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Hubert Reeves et l’avenir de l’humanité

16 décembre 2013

reevesLà où croît le péril… croît aussi ce qui sauve est le premier livre de Hubert Reeves que je lis.

La belle histoire

Pas de niaisage, ce livre part en trombe, nous montrant dès le premier chapitre que «Sans ça, nous ne serions pas là pour en parler». Ça, ce sont les hasards qui font en sorte que de petites variations de plein de caractéristiques physiques, que ce soit la force de gravité, la force nucléaire, la présence de la masse noire, le comportement bien particulier du carbone, l’orbite quasi circulaire des planètes du système solaire (qui permettent moins de variations dans les températures entre les saisons), le fait que l’eau soit moins dense à l’état solide que liquide ou bien d’autres, rendraient l’apparition de la vie impossible non seulement sur la Terre, mais dans tout l’univers.

Le chapitre suivant poursuit la belle histoire en s’attardant sur la Terre et sur les nombreux autres événements qui ont rendu la vie et la présence de l’être humain possibles. Il parle notamment :

  • du météore qui a causé l’extinction des dinosaures et a permis d’éliminer la concurrence des premiers mammifères qui ont pu ainsi proliférer et gagner en variété;
  • de la fracture territoriale survenue en Afrique il y a 10 millions d’années et qui, en modifiant le paysage, a rendu avantageuse la station debout (en raison de la transformation d’une partie de la forêt équatoriale en savane), a permis de dégager les mains des premiers bipèdes et le développement de leurs facultés intellectuelles;
  • du processus qui a permis d’oxygéner l’atmosphère et de créer une couche d’ozone qui nous protège des rayons ultraviolets du soleil.

Bref, notre apparition sur cette Terre est la conséquence de plein d’événements improbables…

La-moins-belle-histoire

– l’émergence de l’intelligence : dans ce chapitre, Hubert Reeves raconte tout d’abord ce qu’a permis de positif et de négatif l’intelligence de l’être humain, ce mammifère si fragile… Faire du feu, produire des armes pour se protéger et se nourrir, puis des fusils, des canons et même l’arme nucléaire! Cette intelligence l’a ensuite amené à s’acharner à épuiser les ressources de sa planète, tant minérales et végétales qu’animales.

«Voilà en résumé l’objet de la moins-belle-histoire : le rôle de l’intelligence, au début très positif pour la sauvegarde de notre espèce, s’avère progressivement négatif quand l’efficacité des techniques en vient à la menacer dans son existence même.»

Il revient ensuite en arrière pour conter la colonisation de la Terre par l’homo sapiens, en Afrique, puis en Asie, en Australie, en Europe et en Amérique (pas à la suite de la supposée découverte de Christophe Colomb, mais 20 000 ans avant). Or, en suivant les pérégrinations de l’être humain, on suit la trace de l’élimination de très nombreuses espèces… Mais, si l’auteur excuse en partie l’homo sapiens, car il n’avait pas la vie facile, il est plus sévère envers l’homme moderne qui n’a plus cette excuse ni celle de ne pas être conscient des conséquences de ses actes.

– Les extinctions : Reeves distingue «trois grandes vagues dans le saccage de la faune par nos ancêtres». La première est celle de l’extermination de la mégafaune, notamment des mastodontes, des mammouths et des smilodons. Cela a commencé il y a entre 20 000 et 50 000 ans, avec la disparition de la mégafaune australienne, comme le wombat géant, les kangourous géants, les lézards (oui, géants…), des oiseaux de plus de deux mètres, les lions marsupiaux, etc. L’extinction américaine, il y a entre 5 000 et 15 000 ans, a entraîné la disparition des mammouths, des mastodontes, des chameaux (oui, en Amérique!), des chevaux (oui, il y en avait avant leur réintroduction par les Européens), des ours géants, des panthères, des tigres à dents de sabre, etc.

