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La catastrophe québécoise

26 décembre 2013

catastropheIl y a un peu plus d’un an, j’ai écrit un billet dans lequel je dénonçais certaines erreurs d’interprétation des données de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA) de 2003. On confond en effet trop souvent les résultats les moins bons de cette enquête avec l’incapacité complète de pouvoir se débrouiller dans notre société qui exige des compétences si élevées. Je ne résumerai pas ici ce billet, ce serait trop répétitif…

Il y a un peu plus de deux mois, Statistique Canada a annoncé la sortie des premiers résultats de la version de 2012 d’une enquête similaire, le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de 2012. Sans surprise, le retrait du mot «alphabétisation» du nom de cette enquête n’a pas empêché nos pseudos experts de crier à la catastrophe face aux résultats des Québécois!

Je ne prétends surtout pas qu’on doit se réjouir de ces résultats, mais, comme la dernière fois, je crois qu’on crie au loup. Alain Dubuc, qui signe la chronique qui parle des résultats des Québécois comme d’une catastrophe, devrait plutôt qualifier cette «catastrophe» de mondiale, car les résultats du Québec sont à peine inférieurs à ceux de l’OCDE et de l’ensemble du Canada en littératie (268,6 par rapport à 273,3 pour l’OCDE et 273,5 pour le Canada, voir la page numérotée 86) et en numératie (264,9 par rapport à 269,4 pour l’OCDE et 265,5 pour le Canada, voir la page numérotée 88), ou se contenter de parler de résultats désolants. Et même là, on se désole peut-être parce qu’on s’illusionne sur les capacités moyennes des êtres humains ou parce qu’on sous-évalue la difficulté de ces tests… Si M. Dubuc émet certaines pistes intéressantes, il erre selon moi en affirmant que «il faut surtout regarder du côté d’un bagage scolaire insuffisant, notamment à cause du décrochage.».

Résultats par groupe d’âge

catastrophe1Même si le rapport ne donne pas de résultats par tranche d’âge spécifiques pour le Québec, il est tout de même intéressant de regarder ces résultats pour l’ensemble du Canada, pour justement voir si les jeunes sont si responsables que ça du rendement médiocre des adultes canadiens.

Le tableau ci-contre, tiré de la page numérotée 93 du rapport nous permet de constater que les résultats des plus jeunes, ceux âgés de 16 à 24 ans, sont tant en littératie qu’en numératie, tant chez les hommes que chez les femmes, au moins égaux et plus souvent meilleurs que ceux de tous les adultes (16 à 65 ans). Pourtant, un bon nombre d’entre eux n’ont sûrement pas terminé leurs études, surtout ceux âgés de moins de 20 ans (et ceux qui ont décroché!). D’ailleurs, les résultats les plus élevés s’observent chez les jeunes âgés de 25 à 34 ans, suivis par les personnes âgées de 35 à 44 ans. Seules les personnes âgées de 45 à 54 ans et surtout celles âgées de 55 à 65 ans ont des résultats sous la moyenne. Une autre des remarques de M. Dubuc («Mais aussi la déperdition progressive des aptitudes après la sortie de l’école, parce que les Québécois lisent trop peu, qu’il n’y a pas assez d’éducation permanente pour les stimuler.») semble donc plus pertinente, quoique je ne vois pas trop ce que l’éducation permanente vient faire ici.

Les différences par tranche d’âge sont encore plus nettes dans les données de l’autre compétence évaluée par le PEICA, soit la «résolution de problèmes dans des environnements technologiques» ou la RP-ET, comme on peut le voir dans le tableau suivant, tiré de la même page du rapport.

catastrophe2

Là, les plus jeunes écrasent carrément les plus âgés! Il sont en effet :

  • les moins nombreux à ne pas avoir répondu à cette évaluation (proportion qui passe de 5,7 % chez les femmes âgées de 16 à 24 ans à plus de 30 % chez les femmes et les hommes âgés de 55 à 65 ans);
  • les moins nombreux à avoir eu des résultats inférieurs au niveau 1, encore là chez les hommes et chez les femmes (même s’ils étaient les plus nombreux à avoir répondu à cette évaluation);
  • les plus nombreux à avoir atteint le niveau 1 et, de façon plus nette, le niveau 2;
  • au deuxième rang, derrière les hommes et les femmes âgés de 25 à 34 ans, parmi ceux qui ont atteint le plus haut niveau.

Pas si mal!

Et alors…

S’il est vrai qu’on peut considérer décevants les résultats des participants québécois à ce test, on doit toutefois nuancer ce jugement. Je regrette par ailleurs qu’aucun résultat n’ait été diffusé pour les participants de la France et de la Belgique francophone. Le Québec est en effet le seul territoire majoritairement francophone à avoir participé aux évaluations dont les résultats ont été publiés jusqu’à maintenant (le rapport mentionne au bas de la page numérotée 6 que «au moment de la rédaction, les données n’étaient pas disponibles pour la France»). Or, comme une personne que j’ai citée dans mon billet sur le PISA l’a mentionné, les tests en français sont en général traduits et plus longs que ceux en anglais. Est-ce que cela a joué? On ne le sait pas, mais c’est possible.

Chose certaine, les lacunes les plus importantes en matière de littératie, de numératie et de résolution de problèmes ne semblent pas se situer du côté des jeunes!

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5 commentaires leave one →
  1. 26 décembre 2013 6 h 05 min

    C’est drôle je pense exactement la même chose de l enquête pisa qui est parue récemment en France. C’est le traitement médiatique des résultats de cette enquête qui est effarant… Et cela entraîne de la désinformation…

    J'aime

  2. 26 décembre 2013 8 h 19 min

    «je pense exactement la même chose de l enquête pisa»

    L’analogie est en effet très forte. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai aussi cité dans ce texte le billet que j’ai écrit sur le PISA.

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