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La fée de la confiance

5 octobre 2013

féeJ’ai écrit il y a quelque temps cinq billets sur les idées zombies, tous tirées du livre que John Quiggin sur le sujet. Mais, il était impossible pour lui de faire le tour de toutes les idées qu’on croyait bel et bien mortes et enterrées… jusqu’au moment où elles sont renées!

Dans une chronique de François Cardinal présentant les positions des principaux candidats à la mairie de Montréal, l’économiste néolibéral Marcel Côté a fait revivre le zombie de la confiance :

«La prospérité de Montréal repose d’abord sur le rétablissement chez les acteurs économiques d’un climat de confiance, miné par les scandales à l’Hôtel de Ville et les carences de nos infrastructures.»

C’est un peu étrange de dire ça, car y a-t-il une époque au cours de laquelle les entrepreneurs et firmes d’ingénieurs ont eu plus confiance que lorsque la corruption régnait et qu’ils pouvaient se partager les contrats? Tout allait bien pour eux : ils avaient des contrats garantissant de plantureux profits et pouvaient prévoir à l’avance qui obtiendrait les contrats et ainsi mieux planifier leurs travaux… Et, c’est justement la lutte à la corruption qui a mis fin à cette période de confiance maximale! Être un peu démagogue, je me demanderais si c’est le retour à cette époque qu’il souhaite! Mais je ne suis pas comme ça, voyons!

La confiance : une idée zombie

La confiance est justement ce que cherchaient à rétablir le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE) en imposant des mesures d’austérité en Europe. Jean-Claude Trichet, le président de la BCE à l’époque, déclarait sans gêne et avec aplomb : «les plans d’austérité sont bons pour la confiance et pour la reprise». L’histoire a montré à quel point il avait tort! On a même eu droit au mea culpa de l’économiste en chef du FMI, Olivier Blanchard, qui a avoué candidement avoir sous-estimé l’effet multiplicateur des politiques d’austérité. Petite erreur qui a détruit des millions de vie…

Pourtant, nombreux étaient les économistes (DeLong, Stiglitz, Krugman et bien d’autres) qui les avaient mis en garde contre l’application de mesures d’austérité en période de trappe à liquidité. Le plus virulent et en tout cas sûrement le plus moqueur fut certainement Paul Krugman, qui a créé pour se moquer le concept de la fée de la confiance, personnage magique qui réglerait tous les problèmes… Dans une chronique qu’il a justement intitulée La mort d’un conte de fées, il écrase définitivement cette idée zombie…

«Depuis le début, des voix se sont élevées pour prévenir que l’austérité face à une dépression ne ferait qu’aggraver cette dépression. Cependant, les «austériens» [partisans de l’austérité] ont insisté que ce serait l’inverse qui se produirait. Pourquoi ? La confiance ! «Des mesures qui inspirent confiance vont favoriser, et non empêcher, une relance économique», déclarait Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la Banque Centrale Européenne – une affirmation dont les Républicains s’étaient fait l’écho ici au Congrès. Ou bien, comme je le disais à l’époque, l’idée était que la fée de la confiance allait venir  récompenser les hommes politiques pour leur vertu fiscale.

La bonne nouvelle c’est que beaucoup de gens influents admettent enfin que la fée de la confiance était un mythe.»

Mais, quelle est la principale propriété d’une idée zombie? C’est de renaître!

«Cependant, alors que la fée de la confiance semble bel et bien enterrée, des histoires à faire peur à propos des déficits restent populaires. En effet, ceux qui défendent les mesures britanniques rejettent toute demande d’un remaniement de ces mesures, malgré leur échec évident à tenir leurs promesses, sous le prétexte que le moindre fléchissement en termes d’austérité causerait une augmentation en flèche des coûts d’emprunts.

Nous vivons donc dans un monde de mesures économiques de zombies – des mesures qui auraient dû être anéanties par la preuve qu’elles reposent sur des fondations erronées, mais qui malgré tout poursuivent leur route. Et il est impossible de savoir quand ce règne de l’erreur cessera.»

Une résultante

Il est bien certain que la confiance est quelque chose qui existe. Mais, elle n’est pas une cause de la prospérité économique (dans le sens de l’économie orthodoxe), elle en est la résultante! En effet, pourquoi une entreprise investirait-elle quand elle a des capacités de production inutilisées et que ses responsables savent très bien qu’en raison des mesures d’austérité, les consommateurs auront encore moins d’argent à dépenser? C’est au contraire avec des plans de relance qui favorisent l’emploi et l’augmentation des revenus, et donc des dépenses, qu’un entrepreneur aura confiance que ses investissements rapporteront! La confiance est la conséquence – ou la résultante – de la bonne performance économique, pas sa cause!

Et alors…

On aura compris que je parle dans ce billet de la confiance économique, tant du côté des entreprises que des consommateurs, pas de la confiance que nous devons avoir envers nos institutions et les autres membres de la société. Celle-là est un fondement de la vie humaine et doit être poursuivie sans relâche. Mais, celle que cherche Marcel Côté me semble bien creuse… et dangereuse!

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4 commentaires leave one →
  1. 5 octobre 2013 18 h 28 min

    L’ingrédient de base d’une bulle spéculative est la confiance!

    Les financiers ont vécus dans tellement de bulles ces 30 dernières années que le réflexe reste bien ancré. Ils « spéculent » finalement sur une reprise économique qui d’un voisin mais sûrement pas d’eux.
    Il est important qu’ils préservent leurs acquis et ce qu’ils savent faire…c’est-à-dire spéculer sur la misère des gens.

    C’est comme en temps de guerre… c’est le Klondike pour les opportunistes!!!

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  2. 5 octobre 2013 20 h 04 min

    La confiance de pouvoir exploiter les plus pauvres… Pas mal!

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  3. 7 octobre 2013 8 h 32 min

    Tiens, un autre qui promet le retour de la fée de la confiance…

    « La politique, c’est mon sport. Dans un débat, ce n’est pas juste le contenu qui compte, c’est aussi l’attitude. Ce que j’ai essayé de démontrer, c’est que je suis en mesure de ramener la confiance des gens » Denis Coderre

    http://www.ledevoir.com/politique/montreal/389360/le-ton-monte-a-montreal

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  1. Le PIB potentiel : une autre idée zombie? |

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