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PISA : bravo, mais…

21 décembre 2013

pisaC’est rendu la routine… Pour la cinquième fois, les jeunes de 15 ans du Québec se classent au-dessus de la moyenne mondiale dans ses résultats au Programme de suivi des acquis des élèves (PISA), le programme conçu pas l’OCDE pour mesurer la performance des systèmes éducatifs des pays participants, se retrouvant aussi pour la cinquième fois dans le peloton de tête en mathématiques. Mais, que signifient ces résultats? Avant d’aborder cette question, je vais quand même présenter les principaux résultats de nos jeunes.

Points saillants

Il est toujours agréable de lire le rapport du PISA pour les élèves canadiens produit par le Conseil des ministres de l’éducation du Canada (CMEC). En effet, les journaux se contentent la plupart du temps de présenter et de commenter les rangs du Québec et du Canada sans trop expliquer d’où viennent ces résultats, à quoi ils servent et pourquoi on doit être contents ou déçus.

– mathématiques

Les médias l’ont noté, même Alain Dubuc, les élèves du Québec «se classent au sixième rang mondial» en mathématiques avec un résultat de 536. En fait, pris isolément, ce classement n’est pas concluant, mais on peut voir à la page numérotée 33 du rapport que les Québécois ont eu des résultats très similaires en 2003 (537), en 2006 (540) et en 2009 (543). Le tableau omet les résultats de 2000 (voir la page numérotée 54), pourtant le plus élevé (550), à sept points du premier rang (le Japon). Ces cinq années, le Québec s’est classé au premier rang canadien. Cette régularité des résultats des élèves québécois fait en plus contraste avec la baisse des résultats de l’ensemble des élèves canadiens : 533 (en 2000), 532, 527, 527, 518. Cette baisse fait en sorte que les résultats des jeunes québécois ont connu leur plus gros écart avec ceux de l’ensemble des jeunes canadiens en 2012 (18 points).

À la page numérotée 28 du rapport de cette année, on peut voir en plus que ce résultat s’observe autant chez les élèves les moins forts et les plus forts, les élèves québécois étant les moins nombreux du Canada à obtenir des résultats sous le niveau de compétence 2, «considéré comme le niveau de base des compétences en mathématiques qui est requis pour pouvoir participer pleinement à la société moderne» (11 %, par rapport à 14 % pour l’ensemble des élèves canadiens et à 23 % pour ceux de l’OCDE) et les plus nombreux à obtenir les résultats de niveau 5 et plus, soit les plus élevés (22 %, par rapport à 16 % pour l’ensemble des élèves canadiens et à 13 % pour ceux de l’OCDE).

Mais, comme cette édition du PISA approfondissait davantage les mathématiques (chacun des cycles du PISA se concentre sur une discipline, lecture, sciences ou mathématiques), je me demandais dans quelles spécialités des mathématiques les élèves québécois s’étaient particulièrement démarqués. Le PISA 2012 a en effet évalué les élèves selon sept «sous-échelles» (voir les définitions complètes aux page numérotées 16 et 17) divisées en trois processus mathématiques et quatre grandes catégories de contenu :

Processus :

  • formuler des situations de façon mathématique;
  • employer des concepts, faits, procédures et raisonnements mathématiques;
  • interpréter, appliquer et évaluer des résultats mathématiques.

Catégories de contenu :

  • variations et relations;
  • espace et formes;
  • quantité;
  • incertitude et données.

Or, comme on peut le voir à la page numérotée 23, les élèves du Québec ont obtenu des résultats significativement meilleurs que les élèves de toutes les autres provinces dans toutes ces sous-échelles! Là, il n’y a plus de doute, nos écoles doivent faire quelque chose de spécial!

– lecture et sciences

Même si les résultats des élèves québécois furent moins reluisants en lecture et en sciences, ces résultats ayant été légèrement inférieurs à la moyenne obtenue par les élèves canadiens (en fait dans la marge d’erreur avec une note de 520 par rapport à 523) en lecture, et plus nettement en sciences (516 par rapport à 525), il demeure qu’ils sont nettement supérieurs à ceux de la moyenne des élèves de l’OCDE (496 et 501).

Même s’ils sont satisfaisants, il faut tout de même noter que les résultats des jeunes canadiens et des jeunes québécois ont eu tendance à diminuer avec les années. Ainsi, le résultat des jeunes québécois en lecture est passé de 536 en 2000 à 534 en 2003, puis à 522 en 2006 et en 2009, et finalement à 520 en 2012. Cette baisse est loin d’être désastreuse, mais tout de même préoccupante. Elle ne semble pas due uniquement à la réforme de l’éducation, car la dernière baisse est minime par rapport aux résultats de 2006 et 2009. Et, pour se consoler, on peut toujours remarquer qu’ils sont encore nettement supérieurs à ceux des jeunes provenant de pays francophones, soit les jeunes français (508) et belges (506).