La deuxième vague est survenue avec la découverte de la navigation qui a permis à l’être humain de décimer la faune d’îles auparavant isolées, isolement qui a permis l’apparition d’animaux qu’on ne retrouvait nulle part ailleurs. Hubert Reeves en nomme de nombreuses, notamment Chypre, Malte et la Sicile et mentionne la disparition de cygnes géants (décidément…), d’éléphant nains (enfin!), d’hippopotames pygmées, etc. Puis, il aborde la Nouvelle-Zélande, Madagascar et les îles du Pacifique où l’extinction de la flore s’est ajoutée à celle de la faune, cette dernière marquée en premier lieu, mais pas uniquement, par la disparition de très nombreuses espèces d’oiseaux.

La troisième vague d’extinctions commence au début de l’ère industrielle. Elle est autant due à l’utilisation de pesticides qu’à la déforestation ou à la chasse et à la pêche excessives. Au Québec même (et ailleurs), on a vu de nombreuses espèces disparaître ou devenir en danger de disparition : tourtes, moineaux, grenouilles, vers de terre (!), abeilles, papillons, krill (base de la chaîne alimentaire de la faune polaire), puma, pigeons voyageurs, grands pingouins, etc. La disparition de fleurs et d’arbres entraîne à son tour celle de la faune qui en a fait son habitat. Et, cette vague est loin d’être terminée. Combien de nouvelles espèces disparaîtront en raison de la poursuite la déforestation et de la chasse et de la pêche excessives, mais aussi du réchauffement climatique, de la pollution et de l’acidification des océans?

Le réveil vert

Hubert Reeves a la réputation d’être un grand optimiste. Il le montre bien dans cette section du livre. Il y retrace la naissance de nombreux groupes environnementaux (Sierra Club, Union internationale pour la préservation de la nature, World Wildlife Fund, Greenpeace, etc.) et recense leurs plus grandes réussites : parc nationaux où la faune et la flore sont protégées, interdiction de l’utilisation du DDT et de l’enfouissement de déchets nucléaires en de nombreux endroits, protection de baleines bleues, croissance du nombre de bisons, réintroduction des loups, etc.

Il termine cette section avec une «mythologie cosmique» basée sur deux personnages illustrant les trois étapes de son livre (belle histoire, moins-belle-histoire et réveil vert), Dame Nature et l’Énorme (nous). Il avertit explicitement le lecteur de ne surtout pas interpréter son allégorie comme une défense du mouvement du «dessein intelligent», variante du créationnisme! Loin d’être seulement une récapitulation des étapes de son livre, il y développe de nouvelles idées, notamment sur le rôle du hasard dans l’évolution et sur la difficulté de l’Énorme «à s’intégrer harmonieusement dans l’immense écosystème de la vie terrestre», mais aussi sur sa compassion et ses comportements altruistes. C’est justement sur ces comportements que Reeves base son optimisme…

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? Ça dépend. Dans cette critique (article cadenassé), Louis Cornellier conclut que «cet essai n’est pas le plus fort dans l’œuvre de Reeves». Comme c’est le premier livre de Reeves que j’ai lu, cette réserve ne me touche pas. Mais, elle pourrait être pertinente pour les personnes qui ont lu d’autres de ses livres.

J’ai trouvé ce livre bien écrit, bien structuré, informatif et intéressant. En plus, il n’est pas long à lire (156 pages). Que demander de plus?

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8 commentaires leave one →
  1. 16 décembre 2013 23 h 09 min

    En complément :

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  2. 25 décembre 2013 7 h 09 min

    Je viens d’avoir en cadeau.

    J’ai déjà lu son Mal de terre, je vais pouvoir comparer.

