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La stratégie d’électrification des transports

6 novembre 2013

électrificationIl y a quelques mois, j’ai écrit un billet dans lequel je disais douter de l’intention réelle du gouvernement de mettre en œuvre un plan d’électrification vraiment significatif. Je me basais entre autres (et principalement) sur la faiblesse des sommes prévues au Plan québécois des infrastructures (PQI) 2013-2023 pour le transport en commun.

Lors de l’annonce d’une Stratégie d’électrification des transports 2013-2017 de 516 millions $ (sur trois ans) la semaine dernière, je me suis mis à douter de mon analyse. Après tout, rien n’empêchait le gouvernement d’annoncer des ajouts à son plan des infrastructures. L’appui presque sans nuance de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), qui parle d’une stratégie «audacieuse et responsable» m’a aussi ébranlé. Il y avait tout de même certains bémols, dont ceux de l’Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec qui aurait aimé que cette stratégie fasse partie d’une «politique québécoise de mobilité durable», mais rien de bien méchant. Dans un tel contexte, le mieux est de cesser de se fier aux organismes ayant des objectifs qu’on peut ignorer et de regarder la stratégie comme telle et de se faire une idée par soi-même.

La stratégie

Cette stratégie (et son résumé) est divisée en quatre initiatives, elles-mêmes composées de diverses mesures, que je vais ici analyser.

– Faire rapidement une plus grande place aux transports électriques (244,3 millions $)

La première mesure de cette initiative est un rabais de 8 000 $ à l’achat d’un véhicule électrique. On y prévoit que cela permettra l’achat de 12 500 véhicules en trois ans (dont plus de 500 taxis et 2000 véhicules gouvernementaux). Cette mesure est évaluée par la stratégie à 73 millions $, tenant probablement compte du fait qu’il s’agit d’une prolongation d’un programme existant, «Roulez électrique». Mais, quel serait l’impact de cette mesure?

Pour l’estimer, on peut regarder l’évolution du parc automobile au Québec. Si on regarde la première colonne de la page numérotée 4 (la sixième) des Données et statistiques de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) et qu’on fait quelques calculs, on constatera que le parc automobile de voitures de promenade du Québec a augmenté de près de 80 000 véhicules par année entre 2004 et 2012, et de plus de 75 000 par année au cours des trois dernières années. On peut donc s’attendre que ce parc augmente d’au moins 225 000 véhicules de promenade au cours de la durée de cette stratégie. Cette mesure ne toucherait donc, si elle fonctionnait à plein (ce qui est douteux), que 5,6 % de l’augmentation du nombre de véhicules. Bref, le nombre de véhicules non électriques augmentera de 210 000 plutôt que de de 225 000… Wow! Sur l’ensemble du parc automobile (4,43 millions en 2012, donc 4,66 millions dans trois ans), cette mesure aura touché 0,27 % du parc automobile (la première ministre dit que cela fera sextupler le nombre de ces véhicules; il n’y en aurait donc que 2 500 actuellement malgré l’existence d’un programme identique actuellement…).  Et, notons que ces véhicules produisent eux aussi des gaz à effet de serre lors de leur fabrication et contribuent également à la destruction des ressources. Bref, on est loin de pouvoir se libérer du pétrole et d’appliquer une véritable politique de développement durable avec une mesure comme celle-là.

L’autre mesure significative de cette initiative prévoit consacrer 115 millions $ «pour favoriser davantage l’utilisation des transports électriques». De quoi s’agit-il? On ne le sait pas. Même pas si cela touche le moindrement les transports collectifs. Dans son allocution de présentation, la première ministre a «précisé» que «Ces sommes pourront notamment permettre de nous arrimer à d’autres initiatives en voie d’élaboration, comme la politique québécoise de mobilité durable et la politique d’indépendance énergétique». Même le document complet de 113 pages n’en dit pas plus… Bon, on fera comme la CAQ, on verra!

Cette initiative prévoit aussi 26 millions $ «pour soutenir des efforts déployés dans les transports lourds» à l’aide de programmes incitatifs à l’économie d’énergie. Là-dessus, j’ai peu à dire… sinon que toute amélioration dans ce domaine très énergivore est souhaitable. On procédera par ailleurs à «une étude préliminaire, suivie d’une étude de préfaisabilité» de 200 000 $ d’un projet de monorail à grande vitesse. La somme est faible, mais cela pourrait déboucher sur un projet de transport collectif vraiment important et significatif.

