Skip to content

La pauvreté tue

4 août 2013

pauvreté

L’Association médicale canadienne (AMC) a publié cette semaine un rapport sur les déterminants sociaux de la santé. La première phrase du communiqué de presse de l’AMC, intitulé «La pauvreté est le principal obstacle à une bonne santé», ne laisse aucun doute sur l’impact de la pauvreté sur la santé : «La pauvreté tue. C’est le principal message du rapport Qu’est-ce qui nous rend malades ?».

Si les médias ont assez bien couvert la sortie de ce rapport, aucun d’entre eux, à ma connaissance, n’a mentionné ce que l’AMC considère comme son principal message : «La pauvreté tue». Ni Le Devoir, ni La Presse, ni le Huffington Post (qui se sont contentés de reproduire le texte de la Presse canadienne) n’en parlent, pas plus que Radio-Canada et l’Agence QMI. Pourtant, la pauvreté tue quand même…

Le revenu : la richesse, c’est la santé!

«quand on leur a demandé de décrire leur état de santé, 70 % des Canadiens gagnant plus de 60 000 $ par année ont dit être en excellente ou en très bonne santé. Cependant, chez ceux gagnant 30 000 $ par année ou moins, seulement 40 % ont dit être en bonne ou en excellente santé»

Voilà qui résume presque aussi bien que Yvon Deschampsvaut mieux être riche et en santé que pauvre et malade») l’effet de la richesse sur la santé! Dans le même sens, le document rappelle que l’espérance de vie varie de 86,3 ans dans les quartiers riches à 65,5 ans dans les quartiers pauvres. Cet écart (21 ans) peut sembler ahurissant, mais il n’est pas spécifique au Canada. Par exemple, cet article d’un site belge mentionne que «les écarts d’espérance de vie dans certaines villes américaines comme la Nouvelle-Orléans peuvent atteindre 25 ans». À Montréal? Ce document de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal parle lui d’une différence de plus de 11 ans de l’espérance de vie entre les quartiers les plus pauvres et les plus riches de la ville de Montréal (74,2 ans dans Hochelaga-Maisonneuve et 85,0 ans dans Saint-Laurent). Oui, la pauvreté tue…

Ce rapport nous rappelle aussi une étude récente du Conference Board qui concluait que «1 enfant canadien sur 7 vit dans la pauvreté. Cela nous met en 15e place de 17 pays ayant un développement similaire» et que «Plus de 11 % des Canadiens en âge de travailler vivent dans la pauvreté. Seuls le Japon et les États-Unis sont pires».

Ni Radio-Canada, ni l’Agence QMI n’ont parlé des recommandations du rapport pour combattre la pauvreté, tandis que la Presse canadienne en a parlé un tantinet. Pourtant, une de ces recommandations m’a frappé : «Que l’approche du revenu annuel garanti pour réduire la pauvreté soit évaluée et mise à l’essai dans le cadre d’un projet pilote majeur financé par le gouvernement fédéral». J’ai vraiment sursauté en lisant que l’Association médicale canadienne appuyait une des mesures les plus importantes du programme de Québec solidaire pour lutter contre la pauvreté!

Pour appuyer cette recommandation, l’AMC parle entre autres de l’expérience de l’application du revenu minimum garanti dans la ville de Dauphin au Manitoba dans les années 1970 : «on a constaté que pendant la durée du programme, les taux d’hospitalisation ont baissé, le nombre de visites chez le médecin a diminué en raison d’une réduction substantielle des plaintes sur la santé mentale, et le nombre d’accidents et de blessures a considérablement baissé». En plus, le décrochage a diminué et les femmes utilisaient ce revenu pour prolonger leur congé parental. Pour en savoir plus sur cette expérience, on peut consulter les pages 16 et 17 de la brochure Revenu minimum garanti : trois études de cas produite par l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS) qui décrit cette expérience plus en détail.

Le logement

Intimement lié au revenu, l’absence de logement adéquat est, selon le rapport de l’AMC, le deuxième déterminant social qui a le plus d’effet sur la santé. Que ce soit par l’effet dévastateur de l’absence de logis chez les sans-abri, l’insalubrité de nombreux logements, trop souvent refilés à des immigrants, l’augmentation des loyers, l’insuffisance des logements sociaux ou la piètre qualité de l’eau potable, particulièrement dans certaines communautés autochtones, la question du logement a un lien direct avec la santé de la population.

Le rapport cite par la suite les effets bénéfiques de quelques expériences de subventions de logements pour les sans-abri qui ont non seulement amélioré la santé et la qualité de vie des personnes qui ont participé à ces expériences, mais ont même permis d’économiser des sommes importantes au système de santé.

Dans ce contexte, on ne s’étonnera pas que le rapport recommande des actions «pour assurer l’accès au logement abordable des Canadiens à revenu faible et moyen» et «pour fournir un logement aux gens ayant une maladie chronique causant l’itinérance».

