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Frais de soins dentaires et d’autres soins non remboursés

26 avril 2014

soins_de_santéStatistique Canada a publié récemment une courte étude de huit pages sur les frais de soins de santé non remboursés selon le revenu du ménage. Cette étude, basée sur les données de l’Enquête sur les dépenses des ménages (EDM), nous apprenait que ces frais avaient augmenté de 63 % en dollar constant chez les ménages les plus pauvres (quintile inférieur, soit chez les 20 % des ménages les plus pauvres) entre 1997 et 2009, tandis qu’il avait augmenté beaucoup moins dans les quatre autres quintiles (de 36 % à 48 %). Cela fait en sorte que, en 2009, les ménages du quintile le plus pauvre consacraient 5,7 % de leurs dépenses à ces frais, alors qu’ils ne représentaient que 2,6 % des dépenses des ménages du quintile le plus riche, même si les frais de santé des plus pauvres étaient trois fois moins élevés que ceux des plus riches.

Malheureusement, cette étude ne fournit aucune information sur la situation particulière pour le Québec. En plus, les données par quintile pour cette période ne sont pas diffusées par Statistique Canada. Par contre, j’ai remarqué que, selon le fichier cansim 203-0001, la hausse de ces frais pour l’ensemble des ménages fut beaucoup plus forte au Québec que pour l’ensemble du Canada, soit, toujours en dollars constants, de 67 % par rapport à 40 % pour les ménages du Canada. Alors que ces coûts étaient au Québec en 1997 inférieurs de 9 % par rapport à la moyenne canadienne, ils leur étaient supérieurs de 10 % en 2009.

EDM, nouvelle version

L’histoire pourrait s’arrêter là, mais l’EDM a été remaniée en 2010. En conséquence, les données de 1997 à 2009 ne sont pas compatibles avec les données plus récentes. Par contre, Statistique Canada diffuse dans cette nouvelle série des données par province et par quintile.

À partir du fichier cansim 203-0022, provenant de cette nouvelle série, j’ai produit le tableau qui suit avec les données par quintile au Québec pour quelques types de frais de soins de santé non remboursés.

soins_de_santé1

Pour avoir une meilleure idée des écarts de dépenses entre les ménages des cinq quintiles, j’ai préféré faire la moyenne de ces dépenses entre 2010 et 2012. Ce tableau nous permet de voir que les dépenses de santé des membres des ménages du quintile supérieur (les 20 % les plus riches) sont près de trois fois plus élevées que celles du quintile inférieur (les 20 % les plus pauvres), même si elles représentent 5,2 % des dépenses totales de consommation (après impôt) des plus pauvres et 2,9 % de celles des plus riches. Dans le cas des «articles et services pour soins des yeux», les dépenses des plus riches sont plus de trois fois plus élevées que celles des plus pauvres et, dans celui des soins dentaires, près de cinq fois plus élevées! J’ai aussi indiqué les dépenses pour les régimes privées d’assurance-maladie, qui sont cette fois neuf fois plus élevées pour les plus riches!

Il est toutefois certain qu’une plus grande partie des membres du quintile le plus pauvre que du plus riche reçoive des prestations d’aide sociale et ait droit à certains des services pour les yeux et les dents gratuitement, quoique ces services sont loin d’être complets. Cela ne peut pas expliquer des différences de dépenses aussi importantes, d’autant plus que ces différences sont aussi très élevées entre les dépenses des ménages du quintile supérieur et celles des ménages des trois quintiles moyens (deuxième à quatrième). En plus, les contributions neuf fois plus élevés des ménages les plus riches en assurance-maladie doivent bien couvrir une partie de ces dépenses!

Soins dentaires

J’ai toujours trouvé étrange que les dépenses de santé pour les soins des yeux et des dents ne soient pas couverts par notre système public. Au moins, les services optométriques sont gratuits pour les jeunes âgés de moins de 18 ans, les personnes de plus de 65 ans (une fois par année) et les prestataires de l’aide sociale (mais seulement une fois par deux ans, comme si leurs besoins étaient moindres ou que ce soit moins important d’avoir une bonne vision pour les BS!). Mais, la situation est encore pire pour les soins dentaires. Ils ne sont gratuits que pour les jeunes âgés de moins de 10 ans et pour les prestataires de l’aide sociale. En plus, ces services ne comprennent pas «Les coûts d’un nettoyage, d’un détartrage et d’une application de fluorure» pour les enfants de moins de 10 ans, et ne les incluent pour les enfants des prestataires de l’aide sociale que pour les jeunes âgés de 12 à 15 ans pour l’application de fluorure et qu’à partir de 16 ans pour le détartrage…

Pourtant, les données sur l’hygiène dentaire montrent que ces services sont nettement insuffisants. De 1980 à 1992, les soins dentaires étaient gratuits jusqu’à 15 ans. Résultat?

