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Comparaison entre les provinces canadiennes : homicides et inégalités

16 juillet 2013

crime-inegaliteL’année dernière, des chercheurs de l’Université de Montréal se sont penchés sur le lien existant entre la criminalité et les inégalités sociales grâce aux données fournies par plus de 150 pays. Les conclusions de l’étude ne sont guère surprenantes : des inégalités sociales élevées semblent être génératrices de forts taux de criminalité.

Une analyse similaire, effectuée à plus petite échelle, peut-elle offrir des résultats tout aussi concluants? Une comparaison entre les provinces canadiennes risque de dénoter plusieurs intéressants aspects de la question…

Corrélation apparemment imparfaite

En utilisant les données de Statistique Canada (celles-ci et celles-là), j’ai calculé les moyennes des taux annuels d’homicides propres à chaque province canadienne et à l’ensemble du Canada, entre 2007 et 2011. Par la suite, j’ai mis en relation ces moyennes avec celles des coefficients de Gini des mêmes années et des mêmes territoires. Le graphique ci-dessous procure un portrait détaillé de la situation :

crime-inegalite1

De plus, fidèle à mon habitude, j’ai également calculé le coefficient de corrélation. Ce calcul m’a donné une corrélation positive (0,25), résultat étonnamment faible considérant les précédentes études sur l’interdépendance de ce genre de variables… En observant bien le graphique, on note cependant que les résultats du Manitoba et de la Saskatchewan semblent être les deux seules anomalies qui expliqueraient ce faible taux de corrélation. Ainsi, j’ai recalculé le coefficient de corrélation écartant cette fois-ci de l’équation ces deux dernières provinces, et j’en suis arrivé à un résultat (0,75) beaucoup plus conforme à la propension précédemment relevée par la plupart des études portant sur le lien entre criminalité et inégalités.

Bref, malgré des coefficients de Gini inférieurs à l’ensemble des provinces du Canada, le Manitoba et la Saskatchewan ont tout de même les taux d’homicides les plus élevés au pays. Il est possible, voire même fortement probable, qu’une tierce variable ou qu’une simple lacune de l’un des deux indicateurs utilisés soit la cause de l’apparente déviation des deux provinces de l’ouest face à la tendance générale.

Présence autochtone

D’abord, je souhaite remercier Darwin de m’avoir mis la puce à l’oreille. Selon Statistique Canada, en 2006, hormis les 3 territoires canadiens, le Manitoba et la Saskatchewan étaient les deux régions canadiennes regroupant les pourcentages les plus importants de populations autochtones par rapport à leurs populations totales respectives :

«Les provinces et territoires où l’on retrouvait les pourcentages les plus élevés de populations autochtones étaient le Nunavut (85.0 %), les Territoires du Nord-Ouest (50.3 %), le Yukon (25.1 %), le Manitoba (15.5 %) et la Saskatchewan (14.9 %).»

Or, en construisant son principal indicateur d’inégalités de revenus, le coefficient de Gini, Statistique Canada précise sa population cible :

«Toutes les personnes au Canada, à l’exclusion des résidents du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, des pensionnaires d’un établissement institutionnel et des personnes vivant dans des réserves indiennes. Dans l’ensemble, ces exclusions représentent moins de 3 % de la population.»

Il est vrai que pour l’ensemble du Canada, ces exclusions représentent effectivement un peu moins de 3% mais dans les cas spécifiques du Manitoba et de la Saskatchewan, il s’agit plutôt d’un pourcentage pouvant atteindre respectivement jusqu’à 15,5% et 14,9% de la population! Statistique Canada ne précise pas si lesdites populations autochtones au sein de ces provinces vivent majoritairement sur des réserves mais il est indéniable qu’une portion non-négligeable s’y retrouve.

Inégalités entre peuples

Selon une étude publiée dernièrement par le Centre canadien de politiques alternatives, les taux de pauvreté infantile chez les Premières Nations sont significativement plus élevés que chez la plupart des autres habitants canadiens. Ce graphique, extrait de la page 17 du document, en dévoile bien suffisamment à cet égard :

crime-inegalite2

Alors que le Québec montre un taux de pauvreté infantile chez les Premières Nations double par rapport à celui de sa population non-indigène, le Manitoba et la Saskatchewan ont en comparaison des taux de pauvreté infantile propres à leurs populations autochtones 4 à 5 fois plus élevé que les taux de pauvreté infantile respectifs à leurs populations non-indigènes. L’étude ajoute également que les faibles revenus ne sont pas les seuls responsables de la pauvreté chez les autochtones; les infrastructures et services de piètre qualité dont sont dotés ces communautés témoignent également de la détresse des membres des Premières Nations.

En somme, ces constats laissent entrevoir des inégalités bien plus grandes et marquées par de bien plus importants écarts au sein de ces deux provinces de l’Ouest que ne le suggère le coefficient de Gini tel que calculé par Statistique Canada. Pis encore, les conséquences rattachées à la présence de ces inégalités sociales sont assurément amplifiées dans le cas de ces deux provinces en raison de la plus forte présence autochtone caractérisant leurs populations.

Ce n’est donc pas étonnant que les taux d’homicides y soient élevés!

Et alors…

Bien que le coefficient de Gini soit un indicateur couramment utilisé afin d’évaluer les niveaux d’inégalités entre régions et pays, les cas du Manitoba et de la Saskatchewan présentés dans ce billet démontrent bien ses importantes lacunes. De plus, dans ce dossier-ci, les inégalités ne sont pas que le fruit d’écarts entre les revenus des individus mais ils sont également la résultante de traitements inéquitables entre les communautés, les populations autochtones étant les plus désavantagées.

Ce mélange mène inévitablement à un effritement de la cohésion sociale et ultimement, à davantage de criminalité!

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One Comment leave one →
  1. Philippe Morin permalink
    16 juillet 2013 9 h 50 min

    Très intéressant. Belle explication des limites du GINI, particulièrement concernant les autochtones.

    Par ailleurs, si le lien entre la criminalité et l’économie vous intéresse, une étude originale de la Banque d’Italie vient de paraître concernant le lien entre certaines formes de criminalité et les cycles économiques. C’est en anglais. http://www.bancaditalia.it/pubblicazioni/econo/temidi/td13/td925_13/en_td925/en_tema_925.pdf

    Livio di Matteo vient d’ailleurs de faire une courte synthèse de la recherche; http://worthwhile.typepad.com/worthwhile_canadian_initi/2013/07/crime-and-macroeconomics.html

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