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Les inégalités des revenus de travail

6 janvier 2014

inégalités_travailJe présente ici un autre des nombreux sujets abordés dans le livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle. Après avoir traité de l’évolution du capital privé et public dans un précédent billet, je vais ici tenter de résumer la partie de ce livre qui analyse les inégalités des revenus de travail.

Productivité marginale du travail

Une grande partie de la théorie économique orthodoxe associe le niveau des revenus de travail d’un salarié à sa productivité marginale «c’est-à-dire à sa contribution individuelle à la production de l’entreprise ou de l’administration pour laquelle il travaille». Cette théorie prétend aussi que : «cette productivité dépend en premier lieu de sa qualification, et de l’état de l’offre et de la demande de cette qualification». Par exemple, si, dans une société, peu de personnes possèdent des qualifications d’ingénieurs et que la demande est forte pour celles-ci, leur salaire devrait être beaucoup plus élevé que la moyenne. En fait, il est impossible de calculer la productivité individuelle d’un travailleur et son salaire dépend bien plus de son rapport de force que de tout autre facteur. Cela dit, il est vrai que l’offre et la demande de qualifications jouent un rôle dans l’établissement de ce rapport de force, donc du niveau de salaires, mais ce n’est pas le seul facteur. En effet, l’offre de qualifications dépend aussi du système éducatif et la demande de qualifications évolue en fonction de l’état des technologies disponibles pour produire les biens et services. L’éducation et l’état des technologies dépendent à leur tour de bien d’autres facteurs (politiques publiques, coût de l’éducation, investissements privés et publics en éducation et en technologie, etc.). Jusque là, ça peut aller, mais les théoriciens orthodoxes en concluent que les inégalités de revenu dépendent d’une course-poursuite entre l’éducation et les technologies. Les inégalités de revenu seraient faibles si le système d’éducation produit suffisamment de qualifications pour satisfaire aux besoins liés au développement de la technologie et fortes dans le cas contraire.

Si Piketty admet que la formation et la technologie jouent un rôle sur les inégalités de revenus, il juge ce modèle naïf et simpliste. D’une part, ce modèle «exprime une vision beaucoup trop instrumentale et utilitariste de la formation». L’éducation et la santé ne servent pas qu’à fournir des travailleurs en santé et qualifiés aux entreprises. Elles ont pour lui (et pour moi!) une valeur en soi : «pouvoir passer des années de vie en bonne santé, pouvoir accéder à la connaissance et à la culture scientifique et artistique constituent les objectifs même de la civilisation». D’autre part, la théorie de la productivité marginale ne fonctionne simplement pas, car son application ne correspond pas à l’évolution de la productivité et des inégalités illustrées par les données historiques internationales. L’évolution des inégalités dépend bien plus des interventions des institutions (impôts des hauts revenus et du capital, salaire minimum, droit du travail et syndicalisation, etc.).

L’explosion des inégalités

C’est pourtant cette théorie que bien des économistes avancent pour expliquer et justifier l’explosion des très hauts revenus aux États-Unis depuis les années 1970. Sauf, que les faits la contredisent…

L’auteur fait remarquer tout d’abord que la montée des inégalités s’observe essentiellement du côté des revenus du 1 % le plus riche et encore plus du 0,1 %, les 9 % qui suivent ayant connu une hausse de leur revenus à peine supérieure à la moyenne. Or, si vraiment la hausse des inégalités s’expliquait par une hausse des qualifications, les revenus des 9 % auraient aussi explosé, car la hausse de leur formation scolaire, le type de leurs expériences de travail, et même leurs domaines d’études sont très semblables à ceux qu’on observe chez les 1 % et les 0,1 %. Malgré l’importance indéniable de la formation et des qualifications, ce que ne nie pas Piketty, il ne voit aucun lien entre elles et la montée fulgurante des hauts revenus.

