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Évolution des inscriptions par secteur d’enseignement

22 octobre 2013

inscriptionsDans le billet que j’ai écrit il y a quelques mois sur la malédiction financière, j’ai mentionné que «la proportion de diplômés universitaires en administration et finance a augmenté partout dans le monde». Pour tenter de montrer l’ampleur de cette tendance au Québec, j’ai dû me retrancher sur les données de l’enquête Relance du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (bon, le nom du ministère responsable vient de changer, mais on se comprend…) qui ne portent que sur les diplômés et me contenter d’une période allant de 1999 à 2011.

J’ai trouvé avec grande joie des données remontant à 1966-1967 à la page 78 du rapport du chantier sur une loi-cadre des universités (tableau 8). Malheureusement, ces données semblent avoir certaines lacunes. En effet, même si les données pour l’année 1966-1967 n’en comprennent aucune en droit (je ne peux pas croire qu’il n’y avait pas d’avocats à l’époque!) et de très basses en arts et en éducation, le total des données par secteur d’enseignement correspond bien au total indiqué. En plus, les données changent d’un tableau à l’autre pour les mêmes années, surtout pour 1966-1967. J’en conclus donc que les totaux de ce tableau sont en fait la somme des données trouvées par discipline et non pas le véritable total des inscriptions. Je n’utiliserai donc ce tableau que pour montrer l’évolution des inscriptions en pourcentage des disciplines les plus représentatives. Ce ne sera pas parfait, mais on pourra bien voir les tendances.

– Augmentation des inscriptions

inscriptions1Le graphique ci-contre montre l’évolution des inscriptions universitaires à temps partiel et à temps plein. Compte tenu des lacunes mentionnées, j’ai utilisé les données du tableau 7 de la page 77, en additionnant les données des universités de langues française et anglaise des trois cycles. On peut voir que si les inscriptions à temps plein ont connu une croissance assez linéaire au cours des 46 années couvertes, la croissance fut bien plus forte pour les inscriptions à temps partiel jusqu’en 1992-1993. Elle fut tellement forte que, même si leur nombre a même diminué depuis, leur taux de croissance (de plus de 550 %) fut au bout du compte plus élevé que celui des inscriptions à temps plein (480 %) entre 1966-1967 et 2012-2013.

Données par secteur d’enseignement

– Inscriptions à temps plein

Le graphique qui suit montre l’évolution du pourcentage des inscriptions dans les secteurs d’enseignement qui ont connu le plus de changement et qui comptent les proportions les plus fortes d’inscriptions.

inscriptions2

Dans les sciences de la santé, même si le pourcentage a baissé entre 1966-1967 et 1992-1993, le nombre d’inscriptions a tout de même triplé entre ces deux années. On peut penser que cette proportion a augmenté par la suite en raison des mises à la retraite de 1997 et 1998 qui ont créé d’importantes pénuries dans plusieurs professions du secteur ainsi qu’en raison de la hausse de la demande dans le domaine de la santé.

Dans les sciences pures, la proportion a diminué fortement. Les facteurs expliquant cette baisse peuvent être nombreux. D’une part, ce secteur fut certainement victime de la concurrence d’autres disciplines en croissance, comme l’informatique, le génie et peut-être aussi l’administration. D’autre part, il ne serait pas étonnant que l’obligation établie dans les année 1970 d’être titulaire d’un diplôme dans le domaine des sciences de l’éducation pour enseigner les sciences pures au secondaire ait pu aussi jouer un rôle. Finalement, la forte proportion de 1966-1967 est sûrement due en bonne partie au fait que ces données étant incomplètes (comme mentionné auparavant), la proportion dans les secteurs pour lesquels on trouve des données se trouve automatiquement surestimée.

Si la proportion des inscriptions s’est maintenue en sciences appliquées, il pourrait être étonnant de constater qu’elle n’ait pas augmenté, compte tenu de la forte demande en génie et surtout de la croissance du secteur de l’informatique depuis les années 1960. À cet effet, on note de fait depuis quelques années de plus grandes difficultés à attirer des étudiants dans ce domaine. Cela dit, compte tenu de la plus grande diversité de l’offre d’enseignement, il n’est pas mauvais que ce secteur ait pu conserver la même proportion.

On pourrait être surpris de la hausse de la proportion des inscriptions en sciences humaines. Ce serait sous-estimer l’attrait de ce secteur et surtout la forte croissance du secteur des services sociaux au Québec.

La proportion d’inscriptions dans le secteur de l’éducation a connu une forte croissance entre 1966-1967 et 1972-1973, probablement en raison de l’obligation d’être titulaire d’un diplôme dans ce domaine pour enseigner au secondaire, comme mentionné auparavant. La faible natalité par la suite pourrait expliquer la baisse qui a suivi. En fait, il ne s’agit pas d’un baisse en nombre, car celui-ci a continué à augmenter légèrement, mais d’une baisse uniquement en pourcentage.

Sans surprise (c’est ce que je cherchais!), le secteur de l’administration est celui qui a connu la plus forte augmentation de son pourcentage des inscriptions, celui-ci étant passé de 11 % des inscriptions en 1966-1967 (taux sûrement surévalué, comme mentionné auparavant) et en 1972-1973 à autour de 16 % au cours des trois dernières années pour lesquelles des données sont disponibles, années s’étendant sur 20 ans. En fait, le nombre d’inscriptions n’a pas cessé d’augmenter, passant par exemple d’un peu plus de 6000 en 1972-1973 à 33 000 en 2012-2013. Cela est sûrement un reflet de l’importance (abusive et en bonne partie nocive, comme mentionné dans ce billet) qu’on accorde de nos jours au secteur financier et à la gestion en général, mais aussi des enjeux de plus en plus stratégiques de la gestion des ressources humaines, bien réels, ceux-là, dans le contexte de la croissance des exigences du marché du travail et du vieillissement de la population.

