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Les suicides au Québec

27 février 2014

suicideLes chroniqueurs prétendent souvent que le Québec est un des endroits où le taux de suicide est le plus élevé au monde. On peut d’ailleurs lire dans Wikipédia que «Au tournant du siècle, le taux de suicide au Québec atteignait des sommets dépassés uniquement par la Russie, la Lituanie et le Kazakhstan». L’article ne cite toutefois aucune source pour appuyer son affirmation. Encore récemment, cet article du Devoir nous relatait un débat «entre les chroniqueurs Jean-François Lisée et Richard Martineau» pour savoir si le Québec est «5e ou 26e au monde en matière de taux de suicide».

Ce billet vise à faire le point sur cette question. Pour ce, j’utiliserai en partie des données de Statistique Canada, mais surtout le rapport le plus récent de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), intitulé La mortalité par suicide au Québec : 1981 à 2011.

Mise en garde

Le document de l’INSPQ explique bien qu’il faut être prudent avec les données sur le suicide. Il est donc pertinent de lire les mises en garde de l’annexe (pages numérotées 16 à 18) sur l’interprétation de ces données et surtout sur leurs comparaisons interprovinciales et encore plus internationales. Il est en effet loin d’être évident qu’un décès est dû à un suicide. Il existe bien des cas où «les décès pour lesquels le coroner ou le médecin légiste n’a pu distinguer s’il s’agissait d’un décès accidentel, d’un homicide ou d’un suicide. À titre d’illustration, pour 2009, les taux de décès dont l’intention est indéterminée varient de 0,8 décès par 100 000 à 8,7 par 100 000 entre les provinces canadiennes». Ce problème serait particulièrement important à Terre-Neuve et en Ontario, où le nombre de suicide serait nettement sous-évalué. Par contre, il n’y aurait pas de sous-évaluation au Québec.

Les auteurs ajoutent que ce type d’imprécision est encore plus important au niveau international, car les définitions ne sont pas toutes les mêmes. Par exemple, «Une étude française récente estimait à plus de 10 % la sous-estimation des suicides en France métropolitaine (Aouba et collab., 2010) alors qu’une étude britannique estimait à 8,7 % cette sous-estimation».

Selon le sexe

Le graphique qui suit, tiré de la page numérotée 4 du document de l’INSPQ montre l’évolution du taux de suicide par 100 000 habitants au Québec selon le sexe entre 1981 et 2011. Il s’agit de moyennes mobiles de trois ans ajustées comme si la structure d’âge et la proportion d’hommes et de femmes étaient restées les mêmes tout au long de la période présentée.

suicide1

On voit bien que le taux de suicide a augmenté de 1981 à 1999 pour diminuer encore plus entre 1999 et 2011. Il est dommage que ce graphique n’indique pas les taux maximaux. En se basant sur le tableau de la page 3, les sommets de 1999 (en fait la moyenne de 1997 à 1999) auraient atteint 32,2 chez les hommes, 8,5 chez les femmes et 20,2 pour les sexes réunis. En conséquence, le taux de suicide aurait diminué de 33 % chez les hommes et de 27 % chez les femmes pour une baisse conjointe de 32 %.

Selon l’âge

Le graphique suivant, tiré de la page numérotée 5 est selon moi le plus éloquent. Il présente aussi le taux de suicide par 100 000 habitants avec la même méthode, mais chez les hommes selon l’âge.

suicide2

On peut voir que le taux de suicide le plus élevé dans les années 1980 s’observait chez les 20-34 ans (37,1 en 1981), mais que le taux des 35-49 ans l’a surpassé vers 1996 et que la baisse subséquente de leur taux l’a fait passer sous celui des 50-64 ans et rejoindre celui de 65 ans et plus (22,0 par rapport à 21,5). En fait le taux de suicide des 20-34 ans a diminué de moitié entre 1995 et 2011, d’environ 40 à 22,0. Encore plus saisissant et réjouissant (si on peut dire…), le taux de suicide des 15-19 ans était en 2011 (10,7) le tiers de ce qu’il était en 1996 (supérieur à 30) et de loin le plus bas, se situant cette année-là à la moitié du taux des tranches d’âge dont le taux lui était le plus près.