Ensuite, l’auteur fait observer que la hausse vertigineuse des revenus du 1 % ne s’est pas du tout observée de la même façon dans tous les pays riches, qui subissent pourtant les mêmes réalités quant à l’importance de la formation et de la technologie. Les deux graphiques qui suivent montrent justement l’évolution de la part des revenus du 1 % dans les pays anglo-saxons (graphique 9.2) et au Japon et dans d’autres pays riches de l’Europe (graphique 9.3).

inégalités_travail1

On peut tout d’abord constater que la portion des revenus accaparée par le 1 % le plus riche était assez semblable dans tous les pays pour lesquels on possède des données avant la Première Guerre mondiale, se situant entre 17 % et 22 %. Dans cinq des huit pays, cette portion était tombée entre 6 % et 8 % en 1980, étant un peu plus élevée en Allemagne (10 %, mais tout de même à moins de la moitié de son sommet de 22 % vers 1917 et 1918) et plus basse en Australie (environ 5 %, encore une fois moins de la moitié de son sommet de 10 % à 12 % des années 1920 à 1950) et en Suède avec seulement 4 % des revenus, soit environ six fois moins que vers 1916 (près de 24 %, le plus élevé de tous les sommets)!

La plus grande différence entre ces pays s’est toutefois observée après 1980. Alors que la portion des revenus accaparée par le 1 % le plus riche a environ doublé dans les pays anglo-saxons entre 1980 et 2007 (avant la dernière crise), elle a beaucoup moins augmenté au Japon et dans les pays riches européens, la hausse la plus élevée ayant eu lieu en Suède où cette portion n’en demeurait pas moins à la moitié de ce qu’on observait en 2007 au Canada et au Royaume-Uni. Le graphique 9.4 du livre et d’autres données montrent des évolutions semblables à celle des pays européens et du Japon pour le Danemark, l’Italie, l’Espagne, la Hollande, la Suisse, la Norvège, la Finlande et le Portugal; l’analyse de l’auteur vaut donc pour l’ensemble des pays européens, à l’exception du Royaume-Uni.

Dans tous ces pays, anglo-saxons et autres, l’envol des hauts salaires explique généralement aux deux tiers la hausse de la part des revenus totaux du 1 %, le reste venant de la hausse des revenus de capital. La plus forte augmentation de cette part dans les pays anglo-saxons provient avant tout de «la montée des super-cadres, à la fois dans le secteur financier et dans les secteurs non financiers» (et, ce n’est pas fini, comme le montre cet article qui relate des hausses variant de 31 % à 66 % chez les cadres supérieurs de trois entreprises, mais une baisse de 4 % dans une autre entreprise, ne laissant que 2,8 millions $ pour son cadre le mieux payé…). «Si la montée des super-cadres était un phénomène uniquement technologique, on comprendrait mal des écarts si importants dans des pays par ailleurs si proches».

Les graphiques 9.5 et 9,6 du livre montrent que l’analyse de l’auteur s’applique avec encore plus d’acuité aux différences entre la part des revenus du 0,1 % le plus riche des pays anglo-saxons et celle du Japon et des pays européens. Alors que cette part a plus que triplé dans les pays anglo-saxons entre 1980 et 2007 (et même quadruplé aux États-Unis), elle est demeurée stable en Allemagne, a augmenté de moins de 50 % au Japon et un peu plus en France, et a doublé en Suède (cette part demeurant la plus faible des huit pays présentés). Ces évolutions montrent que près des trois quarts de la différence de la croissance du 1 % entre les pays anglo-saxons et le Japon et les pays européens entre 1980 et 2007 s’est en fait manifestée dans le millième le plus riche, où les super-cadres sont encore plus présents.

Pourtant, Piketty le répète, les niveaux de croissance de la productivité ont été semblables dans tout ces pays, de même que l’importance de la technologie et de la formation. Cette évolution divergente vient donc d’autres facteurs que ceux mentionnés par les promoteurs de la productivité marginale et de la «course-poursuite entre l’éducation et les technologies».