En sciences, la baisse est plus nette, les résultats des jeunes québécois ayant diminué de 15 points (de 531 en 2006 à 524 en 2009 et à 516 en 2012). On peut toujours se dire que les résultats des jeunes canadiens ont aussi diminué depuis 2006 (de 9 points de 534 à 529 en 2009 et 525 en 2012), et que ceux des jeunes québécois sont encore supérieurs à ceux des jeunes belges (505) et des jeunes français (499), mais il demeure que la baisse est forte. Là, la réforme serait-elle au moins en partie responsable? Possible. Comme le notait un enseignant en sciences dans une lettre à La Presse il y a quelques jours, «les enseignants sont passés de spécialistes à généralistes. Les nouveaux programmes ont regroupé les différents domaines des sciences sous le grand chapeau de «science et technologie» pour la première à la quatrième secondaire et ils touchent à toutes les sciences à la fois.».

Des nuances…

On peut bien se réjouir de ces résultats, mais il ne faut pas perdre notre sens critique. Dans un premier temps, j’ai noté un petit problème avec les données des élèves québécois…

Si le taux d’exclusion (dans le cadre du PISA, on doit exclure élèves ayant une incapacité fonctionnelle, une incapacité intellectuelle ou une connaissance limitée de la langue d’évaluation, soit le français ou l’anglais au Québec) des élèves québécois est tout à fait dans les normes, soit 4,1 %, le deuxième plus bas taux du Canada (voir les pages numérotés 53 et 54), leur taux de réponse ne l’était pas. En effet, alors que le PISA 2012 exige un taux de réponse de 80 %, seulement 75,6 % des élèves québécois ont répondu (voir pages 55 et 56). J’imagine que les résultats ont été acceptés parce que le taux canadien respectait ce critère (80,8 %). Ce manque est troublant, car le rapport précise que «les non-répondantes et les non-répondants du PISA n’ont pas obtenu d’aussi bons résultats que les répondantes et les répondants du PISA dans le test provincial en français effectué auprès des élèves du Québec». Je ne comprends alors pas que les résultats des élèves du Québec ne soient pas assortis d’une réserve quelconque, même si le rapport précise que «Ceci pourrait avoir une incidence marginale sur les résultats du Québec». Bon, OK, supposons que l’incidence de ce facteur est marginal…

Un autre texte que j’ai lu apporte aussi quelques bémols à ces résultats, surtout à la comparaison entre les résultats des participants francophones et ceux des participants des autres pays, et entre ceux des participants des trois pays francophones. Tout d’abord, l’auteur, «spécialiste des questions d’éducation et d’économie publique», soulève un aspect auquel j’avais déjà pensé. Les questions du PISA sont d’abord rédigées en anglais, puis traduites dans les autres langues (avec une méthode vantée par l’auteur). Cela dit, «le coefficient d’allongement des textes est par exemple de 15 % pour le français par rapport à l’anglais». On prétend toutefois que l’impact de cet allongement est mineur, mettant en preuve les bons résultats des élèves québécois! Disons que cette preuve m’apparaît douteuse, car on ne sait pas et on ne peut savoir à quel point leurs résultats auraient pu être différents si les questions avaient été de la même longueur que les questions posées aux participants anglophones!

L’auteur soulève par après un autre écueil à ces résultats, soit les différences entre les différents systèmes scolaires. Ainsi, il mentionne de nombreux éléments qui désavantageraient les jeunes Français. J’en ai retenu trois. Tout d’abord, les probabilités «ne sont pas étudiées en France avant le lycée», domaine où ils ont de mauvais résultats. Ensuite, le système français est très sévère et a un taux de redoublement beaucoup plus élevé qu’ailleurs : «près de 40 % des élèves français âgés de 15 ans sont « en retard » parce qu’ils ont redoublé une fois ou plus au cours de leur scolarité». Et, en 2000, les élèves qui avaient redoublé ont eu des scores moyens beaucoup plus bas que ceux qui n’avaient pas redoublé (430 par rapport à 560). Le rapport du PISA pour le Canada ne spécifie pas ces données par province, mais précise tout de même que «Au Canada, 85 % des élèves étaient en 10ème année (quatrième secondaire) et ont obtenu un score moyen de 524. Les élèves de 9ème année (troisième secondaire) [13 % de l’échantillon du Canada] ont obtenu un score moyen de 487». Finalement, l’auteur souligne le manque d’accompagnement des enseignants français par rapport à ceux des autres pays (élément évalué par le PISA).

Je suis mi-figue, mi-raisin face à ces arguments. Un des principaux objectifs du PISA est justement de déterminer les forces et les faiblesses des systèmes d’éducation. Pourquoi ne pas enseigner les probabilités plus tôt? Pourquoi faire redoubler autant leurs élèves? Là, je marche sur des œufs, n’ayant pas les compétences pour me prononcer sur cette question. Mais, autant je trouve le redoublement automatique idiot (il ne semble pas aider les Français, ni son absence nuire tant que ça aux Québécois et aux Canadiens), autant je trouve imbécile son abolition complète sous le prétexte que les élèves qui redoublent ont plus de difficulté à l’école (comme raisonnement tautologique, on ne fait guère mieux!). Finalement, les Français devrait prendre enseignement (si je puis dire…) des résultats du PISA pour favoriser un meilleur accompagnement de leurs élèves plutôt que de prendre leur mauvais accompagnement comme excuse pour leurs moins bons résultats!