    A+

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  3. 26 décembre 2013 10 h 48 min

    J’ai terminé la lecture des deux premiers chapitres, que je n’aurais pas su d’une année-lumière, mieux résumer que vous. Hubert Reeves le fait succinctement en concluant :

    « Le hasard et la nécessité sont à l’oeuvre et réalisent les innombrables innovations de la nature. »

    J’ai aussi reçu en cadeau : La cohabitation des générations de Josée Garçeau. Je suis de justesse de la génération silencieuse, pas de celle des Baby-boomers; des traditionnelles, avec la précédente, celle des G.I.

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  4. 26 décembre 2013 11 h 14 min

    «J’ai terminé la lecture des deux premiers chapitres, que je n’aurais pas su d’une année-lumière, mieux résumer que vous»

    En fait, j’ai écrit ce billet en même temps que je le lisais. Ça aide à ne pas oublier et ça évite de devoir relire!

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  5. 30 décembre 2013 9 h 13 min

    Alors, lire ou ne pas lire?

    À lire votre résumé, on s’offre le nécessaire. A lire le livre au complet, on ne laisse rien au hasard. J’ai rien laissé au hasard.

    Dans Mal de terre, Reeves se fait alarmant en plus de pages, 220, avec caractères plus petits, graphiques et photos; sans compter les 38 pages de notes et références. Peut-être que Louis Cornellier trouve ça plus fort.

    Je ne me rappelle pas avoir lu Patience dans l’azur 1981 et 1988 et Poussières d’étoiles, 1984. J’ai suivi avec intérêt quelques cours de Reeves à la télé-université dans les 90.

    Je vois comme vous Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve comme un conte pour citoyens culturés « bien écrit, bien structuré, informatif et intéressant ». C’est un exposé savant soumis à l’Intelligence, un leg pour une humanité à plus longue portée, s’il se peut.

    La compassion est demandée au parloir.

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  6. 30 décembre 2013 9 h 23 min

    Content de voir que vous partagez mon appréciation!

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  7. 31 décembre 2013 13 h 25 min

    Sans nécesssité mais pour en laisser moins au hasard, dans mon commentaire précédent j’aurais quand même mieux fait d’inclure aussi « En plus, il n’est pas long à lire ».

    Je sens chez Hubert Reeves un mouvement d’univers vers humanitaire vert.

    Par ailleurs, il m’arrive souvent d’avoir des idées, vous aussi j’imagine. Devinez l’une de celles que j’ai eu tôt cette nuit. J’ai rêvé qu’à son assermentation récente Philippe Couillard disait je serais, porterais et exercerais au lieu de je serai, porterai et exercerai. Dans ce rêve, David Heurtel disait clairement serai, porterai et exercerai. Réveillez-moi quelqu’un !

    Dans mes notes à moi comme d’autres dont Jacques Demers diraient dans mon livre à moi, ça s’entend là, deux serments : un à la reine, un à l’endroit du peuple du Québec. 4:12. Signature 6:00. 6:30 Heurtel : signature, médaille.

    http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo-49343.html

    (La main sur un livre, la bible j’imagine) Ayoye ! En ces temps valeurs québécoises…

    « Je, Philippe Couillard, jure que je serais fidèle et porterais vraie allégeance à Sa Majesté la reine Élisabeth II.

    Je, Philippe Couillard, déclare sous serment que je serais loyal envers le peuple du Québec et que j’exercerais mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec. »

    J’ai bien écouté. À son tour, David Heurtel a prononcé clairement serai, porterai et exercerai. M. Couillard, j’ai plutôt entendu serais, porterais et exercerais. À vous de juger. Quelle serait la ou les conditions justifiées par l’emploi du conditionnel ?

    Le discours d’une vingtaine de minutes qui a suivi est foule d’informations.

    Que diriez-vous que désormais, pour remettre à la mode un mot retenu par Paul Sauvé au tournant des 60, dans le courant du thème de l’automne, qu’à l’occasion d’un serment, l’État offre l’option de jurer sur le leg de (Saint)-Hubert ?

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  1. Comment l’homme détruit la vie |

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