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L’assurance-emploi personnelle

30 novembre 2013

contribuablesPour ce troisième billet de la semaine, de quoi pourrais-je bien parler… Tiens, j’ai une idée, pourquoi ne pas parler du programme d’assurance-emploi? Original, non?

Sérieusement, j’ai lu tellement de textes dernièrement sur ce sujet que cela mérite un autre regard. Et non, ce billet ne parlera pas des 30 recommandations de la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi (CNEAE), même si j’emprunterai un élément de son rapport. Cela ne me tente pas non plus de parler de la dernière étude de l’Institut Fraser sur le sujet, car j’ai trouvé pire! Oui, on peut être encore plus décroché de la réalité que l’Institut Fraser!

L’étude de la FCC

Je n’ai pas entendu parler souvent de la Fédération canadienne des contribuables (FCC) et je sais maintenant pourquoi! Elle a diffusé la semaine dernière une «étude» dans laquelle elle fait un peu comme l’Institut Fraser, c’est-à-dire reprocher à l’assurance-emploi d’avoir un rôle redistributeur, d’être comme un deuxième programme de péréquation. Pour des organismes de l’Ouest (le siège social de la FCC est à Régina), il n’y a pas pire insulte que de reprocher à un programme de ressembler à la péréquation, donc d’avantager les provinces les plus pauvres… Pour eux, c’est mal, pire, c’est du vol!

Et, on sera surpris, mais cette étude montre que les provinces qui reçoivent plus de prestations d’assurance-emploi qu’elles ne paient de cotisations sont celles où les taux de chômage sont les plus élevés. Toute une découverte et tout un scandale! D’ailleurs, le titre de cette étude est révélateur, Unmasking Unemployment Insurance (Démasquer l’assurance-emploi), comme si c’était un secret que les provinces où il y a le plus de chômeurs sont les plus avantagées par un programme qui s’adresse aux chômeurs! Et, les gens qui prennent le plus de médicaments sont les plus avantagés par les programmes d’assurance-médicament, tout comme ce sont les gens qui ont le plus d’accidents d’auto, qui prennent le plus de médicaments, qui sont les plus malades, qui… OK, on a compris! Mais pas la FCC!

Mais, en fait, cette étude a même raté sa démonstration!

Par exemple, on peut voir à la page numérotée 8 un graphique renversant : on y dit que, en moyenne mensuelle, 140 % des chômeurs terre-neuviens touchent des prestations d’assurance-emploi! Rien de moins! En fait, les auteurs veulent parler du ratio entre le nombre de prestataires et le nombre de chômeurs (ou ratio P/C) dont j’ai parlé dans mon dernier billet. Même à l’époque de l’âge d’or de l’assurance-chômage dans les années 1970 et 1980, jamais ce ratio n’a atteint un taux de 1,4 dans une province. On peut d’ailleurs voir dans un document plus sérieux, soit à la page numérotée 20 du rapport de la CNEAE, que ce ratio est de fait le plus élevé à Terre-Neuve, mais qu’il gravite autour de 1,0, pas de 1,4! De même, le graphique de la FCC montre que ce ratio aurait été de 0,6 au Canada en 2012, alors qu’il était plutôt de 0,41.

En fait, les auteurs ont inclus les personnes qui reçoivent des prestations spéciales (de maladie, de maternité, parentales et de compassion), prestations qui n’ont rien à voir avec le chômage, pour arriver à ces taux gonflés (ça m’a pris une semaine pour trouver où ils avaient pu prendre ces chiffres…).

La FCC a la solution!