Autres facteurs

Piketty commence par planter le dernier clou dans le cercueil de l’application de la théorie de la productivité marginale pour expliquer les revenus pharamineux des super-cadres aux États-Unis. Si on peut concevoir qu’il est possible de calculer les revenus associés à l’embauche d’un employé de la production supplémentaire (et encore!), il est impossible de le faire pour des personnes ayant des fonctions uniques ou presque, comme les cadres supérieurs. Il ajoute, que, compte tenu du manque d’information, «la notion même de « productivité marginale individuelle» (…) n’est pas loin de se transformer en une pure construction idéologique permettant de justifier un statut plus élevé». Il donne l’exemple d’une entreprise qui compte 100 000 employés et a un chiffre d’affaires de 5 milliards $. Comment calculer dans cette entreprise la contribution spécifique de son cadre dirigeant? Tout cela n’est que de la poudre aux yeux…

En fait, les salaires de ces cadres sont plutôt établis par des comités de rémunération formés de personnes elles-mêmes gagnant de hauts revenus et sont parfois (rarement) adoptés par l’assemblée des actionnaires qui ne fait que confirmer les recommandations du comité. Au final, la décision est arbitraire et dépend des rapports de force des personnes en cause et de leurs liens. De là, il n’y a qu’un pas pour dire que le dirigeant «a la main dans la caisse» et qu’il ne s’agit pas d’une main invisible!

Cela ne veut pas dire qu’ils peuvent s’octroyer n’importe quel salaire, mais que son niveau dépend aussi des normes sociales des sociétés dans lesquelles ils vivent ainsi que du niveau d’acceptation sociale des autres employés de l’organisation, niveau qui dépend à son tour de l’établissement des systèmes de croyances sur ce qu’est un «juste» revenu pour les dirigeants. «Autrement dit, les inégalités salariales ont fortement progressé aux États-Unis et au Royaume-Uni, tout simplement parce que les sociétés américaines et britanniques sont devenues beaucoup plus tolérantes face aux rémunérations extrêmes à partir des années 1970-1980». Bref, ils sont mieux payés parce qu’ils peuvent se le permettre! On le voit dans l’article que j’ai proposé plus tôt. Imaginons la réaction de la population et des politiciens si c’était le salaire des cols bleus de Québec qui avait augmenté de 66 %! Même s’ils demandaient une augmentation de 5 % par année sans l’obtenir, on les traiterait d’égoïstes! Mais là, que quatre patrons qui gagnaient déjà 14,7 millions $ s’accordent des hausses de 66 %, une moyenne de 2,4 millions $ chacun, ça passe comme dans du beurre…

Piketty mentionne par la suite d’autres facteurs qui n’ont, eux aussi, pas de lien avec la productivité ou même avec le mérite. Sur le mérite, explication bien appréciée par les dirigeants eux-mêmes, une comparaison des revenus des super-cadres montre que le rendement spécifique des entreprises a peu de liens avec la rémunération. En effet, des études ont démontré que les dirigeants des entreprises sont aussi bien récompensés (et même mieux!) quand les performances des entreprises sont dues à la chance ou à des raisons qui n’ont rien à voir avec leurs décisions (conjoncture, hausse des prix de leurs produits, variation du taux de change, etc.) que lorsque leur entreprise se démarque des autres entreprises d’un même secteur, là où on pourrait penser que leurs décisions sont peut-être pour quelque chose dans la performance spécifique de l’entreprise.

Finalement, l’auteur mentionne que la forte baisse du taux marginal d’imposition maximal depuis 1980 aux États-Unis (de 70 % en 1980 à 28 % de 1988 à 1990, puis entre 35 % et 40 % entre 1993 et 2013) a pu rendre plus attrayantes les hausses de revenus puisqu’ils en gardent une plus forte proportion qu’avant, d’autant plus qu’une partie de la rémunération des super-cadres est considérée comme un gain en capital, donc imposée à la moitié de ces taux (donc à moins de 20 %). Le fait que le taux marginal d’imposition maximal ait moins diminué dans les pays où les revenus des super-cadres sont moins élevés vient ajouter du poids à la pertinence de cette analyse.

Et alors…

Cette analyse des inégalités des revenus de travail et surtout des hauts revenus suscite à la fois un sentiment de dégoût prononcé et un certain espoir. Un dégoût, car la tendance actuelle et le peu de réactions de la population face aux revenus indécents des super-cadres laissent penser que les inégalités continueront à croître au cours des prochaines années. Un espoir, car le fait que ce phénomène repose en premier lieu sur l’acceptation sociale laisse espérer un retournement de situation. À cet égard, la médiatisation de plus en plus importante de ces injustices, que ce soit grâce au mouvement Occupy qui a fait se généraliser l’expression «nous, les 99 %», ou par l’endossement de leurs constats par des économistes (comme Piketty, Saez, Krugman, Stiglitz, Reich, etc.) et des politiciens reconnus, va dans le bon sens. C’est la grâce que je nous souhaite, en espérant que nous nous aiderons et n’attendrons pas que le ciel ne le fasse!

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24 commentaires leave one →
  1. Clément Bernier permalink
    6 janvier 2014 8 h 03 min

    « …les salaires de ces cadres sont plutôt établis par des comités de rémunération… »
    Existe-t-il une étude sur la formation nominale de ces comités et des conseils d’administration des, disons, 500 plus grandes corporations mondiales? J’ai le sentiment qu’elle mettrait en évidence la présence d’une oligarchie restreinte mais puissante, dont la principale activité serait le « retour d’ascenseur ».

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  2. 6 janvier 2014 9 h 00 min

    Bonne question. J’ai lu plusieurs choses sur ces comités, mais je ne suis pas certain s’il y a une étude aussi précise sur le sujet.

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  3. 6 janvier 2014 9 h 17 min

    Voici un texte intéressant sur la question. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de lien vers les études dont parlent les auteurs :

    Rémunération et indignation – Contre le mythe des hauts dirigeants héroïques
    http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/339806/remuneration-et-indignation-contre-le-mythe-des-hauts-dirigeants-heroiques

    «Nos travaux de recherche publiés montrent que ce processus de rationalisation s’appuie principalement sur l’adhésion des comités de rémunération à un schéma de valeurs individualistes. Le succès d’une entreprise n’est pas perçu par les administrateurs comme le résultat d’un effort collectif, mais plutôt comme le résultat d’efforts individuels. Cette logique d’individualisation encourage alors la création d’un marché de dirigeants — en tout point comparable à celui des joueurs de la LNH — où les comités de rémunération sont prêts à payer le prix le plus élevé possible pour avoir les meilleurs dirigeants.»

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  4. 6 janvier 2014 9 h 58 min

    Il faut se méfier des chiffres de Thomas Piketty :

    http://www.contrepoints.org/2013/12/01/148273-inegalites-que-valent-les-chiffres-de-thomas-piketty

    C’est vrai qu’il y a certains problèmes de gouvernance chez certaines entreprises, au sein desquelles le comité de rémunération ne fait pas un bon travail, mais il est faux de prétendre que c’est généralisé et que les actionnaires observent sans rien dire et que tout cela n’a rien à voir avec la performance.

    La grande majorité du temps, les postes de cadres et de PDG sont octroyés à l’interne. Ces postes sont souvent (en partie) une récompense pour des années de contribution exceptionnelle d’un employé à des salaires beaucoup moindre. Ces grosses rémunérations sont donc un facteur de motivation pour le reste des troupes (si vous performez, vous pourriez obtenir la grosse job à la fin de votre carrière…). Ainsi, Gord Nixon, le PDG sortant de la banque Royale, a débuté comme caissier en succursale.

    Ça me surprend que ton article ne parle pas de mondialisation, car c’est un facteur prépondérant pour expliquer les hausses de salaires des cadres. Par exemple, dans ton article, le Groupe CGI est passé l’an dernier d’une entreprise Nord-américaine à une entreprise globale qui a plus que doublé de taille.

    De plus, le salaire total d’une année donnée ne veut pas dire grand chose, il faut le décomposer entre la rémunération de base, les bonis de performance et la rémunération en options/actions. Pour CGI, la majeure partie de la hausse de la rémunération de 66% est attribuable à la hausse fulgurante du prix de l’action….justement parce que les dirigeants ont pris une bonne décision en acquérant Logica! En tant qu’actionnaire, la valeur au marché de la firme s’est appréciée de près de $3 milliards en un an, à côté de quoi les quelques millions refilés aux dirigeants pour leur travail sont une pacotille! D’ailleurs, la rémunération de base des cadres de CGI n’a augmenté « que de » 25%, ce qu’ont pourrait considérer raisonnable vu qu’ils vont devoir faire la navette entre l’Amérique et l’Europe.

    Et tu oublies de mentionner que dans ton article, la rémunération des dirigeants de Métro a diminué…

    Au niveau des grandes banques canadiennes, dont les dirigeants sont (à mon avis) beaucoup trop payés, nous avons quand même observé des diminutions de plus de 50% de la rémunération totale lors de la crise. Comment réagiraient vos cols bleus face à une telle baisse? Ceci dit, même après une telle baisse, ces rémunérations étaient tout de même fort confortables, j’en conviens. Ceci dit, leurs bonis sont déterminés par des mesures de création de valeur fort objectives, pour lesquelles ils doivent excéder un échantillon d’entreprises comparables de la même industrie. Contrairement à ce que vous dite, ces critères dépendent largement des décisions prises par les dirigeants.

    Les entreprises les plus problématiques sont souvent celles où les dirigeants ont une part significative des actions et où il y a des actions multi-votantes (comme CGI). Mais nous sommes libres de ne pas y investir…nous les laissons à la Caisse de Dépôt celles-là! Leurs critères semblent plus bas, si on prend par exemple leur investissement dans la MMA d’il y a quelques années! Oh! Et comme par hasard la Caisse a financé CGI pour son acquisition de Logica, elle a donc sans doute approuvé la rémunération des cadres elle qui détient 21% des actions…maudit capitalisme et sa main invisible!

    Je conclurais en mentionnant que dans mon travail, je rencontre des dirigeants de grandes entreprises canadiennes, et je peux vous confirmer que les bons dirigeants valent leur pesant d’or. En fait, la qualité de l’équipe de cadres est mon premier critère d’investissement et je peux vous dire que ça m’a bien servi. En fait, mes plus grandes erreurs ont consisté à investir dans certaines entreprises dont les cadres laissent à désirer pour profiter d’autres facteurs (tendance de l’industrie, prix de l’action excessivement bas, etc). Presqu’à chaque vois où je l’ai fait, j’y ai perdu de l’argent.

    Le contraire est aussi vrai, par exemple le cas CP Rail/Hunter Harrison, difficile d’argumenter que le type ne mérite pas au moins 4 fois que qu’on lui a payé!

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  5. 6 janvier 2014 10 h 02 min

    Correction….c’est plutôt à cet article que je voulais référrer (mais l’autre n’est pas mauvais non plus):

    http://www.contrepoints.org/2013/12/29/151500-les-classes-moyennes-ont-elles-profite-de-la-croissance-americaine

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  6. 6 janvier 2014 10 h 05 min

    @Clément Bernier

    Il y a quelques années, j’avais tenté de faire un organigramme des comités de rémunération des grandes entreprises canadiennes pour vérifier s’il y avait des conflits d’intérêt potentiels.

    Ce n’était pas le cas. Ces comités sont véritablement indépendants et leurs membres sont souvent des retraités qui n’ont aucunement besoin de retours d’ascenceurs.

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  7. 6 janvier 2014 11 h 06 min

    @ Minarchiste

    «Ça me surprend que ton article ne parle pas de mondialisation, car c’est un facteur prépondérant pour expliquer les hausses de salaires des cadres»

    Alors, pourquoi le boom des rémunérations est-il de plus faible ampleur en Europe et au Japon? Oui, ce facteur a un rôle, mais ce n’est pas clair qu’il soit parmi les plus importants.

    «Il faut se méfier des chiffres de Thomas Piketty»

    J’ai lu en diagonale les deux articles et, comme je m’y attendais, on y parle des données par ménage, après impôt et transfert (et 9,5 % en 28 ans, alors qu’il y a beaucoup plus de ménages à deux revenus en 2007 qu’en 1979, c’est vraiment minime). Quand au rôle redistributeur des programmes de santé, ce n’est pas moi qui vais nier leur rôle redistributeur, ayant consacré quelques billets sur le sujet. Piketty est très clair qu’il parle des revenus totaux individuels. J’ai en plus utilisé ses graphiques avant les gains en capital (et les dividendes, si j’ai bien compris, car il parle de «plus-value»). En effet, ces gains ne sont pas comptabilisés de la même façon dans tous les pays.

    «Et tu oublies de mentionner que dans ton article, la rémunération des dirigeants de Métro a diminué…»

    De quelle «autre entreprise» pensez-vous que je parlais en écrivant «mais une baisse de 4 % dans une autre entreprise, ne laissant que 2,8 millions $ pour son cadre le mieux payé…». Si on lit l’article en lien, on verra bien qu’il s’agit de Métro! Je n’ai pas l’habitude de cacher les données qui ne me plaisent pas… J’ai seulement mise en contexte cette donnée en mentionnant le salaire après la baisse de 4 %.

    «Au niveau des grandes banques canadiennes, dont les dirigeants sont (à mon avis) beaucoup trop payés,nous avons quand même observé des diminutions de plus de 50% de la rémunération totale lors de la crise. Comment réagiraient vos cols bleus face à une telle baisse?»

    Je soupçonne un picorage de données, ici! Quelle est la source? Sur 10, 20 ou 30 ans, qu’est-ce que ça donne? D’où vient cette baisse? Si les cols bleus avaient eu des hausses comparables à ces dirigeants les années précédentes, ils ne seraient pas contents, mais je ne les plaindrais pas!

    «mes plus grandes erreurs ont consisté à investir dans certaines entreprises dont les cadres laissent à désirer»

    Et quels étaient leurs salaires?

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  8. Gilbert Boileau permalink
    6 janvier 2014 11 h 26 min

    La rémunération juste sera toujours un sujet de discorde. Que devons-nous penser des salaires des sportifs, des vedettes de cinéma, de certains artistes (happy few)? La répartition de la richesse peut-elle venir de gens mus par des intérêts individuels? Les impôts sont-ils le seul ou le meilleur remède: la France vit dans cette perspective. Merci d’éveiller les consciences.

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  9. 6 janvier 2014 11 h 36 min

    «Que devons-nous penser des salaires des sportifs, des vedettes de cinéma, de certains artistes (happy few)?»

    J’ai déjà écrit un texte sur le sujet il y a quelques années… Mettons que ça fini en disant que ça dépend de nos valeurs («Il n’y a pas de justice en soi, car l’idée de justice est relative à des positions politiques de fond)», mais que, pour moi, ce sera toujours quelque part indécent. J’y relatais par ailleurs un échange sur la question entre John Rawls et Robert Nozick…

    «Les impôts sont-ils le seul ou le meilleur remède: la France vit dans cette perspective.»

    Piketty en parle dans sa conclusion. Le billet sur ce sujet paraîtra dans deux semaines…

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  10. 6 janvier 2014 18 h 48 min

    La culture de gratte-moi le dos et je vais te gratter le dos fonction a plein sur les CA.

    Comme Minarchiste aime bien CGI, en 2003, cette dernière avait signé en janvier 2003 un contrat d’impartition du service informatique avec Alcan de 250 millions pour 10 ans. Le maître d’oeuvre et signataire du contrat, côté Alcan, était le président TI, quitta quatre mois plus tard Alcan pour accepter un poste de cadre supérieur… chez CGI.
    L’année suivante, la division produit laminée Alcan signait un contrat d’impartition de 110 millions avec CGI. Un mois plus tard, un membre du CA d’Alcan quitte le CA pour accepter un poste de cadre supérieur chez CGI! Il reçu même un motion de félicitation a l’Assemblée annuelle des actionnaires pour service rendu!!!

    Il n’y aura pas de commission Charbonneau là-dessus puisse légal dans le privé.

    Pour ce qui est des salaires de PDG Alcan, Jacques Bougie, qui a absorbé Péchiney et a amené Alcan où elle est, gagnait $3.5 millions lorsqu’il fut remplacé par Travis Engen (2001-06). ce dernier, fut embauché pour $19 millions de salaire. Son mandat était de doubler la valeur en 7 ans… ce ne fut pas fait d’autant plus qu’il fut en poste 5 ans. Son principal mérite fut d’être en place au moment où le prix de l’aluminium explosa.

    Dick Evans le remplaça en 2006. Il fut à l’origine de la vente d’Alcan à Rio Tinto donc il reçu une prime de $50 millions de ces derniers à la signature du contrat! Acheté 38 milliards $ avec une valeur au livre d’environ 14 milliards, devant le mécontentement des actionnaires en 2009, il pris sa « retraite » tout juste avant l’assemblée annuelle en avril 2009.

    Jacinthe Côté fut son remplaçant dès février 2009. (au moment d’une crise mondiale) En 2009, elle gagna 2.2 million comme PDG… et Dick Evans gagna 5 millions la même année… bien qu’incomplète!!! (L’équité n’a rien a y voir, enfin presque, question de contact… et qu’il fallait mettre une gestionnaire qui connaissait tout les rouages interne de Rio Tinto Alcan. Comme quoi la connaissance et l’expérience du milieu n’est pas gage d’un meilleur salaire!)

    En passant, pour revenir à CGI, Dick Evans est sur le CA de ce dernier!
    http://www.cgi.com/en/board-of-directors/richard-b-evans

    @Minarchiste

    N’empêche que Serge Godin, de CGI, possédait déjà une maison de $30 millions et un yacht de $9 millions voilà 15 ans… et non l’année passée.

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  11. 6 janvier 2014 19 h 05 min

    L’an passé, j’ai écouté une entrevue à la première chaîne qu’un professeur spécialiste en gouvernance d’entreprise qu’un membre d’un CA gagnait en moyenne 250 000 à 300 000 annuellement et que pour qu’il fasse correctement son travail sur le CA, devait y consacrer au moins une journée par semaine et qu’il était courrant qu’un type était sur plus de 7 CA! Cela fait des semaines bien remplit!!!

    Est-ce des membres de CA efficaces !?!?!

    Il me revient aussi ce commentaire d’un cadre supérieur d’où je travaille qui disait que pour avancer dans une entreprise, qu’il fallait travailler 50% dans l’intérêt de l’entreprise et 50% dans son intérêt personnel. Lorsque tu travailles a 100% (ou 110%) pour l’entreprise, on a la réputation d’être un technocrate nécessaire à l’entreprise mais beaucoup moins pour l’avancement des têtes dirigeantes!!!

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  12. 6 janvier 2014 19 h 33 min

    @ Benton

    «La culture de gratte-moi le dos et je vais te gratter le dos fonction a plein sur les CA.»

    Ça résume bien ce que j’en pense! Je parlerais plutôt d’un système d’appartenance de classe, mais ça revient pas mal au même!

    «Son principal mérite fut d’être en place au moment où le prix de l’aluminium explosa.»

    Bon exemple de ce que Piketty avance : «les dirigeants des entreprises sont aussi bien récompensés (et même mieux!) quand les performances des entreprises sont dues à la chance ou à des raisons qui n’ont rien à voir avec leurs décisions»

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  13. Clément Bernier permalink
    7 janvier 2014 0 h 06 min

    @minarchiste
    « …pour vérifier s’il y avait des conflits d’intérêt potentiels. Ce n’était pas le cas… »
    Je serais bien aise de voir les données de votre étude. Vous savez, les liens entre les membres de cette caste dirigeante sont souvent tenus et secrets. Ils n’ont pas la mauvaise habitude de se faire photographier sur le bateau de l’ami Tony, eux.
    Si on grattait un peu, on trouverait sans doute certaines accointances entre un Jacques Parisien et un monsieur de La Fortune.
    Finalement, je vous fais remarquer qu’un ascenseur monte ET descend, selon le vieux principe du « gratte-moi le dos… » évoqué ci-haut.

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  14. 8 janvier 2014 12 h 57 min

    J’observe aux graphiques 9.2 et 9.3 qu’à partir de 1989 ou 90, la suite de l’Empire britannique prend du mieux, moins au Canada. Le Québec ?

    En Allemagne, France, Japon et Suède, ça n’est pas le cas, on stagne ou se redresse modestement. J’ai cru comprendre que les salaires des pilotes de Formule 1 et des politiciens ne sont pas à la hausse autant qu’en big entreprise.

    Comme pour les joueurs de la Nationale. De quelle nation au juste ? Changement de nom se pose. Ligue Multi-nationale, Multiculturelle ou Inter-culturelle ?

    Quelle est la variable en jeu ? Part du centile supérieur, divisé par le revenu national. Y’a pas de quoi là trouver abondance pour les hasards et les nécessités du 10 centile inférieur. Il faut couper avant dans le moins gras en abondance ailleurs, là où c’est délicat pour les politiciens en exercice dépendant de la classe marchande ou syndicale.

    Lisez Jean-François. Lequel ? les deux.

    Une variable tirée de deux. Prudence mais audace.

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  15. 8 janvier 2014 16 h 07 min

    Désolé, je ne comprends rien à ce commentaire.

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  16. Yves permalink
    8 janvier 2014 21 h 55 min

    Je me sens moins seul.

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  17. 17 janvier 2014 11 h 11 min

    À l’impossible, nul n’est tenu.

    N’allez pas comprendre que je vous trouve nul; je me suis laissé aller à une impression. Ma remarque n’était pas fondée sur une connaissance approfondie du niveau de revenus au 100e centile.

    Stéphanie Morin de La Presse m’apprend qu’au Canada, ça va comme suit quant au revenu familial en 2010 : « Quant au 1% des plus riches au pays, ils devaient gagner plus de 191 000 $ par année pour se qualifier en haut de ce palmarès. Ils étaient 272 600 sur cette liste en 2011 et leur revenu moyen de 381 300 $ chacun signifie qu’ils gagnent 10 fois plus que le Canadien moyen, qui a un revenu annuel de 38 700 $. »

    J’imagine que vous connaissez une meilleure référence qui porterait sur le revenu personnel.

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  18. 17 janvier 2014 13 h 32 min

    «J’imagine que vous connaissez une meilleure référence qui porterait sur le revenu personnel.»

    Piketty utilise les données fiscales tirées des déclarations de revenu. Cela est bon pour comparer les revenus des particuliers. Mais, vous, vous parlez de revenu familial tiré de l’Enquête nationale auprès des ménages. En passant, cette enquête remplace le recensement et ses données sont contestées.

    Il y a aussi les données de l’Enquête sur la dynamique du revenu et du travail d’où est tiré le coefficient de Gini, dont j’ai parlé fréquemment, notamment ici. Ces données sont compilées par familles.

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