Le graphique suivant, portant sur l’évolution du taux de suicide chez les femmes selon l’âge, toujours tiré de la page 5, montre beaucoup moins de variations que le précédent, même si on y voit aussi une baisse depuis la fin des années 1990.

suicide3

Les deux constatations les plus marquantes ici se situent chez les 35-49 ans et les 15-19 ans. Le taux de suicide des 35-49 ans a diminué considérablement depuis la fin des années 1990 pour se retrouver sous celui des 50-64 ans, elles dont le taux est demeuré assez fixe au cours de cette période, tout en se retrouvant en 2011 à un taux nettement inférieur (11,4) à celui de 1981 (14,1). Tout comme chez les hommes, on peut se réjouir de la forte baisse du taux de suicide chez les 15-19 ans, celui-ci étant passé d’environ 9 ou 10 (le document ne fournit pas les données précises) en 1998 à 4,1 en 2011, niveau tout de même supérieur à celui de 1981 (2,7).

Par province

Étrangement, le document de l’INSPQ ne fournit pas de données par province, même s’il en fournit pour d’autres pays, comme on le verra tantôt. Je me baserai donc ici sur les fichiers cansim 102-0110, 102-0552 et 102-0563 de Statistique Canada, même si ces données sont légèrement différentes de celles de l’INSPQ.

Ces données montrent que le Québec était en 2000 la province canadienne avec le taux de suicide le plus élevé, rang qu’il a conservé jusqu’en 2008, taux même 15 % plus élevé que celui de la province au deuxième rang, et près de 50 % plus élevé que celui du Canada (qui, on le sait, même si on le déplore, inclut le Québec…). En 2011, le taux de suicide des Québécois était rendu au cinquième rang, plus que 12 % supérieur au taux canadien. Le nombre de suicides a diminué de 25 % au Québec entre 2000 et 2011, tandis qu’il augmentait de près de 20 % dans le reste du Canada. Bref, on peut voir que la baisse de ce taux au Québec n’est pas une tendance partagée par les autres provinces.

Au monde

J’ai déjà mentionné à quel point il faut être prudent dans les comparaisons internationales. Cela dit, je présente quand même le graphique qui suit qui est tiré de deux documents de l’INSPQ. La partie gauche du graphique provient d’un de ses rapports sur le suicide datant de 2004 (voir la page numérotée 23), tandis que celui de la partie droite vient du document cité plus haut datant de 2014 (page numérotée 13).

suicide4

La partie gauche du graphique compare le taux de suicide par 100 000 habitants des hommes du Québec avec celui de certains pays de l’OCDE (où des comparaisons sont possibles, même si imparfaites) entre 1996 et 1998, tandis que la partie à droite montre la même comparaison (quoique les pays ne sont pas tous les mêmes) pour des années s’échelonnant de 2007 à 2010.

Premier constat, la situation au Québec est une de celles qui s’est le plus améliorée (avec celle l’Autriche et la Finlande), sont taux passant de 30,4 à 20,0 (de 31,6 à 20,6 en Autriche, et de 39,7 à 27,4 en Finlande). Par contre, la situation au Japon s’est détériorée, le taux de suicide de ses hommes étant passé de 26,6 à 30,8. Bref, si la situation s’est améliorée dans la plupart des pays, la baisse du taux de suicide chez les hommes du Québec se retrouve parmi les plus importantes.

Je pourrai aussi montrer que la situation s’est aussi améliorée chez nos femmes, mais le constat est bien similaire, leur taux est passé d’un des moins bons à un niveau proche de la moyenne.

