conçu la fête des Mères seraient déconcertées par les publicités omniprésentes qui nous traquent pour trouver «le cadeau parfait pour maman». Ils s’attendraient plutôt à voir les femmes marcher dans les rues au lieu de manger dans les restaurants avec leurs familles. C’est parce que la fête des Mères d’abord été une journée pour commémorer l’activisme des femmes, et non une célébration du dévouement d’une mère à sa famille.

L’histoire commence en 1858 où Anna Reeves Jarvis, une activiste du milieu communautaire, a organisé le «Mothers’ Works Days in West Virginia». Son but immédiat était d’améliorer l’hygiène et les conditions de vie dans les communautés appalachiennes. Pendant la Guerre Civile Américaine, Jarvis a galvanisé des femmes à prendre soins des blessés des deux côtés. Après, elle a organisé des assemblés pour persuader les hommes de mettre en veille leurs hostilités guerrières.

En 1872, Julia Ward Howe, auteur de «Battle Hymn of the Republic», a proposé le jour annuel «Mother’s Day for Peace». Active à enrayer la guerre, Howe a écrit: «Nos maris ne viendront pas chez nous en sentant le carnage… Nos fils ne nous seront pas enlevé pour désapprendre tous ce que nous avons pu leurs enseigner de la charité, de la pitié et de la patience. Nous, femmes de ce pays, serons tendres à l’endroit des mères des autres pays en ne permettant pas à nos fils d’être formés pour blesser les leurs».

Pendant les trente années à venir, les Américains ont célébré le «Mothers’ Day for Peace» le 2 juin.

Beaucoup de femmes de la classe moyenne au 19e siècle ont cru qu’elles avaient une responsabilité spéciale, en tant que mères réelles ou potentielles, d’entretenir les «blessés» [au sens large] de la société et de transformer l’Amérique en nation plus civilisée. Elles ont joué un rôle majeur dans le mouvement abolitionniste [suppression de l’esclavage]. Au cours des décennies suivantes, elles ont lancé des campagnes réussies contre le lynchage et la fraude envers les consommateurs, et elles ont milité pour l’amélioration des conditions de travail des femmes et la protection des enfants, l’obtention de services de santé publique et l’assistance sociale aux pauvres. Pour ces activistes, le lien entre la maternité et le combat pour la justice sociale et économique semblait naturel.

En 1913, le congrès américain a déclaré le deuxième dimanche en mai pour être la fête des Mères, et plusieurs pays les ont rapidement imité. À ce moment, l’accroissement de la consommation avait redéfini les femmes comme consommatrices pour leurs familles. Les politiciens et les hommes d’affaires embrassèrent ardemment l’idée de célébrer les sacrifices privés faits par différentes mères. Comme l’a exprimé clairement la revue Florists’ Review, le jounal commercial de l’industrie, «[la fête des Mères] est une journée qui pourrait être exploitée.»

L’industrie naissante de la publicité a rapidement enseigné aux citoyens comment honorer leurs mères – en achetant des fleurs. Outragé par les fleuristes qui vendaient des œillets pour le prix exorbitant de $1 la pièce, la fille d’Anna Jarvis a initié une campagne contre ceux que «minerait la fête des Mères par leur cupidité.» Mais sa lutte fut vaine. Quelques années plus tard, la Florists’ Review a triomphalement annoncé que c’était «Mlle Jarvis qui a été complètement écrasée.»

Depuis, la fête des Mères est devenue une industrie de plusieurs milliards de dollars.

Avec une peu d’imagination, nous pourrions rétablir la fête des Mères comme journée célébrant l’avènement politique des femmes dans la société. Durant les années 80, quelques groupes de paix se sont réunis aux emplacements d’essai nucléaires le jour de la fête des Mères pour protester contre la course aux armements. Aujourd’hui, notre plus grande menace n’est pas nos missiles, mais notre indifférence envers le bien-être humain et la santé de notre planète. Imaginez le jour de la fête des Mères rempli de voix exigeant la justice sociale et économique et un futur soutenable, plutôt que les discours cloutés avec des platitudes sirupeuses. Que la fête des Mères soit, d’une certaine façon, le prolongement de la fête des Travailleurs. Et ainsi retrouver l’esprit initial de cette journée.

Certains trouveront insultant de changer notre manière courante de célébrer le jour de la fête des Mères. Mais l’activisme public n’exclut pas des expressions privées de l’amour et de la gratitude, ni d’exprimer sa satisfaction durant toute l’année.

Les femmes du 19e siècle ont osé rêvé à une journée honorant l’activisme civil des femmes. Nous pouvons faire la même chose. Nous devrions honorer leur vision de l’activisme civique.


Ruth Rosen, féministe, est professeur d’histoire à University of California, Berkeley.
Sylvain Bérubé, féministe, est chargé de cours en mathématiques à l’Université de Sherbrooke et à l’Université Bishop’s, et est coordonnateur du journal communautaire Entrée Libre

Textes originaux:
http://www.zcommunications.org/znet/viewArticle/3864
http://www.slate.com/id/2217890/

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3 commentaires leave one →
  1. 12 mai 2013 14 h 50 min

    J’ai lu cet article de Ruth Rosen pour la première fois en 2006. Je venais alors de compléter la lecture de deux livres monumentaux. D’abord «Une histoire populaire des États-Unis» de Howard Zinn (traduit chez Lux Éditeur), une sorte de «contre-histoire» dans lequel sont davantage mis en valeur non pas les affaires d’états mais plutôt les luttes sociales et les mouvements de révoltes. Puis «Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie» de Edward Barneys (également traduit chez Lux Éditeur), lequel rappelle que «le pouvoir appartient à celui qui contrôle adéquatement les moyens d’influencer l’opinion.»

    L’origine de l’histoire de la fête des mères a sa place dans ce premier ouvrage, et sa récupération marchande dans le second.

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  2. 12 mai 2013 15 h 15 min

    @ Sylvain Bérubé

    Merci de ces précisions! J’ai déjà entendu parler du livre d’Howard Zinn, mais ne l’ai pas lu. J’ai par contre lu Propaganda.

    Et, excuse nous d’avoir publié ce texte avant de recevoir ton autorisation, la journée avançait…

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  3. Richard Langelier permalink
    12 mai 2013 19 h 20 min

    Décidément, Sylvain Bérubé, vous me faites travailler les neurones aujourd’hui. J’avais toujours cru que la Fête des Mères avait été instaurée pour faire mousser les ventes de Laura Secord. Je découvre, par Wiki, https://fr.wikipedia.org/wiki/Laura_Secord que celle-ci est une héroïne canadienne de la guerre anglo-américaine que Stephen Harper veut nous faire célébrer (la guerre). Le terrain a été préparé par
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Minutes_du_Patrimoine . Décidément, il y a du chemin à faire pour retrouver l’esprit initial de cette journée. J’espère que votre texte aura la plus grande diffusion possible.

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