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Le bien commun

31 mars 2014

chomsky_le_bien_communQuand une version française d’un livre de Noam Chomsky paraît, il est difficile de résister à l’envie de le lire! Et, de fait, je n’ai pas pu m’empêcher de me procurer Le bien commun, un ouvrage «construit à partir d’entretiens avec le journaliste indépendant David Barsamian».

Par contre, il est toujours un peu décevant de constater en commençant un livre qui vient de paraître qu’il date en fait d’une quinzaine d’années. On dit bien en quatrième de couverture que la parution en anglais de ce livre date du «tournant du millénaire», mais on ne précise pas que son contenu remonte à quelques années de plus. Même l’article qui m’a fait connaître la parution de ce livre ne le précise pas. Tout ce qu’on finit par constater, c’est que le contenu est plus récent que janvier 1997 et antérieur aux événements du 11 septembre 2001! Mais bon, quand le livre est ouvert, il faut le lire!

Sujets

Il est très difficile de résumer un tel livre, encore plus d’en présenter une partie spécifique. En effet, tiré d’entretiens, les propos de ce livre passent à la vitesse de l’éclair d’un sujet à l’autre. On entame un sujet, le développe un peu et, boom, on est rendu ailleurs! Cela dit, je vais tout de même tenter de mentionner les principaux sujets abordés et en dire quelques mots.

Le titre (le bien commun) viens d’une conférence que Chomky a donnée alors qu’on lui avait imposé ce titre! C’est aussi le thème du premier chapitre qui aborde aussi bien la vision du bien commun d’Aristote, qui repose entre autres sur un certain niveau d’égalité (Chomsky mentionne que certains pensent qu’il serait aujourd’hui considéré comme un «dangereux extrémiste»!), que l’importance des bibliothèques et la liberté (celle de la droite, qu’il considère comme une supercherie).

Le deuxième chapitre est aussi varié, mais concentré sur la situation aux États-Unis. Il y aborde certains de ses thèmes favoris, dont la puissance de l’argent, la ressemblance entre les partis démocrate et républicain, et la propagande des médias.

Le troisième chapitre aborde la politique et la situation internationales. Personnellement, c’est celui qui m’a le plus intéressé. C’est aussi le plus long. Même si le livre date un peu (on le saura!), il est toujours fascinant de lire ce que dit Chomsky de la situation internationale, visant juste plus souvent qu’autrement, mais pas toujours (l’éditeur ajoute parfois des courtes notes sur l’évolution plus récente de ces situations, ce qui est toujours intéressant). On s’aperçoit avec le décalage que la situation mondiale n’évolue pas rapidement. Les parties où Chomsky fait part de ses rencontres avec des mouvements locaux sont toujours rafraîchissants et remplis d’espoir. Il faut savoir qu’en presque toutes choses, Chomsky favorise (avec raison!) la prise en charge et l’organisation locale (qui peuvent ensuite faire boule de neige) comme base de tout changement désiré.

Le quatrième chapitre se penche sur la gauche des États-Unis. Chomsky y dit que le terme «gauche» est rendu galvaudé et n’a plus grand sens. Quand on sait que le parti démocrate est considéré de gauche, on peut le comprendre. L’interviewer lui fait parler du «narcissisme des petites différences» qui fait en sorte que les mouvements de gauche sont parfois plus agressifs les uns envers les autres que contre la droite. Je vais m’arrêter un peu sur cette expression.

J’ai lu cette expression la première fois dans le livre Capitalisme et pulsion de mort, du regretté Gilles Dostaler et de Bernard Maris. Ils citaient ainsi le sens de ce concept émanant de Sigmond Freud :

«Dans les aversions et répulsions qui, de manière non dissimulée se font jour à l’égard des étrangers qui sont à proximité, nous pouvons reconnaître l’expression d’un amour de soi, d’un narcissisme qui aspire à son auto-affirmation et se comporte comme si la présence d’un écart par rapport aux modalités de sa conformation individuelle entraînait une critique de ces dernières et une invitation à les reconfigurer»

Dans l’article que consacre à cette expression Wikipédia, on dit que Freud a utilisé cette expression «pour expliquer les oppositions qui surgissent entre des individus ou des groupes que les tiers considèrent comme identiques ou similaires». Dostaler et Maris mentionnent que Freud l’a aussi utilisée pour expliquer la discrimination subie depuis des siècles par les Juifs dans de nombreux pays. Je ne peux résister à la tentation de l’utiliser moi-même pour expliquer, au moins en partie, la réaction viscérale de bien des Québécois aux personnes qui portent des kippas (je rejoins Freud…), des turbans ou des foulards islamiques. Bon, certains diront que cette différence n’est pas petite, mais moi, je ne la considère pas très grande. D’ailleurs, «notre» narcissisme devient évident quand on voit tant de gens tenir mordicus aux signes très ostentatoires de la religion de nos ancêtres et de trop de nos contemporains. Fin de la digression…

Dans le cas de la gauche, Chomsky considère le «narcissisme des petites différences» lié au sectarisme (cela montre bien que des sectes peuvent émerger de personnes très semblables…), chaque personne trouvant son domaine d’engagement plus important que celui de l’autre (racisme, féminisme, lutte à la pauvreté, protection de l’environnement, etc.). Je dois dire qu’ayant côtoyé le mouvement communautaire québécois de près, surtout dans les années 1980, je me suis déjà fait la même observation… Cela dit, Chomsky ne trouve pas ce problème si grave ni si répandu, les progressistes se soutenant plus souvent qu’autrement (et, je lui donne raison). Le chapitre se termine avec une critique du postmodernisme, quoique Chomsky avoue ne pas être bien ferré en la matière, et sur l’absence des écrits de Chomsky dans bien des médias pourtant progressistes, phénomène que Chomsky détaille avec des exemples pertinents de rejets de ses textes.

Le dernier chapitre aborde les solutions. Chomsky y montre encore une fois son optimisme et son aversion des recettes toutes faites. Tout d’abord, il montre à quel point la mobilisation a permis des améliorations importantes dans de nombreux domaines (le livre Left, que j’ai présenté dans ce billet, détaille cette évolution de belle façon), de l’abolition de l’esclavage, à l’avancement (toujours insatisfaisant) des droits des femmes et des homosexuels, en passant par la reconnaissance des droits civiques et bien d’autres. Et, fidèle à sa pensée, il se refuse de présenter des solutions, si ce n’est de favoriser l’éducation (autant que possible au sein même des populations opprimées), l’organisation et surtout la mobilisation…

Et alors…

Lire ou ne pas lire? Lire, sans hésitation! Même si ce livre date un peu, cela m’étonnerait qu’une version plus récente serait bien différente. Elle nous montrerait aussi un Chomsky calme, posé, indigné sans cynisme, ne dédaignant pas une pointe d’humour et prônant toujours la mobilisation sans faire de leçon ou livrer de recette. Est-ce son livre le plus important? J’en doute énormément, mais, n’en ayant pas lus beaucoup, je ne peux me prononcer. Par contre je peux témoigner du plaisir que j’ai ressenti tout au long de la lecture de ce livre!

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