Mais, où la FCC se distingue le plus nettement, prenant même ses distances avec l’Institut Fraser, c’est dans ses recommandations. Elle ne cherche pas à corriger les lacunes qu’elles définit (et qui sont discutables), mais vise carrément à abolir le programme actuel pour le remplacer par un régime individuel. Oui, une assurance individuelle qui consisterait à déposer dans un compte en fiducie ses cotisations et la part de l’employeur pour s’en servir en cas de chômage. Si on subit le chômage avant d’avoir accumulé suffisamment d’argent? On pourra emprunter sur ce compte jusqu’à une certaine somme et la rembourser avec les cotisations des prochaines années! Faire augmenter l’endettement des plus pauvres, il fallait y penser! Bien sûr, les travailleurs saisonniers ne pourrait pas emprunter la deuxième année de chômage, mais, ce n’est pas grave, car leur salaire augmenterait automatiquement grâce à la main invisible! Et ceux qui ne sont jamais en chômage? Les sommes accumulées seraient transférés dans un compte de retraite! Les auteurs prétendent que cela serait une solution aux sommes insuffisantes que les travailleurs épargnent pour leur retraite. Le fait que ce soit ceux qui ont le plus de chances de déjà avoir un bon régime de pension (les travailleurs qui travaillent à temps plein et à l’année dans des emplois permanents) qui en bénéficieraient et pas ceux qui ont le moins de chances d’en avoir (les travailleurs précaires) ne semble pas avoir effleuré l’esprit de nos génies… à moins qu’ils se foutent carrément des gens qui n’ont pas leur chance!

Toute assurance repose sur le principe de la mutualisation des risques. Dans le cas des régimes collectifs, c’est évident. Si tu n’as pas de maladie de longue durée ou d’accident, tant mieux, mais tu ne toucheras pas de prestations d’invalidité. C’est la même chose avec les régimes publics d’assurance-maladie et d’assurance-médicaments, d’assurance-automobile ou de santé et sécurité au travail. Mais même les assurances individuelles sont basées sur la mutualisation des risques. Seuls ceux dont la maison a brûlé recevront des remboursements de leur assurance-incendie (sûrement des chanceux pour la FCC…). Ceux dont leur maison n’aura pas brûlé ne recevront rien! Quelle injustice! La seule différence entre une assurance individuelle et une assurance collective, c’est qu’on évalue les risques individuels. Ainsi, les gens qui habitent une maison jugée plus à risque de brûler paieront des primes plus élevées. Mais, le principe de mutualisation des risques s’applique aussi à ces assurances. C’est la base du concept des assurances! C’est tellement évident, que je me pince encore pour savoir si cette «étude» n’a pas été écrite par les membres du Navet ou de l’Axe du mad

Et alors…

Dans un billet que j’ai écrit sur l’aide sociale, je montrais que la proportion de personnes âgées de moins de 65 ans qui reçoivent des prestations d’aide sociale a baissé de 45 % entre 1996 et 2012. Mais, pour trop de personnes, dont l’actuel gouvernement, ils coûtent encore trop cher.

Dans le cas de l’assurance-chômage-emploi, la baisse du coût de cette mesure sociale fut encore plus forte. Le graphique qui suit est tiré de la page numérotée 11 de la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi (CNEAE).

contribuables1

Il est bâti en supposant que le taux de chômage est identique à chaque année (7,1 %, comme actuellement) et tient compte de l’inflation. Cela veut dire que les sommes indiquées correspondent au coût des prestations ordinaires d’assurance-emploi en fonction des critères de chaque année. Le résultat montre que, si les critères de 1972 s’étaient appliqués en 2012, le coût des prestations aurait été de 26 milliards $ plutôt que de 11 milliards $. La baisse fut donc de près de 60 %! Mais pour les individualistes extrémistes et dissociés de la FCC, il faudrait éliminer le 40 % qui reste!

Ce groupuscule devrait changer de nom et s’appeler la Fédération des égoïstes qui ne veulent contribuer à rien…

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12 commentaires leave one →
  1. Yves permalink
    30 novembre 2013 8 h 17 min

    Tu parles d’une bande de fous! Et ça ose s’appeler la Fédération canadienne des contribuables, comme s’il était là pour nous défendre.

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  2. 30 novembre 2013 9 h 14 min

    Elle défend ceux qui veulent détruire les programmes sociaux!

