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Optimisation

28 mai 2013

optimisationLe nombre d’expressions qui me tapent sur les nerfs ne cesse de croître. Est-ce dû au changement de caractère dû au vieillissement ou à l’absence d’imagination de nos politiciens et gestionnaires? J’aborderai aujourd’hui l’utilisation croissante d’un mot qui ne veut pas dire grand chose au bout du compte, mais qui semble si songé…

Au cours des dernières années, nos politiciens et gestionnaires n’ont cessé de chercher (et malheureusement de trouver) de nouveaux mots ou concepts pour rendre acceptable l’inacceptable et lui donner un vernis de bonne gouvernance… Pendant des années, on nous a fait croire que «rationalisation» est un synonyme de «licenciements». En utilisant le mot-clé «rationalisation» sur le site du journal Les Affaires, je suis par exemple tombé sur quatre articles portant sur des licenciements, suppressions d’emplois ou réductions de personnel. Il est est de même pour le licenciement de 300 employés chez Rogers et le programme de réduction du personnel-cadre chez Rio Tinto Alcan.

Pourtant, «rationalisation», même dans la sphère économique, signifie «Organisation d’une activité économique selon des principes rationnels afin d’obtenir le maximum de rendement avec un minimum de coût». On peut donc être rationnel aussi bien en augmentant le personnel qu’en le réduisant si cela améliore le rendement. Mais, si jamais vous trouvez l’utilisation du mot «rationalisation» pour qualifier l’embauche plus que rationnelle de plus de personnel par une entreprise ou un organisme public qui veut être en mesure de satisfaire une demande accrue de biens ou de services, faites-le moi savoir, car je n’ai jamais lu ça!

Mais, les beaux jours des «rationalisations» sont peut-être comptés, car on parle maintenant de plus en plus de l’optimisation exactement dans le même sens. Encore une fois, il s’agit d’un abus de langage, car ce mot signifie la recherche d’un optimum qui lui même est défini comme l’«État le plus favorable, le meilleur possible d’une chose en fonction des conditions données». Encore une fois, il n’est nullement automatique qu’on doive effectuer des compressions pour atteindre un optimum en fonction de conditions données.

À la Commission scolaire de Montréal (CSDM)

Dans un article paru vendredi dernier, on a appris que «le nombre d’heures allouées aux enseignants-ressources, qui travaillent avec les élèves en difficulté, sera amputé de moitié. Les classes seront remplies au maximum. Alors qu’on comptait trois petits groupes totalisant 70 élèves en quatrième secondaire, il y en aura seulement deux, de 35 élèves chacun, l’automne prochain».

Et que rétorque le porte-parole de la CSDM?

«Chaque direction doit faire son travail pour resserrer les guides et optimiser les ressources.»

Op-ti-mi-ser! Est-ce vraiment la solution optimale? Est-ce vraiment l’état le plus favorable, le meilleur possible d’une chose en fonction des conditions données? Les conditions données étant bien sûr les compressions du gouvernement Marois. Pour moi, ni la solution, ni les conditions données ne sont optimales. Ah oui, quelle est le premier critère sur lequel fonder une décision selon la Loi sur l’instruction publique?

«Toute décision du conseil d’établissement doit être prise dans le meilleur intérêt des élèves.» article 64

Est-ce qu’augmenter le nombre d’élèves par classe et diminuer les ressources pour les élèves en difficulté est vraiment la décision qui assure le meilleur intérêt des élèves, même dans ces «conditions données»?

Au gouvernement fédéral

Le gouvernement fédéral a aussi décidé de parler d’optimisation pour justifier ses compressions. Dans le dernier budget fédéral, on peut trouver 10 fois les termes «optimiser» et «optimisation». Mon favori est à la page 267, où on peut lire que le gouvernement fédéral veut «Optimiser les possibilités de synergies internationales». Rien de moins! Mais en quoi consiste cette «optimisation»?

«Dans le budget de 2007, le gouvernement a jeté les bases de son programme d’efficacité de l’aide, qui a été mis en œuvre par la suite avec succès par l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Le programme favorise l’efficience, la responsabilisation et le ciblage, en particulier au chapitre de la présentation de résultats et de la transparence, de façon à optimiser l’impact des fonds publics»

Ouf, on a en face de nous des vrais experts dans l’utilisation abusive des termes! «Efficacité», «efficience», «responsabilisation», «ciblage», «transparence», «optimiser» et «impact des fonds publics» dans le même paragraphe! Et ça ne tient même pas compte des «synergies internationales» qu’on peut lire dans le titre! Ça doit être tout un plan!

En fait, traduit en langage clair, il s’agit de couper le budget de l’ACDI et de réserver une part croissante du budget qui reste aux sociétés minières :

«L’année dernière, quelques jours avant que le ministre Flaherty annonce dans son budget des coupes d’environ 380 millions de dollars sur trois ans à l’ACDI, l’agence sabrait environ 65 % du budget de l’organisation Développement et Paix. Au même moment, trois compagnies minières canadiennes recevaient du financement de l’ACDI.»

Cet article rappelle aussi que le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino avait un peu avant conseillé que «les Haïtiens se prennent en main plutôt que d’espérer plus d’argent du Canada».

Pour ce gouvernement, il semble que ce soit bien plus optimal d’aider les sociétés minières que les Haïtiens dans la misère  en matière de développement international…

Et alors…

Dire que je voulais écrire un billet plus léger en cette période presque estivale (qui se fait attendre au moment où j’écris ces lignes, avec quelques centimètres de neige en Estrie…). Disons que j’ai quand même tenté d’optimiser l’impact de ce billet en rationalisant!