Et alors…

Tout d’abord, je n’ai aucune idée d’où vient l’idée que seuls «la Russie, la Lituanie et le Kazakhstan» auraient des taux de suicide plus élevé que le Québec. Et comme cet article de Wikipédia ne donne aucune source… Par contre, l’article du Devoir explique bien la différence entre les affirmations de Jean-François Lisée et de Richard Martineau : «L’Institut de la santé publique du Québec, qui classe le Québec 5e au monde en la matière chez les hommes et 9e au monde chez les femmes, compare une trentaine de pays de l’OCDE. Jean-François Lisée, pour sa part, se base sur des données de l’OMS et compare les taux d’une centaine de pays». J’ai tenté de trouver cette source, mais ai abandonné…

«Bizarrement», les médias ont bien moins couvert le dernier rapport de l’INSPQ que ceux qui montraient que le taux de suicide du Québec était le plus élevé au Canada. Et parmi les quelques articles que j’ai pu consulter, on mentionne surtout que ce taux est encore trop élevé, soulignant que «encore deux fois plus de gens en meurent que dans un accident de la route», ce qui est de fait très pertinent, mais aucun ne mentionne la forte baisse de ce taux chez les plus jeunes. Je trouvais que ça valait la peine d’en parler…

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12 commentaires leave one →
  1. Mathieu Lemée permalink
    27 février 2014 7 h 42 min

    Le suicide est un sujet qui me touche beaucoup. J’ai d’ailleurs fait un film sur le sujet où j’y abordais un aspect dont on parlait peu afin de briser un mythe. Je suis donc très content de lire un billet qui en brise un autre; soit celui du fait que le Québec a l’un des pires taux de suicides au monde quand justement les chiffres disent le contraire et parlent même d’une baisse, tout en prenant en compte les mises en garde.

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  2. 27 février 2014 8 h 03 min

    Ce ne fut pas un billet facile à écrire. Les chiffres ne disent rien des drames qui sont derrière eux. Mais, comme tu le dis, je trouvais important de démentir les affirmations trop souvent colportées.

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  3. 27 février 2014 8 h 40 min

    Qu’est-ce qui explique cette forte baisse du taux de suicide au Québec depuis 10 ans? Est-ce toutes ces campagnes de sensibilisation qui portent fruit? Le fait qu’on se soit saisi collectivement de cette problématique, qu’on ose en parler tant à grande qu’à petite échelle?

    Je partage trois productions artistiques sur ce thème:

    ♦ Mathieu, je me permets de diffuser le lien vers ton (touchant) film: http://bit.ly/1jf5F0z

    ♦ Le documentaire Le voyage d’une vie, de Maryse Chartrand, aborde également le sujet avec une grande sensibilité: http://www.marysechartrand.com/levoyagedunevie.php

    «Débarquer du carrousel infernal de notre société de performance. Tout stopper. Maryse, Samuel et leurs trois enfants l’ont fait. Sac au dos, ils ont quitté leur confort nord-américain pour faire le tour du monde pendant un an : Mexique, Guatemala, Honduras, Tonga, Nouvelle-Zélande, Australie, Vietnam, Inde, France et Italie. Le voyage d’une vie. Celui dont tout le monde rêve. Mais quelle vérité cache ce rêve? Est-ce une pause ou une fuite? On quitte où l’on habite, mais on ne quitte pas ce qui nous habite. Cela nous suit, à l’autre bout du monde, comme au retour.

    Un an après l’aventure, Samuel part pour un autre grand voyage, mais celui-là sans retour possible. Comment un amoureux de la vie peut-il en arriver au suicide? Comment cette famille vit toutes ces tempêtes en rafale? Le voyage, le suicide, le deuil. Autant d’événements qui brisent le moule des certitudes. Un témoignage inusité qui offre un regard de l’intérieur, la quête d’une femme pour comprendre et grandir au lieu de briser et sombrer. Une œuvre audacieuse qui nourrit l’âme en osant jeter de la lumière sur cela même qu’on appelle noirceur. Un étonnant et vibrant hymne à la vie.»

