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Darwin – L’arbre de vie

14 octobre 2013

DarwinJe ne sais pas par quel raisonnement ma conjointe a pu penser qu’un livre sur Charles Darwin pouvait m’intéresser… Mais bon, je vais ici regarder la bride de ce cheval donné!

«Darwin a changé les sciences de la vie comme Copernic avait bouleversé l’astronomie : la théorie de Copernic mettait à mal le géocentrisme, celle de Darwin porte un coup fatal à l’anthropocentrisme». Ainsi commence le livre Darwin – L’arbre de vie de Barbara Continenza.

Les premiers chapitres

Bien plus qu’une simple autobiographie, ce livre accorde une place importante à l’état des lieux des théories en vogue à l’époque de Darwin (1809-1882) sur l’origine des espèces et surtout de l’être humain. On le devinera, toutes ces théories étaient imprégnées par la religion (une chance que ce n’est plus le cas de nos jours…). Ce retour à la situation des sciences naturelles de cette époque est essentiel pour bien comprendre l’immense pas en avant provoqué par la parution du livre principal publié par Darwin en 1859, De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie.

Après avoir fait le tour de ces théories, certaines minimalement intéressantes, mais la plupart passant complètement à côté des faits, l’auteure consacre tout de même quelques chapitres à la vie de Darwin, à ses origines (un père médecin, un grand père scientifique, une mère à la santé fragile), à ses piètres résultats scolaires et aux événements bien improbables qui l’ont Darwin1amené à s’embarquer sur le Beagle pour un voyage autour du monde qui dura près de cinq ans et qui fut à la base de toutes les recherches qu’il a effectuées par la suite.

Le livre fait aussi mention de parutions moins connues de Darwin, et pas toutes dans le domaine des sciences de la vie. Il a par exemple publié trois textes portant sur la géologie dans les années 1840 Les récifs de corail, Observations géologiques sur les îles volcaniques et Observations en Amérique du Sud, auxquels s’ajoutent d’autres publications plus directement liées à son domaine de prédilection, tels Zoologie du Voyage du H.M.S. Beagle et Le voyage d’un naturaliste. Il parle surtout dans ce dernier des observations qu’il a faites aux îles Galapagos et des conclusions qu’ils en a tirées, notamment sur la grande variété de pinsons qu’il a rapportés et faits examiner à son retour par John Gould, un ornithologue réputé de cette époque. Ces observations et conclusions l’ont amené graduellement à élaborer sa théorie sur l’origine des espèces et sur la sélection naturelle.

La théorie

Le processus de développement de la théorie de l’évolution fut pour Darwin bien graduelle. On pourrait même dire qu’elle a évolué… Il a d’ailleurs laissé de nombreux carnets de notes dans lesquels il fait part de ses conclusions, doutes et finalement certitudes. Il craint aussi énormément la réaction de ses collègues et surtout des autorités religieuses, d’autant plus qu’il est lui-même devenu agnostique après la mort de sa fille aînée. Ainsi, même s’il fréquente des sociétés scientifiques, il parle peu de ses idées. En effet, tous les scientifiques qui ont parlé d’une façon ou d’une autre, erronément, d’ailleurs, dans la plupart des cas, de transformation des espèces ont subi des attaques (intellectuelles et religieuses) violentes.

Il aurait bien pu garder sa théorie pour lui bien plus longtemps qu’il ne l’a fait. D’ailleurs, il avait même prévu qu’il était possible qu’il ne publie jamais sa théorie de son vivant. Il avait en effet demandé à sa femme de publier la dernière version de ses travaux sur l’origine des espèces s’il venait à mourir avant de la publier lui-même. Il a de fait travaillé à plusieurs versions de ce livre avant de le publier, présentant certains chapitres de son livre à quelques amis bien choisis qui avaient donné l’assurance de ne jamais en parler à d’autres.

Puis, en 1855, un de ses amis, Charles Lyell, lui montre un article de Alfred Russel Wallace, un naturaliste avec qui Darwin correspond régulièrement, portant justement sur l’évolution des espèces. Cet article n’apporte aucune précision sur le mécanisme de l’évolution des espèces, mais sa thèse est très semblable à celle de Darwin. Les deux poursuivent leur correspondance – Darwin lui avoue travailler sur ce concept depuis plus de 20 ans et l’encourage à poursuivre dans ce sens – mais cet article et sa correspondance le convainquent qu’il est temps de terminer son livre et de le publier. Notons que jamais Wallace n’a remis en question la paternité de la théorie de l’évolution, la concédant à Darwin sans autre prétention.

