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Répression des minorités sexuelles à titre de révélateur social

15 mars 2014

lgbtLors des derniers mois, plusieurs évènements s’étant produits tant ici qu’ailleurs nous rappellent bien tristement la pertinence du combat pour les droits des lesbiennes, gais, bisexuel(le)s et transexuel(le)s (LGBT). Le plus retentissant d’entre eux, ayant bénéficié de la couverture médiatique des derniers jeux olympiques d’hiver, concerne l’adoption de lois homophobes «anti-propagande homosexuelle» en Russie au cours de juin 2013. De plus, la récente mise en place de mesures punitives à l’égard de relations homosexuelles en Ouganda perpétue l’institutionnalisation déjà très forte de l’hétérosexisme et de l’homophobie au sein de cet État. Néanmoins, il demeure également important de souligner que les violences homophobes ne sont pas choses du passé pour l’Occident non plus, même dans le cas de l’Amérique du Nord et ce, incluant Montréal.

«Homosexualités, révélateur social?»

Cet ouvrage publié sous la direction de Christophe Bareille offre plusieurs perspectives intéressantes tant sur les multiples facettes de la communauté LGBT que sur les nombreux problèmes récurrents auxquels cette dernière se voit confrontée. En résumé, ce livre regroupe des textes de différents auteurs abordant de nombreux sujets d’actualité touchant directement la cause des LGBT (discrimination, double discrimination, suicides chez les jeunes LGBT, accusation de communautarisme, épidémie sidatique, homoparentalité, etc.). Par ailleurs, un point intéressant soulevé en introduction du recueil s’avère être la pertinence d’une analyse de ces problématiques tant pour les LGBT que pour l’ensemble de la société :

« […] les questionnements liés au lesbianisme, à l’homosexualité, à la bisexualité et à la transexualité intéressent et questionnent la totalité de la société et non exclusivement les personnes LGBT. Pour ne prendre qu’un exemple, lorsque le mariage des personnes de même sexe est au cœur de l’actualité, ce sont les conceptions du couple et de la famille dans leur totalité qui sont interrogées. Il s’agit donc de lancer des pistes pour co-construire un renouvellement du «vivre ensemble», débarrassé du patriarcat aliénant et des illusions hétérosexistes. »

Avec ce court billet, je tente de relever et de synthétiser (même si rien n’équivaut à la lecture du livre) les éléments les plus intéressants de cet ouvrage permettant d’expliquer les causes et modes de propagation des discriminations vécues par les LGBT.

L’homophobie, pierre d’assise du patriarcat

L’un des textes dudit recueil, suggérant l’éducation à titre de rempart contre l’homophobie, cerne bien la cause pouvant alimenter le rejet social des homosexualités et des personnes s’en réclamant. En effet, dans le cas de l’homosexualité masculine, la «peur de la perte d’une masculinité qui subordonne le féminin dans des rapports de genre et de pouvoir» se voit pointée du doigt par l’auteur. Autrement dit, les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes remettent ainsi en question le dogme de la domination masculine univoque à l’égard des femmes. Dans le cas de l’homosexualité féminine, un autre auteur ironise :

«Les filles ayant toujours de la chance, une jeune lesbienne aura à faire front au sexisme et à l’homophobie, délicieux mélange qui constitue la lesbophobie.»

Ce qui nous mène d’ailleurs à parler de…

La double discrimination ou discrimination au sein du mouvement

L’exemple de la lesbophobie s’avère ainsi bien pertinent car il met justement en lumière la manière dont les femmes, qu’elles soient hétérosexuelles, lesbiennes ou bisexuelles, demeurent toujours les premières touchées par les modes d’organisation patriarcales. De plus, il est déplorable de remarquer que l’organisation du mouvement LGBT a parfois reproduit les schèmes entretenant certaines formes de domination masculine traditionnelle tel qu’abordé par deux auteures faisant état de la visibilité lesbienne :

«[…]la (in)visibilité lesbienne est révélatrice de l’assignation de la femme comme objet aussi bien dans l’univers hétéro qu’homosexuel masculin.»

Les lesbiennes sont donc plus portées à subir une double discrimination, celle étant liée à l’homophobie mais également celle, présente également en plein cœur de la communauté LGBT, liée au sexisme et à la misogynie.

Un autre texte du livre aborde le cas de la biphobie chez la population gaie. Il s’agit là d’un autre exemple de double discrimination, la bisexualité étant souvent niée tant par les gais que par les hétéros, prise pour de la confusion passagère, amalgamée à une volonté de vouloir principalement conserver les privilèges de l’hétérosexualité, etc. L’auteur spécifie ainsi :

«Le doute sur l’existence même de la bisexualité n’est pas le seul fait de ces «biphobes radicaux». Ces derniers revendiquent une relation exclusive avec les hommes. Il est facile de lire dans leurs remarques la pression du modèle hétéronormatif qui porte le couple, le deux, au pinacle.»

Et alors…

Le sectarisme et l’intolérance existent sous plusieurs formes. Je crois que ce livre réussit à bien présenter la manière dont l’acceptation des homosexualités au sein d’une société permet de mesurer le niveau de tolérance générale de celle-ci. Plus d’un évènement récent nous rappelle l’existence bien actuelle de l’homophobie tout en nous amenant à considérer la manière dont le combat pour les droits LGBT est parfois confronté, traversé par ou tout simplement allié à d’autres combats égalitaristes tel que celui du mouvement féministe.

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