    ♦ Et il y a ce slam de David Goudreault: http://www.youtube.com/watch?v=3Jp9S6LKuco

    Puis pour revenir à l’analytique, il y a ce passage sur Wikipédia qui a retenu mon attention:

    «Deux groupes où le taux de suicide dépasse la moyenne, déjà élevée, peut être mentionnée. Les prisonniers québécois comptent pour 60 % des suicides en milieu carcéral au Canada ; démographiquement, un taux de 23 % est attendu. Quant aux jeunes autochtones, ils forment la population la plus gravement touchée : leur taux atteint de 3,3 à 3,9 fois la moyenne nationale. Cela représente 211 suicides pour 100 000 habitants chez les Inuits du Nunavik.»

    Dans ton article Darwin, tu discrimines les données par âge et par sexe. Ce serait intéressant de pouvoir discriminer sur d’autres variables, par exemple la classe sociale, l’origine ethnique, etc. Mais je ne crois pas que les données utilisées pour ton analyse le permettent.

    Et je me permets de conclure avec un p’tit bout d’phrase emprunté à David Goudreault: Que ce qui vous importe vous porte.

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  4. 27 février 2014 8 h 55 min

    «Qu’est-ce qui explique cette forte baisse du taux de suicide au Québec depuis 10 ans?»

    Si j’avais trouvé une réponse satisfaisante, j’en aurais parlé! Bien sûr qu’on pense aux campagnes de sensibilisation, notamment contre l’homophobie. Certains «experts» en parlent. Mais, ils demeurent prudents devant la complexité de ce phénomène.

    Merci pour ton commentaire et tes liens!

    «il y a ce passage sur Wikipédia qui a retenu mon attention»

    Comme cet article ne fournit aucune source, désinforme sur l’ampleur de phénomène au Québec par rapport aux autres pays («Au tournant du siècle, le taux de suicide au Québec atteignait des sommets dépassés uniquement par la Russie, la Lituanie et le Kazakhstan».), j’ai accordé peu de crédibilité au reste. Cela dit, il est vrai que ce serait bon d’approfondir « sur d’autres variables, par exemple la classe sociale, l’origine ethnique, etc», comme tu le dis.

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  5. 27 février 2014 10 h 56 min

    Moi aussi, c’est une réalité qui me touche beaucoup. Je trouve donc intéressant que tu analyses cela avec sérieux, en expliquant pourquoi on doit être prudent avec les statistiques là-dessus. Quand je suis partie vers le Japon, je savais qu’on partageait cette triste statistique avec eux.

    J’aurais aimé lire quelque chose sur les tentatives de suicide aussi. Car j’avais déjà lu que si les femmes étaient moins nombreuses dans le taux du suicide, c’était parce qu’elles « manquaient » leur suicide plus souvent. Avec ton oeil de lynx, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur cette affirmation.

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  6. 27 février 2014 11 h 19 min

    «J’aurais aimé lire quelque chose sur les tentatives de suicide aussi.»

    Le deuxième document que j’ai cité en parle aux pages numérotées 25 et 26. On parle de 222 000 tentatives en 1998 (après une autre mise en garde – «Ces enquêtes, malheureusement, ne mesurent pas la gravité de la tentative de suicide et les circonstances qui entourent l’évènement» – sur ces données), 113 000 par des femmes et 109 000 par des hommes.

    Ainsi, le nombre de tentatives serait similaire, mais le nombre des suicides plus nombreux chez les hommes (près de 80 % cette année-là). La phrase que tu cites («c’était parce qu’elles « manquaient » leur suicide plus souvent») serait donc vraie. Je fouillerai peut-être davantage cette question cesoir, il me semble avoir vu quelque chose de plus récent…

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  7. 27 février 2014 13 h 09 min

    Quelle phrase horrible, n’est-ce pas « manquer son suicide ». Disons qu’il n’y a certainement pas une vraie « réussite » possible dans cet acte… Mais bon, je ne trouvais pas d’autre mot.