Darwin publie donc De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle le 22 novembre 1859.

– Darwin et l’évolution

«Darwin (…) n’utilisa jamais le terme d’évolution dans la première édition De L’origine des espèces, lui préférant l’expression «descendance avec modifications»

Ça je l’ignorais! Darwin avait plusieurs raisons d’éviter de parler d’évolution. Il tenait d’une part à se différencier de Lamark, qui prétendait que l’évolution menait à parfaire les espèces et que les caractéristiques acquises pouvaient se transmettre (sélection volontaire plutôt que naturelle). L’expression que Darwin a plutôt utilisée («descendance avec modifications») est beaucoup plus neutre : les descendants se modifient, mais pas nécessairement pour le mieux, il ne font que s’adapter, les mieux adaptés ayant de meilleures probabilités de survivre et de se reproduire. De ce côté, il a un peu raté son coup, car bien nombreux sont quand même ceux qui ont parlé de sa théorie comme un processus vers l’amélioration des espèces.

D’autre part, il voulait absolument éviter de parler de l’être humain. Une autre chose que je ne savais pas, il ne traite absolument pas de l’homme dans son livre! De ce côté aussi, il a raté son coup, car les commentateurs de son livre n’ont pas hésité, eux, à faire le lien avec l’homme!

– la sélection naturelle et la survie du plus apte

Face aux interprétations fautives de l’expression «sélection naturelle» (plusieurs comprenaient par cette expression que, pour qu’il y ait sélection, il fallait une intervention extérieure, ce que rejetait bien sûr Darwin) Darwin a fini par adopter une expression utilisée par Herbert Spencer, soit «la survie du plus apte». Tout comme Barbara Continenza, je pense que ce «choix fut malheureux à plus d’un point de vue». D’une part, diminuer le concept de sélection naturelle à la survie du plus apte, observation qui semble tautologique, dilue sa portée, notamment sur le rôle des changements environnementaux dans ce processus. D’autre part, on peut regretter que Darwin ait emprunté cette expression au promoteur du darwinisme social qui en profita pour mettre un vernis scientifique sur ses thèses eugéniques (qui prônaient entre autres d’éliminer l’aide aux défavorisés car elle va à l’encontre du processus naturel d’élimination des moins aptes …), thèses que Darwin combattait pourtant de son vivant.

– la sélection sexuelle et l’erreur de Darwin…

Face à ces réactions et interprétations, Darwin ajouta un chapitre à son livre pour corriger les malentendus relatifs à l’expression «sélection naturelle» en précisant que ce n’est pas la sélection naturelle qui amène la variation des espèces, mais qu’elle ne fait que permettre «la conservation [ou la disparition] des variations accidentellement produites quand elles sont avantageuses à l’individu dans les conditions d’existence où il se trouve placé». Pour montrer que ces variations ne viennent pas de la volonté des individus (comme le prétendaient Lamark et ses partisans), Darwin expose que la sélection naturelle s’observe aussi du côté de la flore. Difficile ici de prétendre que ces variations viennent de la volonté des plantes!

Avec le même objectif de répondre aux mauvaises interprétations de sa théorie, mais aussi pour combattre l’anthropocentrisme et montrer que l’homme est un animal comme un autre, Darwin publia en 1971 La descendance de l’homme et la sélection sexuelle, dans lequel il aborda finalement la question de l’homme et précisa encore plus le processus de sélection naturelle en introduisant le concept de «sélection sexuelle». Il montre que cette sélection ne se fait pas entre les espèces, ni en raison des conditions ambiantes, mais entre les individus d’un sexe (en général le mâle) pour pouvoir «s’assurer la possession de l’autre sexe» (c’est la façon de Darwin d’expliquer ce phénomène, pas la mienne!). Comme le dit Darwin, cette sélection ne se termine pas avec la mort du perdant, mais simplement «par l’absence ou par une petite quantité de descendants». Il explique que la sélection sexuelle peut même nuire à la survie d’une espèce. Par exemple, la préférence des femelles paons pour les mâles à queues grosses et colorées qui les font voir de loin par les prédateurs et les empêchent de s’enfuir rapidement et de s’envoler le montre éloquemment.