Je termine avec une série de mesures qui touchent au sublime! Dans cette initiative qui parle d’agir rapidement, on annonce à nouveau le prolongement de la ligne bleue du métro, alors qu’on n’y prévoit aucune somme et qu’on l’a déjà annoncée en ne citant aucune date de construction, mais en mentionnant vaguement une éventuelle entrée en fonction vers 2020, année où le gouvernement vise d’avoir réduit de 25 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport au niveau de 1990, alors que cette baisse n’atteignait que 1,6 % en 2010. Et on annonce aussi à nouveau le système léger sur rail pour le futur pont Champlain, qui verra le jour… un jour! Passons…

– Tirer parti du savoir-faire électrique du Québec

Cette initiative prévoit consacrer 35 millions$ pour la création d’un Institut du transport électrique et 9 millions $ pour «mobiliser les acteurs de la filière électrique pour développer les solutions du transport de demain», soit pour «l’intégration des chercheurs québécois aux réseaux mondiaux». Je n’ai rien contre cette initiative, mais on ne peut pas s’attendre à des impacts à court ou moyen termes.

– Bâtir l’avenir autour d’une filière industrielle forte et performante

Près de 43 % des sommes prévues à cette stratégie, soit 222 millions $, «seront consacrés aux initiatives visant à bâtir une filière industrielle performante». Comme si nos entreprises privées manquaient de subventions, on leur donne plus de 40 % des sommes prévues à cette stratégie (sans compter les sommes qui leur reviendront dans les autres initiatives de la stratégie…). La première ministre précisait lors de son allocution qu’elle voulait «Faire en sorte que les nouvelles découvertes soient commercialisées et permettent de créer des emplois, c’est un aspect majeur de la Politique économique Priorité emploi». Il s’agit donc, de son propre aveu, d’une initiative de soutien industriel et de création d’emplois. Ce n’est encore là pas négatif, mais cette initiative est encore bien imprécise et risque d’avoir peu ou pas d’impact sur l’atteinte des objectifs de réduction des GES. D’ailleurs, le logo de la stratégie, que j’ai choisi pour illustrer ce billet, ne trompe pas, montrant que sa priorité est l’emploi, pas l’environnement…

– Faire de l’état Québécois un modèle à suivre

Cette initiative dotée d’une enveloppe de seulement 6 millions $ sur trois ans prévoit «mettre en place le secrétariat à l’électrification des transports» et «engager une campagne de promotion et sensibilisation», surtout pour «souligner les avantages des véhicules électriques».

Et alors…

J’aimerais préciser que, malgré mes critiques, la seule présence d’une stratégie d’électrification des transports est une bonne nouvelle. Mais, cela ne doit pas nous empêcher de regarder le contenu de la stratégie spécifique présentée la semaine dernière. Et là, ça se gâte…

Comme on a pu le voir, je pouvais bien me demander comment ce projet serait réalisé avec le peu de sommes prévues au transport en commun dans le Plan québécois des infrastructures, premièrement parce que la Stratégie d’électrification des transports ne comporte à peu près pas de dépenses pour les infrastructures (si ce n’est l’installation de bornes électriques dont je n’ai même pas parlé dans ce billet), ni pour le transport en commun! En effet, si on oublie que près de la moitié des sommes prévues iraient aux entreprises privées et entre 20 % et 25 % à des initiatives non précisées, l’essentiel de cette stratégie va vers l’électrification de véhicules individuels. Bref, rien n’est prévu pour favoriser un changement de mode de vie pourtant essentiel à la réduction de la consommation d’énergies fossiles et de l’utilisation de ressources de plus en plus rares sur cette Terre.

Ce que je ne comprends pas, c’est que certains groupes de défense de l’environnement aient pu être emballés par cette stratégie…

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6 commentaires leave one →
  1. 6 novembre 2013 7 h 59 min

    Ce texte confirme ce que je pensais déjà: une bien belle annonce pour une bien bonne nouvelle, mais concrètement, le projet est plutôt nébuleux et manque d’éléments solides, comme si la forme passe encore une fois avant le fond.

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  2. 6 novembre 2013 8 h 13 min

    Je ne croyais pas, quand j’ai commencé ce billet, être aussi négatif. Mais, plus je regardais le document complet, plus j’étais renversé du peu de choses positives pour l’environnement qu’on y trouve. Il s’agit vraiment plus d’une stratégie industrielle qu’autre chose.

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  3. youlle permalink
    6 novembre 2013 18 h 37 min

    J’ai un petit moment pour jurer que les constructeur de voitures ne veulent rien savoir de la voiture électrique.

    Ce serait comme signer leur arrêt de mort.

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