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  8. 27 février 2014 18 h 23 min

    Ont réussi à le rater? Ont survécu à une tentative? Pas facile en effet…

    Sur les tentatives de suicide, j’ai trouvé un document intéressant qui date de 2012 à http://publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2012/12-202-04F.pdf (Idées suicidaires et tentatives de suicide au Québec.). Je t’invite à le lire, il n’est pas bien long. Faits saillants :

    – 144 000 personnes ont eu des idées suicidaires l’année précédent l’enquête (2008), soit 2,5 % des hommes et 2,2 % des femmes (donc 47 % de femmes);
    – 28 000 personnes ont fait des tentatives de suicides, à 75 % des femmes («Ceci pourrait laisser croire que lors d’une enquête, les femmes sont moins réticentes 
    que les hommes à déclarer avoir fait une tentative de suicide»);
    – le nombre d’hospitalisations dues à une tentative n’est pas spécifié, mais une simple règle de trois me fait conclure que c’est autour de 3000, à 55 % des femmes;
    – 75 % des suicidés (environ 1 200) sont des hommes.

    Le document est tès prudent sur les motifs, mais établis des corrélation avec les idées de suicides :
    – plus pauvres;
    – proportion plus élevée chez les sans-emploi;
    – proportion plus élevée chez les personnes seules et les familles monoparentales;
    – perception de la santé beaucoup moins bonne;
    – satisfaction face à la vie beucoup plus mauvaise;
    – beaucoup plus de détresse psychologique.

    Bon, j’ai assez résumé!

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  9. Richard Langelier permalink
    28 février 2014 23 h 00 min

    Je m’excuse d’aborder le thème du suicide par une blague. À 20 ans, nous avons essayé l’acide [1]. Un old runner nous guidait. Nous riions, mais nous étions conscients que nos jeux de mots étaient plates. Même le disque Play Bach jazz du reculon était moche [2]. « Vive le pot!» [3], scandions-nous. À un moment donné, notre old runner nous a raconté qu’une fille que nous connaissions avait tenté de se suicider en buvant un verre de vodka. Moult années plus tard, j’ai visité une exposition d’étudiants d’anthropologie sur l’histoire du vin. L’origine serait : « une reine était déprimée et voulait mourir. Elle aurait bu un verre de jus de raisin d’un baril destiné aux vidanges et serait devenue joyeuse » [4].

    Je constate, en voyant les graphes de Darwin, qu’il ne s’agit pas de statistiques débiles, genre « il y a eu 2 fois plus de suicides cette année au Yukon cette année, contrairement à l’ensemble des provinces ». Je pense, par exemple au suicide de Yukon Eric (peine d’amour ou http://www.reocities.com/mcstu64/LutteForum50.html?).

    Quand j’avais arrêté de boire (théoriquement) en trippant sur le marathon, il m’arrivait d’arrêter au P’tit Bar en revenant du cinéma. Un vieux chum de brosse me disait : « Je considérais que la vie ne valait pas la peine d’être vécue après 30 ans. Je me suis défoncé, mais ça n’a pas fonctionné. Moé, je suis un gars d’bar. Me vois-tu aller à la Place des Arts, le samedi soir? » Il a rencontré une fille qui prenait un coup le samedi pendant que le poulet était au four, puis ils allaient écouter un show de jazz. Il a battu le record de son idole, le dadaïste? qui a exposé le banc de toilettes et a joué aux échecs le reste de sa vie. Il a travaillé de 42 à 63 ans, est riche comme Crésus puisque leur condo sur le Plateau Mont-Royal a pris de la valeur [5].
    Tout ça pour dire qu’évaluer les tentatives de suicide est une job cruelle. Je ne suis surtout pas expert en statistiques. L’une des raisons pour lesquelles je fréquente Jeanne Émard est que Darwin trouve libidineuse la tâche de décortiquer des études statistiques.