L’alimentation et la sécurité alimentaire

Autre élément encore une fois intimement lié au revenu, l’alimentation demeure bien sûr un des principaux déterminant de la santé. Que ce soit par son insuffisance, par sa piètre qualité, par le manque de nutriments essentiels des produits industriels bon marché ou leur abus d’éléments nocifs comme le sel ou le sucre, l’alimentation constitue la base pour avoir une bonne santé.

Par un autre hasard qui fait bien les choses (j’en fais une habitude…), le groupe PROOF a publié aussi la semaine dernière une étude dans laquelle on apprenait que l’insécurité alimentaire est en hausse au Canada. En se basant sur les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de Statistique Canada, cette étude nous montre que l’insécurité alimentaire – qui consiste au fait de sauter des repas, de s’inquiéter de manquer de nourriture, de ne pas pouvoir se permettre d’acheter des aliments sains fournissant tous les nutriments nécessaires, d’avoir eu faim sans pouvoir manger, et autres situations du genre – avait augmenté de façon notable au cours des dernières années au Canada et touchait en 2011 près de 1,6 millions de ménages. On ne s’étonnera pas que la prévalence de l’insécurité alimentaire passe d’une moyenne globale de 12,3 % des ménages à 16,0 % chez les ménages avec enfants, à 35,1 % dans les familles monoparentales et à 64,8 % chez celles qui reçoivent de l’aide sociale, de 6,6 % chez les propriétaires à 25,0 % chez les locataires et de 11,5 % chez les non autochtones à 27,1 % chez les autochtones.

Encore une fois, la recommandation du rapport coule de source: «Qu’un programme national sur la sécurité alimentaire soit élaboré afin d’assurer un accès équitable à des aliments salubres et nutritifs à tous les Canadiens, peu importe où ils vivent ou combien ils gagnent».

Autres déterminants

Le rapport mentionne aussi d’autres déterminants importants. Mentionnons :

  • le développement de la petite enfance;
  • la santé des autochtones;
  • l’éducation et la littératie en santé;
  • la violence familiale;
  • l’environnement, en particulier la qualité de l’air et de l’eau;
  • la nécessité d’avoir des communautés saines;
  • l’impact des dépendances;
  • la nécessité d’avoir un plan pharmaceutique national;
  • l’impact du racisme systémique sur la santé des peuples autochtones et des immigrants;
  • l’amélioration du système des soins de base;
  • un meilleur accès aux services de santé pour les personnes vulnérables.

On me pardonnera, je l’espère de ne pas élaborer sur chacun de ces déterminants… Si je le fais, je vais être malade, je le sens!

Et alors…

Mis à part certaines exceptions, les déterminants mentionnés dans ce rapport ont un lien, direct ou indirect, avec le revenu et surtout avec le manque de revenu, c’est-à-dire avec la pauvreté. Même l’environnement nuit moins aux plus riches qu’aux pauvres qui vivent dans des quartiers défavorisés où l’environnement est bien plus pollué.

Quel que soit l’angle dans lequel on regarde les faits, on arrive toujours à la même conclusion, oui, la pauvreté tue!

Advertisements
3 commentaires leave one →
  1. Yves permalink
    4 août 2013 9 h 23 min

    Excellent ce billet Darwin!

    Je me demande bien pourquoi ils ont arrêté le programme au Manitoba? Sans doute il était trop efficace.

    Si d’élimine la pauvreté tu vas te retrouver avec des gens qui vont vouloir s’éduquer, alors qu’arrivera-t-il à notre société? Ils ne voudront plus acheter le Journal de Montréal pis regarder TVA. Ça va être le bordel, ben trop dangereux!

    J'aime

  2. 4 août 2013 9 h 45 min

    Dans la brochure de l’IRIS (de Ève-Lyne Couturier) dont je parle dans le billet, on peut lire :

    «Malheureusement, le contexte politique de la fin du projet pilote a forcé une suspension de l’analyse des résultats. Les premiers ministres qui avaient porté le projet ont été défaits (Schreyer au Manitoba en 1977, et Trudeau au Canada en 1979), et les politiciens qui les ont remplacés se sont montrés moins intéressés à un programme social de la nature du Mincome. Les chercheurs initiaux n’avaient pour mandat que l’archivage, et non l’analyse, des résultats de cette expérience. Il faudra donc attendre 2007 et la professeure d’économie Evelyn Forget pour vraiment approfondir l’impact du Mincome sur la population de Dauphin, en examinant ses 1800 caisses de documents.»

    Bref, l’arrêt de l’expérience fut essentiellement une décision politique. L’absence d’analyse avant 2007 illustre probablement le désintérêt des politiciens pour la question. Cela demeure pour moi étrange : pourquoi expérimenter une mesure du genre sans prévoir analyser ses conséquences?

    J'aime

Trackbacks

  1. Les bilans de la faim |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :