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L’évaluation maladive

12 octobre 2013

évaluation_maladive1Dans mon avant dernier billet jovien (j’ai aussi trouvé «jupétérien», mais les autres propositions d’adjectifs signifiant «du jeudi» sont acceptées…), j’ai mentionné que la manie de «mettre un signe de piastre à côté de tout phénomène me tape sur les nerfs», j’aurais voulu élaborer davantage, mais ma propension à aborder trop de sujets par billet doit sûrement taper sur les nerfs d’autres personnes… J’ai donc décidé d’attendre une autre occasion pour le faire. La voici!

Le coût du réchauffement climatique

S’il est un domaine où la manie maladive de vouloir mettre un signe de piastre m’indispose encore plus que tous les autres, c’est bien celui de l’environnement. Je me souviens encore de la scène du film de Al Gore, Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth) où il met sur une balance un paquet de lingots d’or sur un des plateaux et la Terre sur l’autre (voir l’image qui accompagne ce billet) pour montrer l’absurdité de la comparaison entre les «avantages» de la croissance économique et le fait d’avoir une planète sur laquelle on peut vivre. Malgré tous les défauts de ce film, cette image m’est toujours restée en tête. J’aimerais bien qu’elle influence aussi d’autres personnes!

Dans cet article qui couvrait le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), on peut entre autres lire que «le coût pourrait dépasser en 2050 les 1000 milliards de dollars si rien n’est fait pour les [États insulaires du Pacifique] protéger.» Personnellement, la phrase précédente «Mais il concerne aussi des dizaines de millions de personnes vivant dans les mégalopoles côtières et les grands deltas.» et d’autres comme «Les vagues de chaleur vont probablement se produire plus fréquemment et durer plus longtemps. Avec le réchauffement de la Terre, nous nous attendons à voir les régions actuellement humides recevoir davantage de précipitations et les régions sèches en recevoir moins, même s’il va y avoir des exceptions» me touchent infiniment plus…

Et à quoi serviraient ces 1000 milliards de dollars? À faire resurgir ces îles? À faire en sorte que les mégalopoles côtières et les grands deltas engloutis puissent accueillir et héberger à nouveau les dizaines de millions de personnes déplacées? Bien sûr que non! C’est, je dois deviner, ce que je déteste faire, mais l’article ne le dit pas, le calcul de la perte de PIB qui en découlerait et le coût pour les installer ailleurs. Ou autre chose… mais rien qui ne compensera les vies anéanties et la perte de qualité de vie des survivants.

Un autre article sur le sujet paru le même jour va encore plus loin dans l’absurde évaluation maladive :

«Et si les 50 milliards de tonnes de méthane contenues dans le sol arctique étaient libérées durant 20 ans, entre 2015 et 2035, le coût serait d’environ 64 500 milliards de dollars. Si la fuite s’étalait sur 30 ans, entre 2015 et 2045, il s’élèverait à 66 200 milliards. À titre de comparaison, la valeur de l’économie mondiale en 2012 avoisinait les 70 000 milliards de dollars.»

Tiens, là on parle d’un coût de 64 500 milliards $ (quand même 65 fois plus que le 1000 milliards $ de tantôt…) entre 2015 et 2035… et oh augmentation, à 66 200 milliards $ entre 2015 et 2045 (c’est seulement 2,6 % de plus que l’autre hypothèse, mais 32 % de moins par année!). Bon, je sais, cet article tente de démontrer que ça coûterait moins cher d’agir dès maintenant que d’attendre que les pires effets du réchauffement climatique se manifestent. Mais, même si ça ne coûtait pas moins cher, même si ça coûtait plus cher, faudrait-il accepter «les cinq millions de morts (…) que causeraient déjà les changements climatiques» et la destruction de milliers d’espèces d’animaux non humains?

Et alors…

Et en dépensant ces sommes, retrouverions-nous une planète accueillante? Non? Alors tout le reste me laisse de glace!

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21 commentaires leave one →
  1. 12 octobre 2013 15 h 07 min

    L’image qui me vient en tête est l’histoire du scorpion et de la grenouille.