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  3. Gilbert Boileau permalink
    30 novembre 2013 10 h 31 min

    Ce n’est pas la première tentative des bien-pensants de la droite de s’attaquer au régime de l’AE. Les multiples révisions gouvernementales au fil des ans en font foi. Mais, la caisse de l’AE est un trésor pour un gouvernement à la recherche de fonds sans y mettre un sou.mais en modifiant les règles, et ce, sans appel de la part des cotisants travailleurs/emplyeurs. Ce qui nous oblige à demeurer vigilants. Merci de nous le rappeler.

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  4. 30 novembre 2013 11 h 12 min

    «Les multiples révisions gouvernementales au fil des ans en font foi. »

    Qui ont abouti à une baisse de 60 % des avantages dans une situation similaire, comme je le mentionne dans le billet. Mais, pour certains, ce sera toujours trop.

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  5. 1 décembre 2013 3 h 17 min

    Ça s’appelle la Fédération canadiennes des contribuables et ça ne connait pas le sens du mots « contribuable » !!!! (Et sans doute aussi le sens du mot canadienne et pour ce qu est de fédération, n’en parlons pas!)

    Dans le fond, ils partent du principe que d’être pauvre ou d’avoir un coup dure, c’est une choix…. et les gens ne devrait pas avoir ce choix !!!

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  6. 2 décembre 2013 10 h 01 min

    @Darwin

    Le chômage saisonnier n’est pas un risque à être mutualisé par une assurance, c’est une certitude. Donc, dans le cas des chômeurs saisonniers, l’assurance-chômage n’est qu’une subvention à ce type d’emploi. Un supplément à leur salaire financé sur le dos de ceux qui font un travail non-saisonnier. Et cette subvention engendre des tas de distorsions sur le marché du travail et même sur les flux de migration géographiques.

    Ceci dit, vous pouvez être favorable à cette subvention (c’est un tout autre débat), mais cessons de parler d’assurance-chômage et parlons plutôt de subvention, la véritable nature de la chose. Ainsi, il faudra m’expliquer pourquoi une subvention à certaines régions et à certaines occupations spécifiques devrait être assumée par les travailleurs non-saisonniers?

    Quant au concept d’assurance-chômage individuelle, celle décrite ci-haut (version FCC) ne peut pas fonctionner. Ça ressemble davantage à un « rainy day fund » (ie un produit d’épargne) qu’à une assurance. On dirait que cet organisme ne comprend pas le principe de ce qu’est une assurance (tout comme les gens qui ont appliqué le concept au chômage saisonnier).

    Si vous achetez une assurance-vie de $100,000 et que vous mourrez 6 mois plus tard, l’assureur va vous verser les $100,000 même si vous n’avez pas payé suffisamment de primes pour que ce soit rentable et vous (ou plutôt votre succession) n’aurez pas besoin de vous endetter. C’est l’assureur qui assume le risque.

    Si ça marche pour les assurances-vie, invalidité, maladie grave, etc, je ne vois pas pourquoi ça ne pourrais pas marcher pour l’assurance-chômage et l’assurance-auto (dommages corporels).

    http://minarchiste.wordpress.com/2013/03/08/la-reforme-de-lassurance-emploi/

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  7. 2 décembre 2013 11 h 51 min

    On peut de fait discuter si le soutien aux travailleurs saisonniers doit passer par l’assurance-emploi ou par une autre mesure. Mais, je suis tout de même content que vous n’appuyiez pas la «solution» de la FCC (ce qui ne m’étonne nullement). On peut aussi trouver d’autres aspects de la Loi sur l’AE inadéquats (comme les règles différentes selon régions économiques). Mais, au moins, il faudrait que les solutions proposées aient un lien avec les problèmes relevés!

    Je ne pense pas non plus que des études comme celle de l’Institut Fraser, qui associe le fonctionnement de certains programmes fédéraux (les auteurs ont omis ceux qui ne cadreraient pas avec leur thèse et ont fait toute une gymnastique pour ne pas considérer les emplois fédéraux dans la région de la capitale national canadienne) à de la péréquation, fasse avancer le débat.