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15 commentaires leave one →
  1. Pierre Jobin permalink
    28 mai 2013 20 h 54 min

    Excellent billet qui optimise l’utilisation de chacun des mots dans un magnifique processus de rationalisation des données. Bref, un billet efficace qui atteint le summum de l’efficience. On pourrait se croire dans une chaîne de montage de Toyota….

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  2. 28 mai 2013 21 h 14 min

    @ Pierre Jobin

    Enfin quelqu’un qui me comprend! 😉

    Quoique, je suis moins sûr de la comparaison avec la chaîne de montage! J’imagine que cela a un lien avec la méthode Toyota appliquée dans le secteur de la santé…

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  3. Mathieu Lemée permalink
    28 mai 2013 22 h 44 min

    « Disons que j’ai quand même tenté d’optimiser l’impact de ce billet en rationalisant! »

    J’attendais ce genre de chute avec le sourire en coin, et je n’ai pas été déçu; ce qui n’est même pas un euphémisme. 😉

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  4. Pierre Jobin permalink
    28 mai 2013 22 h 53 min

    Effectivement, mon cher Darwin. Je fais une crise de toyotisme aiguë. Ou la méthode LEAN, si tu préfère : un envahissement de la raison instrumentale dans tous les secteurs de l’activité humaine.

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  5. 28 mai 2013 23 h 08 min

    @ Mathieu Lemée

    «J’attendais ce genre de chute avec le sourire en coin»

    Et je n’ai pas pu résister! 😉

    @ Pierre Jobin

    «Ou la méthode LEAN»

    Merci, je cherchais justement le terme!

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  6. youlle permalink
    29 mai 2013 11 h 22 min

    Parlant de toyotisme toyotant les intervenants politiques dit dretteux, se servent du sens du mot déformé productivité pour tromper les gens en disant:

    Les Québécois ne sont pas assez productifs on comprend pourquoi; ils font 250 heures de moins pas année de moins que les Américains.
    Je comprend qu’ils ne soient pas productifs, ils sont toujours en congés.

    Pour ce qui est du plan toyota c’est facile à appliquer entre autre dans la santé: Tu en « slaque » une et tu dis:
    à la #1 tu es responsable de si.
    à la #2 tu es responsable de ça.
    à la #3 tu es responsable de etc ect…

    Rien à voir de ce que l’on dit, (la légende), de Toyota, qui lui aussi a hérité d’un sens qui n’est pas réel au près de la population.

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  7. 29 mai 2013 11 h 48 min

    Parlant du secteur de la santé…

    Médecins québécois pour le régime public s’inquiète des dérives de « l’optimisation » des soins à domicile
    http://www.newswire.ca/fr/story/1173841/medecins-quebecois-pour-le-regime-public-s-inquiete-des-derives-de-l-optimisation-des-soins-a-domicile

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  8. youlle permalink
    29 mai 2013 13 h 51 min

    « MQRP reçoit de plus en plus de témoignages décrivant les impacts néfastes sur les soignants… »

    C’est bien mais ça ne vaut pas dire grand chose. Les patients et les intervenant se plaigne de quoi? Je ne suis pas plus avancé et le public non plus.

    Le message ne passe pas.

    En fait personne sait comme une grande partie des gens pour la souveraineté.

    Mais, pour les résidences privées pour personnes âgées.

    Manque de nourriture, repas insuffisants, facturation non déclaré à la location, abus sexuels cachés par le propriétaire lors d’un plainte et le gros prix ect ect.

    Une amie personnelle de 67 ans a changé de maison continuellement pendant 6 ans. Pour la dernière, il y a un ans et demi, une grosse elle était satisfaite jusqu’à un problème d’eau. L’eau, par la porte patio a inondé le plancher. Évidemment ils ont tout essayé pour faire tolérer à la patiente. Environ 6 semaines pour régler l’affaire au risque de sa santé. Au bout de deux mois le elle se plain d’un problème d’humidité et de senteur. Ils n’ont pas demandé à un spécialiste et un concierge tanné manquait de respect envers la dame.

    Finalement, après des semaines et pour avoir la paix ils l’ont déménagé d’appartement et c’est le déménageur qui a trouvé le problème d’eau derrière la laveuse.

    Des mois à demeurer dans un appartement risqué pour sa santé.

    Imaginez les vieux qui sont vulnérables, mais autonomes et en manque d’aide.

    À la cafétaria:
    Il n’y a plus de viande?

    Non y on n’a plus.

    Vous auriez pas un sandwich?

    Non on n’a pas.

    Vous n’auriez pas des biscuits?

    On n’a pas non plus.

    Cette histoire est réelle. À 67 ans ayant de l’argent et un RREGOP, elle s’est fait venir un pizza.

    C’est donc beau le privé, il peut boucher le trou de l’optimisation avec une pizza en maximum 30 minutes ou c’est gratis.

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  9. 29 mai 2013 21 h 04 min

    «il peut boucher le trou de l’optimisation avec une pizza en maximum 30 minutes ou c’est gratis.»

    😆

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  10. 4 juin 2013 18 h 00 min

    Bon, c’est rendu que QS aussi s’oppose à l’optimisation!

    Non aux projets d’optimisation par des firmes privées dans le réseau de la santé

    Les grands esprits se rejoignent, mais QS a oublié d’exiger que le gouvernement cesse d’abuser du terme «optimisation»! 😉

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  11. youlle permalink
    4 juin 2013 20 h 04 min

    Ils sont là pour donner plus de responsabilités charger les postes de travail. En prime ils ne connaissent rien en santé.

    Les infirmières expérimentés ont très hâte de prendre la retraite et les jeunes déménagent pour les agences.

    J’ai bien peur que l’on assiste à une autre saignée le l’expérience.

    Et op, Toyota!

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  12. 4 juin 2013 21 h 47 min

    C’est en effet décourageant…

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