    Un scorpion, voulant traverser la rivière, demande à la grenouille de l’aider à traverser en montant sur son dos. La grenouille lui dit:
    – « Si tu montes sur mon dos, tu vas me piquer et je vais mourir! »
    – « Penses-y » dit le scorpion, « si je te pique, je vais me noyer et aussi mourir! »
    – « C’est vrai » dit la grenouille. « Okay, monte sur mon dos. »

    Au beau milieu de la rivière, le scorpion pique la grenouille.

    – « Pourquoi as-tu fait cela, nous allons tous les deux mourir! »
    – « Je sais » dit le scorpion, « que veux-tu, c’est dans ma nature!!! »

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  2. 12 octobre 2013 15 h 20 min

    Un commentaire de clown que j’ai déjà entendu sur le réchauffement climatique:
    « C’est pas grave, plus besoin dépenser de l’argent pour aller dans le sud! »

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  3. 12 octobre 2013 17 h 29 min

    Un clown libertarien? 😉

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  4. Richard Langelier permalink
    12 octobre 2013 19 h 51 min

    Il me semble que la métaphore utilisée par ma maîtresse d’école pour nous donner une idée de la longueur de l’éternité avait une valeur plus heuristique que ces coûts : « Imaginez un instant qu’un oiseau viennent donner un coup d’aile à la Terre à chaque siècle. Lorsque l’oiseau aura usé notre pauvre petite planète, ce ne sera que le début de l’éternité. » Quand les grands volaient des pommes et que j’en mangeais une, je me voyais en enfer pour l’éternité. C’était bien plus clair que ces milliards.

    Aujourd’hui, tout le temps passé depuis la Coupe Stanley chanceuse du Canadien en 1993 me semble encore plus pédagogique [1] pour comprendre le début de l’éternité.

    Le sénateur préféré de Koval, Boisvenu, ne parle pas d’éternité. Il mettrait tout simplement une corde dans la cellule d’un condamné à perpétuité. Richard Martineau n’avait pas compris que le chagrin du sénateur l’empêchait d’occuper une fonction politique puisqu’il l’incitait à proposer une justice du Moyen-Âge. Martineau trouvait ça brillant d’offrir à ce condamné le choix de la peine de mort. Si une victime d’erreur judiciaire avait le sentiment de ne pas pouvoir faire renverser le jugement et qu’elle se suicidait, Martineau y verrait une grande victoire de la civilisation.

    Dur, dur, dur de ne pas choisir de voir les mathématiques pour sa beauté comme pour l’art : comparer les coûts de la pauvreté aux coûts du revenu de citoyenneté seulement, calculer le jour de la libération fiscale, le coût du réchauffement climatique et tutti quanti, me donnent la forte tentation de la Raison pure uniquement jusque sur mon lit de mort. Cependant me défouler sur Jeanne Émard permet de reprendre mon souffle.

    Aujourd’hui, Jean Dion est plus modeste dans son pessimisme http://www.ledevoir.com/sports/actualites-sportives/389876/soif .

    [1] Les Nordiques, eux, sauront faire une parade sur la Grande-Allée, grâce à Agnès Maltais et Karl-Pierre Péladeau. Les entreprises qui achètent des billets de saison au Centre Bell ont beau inscrire cette dépense dans leurs frais de représentation, les Habitants ne veulent plus nous donner de Coupe Stanley, avec cette subvention. Comme le chante Stephen Faulkner : « Tu peux m’ner ton ch’val jusqu’à l’abreuvoir, mais tu pas l’forcer à boire ».

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  5. 12 octobre 2013 20 h 14 min

    «Cependant me défouler sur Jeanne Émard permet de reprendre mon souffle.»

    Je n’avais pas conscience de la valeur thérapeutique de ce blogue. Mais, j’en suis bien content (d’apprendre qu’il a cette valeur et qu’il soulage certains de ses lecteurs…)!

    Quant à Jean Dion, il me fait encore sourire et même parfois rire!

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  6. youlle permalink
    12 octobre 2013 21 h 39 min

    @ Richard

    « Quand les grands volaient des pommes et que j’en mangeais une, je me voyais en enfer pour l’éternité. »

    Dans mon enfance j’ai toujours eu de la misère avec le ti-jésus de plâtre et le Père-Noël.