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  8. youlle permalink
    2 décembre 2013 14 h 45 min

    @ Minarchiste

    « Si vous achetez une assurance-vie de $100,000 et que vous mourrez 6 mois plus tard, l’assureur va vous verser les $100,000 même si vous n’avez pas payé suffisamment de primes pour que ce soit rentable… »

    « C’est l’assureur qui assume le risque. »

    OSTIE de libertariens de religion!

    ABSOLUMENT FAUX!

    Les libertariens, les dretteux et les Tea Party du Québec sont des rêveurs et constamment dans leur bulle et ils accusent les gens qui ne pensent pas comme eux d’être des rêveurs.

    La compagnie d’assurance doit faire au moins 10% de profits plus les frais de courtage pour satisfaire les actionnaires, sinon cette compagnie n’est pas viable. Ç’est comme toute compagnie.

    Ce sont les clients de l’assureur qui vont payer la note :

    S’il y a trop de « …vous mourrez 6 mois plus tard… » compagnie d’assurance investira une fortune pour ne pas payer la note. Finalement si la compagnie perd, c’est par une hausse de prime aux assurés que la compagnie d’assurance règlera la note.

    Bizarrement c’est pareil pour l’assurance santé au Canada et la SAAQ au Québec.

    Les assurances sont un partage commun des risques payés par les assurés exactement comme le gouwernemaman des chéri libertariens, mais avec un profit.

    Vous ne connaissez rien aux assurances.

    Je vous ai lu, je ne suis pas de bonne humeur cet après midi et je ne m’en excuse pas.

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  9. Oli permalink
    3 décembre 2013 2 h 42 min

    C’est l’assurance-emploi, et d’autres prestations semblables, principalement de l’État, qui ont rendu stable la situation de salarié et permi l’existence même d’une « classe moyenne » assez populeuse qui se débrouille pas pire avec le salariat. À ce sujet, il y a un livre extrêmement intéressant sur le sujet (si vous êtes prêts à vous taper un livre de 800 pages qui aborde la question du salariat à partir du Moyen-Âge) de Pierre Castel, qui s’appelle « Les métamorphoses de la question sociale », dont la prémisse de base est d’examiner la « nouvelle pauvreté » de l’ère néolibérale, mais qui aborde en fin de compte la question du salariat (et de sa stabilité ou précarité) à travers l’histoire.

    Les idées libertariennes en général me font rire par leur manque généralement assez total d’analyse sur l’État et le capitalisme. Le capitalisme agraire ne s’est imposé durablement qu’avec l’accord de l’État. Le capitalisme industriel et ses itérations plus récentes n’ont jamais existé sans un appui généralisé (pas absolu, mais généralisé et très considérable) de l’État. Les règles de propriété modernes et proprement capitalistes se sont historiquement légitimées par l’État! Et c’est aussi l’État, en grande partie, qui a rendu le capitalisme vivable pour une majorité de salariés, et relégué les scénarios les plus abjects du début du 20e siècle à une minorité qu’on peut facilement ignorer.

    Je n’aime pas l’État, mais penser qu’un capitalisme sans État, à moins de modifications très profondes, pourrait être stable, encore moins désirable pour une majorité de gens, me semble complètement stupide étant donné l’histoire. Le marché capitalisme s’est imposé par la force de l’État, et si l’État ne le fait pas, le marché dispose de plus en plus de sa propre force! (Là-dessus: http://pando.com/2013/11/30/erik-prince-blackwater-founder-free-market-condottiero/)

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  10. 3 décembre 2013 5 h 30 min

    Google prétend que le livre en question a plutôt été écrit par Robert Castel… Merci de la suggestion, je l’ai prise en note, car le sujet m’intéresse, mais ma liste est longue, très longue!

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  11. Oli permalink
    3 décembre 2013 18 h 03 min

    Google a bien raison, je sais pas comment j’ai fait pour me tromper, étant donné que je viens de le finir…

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  12. 3 décembre 2013 18 h 09 min

    🙂

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