«Au Québec, l’indice CAOD (dents cariées, absentes et obturées en denture temporaire) chez les enfants de la 2e année du primaire est passé de 4,41 en 1983-1984 à 2,65 en 1998-1999. Cela représente une réduction de près de 40 % en 16 ans. Ce même phénomène est aussi observé chez les enfants de la 6e année du primaire. Chez ceux-ci, l’indice CAOD (dents cariées, absentes et obturées en denture permanente) est passé, entre 1983-1984 et 1996-1997, de 3,80 à 1,85, soit une réduction de plus de 50 %.»

Cela dit… «au Québec, le niveau de la carie dentaire mesuré par l’indice CAOD demeure encore supérieur à celui des États-Unis, du Royaume-Uni et de la Suède. De plus, au Québec, l’indice CAOD chez les enfants de 12 ans est supérieur à celui de l’Ontario et de la Nouvelle-Écosse.»

Et, qui sont les plus mal en point? «On trouve en effet plus de deux fois plus de caries dentaires dans la bouche des enfants de cinq à six ans dont les parents gagnent moins de 30 000 $ par année que dans celle des enfants dont les parents ont un revenu annuel de 50 000 $ ou plus». Tiens donc… les ménages qui dépensent le moins en soins dentaires sont celles dont les enfants ont le plus de caries dentaires. Cela n’est pas étonnant quand on sait que «environ 30 % des citoyens d’une ville comme Montréal n’arrivent pas à s’inscrire dans le système de soins dentaires privé tel qu’il existe au Québec actuellement». Et, ce ne sont pas que les enfants qui subissent les effets du systèmes privé en soins dentaires, comme le montre cette étude portant sur Les caries dentaires chez les Québécois âgés de 35 à 44 ans :

«Le nombre moyen de faces obturées grimpe de 20,5, pour les personnes dont le revenu familial est inférieur à 30 000 $, à 29,0 pour celles dont le revenu familial est supérieur ou égal à 60 000 $. Ce phénomène est inversé au chapitre des faces cariées, puisque l’on observe près de trois fois plus de faces cariées chez les personnes de famille à faible revenu que chez celles de famille à revenu élevé (2,6 contre 0,9). Enfin, on observe moins de dents absentes chez les personnes dont le revenu est supérieur ou égal à 60 000 $ que chez celles dont le revenu est inférieur (7,0 contre 8,3 à 8,9)»

Et alors…

On voit par toutes ces données les résultats d’un système privé : les riches ont une meilleure santé dentaire que les plus pauvres. Il est certain que des mesures comme la fluoration de l’eau pourraient améliorer ce bilan. D’ailleurs, l’expérience de la ville de Richmond (merci à Serge-Étienne Parent pour cette information) est assez claire à cet effet :

«Les données recueillies de 2002 à 2014 démontrent un recul de la carie dentaire chez les enfants francophones qui fréquentent la maternelle à Richmond. Ils auraient trois fois moins de carie, la proportion d’enfants atteints étant passée de 41% avant la fluoration à 15% depuis la fluoration de l’eau potable en 2010.

Pour ce qui est des autres enfants en Estrie, la proportion de ceux atteints de carie est restée relativement stable à 26%»

La généralisation de cette solution pourrait donc améliorer la situation, mais, si on offre pas à tous nos concitoyens les mêmes soins dentaires (et optométriques), on continuera à accepter que les plus pauvres n’aient pas les mêmes possibilités de vivre en santé que les plus riches. En plus, il ne semble pas que cette situation s’améliorera de sitôt, le gouvernement ayant avancé la possibilité d’éliminer même le remboursement des soins dentaires aux moins de 10 ans

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