Finalement, la proportion des inscriptions en lettres a chuté, leur nombre étant même moins élevé en 2012-2013 qu’en 1972-1973. Là aussi, l’obligation d’être titulaire d’un diplôme dans ce domaine pour enseigner au secondaire a sûrement joué un rôle, mais il y a sûrement d’autres facteurs qui ont joué, dont la mauvaise situation sur le marché du travail des diplômés (sauf en traduction, voir la page numérotée 16 de ce document) et aussi , comme mentionné auparavant, le fait que les données de 1966-1967 sont incomplètes, faisant en sorte que les pourcentages des secteurs pour lesquels il y a des données sont surévalués.

– Inscriptions à temps partiel

Les facteurs explicatifs étant semblables à ceux déjà mentionnés, je ne commenterai ici que les éléments les plus pertinents.

inscriptions3

Je ne peux expliquer la proportion gigantesque d’inscriptions en éducation en 1972-1973 que, encore une fois, par l’obligation d’être titulaire d’un diplôme dans ce domaine pour enseigner au secondaire (au primaire aussi!). Il devait y avoir, quand cette obligation a été imposée, une forte proportion d’enseignants qui n’étaient pas titulaires d’un diplôme dans ce domaine. Si je me souviens bien, on a exigé à ces enseignants de suivre des cours en éducation pour conserver leur poste, évidemment à temps partiel, car ils continuaient à exercer leur profession.. Les personnes qui en savent plus sont bien sûr invités à me contredire (ou à confirmer ce souvenir…). Il est certain que cette forte proportion a fait diminuer celle qu’on peut voir dans les autres secteurs pour cette année seulement.

Ce n’est d’ailleurs qu’au cours de cette année que la proportion d’inscriptions en administration a diminué (même si leur nombre a en fait doublé par rapport à 1966-1967…). En fait, le nombre d’inscriptions en administration à temps partiel a tellement augmenté qu’il y en plus qu’à temps plein depuis au moins 1992-1993. Cela n’est pas surprenant, compte tenu des exigences des employeurs et du grand nombre de cours sur mesure offerts dans ce domaine.

Le rapport consacre d’ailleurs quelques pages (48 à 50) à critiquer la trop forte proportion, selon les auteurs, d’étudiants à temps partiel, de programmes qui ne mènent pas à au moins un baccalauréat et de cours multidisciplinaires. Personnellement, je n’ai pas assez d’information pour me prononcer, mais je ne crois pas que cela soit automatiquement bon ou mauvais, ni que, comme le prétendent les auteurs, cela se fasse au détriment des baccalauréats ou des secteurs plus traditionnels. Qui sait si les personnes qui fréquentent ces cours et programmes bénéficieraient d’une formation universitaire si ces cours disparaissaient? Cela dit, la formation à temps partiel peut aussi être un voie à la formation sur mesure conçue uniquement pour satisfaire les besoins des entreprises. Les auteurs recommandent par ailleurs que ces programmes bénéficient d’une évaluation préalable avant d’être créés. Tout dépendant du contenu de cette évaluation, qui risque, si elle correspond à la tendance actuelle, d’être fortement axée sur les besoins des employeurs, cela pourrait être pertinent. Ou pas…

Et alors…

Alors, je suis content d’avoir mis la main sur ces données, mais, compte tenu de la trop grande agrégation des données (des formations en ressources humaines ou en comptabilité ont peu à voir avec des formations en administration des affaires ou en «opérations bancaires et finance»), je reste sur ma faim. L’imprécision des données du début de la période et le peu d’années pour lesquelles on a fourni des données (cinq ans sur 45!) jette aussi un doute sur la représentativité de l’exercice. Cela dit, c’est mieux que ce que j’avais avant et cela m’a permis de voir que, au Québec comme ailleurs, on attire plein de personnes dans le secteur financier qui pourrait contribuer drôlement plus au bien-être et à l’avancement de la société si elles étudiaient dans d’autres domaines…

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6 commentaires leave one →
  1. Gilbert Boileau permalink
    22 octobre 2013 9 h 20 min

    Merci de ta patience. Cela nous permet d’avoir un tableau assez clair des inscriptions universitaires. Mais la baisse observée dans le domaine des sciences pures m’attriste beaucoup.

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  2. 22 octobre 2013 9 h 40 min

    Moi aussi, mais elle ne m’étonne pas…

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  3. 22 octobre 2013 16 h 38 min

    Je suis très heureux de cette baisse en sciences. (en espérant que ça ne soit pas à cause de problèmes financiers)

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  4. 22 octobre 2013 20 h 51 min

    Ma petite théorie sur la baisse en Lettre (et dans une certaine mesure en science pure) est qu’à l’époque où pratiquement seul les plus nantis avaient accès à l’université, certains pouvaient se payaient le luxe de se diriger en Lettre, qui avait le mérite d’avoir un certain prestige, le revenu moindre et plus risqué n’étant pas un problème, donc pas une attente.

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  5. 22 octobre 2013 21 h 23 min

    Ça peut être un facteur qui s’ajoute à ceux que j’ai mentionnés, en effet!

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