    Comment expliquer le mal d’être en vie? Tout n’est pas faux dans l’explication : « les gens ne se sentent pas créatifs à leur job », ils reçoivent le message : « tu es de trop dans la société ». Je me permets de dévoiler le secret ministériel. Dans le premier jet de « Bien commun recherché », Françoise David avait écrit : « On a accusé le féminisme d’avoir déstabilisé voire traumatiser les hommes. Il n’y aurait plus moyen de « draguer » dans un bar sans être accusé de harcèlement sexuel ». Sur le comité de rédaction, Esther Paquet avait répliqué : « je bifferais déstabilisé , c’était le but du mouvement ». Pisse-vinaigre comme je suis, j’ai répondu : « si le féminisme ne m’avait que déstabilisé , ce serait de la p’tite biére. Le hic, c’est qu’à mon retour à l’université en 80, si tu ne t’abonnais pas à La vie en rose, tu étais macho, si tu t’y abonnais, tu lisais que tous les hommes étaient machos. Résultat, j’ai été traumatisé. »

    La cinéaste Anne-Claire Poirier a réalisé le documentaire « Tu as crié : let me go » à la suite de la mort de sa fille http://cinemaquebecois.telequebec.tv/#/Films/210/Clips/985/Default.aspx . Dan Bigras y affirme : « vouloir interdire la drogue, c’est vouloir interdire le malheur ». Je pourrais faire l’hypothèse, qu’en moyenne les hommes sont plus grands que les femmes, qu’ils ont donc une vascularité plus grande que celle des femmes, qu’ils peuvent écrire des niaiseries sur les blogues en buvant 18 bières, mais ce ne serait pas une preuve.

    Je n’ai pas d’enfants. Lorsque j’essaie d’imaginer ce que vivent les parents d’un enfant qui s’est suicidé, je « badtrippe ».

    [1] le LSD25 pour les plus jeunes.
    [2] Si nous avions eu Star spangled banner d’Hendrix et Oh Lord won’t you buy me a Mercedez Benz de Janis Joplin, le trip aurait peut-être été plus l’fun.
    [3] Celui des années 70. Nos pushers prétendaient que c’était du Acapulco Gold et celui qui a sorti la devinette : « Comment appelle-t-on le nez de celui qui étudie les p’tits mots? – Un nétymologue » a gagné le concours.
    [4] Celui qui a gagné le concours de jeux de mots s’entêtait à faire du vin. Aline qui avec moi avait apprécié le nétymologue lui a dit que c’était du Welch’s http://www.welchs.com/ . L’année suivante, je travaillais à Québec et j’ai fait ma première course aux 20 km du Parc Lafontaine, 45 secondes derrière Richard Garneau. Chez le fabricant du Welch’s, j’ai fumé un pétard d’Aline et bu une bière avant de prendre l’autobus pour Québec. Je ne sais pas si c’est à cause de la p’tite biére chaude, les jambes m’ont barré en chemin.
    [5] À l’intérieur de Québec solidaire, je persiste à défendre l’idée que le gain en capital sur une résidence principale soit exempté d’imposition, tout simplement sur le principe qu’une déclaration de revenus soit tellement complexe que chaque contribuable soit obligé de payer un docteur en fiscalité.

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  10. 1 mars 2014 0 h 12 min

    «le LSD25 pour les plus jeunes»

    Je n’en ai jamais pris. Mais, plusieurs prétendaient que les dernières étapes étaient complexes et qu’il se vendait souvent du LSD22 ou 23, qui a tendance à ressembler à de la strychnine. D’autres disaient qu’on ajoutait carrément de la strychnine. Personnellement, je favorisais la première explication, mais, dans le fond, je n’en savais rien!

    «À l’intérieur de Québec solidaire, je persiste à défendre l’idée que le gain en capital sur une résidence principale soit exempté d’imposition»

    Je n’ai jamais entendu parler que cela soit remis en question. Nous sommes tous d’accord à ce sujet.

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  11. 1 mars 2014 12 h 55 min

    Drôle de hasard, Dvid Desjardins parle du suicide dans sa chronique d’aujourd’hui. Pas des chiffres, mais des gens.

    «Alors voilà, une vie réussie, c’est autre chose que de se laisser porter. Est-ce une lutte ? Si oui, elle est avant tout contre soi-même, contre l’envie de se laisser tomber. Aussi contre tout ce qui nous leste, nous ramène au sol. À commencer par ces désirs ridicules qui gardent pourtant éveillé la nuit.»

    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/401448/sisyphe-et-les-pubs-de-char

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