    Pour le premier, il était infiniment bon et assez méchant pour nous envoyer en enfer. Ça n’a jamais passé celle-là. De plus ça prenait quelques secondes ou minutes pour gagner une indulgence plénière. Le risque c’était d’être frappé par la foudre juste une seconde après avoir commis le péché mortel. Un risque minime.

    Pour le Père-Noël, à trois ans j’avais reçu une carte où il était sale. C’était la première fois que je le voyais. On m’a expliqué qu’il venait de passer dans la cheminée pour donner des cadeaux. J’ai réexaminé la carte et constaté que c’était absolument impossible qu’il passe dans le tuyau du poêle. Donc pour moi, cette légende n’a duré que quelques secondes.

    PS J’ai réalisé seulement à soixante ans que mon grand-père et moi étions des Père-Noël.

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  7. 13 octobre 2013 2 h 50 min

    «Le golf devient plus dangereux pour la santé»

    Merde, ils ne disent même pas combien ça coûte! Ça ne doit pas être important, alors!

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2013/10/12/002-terrains-golf-risques-sante-rapport-ministere-environnement.shtml

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  8. THE LIBERTARIAN BADASS permalink
    13 octobre 2013 11 h 15 min

    Les… les glaciers!!! Ils avancent vers nous!!!

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  9. 13 octobre 2013 12 h 00 min

    Ne t’en fais pas, ils vont fondre avant de nous atteindre…

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  10. Oli permalink
    14 octobre 2013 1 h 31 min

    @THE LIBERTARIAN BADASS

    J’ai raison de voir une référence à South Park, ou je me trompe?

    Ça semble presque approprié; imaginez si le réchauffement climatique se traduisait par quelque chose qu’on pouvait faire exploser…

    @Darwin: Sur un ton plus sérieux, c’est la même logique qui mène par exemple à l’institution de bourses du carbone; rendre calculable et monétaire ce qui ne l’est pas, dans le but explicite de le rendre valable aux grands acteurs de notre économie, qui autrement n’en auraient pas grand chose à chier, pour ainsi dire… J’ai suivi un cours il y a quelques années (au CÉGEP… mon jeune age paraît un peu) sur le thème de l’écologie, et on voyait bien l’ambivalence du prof sur la question: d’un côté, ce genre de mesures marchent à moitié, ne règlent pas vraiment un problème de fond et risquent de ne pas du tout être suffisantes, mais d’un autre côté, les autres mesures tentées sont encore nettement moins efficaces!

    Je suis anar, je proposerais donc bien quelques pistes de solution, mais même une simple social-démocratie intègre a beaucoup de difficulté à se faire entendre dans les milieux respectables, alors…

    Avez-vous lu « Faire l’économie de la haine » d’Alain Deneault? Ça me semble un ouvrage pertinent au sujet du billet. Le texte éponyme est un de mes textes préférés, et l’ouvrage au complet est excellent, même si je n’aime pas trop le style d’Alain Deneault (tout ce que j’ai lu de lui est excellent, mais ce n’est pas tout le monde qui possède le « background » ou l’intérêt personnel pour comprendre pleinement ce qu’il dit, même seulement au niveau du style! Le monde mérite qu’Alain Deneault se découvre un côté vulgarisateur).

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  11. 14 octobre 2013 9 h 03 min

    «ce genre de mesures marchent à moitié, ne règlent pas vraiment un problème de fond et risquent de ne pas du tout être suffisantes, mais d’un autre côté, les autres mesures tentées sont encore nettement moins efficaces!»

    Je ne sais pas. Marchent-elles vraiment à moitié?

    «Avez-vous lu « Faire l’économie de la haine » d’Alain Deneault?»

    Non, je ne connaissais pas l’existence de ce livre, désolé. La vidéo est intéressante. Merci!

    J’ai lu deux livres d’Alain Deneault, et c’est vrai qu’il n’est pas toujours facile à lire. J’ai eu de la difficulté avec plusieurs des textes de La gouvernance…

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  12. Oli permalink
    14 octobre 2013 15 h 52 min

    @Darwin: Pour ce qui est des bourses du carbone, je ne saurais pas vraiment trouver les études, mais à mon souvenir, dans le cadre du cours, on voyait bien qu’elles avaient un effet clair, mais à peu près jamais suffisant pour atteindre les cibles données. Certainement mieux que rien, quand même.