Face à certaines interprétations, Darwin dut élaborer sa théorie davantage. S’il s’est bien défendu dans la défense de l’aspect aléatoire (ou inconnu, mais ne provenant certainement pas de la volonté des individus ou des espèces) de l’apparition de variations chez les espèces, il a poussé un peu loin en tentant d’expliquer quelque chose qui n’existe pas et qui s’est depuis révélé faux, soit la reproduction des caractères acquis. Notons qu’il précisait bien qu’il ne s’agissait que d’une hypothèse provisoire non démontrée, mais il a élaboré une théorie basée sur l’existence de gemmules qui modifieraient les cellules de reproduction, la «pangenèse»…

Le livre se termine par la présentation des dernières publications de Darwin (qui ne cessa jamais de poursuivre ses recherches) et par un aperçu des développements ultérieurs de la théorie de l’évolution qui ne firent que la confirmer et la compléter grâce aux découvertes plus récentes en biologie moléculaire, notamment grâce à l’analyse de l’ADN et du génome de l’homme et des animaux.

Et alors…

Je pensais bien connaître la vie de Darwin ainsi que sa théorie de l’évolution, mais, il n’empêche que j’ai appris bien des choses, et pas seulement des détails, à la lecture de ce livre. Même s’il date de 2009, je l’ai dévoré d’un bout à l’autre. Et, d’apprendre que Darwin a pu faire des erreurs ne me le rend que plus intéressant et digne de l’admiration que, on s’en doute, je lui porte depuis longtemps…

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4 commentaires leave one →
  1. 7 novembre 2013 8 h 45 min

    Article super intéressant sur l’évolution dans le Devoir de ce matin :

    Des chercheurs découvrent des liens de parenté génétique inusités
    http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/391964/des-chercheurs-decouvrent-des-liens-de-parente-genetique-inusites

    « parfois l’évolution va vers des simplifications plutôt que vers des complexifications ». Lorsqu’on est face à un animal très simple, comme un petit ver, on imagine qu’il s’agit d’une espèce ancestrale car les premiers animaux étaient très simples, rappelle le chercheur. « Or, il y a cinq ans, on a eu la surprise de trouver qu’un petit ver d’une simplicité colossale était proche parent d’organismes complexes, comme les vertébrés et les échinodermes (oursins, étoiles de mer). On a trouvé dans le génome de ce petit ver des caractères très évolués, comme des gènes de développement qu’il a hérités d’ancêtres plus complexes que lui. Cet animal, dénommé xénoturbella, avait été découvert en 1920, à 300 mètres de profondeur, près de la Norvège. De par sa position phylogénétique, il a acquis tout à coup un statut intéressant alors que c’est une petite cochonnerie », raconte le biologiste tout en rappelant que « cette idée de progrès croissant au cours de l’évolution qui nous vient du siècle des Lumières s’effondre avec l’exemple de xénoturbella, qui s’est simplifié en perdant plein de caractères anatomiques, comme le système nerveux et le tube digestif, au cours de l’évolution ».

    Exactement ce que disait Darwin : «les descendants se modifient, mais pas nécessairement pour le mieux, il ne font que s’adapter, les mieux adaptés ayant de meilleures probabilités de survivre et de se reproduire.». Trop fort!

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  2. youlle permalink
    7 novembre 2013 14 h 01 min

    Le hasard de la génétique fait les choses à notre avantage ou à notre détriment.

    Darwin a su lire les secrets de la nature dans ce qu’elle exposait au grand jour.

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  3. 7 novembre 2013 14 h 54 min

    «Le hasard de la génétique fait les choses à notre avantage ou à notre détriment.»

    S’ajoute à ce hasard la viabilité (adaptation) du changement, qu’il soit à notre avantage ou à notre détriment…

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  4. youlle permalink
    7 novembre 2013 17 h 51 min

    « S’ajoute à ce hasard la viabilité (adaptation) du changement, qu’il soit à notre avantage ou à notre détriment… »

    C’est dame nature qui à la fin.

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