Skip to content

Nous y reviendrons

10 mars 2014

guesnerieÀ la suggestion de Ianik Marcil, j’ai lu récemment L‘économie de marché de Roger Guesnerie. Pour plus de précision sur le contenu du livre, je vous suggère de lire l’excellent résumé que Ianik en a fait dans ce billet. Je tiens à préciser d’entrée de jeu que j’ai beaucoup moins apprécié ce livre que lui. Je vais d’ailleurs présenter dans ce billet les raisons pour lesquelles ce livre m’a déçu.

Vulgarisation

Tout d’abord, j’ai eu passablement de difficulté à lire ce livre. Contrairement à Ianik, je trouve que l’auteur ne vulgarise pas bien et que le fil de ses propos n’est pas facile à suivre. J’aurais par exemple beaucoup de difficulté à résumer le contenu de ce livre, autrement qu’en disant qu’il parle des marchés (l’auteur insiste beaucoup, avec raison, sur le fait qu’il existe de nombreuses formes de marchés), d’où ma recommandation de lire le résumé que Ianik en a fait. J’ai trouvé tout particulièrement agaçante sa manie d’aborder un sujet de façon superficielle en mentionnant qu’il y reviendra (d’où le titre de ce billet). Il mentionne au moins 30 ou 40 fois qu’il y reviendra (je n’ai pas vraiment compté le nombre de fois qu’il le dit, mais j’aurais dû!), dont la dernière fois alors qu’il reste moins de 40 pages au livre! Bon, il m’arrive d’utiliser cette formule, mais jamais à ma connaissance plus d’une fois par texte! Et, non, je ne reviendrai pas sur cette manie!

Il lui arrive par ailleurs très fréquemment de parler de concepts qu’il n’explique pas, jugeant probablement que les lecteurs les connaissent déjà. Par exemple, il parle sans même dire de quoi il s’agit de la courbe IS-LM (qui représente l’équilibre entre les investissements et l’épargne – IS – et la liquidité et la masse monétaire – LM; évident, non?), de la règle de Taylor (que j’ai critiquée dans ce billet), du consensus de Washington, du rôle du FMI et de la Banque mondiale, etc. Pourtant, même des économistes en arrachent pour bien comprendre le concept de la courbe IS-LM… S’il explique à peu près correctement le concept d’avantage comparatif en commerce international (quoique j’ai déjà lu de bien meilleures explications), il ne développe pas assez (un peu quand même…) à quel point ce concept a été relativisé par la suite, notamment par Paul Krugman (un des deux motifs pour lesquels il a reçu le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, appelé couramment mais fautivement «prix Nobel» d’économie).

Mise à jour

Ce livre, paru en 2013, en est à sa troisième édition. Il semble que la deuxième édition (2006) fut accompagnée d’ajouts assez considérables à la première (1996). Dans le résumé de cette troisième édition, on peut lire que «Depuis la première édition, la crise a surpris les économies mondiales : cette nouvelle édition réexamine le rôle du marché à l’aune des bouleversements qu’elle a engendrés». L’auteur précise dans son avant-propos que cette édition «incorpore un certain nombre d’ajouts» essentiellement aux deux premiers chapitres.

Cette mise à jour fut pour moi une autre déception. D’une part, il utilise les événements récents, comme la crise actuelle, de façon superficielle, sans vraiment les intégrer, comme s’il voulait changer le moins de chose possible à son texte. Il interrompt même un de ses raisonnements sur la crise (en parlant des marchés financiers) en écrivant «Le sujet dépasse largement le sujet de ce livre», pour aussitôt enchaîner sur… un autre sujet, alors que rien ne peut plus éclairer le fonctionnement et le rôle des marchés financiers que leur comportement (et la faiblesse de la réglementation qui les encadre) avant et pendant la crise! Décevant…

D’autre part, il n’a pas modifié depuis l’édition de 2006 sa présentation des externalités (effets positifs ou négatifs non pris en compte par les marchés), élaborant entre autres longuement sur le protocole de Kyoto, prétendant même qu’il fut un succès, sans, bien sûr, dire un mot des échecs successifs des rencontres internationales plus récentes (Copenhage. Cancun, Durban, etc.). Sa description même des conséquences du réchauffement climatique est totalement désuète, puisqu’elle ne tient pas compte des nombreuses nouvelles connaissances acquises entre 2006 et 2013, notamment par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), ni des cris d’alarme de plus en plus fréquents soulignant l’urgence de freiner les émissions de gaz à effet de serre. Quand on se procure une nouvelle édition d’un livre datée de 2013, on s’attend à ce que le contenu complet du livre ait été mis à jour. Ce n’est manifestement pas le cas ici.

Autres déceptions…

D’autres parties du livre m’ont déplu, mais cela est davantage dû à nos visions différentes de l’économie. Il déplore entre autres l’obésité de l’État (sans préciser dans quels domaines) et prône le recours à la sous-traitance (il parle du «faire-faire») au privé sous supervision de l’État pour réaliser … il ne dit pas quoi! Le seul exemple qu’il donne est en lien avec la construction et la réparation des infrastructures, en précisant que cela se fait déjà! Je veux bien croire que la situation en France est sûrement différente de celle vécue ici, mais quand on lit presque quotidiennement les témoignages à la Commission Charbonneau sur les extras et autres collusions pour faire augmenter le coût de ces travaux payés par l’État (donc par nous), disons qu’on développe une certaine réticence face à la sous-traitance (sans nécessairement vouloir y renoncer totalement) et aux vertus supposées de la concurrence. Finalement, j’ai trouvé la position de l’auteur, à ce sujet comme dans bien d’autres, trop près de la théorie économique classique (qu’il critique pourtant) et peu inspirée par des faits.

Quelques bons points…

Cela dit, certaines parties du livre m’ont plu. Comme le dit Ianik, il présente bien les points forts et les points faibles des marchés et nuance les positions extrêmes des laudateurs du tout au marché et des pourfendeurs de tout ce qui ressemble à un marché. Dans le même sens, sa réflexion sur l’innovation qui fonctionnerait mieux avec une nombre moyen d’entreprises qu’une seule (aucune raison d’innover) ou qu’un grand nombre (pas assez de sous pour le faire) est intéressante. Cela dit, cela me semble une généralisation, car tout dépend du domaine. Il parle d’ailleurs plus loin des monopoles naturels (par exemple des secteurs qui demandent des investissements très élevés et où l’arrivée d’un concurrent entraînerait des coûts inutiles pour bâtir des infrastructures qui existent déjà, comme dans l’hydroélectricité), sans réaliser que ces monopoles contredisent sa vision du nombre d’entreprises idéal pour développer l’innovation de façon optimale.

Dans son dernier chapitre, il laisse enfin tomber sa vision empreinte d’économisme pour parler de la société et entre autres de l’importance de l’altruisme. Mais, ce chapitre arrive bien loin dans le livre et ne compte que quatre pages! C’est bien peu pour contrebalancer le reste.

Et alors…

Alors, lire ou ne pas lire? À moins d’être très à l’aise avec les concepts économiques et d’être très intéressé par la question des marchés, non, je ne recommande pas la lecture de ce livre et ne le mettrai certainement pas dans la liste des livres de vulgarisation économique que je conseille! Cela dit, je continuerai sûrement à suivre les recommandations de lecture de Ianik Marcil. On ne peut pas être d’accord sur tout!

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :