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Évidence, normalité et simple bon sens

10 janvier 2014

SBS_DubucLa dernière chronique de Alain Dubuc au sujet du «Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole» paru plus tôt cette semaine m’a tout simplement ébloui! Il a réussi en deux phrases à réunir trois des manifestations les plus éloquentes du manque d’argument :

«C’est désolant d’avoir à prendre la plume pour énoncer ce qui devrait être une évidence, pour plaider en faveur du simple bon sens. Dans un monde normal, ce manifeste serait inutile.»

Et il poursuit avec un argument aussi vide que le précédent :

«Une société qui disposerait de ressources pétrolières et qui refuserait de les exploiter serait très certainement une anomalie, du moins sur cette planète.»

Je dois avouer que si la normalité est de répéter les gestes qui mènent notre espèce à détruire la viabilité de sa planète, il a pleinement raison. Tous les lemmings le savent, si mes voisins se jettent du haut d’une falaise, c’est normal de faire comme eux, c’est même évident et le gros bon sens de ne pas s’objecter à ce suicide collectif (un «simple bon sens» fait-il encore plus simple qu’un gros bon sens?). Mais en fait, ce comportement des lemmings n’est qu’un mythe, eux, au moins, ne le font pas pour vrai, contrairement à nous!

C’est vrai, comme le dit aussi M. Dubuc, bien peu de pays qui disposent de l’or noir dans leur sous-sol ont «dit non au pétrole», et peut-être même aucun, comme il le prétend. Dans ce sens, il est de fait normal, évident et rempli de simple bon sens de foncer tête baissée sur une illusion de prospérité qui mène directement à un réchauffement d’on ne sait plus combien de degrés qui tuera bien plus que tous les pires tyrans que la Terre a connu n’ont réussi à le faire et qui rendra invivable une partie de cette Terre pour des siècles, voire des millénaires.

Voilà ce qui me fatigue le plus de ces «lucides» autodéclarés : ils ne veulent pas confronter leurs arguments avec ceux de leurs opposants. Ceux de ces derniers sont pour eux de façon évidente anormaux et sans bon sens, tandis que les leurs sont tellement évidents, normaux et simplement remplis de bon sens que cela ne vaut pas la peine d’en discuter…

Et alors…

Pourtant, des arguments contre ce manifeste et contre l’exploitation du pétrole qui est (peut-être) dans notre sous-sol et contre l’importation du pétrole de l’Alberta et du Dakota par train ou par pipeline, il y en a en masse! Mais, ni le manifeste des pro-pétrole, ni la chronique de M. Dubuc ne les débattent, se contentant de qualifier ces arguments de «spécieux», de les considérer comme une «croisade idéologique» ou de les associer à de la «désinformation».

Un de nos nouveaux lucides a-t-il par exemple tenté de contredire l’excellente note socio-économique de l’Institut de recherche en information socio-économique (IRIS) sur le budget carbone du Québec, qui montre de façon limpide que le Québec dépasse déjà sa part des émissions de gaz à effet de serre qui permettrait de contenir le réchauffement climatique à moins de 2 degrés, limite qui éviterait l’emballement sans contrôle du réchauffement? Bien sûr que non! Que peuvent-ils dire contre ce travail impeccable? Ils préfèrent simplement ne pas en parler et l’englober dans leurs attaques ad hominem et leurs sophismes de l’épouvantail! Il est en effet plus facile de contrer un argument que nos adversaires n’ont pas dit que de répondre à leurs démonstrations sans faille! Autre exemple, ont-ils contredit le fait que, toujours pour limiter le réchauffement climatique à cette limite de deux degrés, «il faudrait que les deux tiers des réserves non exploitées demeurent sous terre jusqu’en 2050»? Hum… cela rendrait trop crédible les revendications de justement laisser ce pétrole où il est!

Mais, de tout ce que j’ai vu et entendu, C’est cet éditorial de moins de cinq minutes de Camil Bouchard, ex-député du PQ, qui m’a le plus réjoui! En plus de l’acuité et de la pertinence des arguments de M. Bouchard, le visage de Joseph Facal (et son isolement quand il est le seul à ne pas applaudir à la fin de cet éditorial) est une prime qu’il ne faut surtout pas refuser!

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6 commentaires leave one →
  1. 11 janvier 2014 0 h 58 min

    Un des exemples des affirmations gratuites de M. Dubuc, sous le couvert de ce qu’il appelle une «croisade idéologique » :

    «Québec solidaire qui voudrait que le Québec se passer de pétrole tout en militant pour une multiplication des programmes sociaux.»

    A-t-il regardé la plateforme de QS? Son cadre budgétaire? Les critiquent-ils comme irréalistes? Non, il fait l’amalgame que, sans exploitation pétrolière, cette plateforme est impossible à réaliser…

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  2. Richard Langelier permalink
    11 janvier 2014 1 h 43 min

    En voyant les noms de Bernard Landry, Joseph Facal et Monique Jérôme-Forget, je me suis dit que la vie était trop courte pour perdre mon temps à lire le manifeste et que je me contenterais de lire le résumé dans un article du Devoir. En lisant Harvey Mead et Marc Durand, j’ai vu que le discours que j’entendais dans 80% des cours lorsque j’ai fait mon bac en Économie était toujours aussi présent. Alain Dubuc s’y est converti allègrement depuis longtemps, mais il réussit à se surpasser encore.

    Comme mon appartement n’est pas très bien isolé et qu’il n’y a pas de sous-titres pour malentendants, j’écouterai l’éditorial de Camil Bouchard demain.

    Oui, on peut se réjouir que le discours des « lucides » autodéclarés frappe un mur. Cependant, quand je vois patiner Martine Ouellet http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/396851/quebec-evalue-le-potentiel-pour-mieux-proteger , je crains que la raison politique ait ses raisons que le coeur ne connaît pas et que la fin du monde soit bien triste.

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  3. 11 janvier 2014 2 h 10 min

    « je crains que la raison politique ait ses raisons que le coeur ne connaît pas»

    Je ne comprendrai jamais que des gens comme ça aillent en politique pour faire avancer leurs valeurs et finissent par défendre celles qu’elles combattaient.

    Camil Bouchard , lui, a compris. Il a quitté avant (ou plutôt que) de se faire avaler! Un grand!

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  4. 11 janvier 2014 20 h 23 min

    Justement, le bon sens veut que si le pétrole au Québec serait si simple a extraire, il y a longtemps que les compagnies pétrolières l’auraient sortie du sol.

    Voilà, il n’est pas si simple et très coûteux a extraire.

    La différence est qu’aujourd’hui, en plus d’un coût élevé du pétrole, une nouvelle technologie qui s’apparente à pêcher à la dynamique et que le lobby du pétrole est assez puissant pour refiler la facture et les risques a nos gouvernements.

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  5. 11 janvier 2014 21 h 05 min

    «le lobby du pétrole est assez puissant»

    Pour influencer bien des décisions!

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Trackbacks

  1. Des organismes patronaux qui vivent sur une autre planète… |

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