Cela dit, accorde-t-on trop d’importance à ces classements et résultats?

Des sons de cloche différents

J’ai aussi lu de nombreux textes relativisant ces résultats non pas sur la forme, mais sur le fond. Quel est le rôle de l’école? Que les élèves aient de bons résultats d’évaluation ou qu’on les prépare à la vie dans toutes ses dimensions? Par exemple, David Desjardins, chroniqueur au Devoir, se demande fort pertinemment au sujet du rôle de l’école «Est-ce une zone de transit vers le travail, un agrégat de compétences ? Ou est-ce encore un lieu de savoirs qui ne sert pas qu’à départir les futurs médecins des futurs plombiers, mais à les faire grandir dans le même terreau citoyen, à leur donner la même culture générale ?». Ça, le PISA ne l’évalue pas… Heureusement, car il normaliserait cette question!

Un autre chroniqueur du Devoir, Éric Desrosiers, souligne que «Des observateurs ont quand même rappelé que certains des pays asiatiques, qui trônent au sommet du classement, comme la Corée du Sud, infligent à leurs élèves un rythme d’étude et une pression que personne ne devrait envier». Doit-on les imiter pour viser le sommet du classement?

Le dernier texte que je commenterai se demande si les résultats à ce genre de tests ont un impact sur l’avenir des sociétés. Certaines études semblent démontrer qu’ils n’en ont aucun, et même pire, que les pays qui se distinguent dans ce genre de tests deviennent moins riches, que leurs habitants ne sont pas plus heureux et que leurs institutions ne sont pas plus démocratiques à moyen terme que ceux qui ont de moins bons résultats, car la réussite sur ces plans dépendrait plus de la créativité que d’autre chose (j’aimerais voir cette étude…). L’auteure de ce texte ajoute que de se concentrer pour améliorer les résultats à ces tests a, à partir d’un certain niveau, un effet négatif, car, en se concentrant là-dessus, on oublie tout le reste. Elle résume en disant «[traduction] Plus nous nous concentrons sur les tests, plus on tue la créativité, l’ingéniosité et la capacité à penser différemment». Et ajoute «On ne peut mesurer que ce qui peut être mesuré (…) mais ce qui ne peut pas être mesuré est ce qui importe le plus. Les résultats ne nous disent rien sur l’imagination des étudiants, leur dynamisme, leur capacité à poser les bonnes questions, leur perspicacité, leur inventivité, leur créativité.».

Et alors…

Alors, que penser des tests du PISA?

Comme toutes données, celles-là ne disent que ce qu’elles disent. On ne peut nier que notre système donne d’excellent résultats en mathématiques, sans aliéner nos jeunes comme certains systèmes asiatiques semblent le faire. Alors contentons-nous de ces résultats! Vouloir faire mieux pourrait non seulement amener des problèmes, mais, qui sait, faire encore augmenter le décrochage scolaire, problème drôlement plus important que de ne pas être premier au monde!

Il y a sûrement des ajustements à faire en lecture, mais surtout en sciences. Cela dit, je ne recommanderais jamais une nouvelle concentration de l’enseignement dans les matières dites «de base» ou utilitaires, comme l’a fait la dernière réforme. Il y a tellement d’autres choses à transmettre à nos jeunes…

Quand mon plus vieux était au primaire et au secondaire, il avait de très bons résultats. Mais, je n’insistais pas pour qu’il en ait de meilleurs. Je trouvais plus important qu’il fasse autre chose, comme avoir des loisirs et des amis!

J’ai peut-être tort, mais je pense encore la même chose…

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11 commentaires leave one →
  1. 21 décembre 2013 10 h 32 min

    Avec Harper, les sciences n’ont pas finit de baisser!!!

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  2. 21 décembre 2013 11 h 24 min

    😆

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  3. Yves permalink
    21 décembre 2013 17 h 41 min

    Cela aussi prouve qu’on a de bons profs.

    J'aime

  4. 21 décembre 2013 18 h 11 min

    Entre autres!

    J'aime

  5. 22 décembre 2013 12 h 12 min

    Avec une prof comme ça, moi aussi j’aurais voulu être premier de classe! 🙂

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  6. 22 décembre 2013 12 h 26 min

    Dans ce cas, dis-nous donc combien vaut x dans sa dernière équation! (C’est bébé facile…).

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  7. 22 décembre 2013 23 h 03 min

    Ça fait comme moi et elle dans l’même lit… 🙂

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  8. 22 décembre 2013 23 h 24 min

    Pas de trip à trois, donc!

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