    Pour ce qui est du livre d’Alain Deneault, il faut quand même noter que le texte de la vidéo est plutôt poétique (il est sous-titré « poème théorique » dans le livre), alors que le reste du livre est composé de plusieurs articles qui n’ont pas nécessairement le même caractère, même s’ils traitent des mêmes sujets.

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  13. 14 octobre 2013 17 h 06 min

    «Pour ce qui est des bourses du carbone»

    Ces bourses ont aussi des effets d’externalisation des émissions de GES. Par exemple, la demande d’huile de palme pour l’Europe comme biocarburant entraîne la déforestration en Indonésie entre autres.

    «Dans la province indonésienne de Riau, près de 90% des forêts ont été abattues pour planter des palmiers à huile. Un désastre écologique auquel les habitants et producteurs locaux veulent mettre fin.»

    http://www.france24.com/fr/20110305-2011-03-05-1140-wb-fr-environnement

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  14. Oli permalink
    14 octobre 2013 19 h 32 min

    Je ne pensais pas à cette question, mais maintenant que vous le mentionnez, je n’en doute pas! Je ne voulais pas tant défendre les bourses du carbone que souligner l’impasse et les contradictions dans lesquelles cette logique de l’évaluation maladive nous plonge.

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  15. 14 octobre 2013 19 h 52 min

    On s’entend!

    L’idée des bourses de carbone avec un plafond suffisamment bas n’est pas mauvaise en soi. Mais, comme dans tout marché, certains n’y voient que des «occasions d’affaire», ce qui ouvre la porte à la manipulation des marchés, à la spéculation et à toutes les autres perversions qui s’observent dans tous les marchés…

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  16. youlle permalink
    15 octobre 2013 20 h 04 min

    Tant qu’à faire une évaluation maladive:

    Les dretteux sont bien discret quand vient le temps d’évaluer la deuxième colonne celle qui est noire plutôt de rouge:

    Les économies:
    Économies du gaz de char
    Économies de chauffage
    Économies du transport en commun
    Économies de production de l’énergie
    Économies de production parce que certaines ressources renouvelables à l’infini.

    Ét on peut allonger la liste.

    Pendant ce temps les Québécois payent pour que les grandes entreprises puissent exporter de l’alu à des étrangers.

    Des serres, entre autre, ce serait pas mal plus payant que l’aluminium et pas mal moins d’investissement pour le Québec. Au prix que payent les alumineries les acheteurs débouleraient dans la porte d’Hydro.

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  17. 15 octobre 2013 21 h 58 min

    On s’entend…

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  18. THE LIBERTARIAN BADASS permalink
    18 octobre 2013 11 h 14 min

    @oli
    Référence à SOUTH PARK?? HELL YEAH!!

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  19. Terez L. permalink
    19 octobre 2013 1 h 34 min

    Billet intéressant et instructif comme toujours. Merci Darwin.

    Concernant les bourses du carbone, j’ai assisté cet été à la projection au parc Laurier du documentaire « La ruée vers le carbone », qui constitue une très bonne introduction à ce sujet. http://cse2013.funambulesmedias.org/la-ruee-vers-le-carbone/

    Merci Oli pour la vidéo de M. Deneault. Je ne la connaissais pas et j’ai beaucoup aimé.

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  20. 19 octobre 2013 5 h 15 min

    Merci Terez. Je n’ai pas vu ce documentaire, mais il semble aller dans le sens de mes commentaires et encore plus loin.

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  21. 31 octobre 2013 17 h 53 min

    Autre exemple d’évaluation maladive :

    «chaque cohorte de décrocheurs impose un fardeau supplémentaire de 2 milliards $ à la société québécoise.»

    «Sur une base annuelle, ces pertes s’élevaient à 10,3 milliards $ en termes de revenus de travail et d’emploi, sans parler des pertes en recettes fiscales de 378 millions $ et des frais en assurance-emploi de 1,1 milliard $.»

    http://www.journaldequebec.com/2013/10/22/un-jeune-sans-diplome-coute-120-000

    Il faut donc agir pour sauver de l’argent à la société, pas pour améliorer la qualité de vie des décrocheurs… L’article ne dit en effet rien à ce sujet.

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