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Le déclencheur

29 juin 2013

seuilDans la plupart des grandes révoltes et manifestations des dernières années, on voyait quelques jours auparavant peu de signes annonçant de tels événements. Tout semblait calme, les dirigeants pensant que leur autorité était intacte et leur permettait de continuer leur petit train-train de décisions favorisant leurs objectifs politiques, trop souvent bien éloignés des besoins de la population. Puis, soudain, bang, une décision pas pire que les précédentes ou un événement inattendu est venu mettre le feu aux poudre.

Cette description mérite certainement d’être nuancée en fonction de chacun des cas, mais demeure en gros partagée par bien de ces événements. Regardons justement certains de ces cas…

Le printemps arabe

S’il est indéniable que les pays arabes présentent de nombreux points en commun, notamment la jeunesse de leur population, la présence de régimes autoritaires, des conditions socio-économiques difficiles et un régime corrompu, il n’en demeure pas moins que le printemps arabe a été déclenché par un événement relativement anodin (mais tout à fait déplorable), soit le suicide par immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid le 17 décembre 2010.

Il est bien sûr qu’un tel événement n’aurait pu à lui seul entraîner les manifestations et les révoltes qui se sont étendues à un grand nombre de pays arabes sans la présence d’un contexte politique et social aussi affligeant, mais ce soulèvement serait-il arrivé sans ce déclencheur? Aurait-il eu lieu une semaine ou un an plus tard, ou bien le peuple aurait-il continué à subir ses dirigeants corrompus en restant divisé?

Le printemps érable

Après 13 années de gel, le gouvernement Charest a décidé en 2007 d’augmenter les droits de scolarité de 100 $ par année pendant cinq ans. Malgré les dénonciations du mouvement étudiant, ces hausses furent implantées sans trop de secousses. Comptant sur cette relative apathie, le gouvernement, appuyé principalement par les recteurs des universités, a cru qu’il serait facile de procéder à des hausses plus importantes.

D’autres ont fait et feront l’analyse des différentes décisions et événements qui ont mené à ce printemps et l’ont transformé en une vaste revendication allant bien plus loin que de demander l’annulation de cette hausse, mais il n’en demeure pas moins que, tout comme le cas du printemps arabe (mais à une toute autre échelle), peu de choses laissaient penser à une réaction d’une telle ampleur et à ce que le mouvement étudiant et ses appuis mettent de l’avant des revendications aussi étendues.

En Turquie

La révolte turque présente de nombreux points en commun avec les printemps arabes et érables. Comme au Québec, le gouvernement turque a procédé graduellement à des changements politiques qui, tout en étant contestés, n’ont pas créé de remous vraiment importants. Fort de la réélection de son parti, le Parti pour la justice et le développement (AKP), en 2011 avec une majorité accrue (49,8 % des voix), le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a ainsi fait adopter diverses mesures contribuant à l’islamisation graduelle de la société turque : promotion du foulard islamique, limitation du droit à l’avortement, restrictions à la liberté d’expression, interdiction de ventes d’alcool entre 22 heures et 6 heures, etc.

Puis, comme en Tunisie, un événement en grande partie étranger à ce contexte est venu mettre le feu aux poudres, soit la décision de construire une «réplique d’une caserne militaire de l’Empire ottoman» dans le parc Gezi. De manifestations en répressions, les revendications ont pris de l’ampleur et ne se limitent plus à faire abandonner ce projet. C’est l’ensemble des actions du gouvernement qui sont maintenant contestées.

Au Brésil

Tout en ayant des similitudes avec les exemples précédents, la contestation brésilienne ne vise pas autant à dénoncer le gouvernement en place : «la cote de popularité de la présidente Dilma Rousseff est au plus haut (75%), la pauvreté régresse, la classe moyenne augmente, accédant comme jamais au confort de la consommation». Par contre, comme dans le cas de la Turquie, l’accumulation de frustrations a joué un rôle prépondérant.

«Il [le mouvement] cristallise désormais toutes les frustrations de la population de ce pays émergent de 194 millions d’habitants : services publics précaires comme la santé et l’éducation, corruption de la classe politique, sommes colossales – 15 milliards de dollars – investies pour l’organisation du Mondial-2014 de soccer.»

Et encore là, tout a commencé par une décision qui pouvait sembler, si elle avait été isolée, bien mineure par rapport aux autres frustrations, soit une hausse «de 20 centimes (10 sous) des tarifs des transports en commun». Même si le gouvernement a rapidement cédé, la population ne décolère pas. Notons toutefois une différence importante dans ce cas : comme la présidente, Dilma Rousseff, appuie un bon nombre des revendications du mouvement, il n’est pas impossible que les revendications du mouvement soient, au moins en partie, entendues. D’ailleurs, elle s’est déjà engagée à prendre des mesures pour améliorer le transport en commun, assainir le système politique et investir en santé et en éducation, même si les parlementaires brésiliens sont moins empressés qu’elle… À suivre!

Et alors…

J’aurais pu ajouter bien d’autres exemples de manifestations et révoltes qui ont été déclenchées par des décisions ou événements bien mineurs par rapport à la situation générale des pays où elles se sont déroulées. Il demeure que ces réactions parfois hors mesure avec les déclencheurs (mais pas avec la situation générale) montrent à quel point les calculs des gouvernants peuvent être déjoués. On se sent souvent impuissant face au contexte mondial, que ce soit du côté environnemental, politique ou socio-économique. Tous ces exemples montrent qu’il suffit parfois de bien peu pour que le peuple se lève et signifie à ses dirigeants que cela doit changer, et pour le mieux!

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3 commentaires leave one →
  1. 29 juin 2013 10 h 53 min

    C’est un peu le principe de la goutte qui fait déborder le vase…

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  2. 29 juin 2013 10 h 59 min

    En effet. J’ai d’ailleurs pensé titrer ce billet l’étincelle, concept semblable, tout comme le déclencheur, en fait!

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  3. 29 juin 2013 11 h 11 min

    J’ai écrit dans ce billet «il n’est pas impossible que les revendications du mouvement soient, au moins en partie, entendue». Cela semble se confirmer…

    Au Brésil, les politiques multiplient les concessions aux manifestants
    http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/06/28/au-bresil-les-politiques-multiplient-les-concessions-aux-manifestants_3438485_3222.html

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