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Faible revenu et inégalités chez les personnes âgées

10 août 2013

ISQ-faibleL’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a publié récemment un document intitulé Revenu, faible revenu et inégalité de revenu : Portrait des Québécoises et des Québécois de 55 ans et plus vivant en logement privé. Cette étude a été couverte superficiellement par les médias qui ont limité leurs manchettes à un seul aspect de son contenu, soit que les revenus des personnes âgées sont en hausse. Cela est tout à fait vrai, quoiqu’en ait dit le Réseau FADOQ qui a prétendu que cette hausse a complètement été annulée par la hausse du coût de la vie, alors que cette étude mentionne clairement que «toutes les données des années antérieures à 2010 ont été ajustées en dollars constants de 2010» (page 20).

Cette hausse des revenus (de 43 % entre 1981 et 2010 chez les personnes âgées de 65 à 74 ans et de 53 % chez celles âgées de 75 ans et plus) est de fait une bonne nouvelle. Elle s’explique surtout par la hausse de la présence des femmes sur le marché du travail et par l’augmentation des revenus de retraite (privés et publics) qui en découle en grande partie. Cette étude aborde toutefois bien d’autres aspects du revenu chez les personnes âgées. Je m’attarderai ici plus spécifiquement, comme le titre du billet l’indique, au faible revenu et aux inégalités.

Faible revenu

L’étude présente le faible revenu des personnes âgées sous différents angles (pages 47 à 54). Je me contenterai ici d’analyser l’évolution du faible revenu selon l’âge. Notons que l’ISQ a pu avoir accès aux micro-données de Statistique Canada pour cette étude. Il a pu ainsi calculer le taux de faible revenu selon la mesure de faible revenu (pourcentage de la population qui touche un revenu inférieur à 50 % du revenu médian) en se basant sur le revenu médian du Québec et non sur celui du Canada comme Statistique Canada le publie.

Le graphique qui suit (tiré de la page 50) montre l’évolution du taux de faible revenu selon l’âge.

ISQ-faible1

Trois aspects illustrés par ce graphique m’ont frappé. Le premier est que le taux de faible revenu dans les tranches d’âge des 25-34 (losange bleu), des 35-44 ans (carré violet) et des 45-54 ans (triangle jaunâtre) a évolué de la même façon tout au long des trente ans présentés dans ce graphique : légère hausse dans la première moitié et légère baisse depuis.

Le deuxième est la forte baisse du taux de faible revenu chez les personnes âgées, tant chez les 65-74 ans (étoile violet) que chez les 75 ans et plus (rond rougeâtre) entre 1981 et le début des années 1990, puis leur hausse par la suite de 3 % environ de 1991 à 1997 à autour de 10 % en 2010, sensiblement le même taux que dans chaque tranche d’âge entre 25 et 54 ans. J’ai déjà expliqué cette évolution il y a deux ans : «les personnes âgées dont le revenu est principalement formé des prestations du Programme de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti voient leur revenu indexé au taux d’inflation, sans enrichissement. En conséquence, ceux qui gagnaient en 1995 un revenu juste un peu plus élevé que le seuil de la MFR ont fort probablement vu ce revenu seulement indexé passer sous le seuil de faible revenu de la MFR entre 1995 et 2009» parce que le revenu médian a entre-temps augmenté beaucoup plus rapidement que le taux d’inflation (voir le troisième graphique sur ce même billet). Comme ce phénomène risque de se maintenir au cours des prochaines années, on peut s’attendre à ce que le taux de faible revenu des personnes âgées de 65 ans et plus continue à augmenter. En effet, le sommaire du rapport D’Amours sur l’avenir du système de retraite québécois nous indique aux pages 6 et 7 que la part du revenu précédant la retraite assurée par les prestations du Programme de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti passera graduellement de 26 % actuellement à 13 % dans 40 ans, justement parce que ces programmes ne sont indexés que sur l’inflation au lieu de l’être sur la base de l’évolution du revenu médian. Et, ce sera bien pire si le projet du gouvernement de repousser de 65 à 67 ans l’admissibilité à ces programmes se réalise.

Le troisième aspect qui m’a frappé est que le taux de faible revenu des 55-64 ans (X bleu pâle) est presque tout au long de cette période le plus élevé et que l’écart entre leur taux et celui des autres tranches d’âge va en s’accentuant. Il faut aussi noter que les moyennes peuvent être trompeuses, surtout dans cette tranche d’âge qui comprend de fortes proportions de personnes qui touchent des revenus de travail (63 %, selon la figure 2.10 de la page 31) et de personnes qui n’en touchent pas. D’ailleurs, la figure 3 de la page 10 de cette étude de CIRANO (que j’ai reproduite dans ce billet) montre que le taux de faible revenu des 55 à 64 ans varie en fait de guère plus de 10 % à 55 ans à environ 26 % entre 62 et 64 ans. La moyenne de 16 % montrée par ce graphique ne permet donc pas de comprendre la grande différence de la situation vécue par ces personnes et les conséquences des changements de programmes sociaux qui les concernent, comme on le verra plus loin.

Inégalités

Je ne retiendrai ici encore qu’un seul graphique de la présentation des inégalités de ce document (pages 55 à 60).

ISQ-faible2

Compte tenu de l’analyse de la prévalence du faible revenu selon l’âge, on ne sera pas surpris de constater que les inégalités de revenu les plus importantes (coefficient de Gini de 44,7) s’observent chez les 55-64 ans. Comme les revenus de travail sont beaucoup moins fréquents chez les 65-74 ans (21,6 % en touchent) et encore moins chez les 75 ans et plus (seulement 5,6 %), que presque tous les membres de ces groupes d’âge ont droit à la pension de la sécurité de retraite (respectivement 96,4 % et 98,5 % en touchent) et que les plus pauvres d’entre eux (respectivement 41,0 % et 56,9 %) touchent une forme de revenu minimum garanti (soit le supplément de revenu garanti), on voit que le coefficient de Gini est beaucoup moins élevé dans ces groupes d’âge. Il est même le plus bas de tous les groupes d’âge chez les personnes âgées de 75 ans et plus.

Par contre, la figure 4.5 de la page 58 nous montre que le coefficient de Gini des personnes âgées de plus de 75 ans est passé d’environ 21 en 1993 à 27,4 en 2010, tandis que celui des personnes âgées de 65 à 74 ans est passé d’environ 30 dans les années 1990 à 35.2 en 2010, surpassant celui des 25-34 ans alors qu’il lui était inférieur jusqu’en 2005.

Et alors…

La dynamique du faible revenu et des inégalités nous éclaire tout particulièrement chez deux groupes, les personnes âgées de 55 à 64 ans, et celles âgées de plus de 65 ans.

Tout d’abord, on a vu que ce sont les personnes âgées de 55 à 64 ans qui subissent le plus le faible revenu et les inégalités. Cette situation risque en plus de s’aggraver en raison des mesures adoptées par le gouvernement péquiste pour faire passer l’âge qui permet l’accès aux allocations pour contraintes temporaires de l’aide sociale de 55 ans à 58 ans.

Si l’admissibilité aux prestations du Programme de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti sont les principaux facteurs qui expliquent que le taux de faible revenu et les inégalités sont moins élevés chez les personnes âgées de 65 ans et plus que chez celles âgés de 55 à 64 ans, l’effet positif de ces programmes risque de s’atténuer à l’avenir. Comme on l’a vu, la hausse de leur taux de faible revenu et de leurs inégalités depuis le milieu des années 1990 montre que cet effet a déjà perdu une partie de son ampleur au cours des dernières années. L’effet combiné de la baisse de l’impact positif du Programme de la sécurité de la vieillesse et du supplément de revenu garanti, et du report graduel de l’admissibilité à ces programmes de 65 à 67 ans entre 2023 et 2029 ne pourra que faire augmenter la pauvreté et les inégalités chez les personnes âgées.

Après quelques décennies où la société a su améliorer le sort de ses citoyens les plus âgés, il est révoltant de voir que nos gouvernements se liguent pour non seulement cesser d’améliorer leur sort, mais pour l’empirer. Ne les laissons pas faire!

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5 commentaires leave one →
  1. Richard Langelier permalink
    11 août 2013 22 h 46 min

    Il faut une permission spéciale pour avoir accès à ce type de micro-données de Statistique Canada? Il me semble qu’elles devraient être publiées.

    Je ne gagnerai pas de prix Nobel en rappelant que d’autres facteurs que le revenu ont une influence importante sur la situation matérielle des personnes dans tous les groupes d’âge. Si je demeure dans une ville où je peux me loger convenablement pour 250$ par mois, avec un revenu annuel de 16 000$ , ma situation sera plus confortable que si je demeure dans une ville où le même type de logement coûte 500$. Il y a une franchise importante pour l’assurance-médicaments des personnes de 65 ans ou plus recevant moins de 93% ou moins de SRG http://www.ramq.gouv.qc.ca/sitecollectiondocuments/citoyens/fr/depliants/depl-assurance-medicaments-couts-fr.pdf . Or, il arrive souvent qu’une personne de 65 ou plus ait besoin de médicaments d’ordonnance.

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