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Une image sur l’inflation

12 juillet 2014

désinformation_inflationL’image qui accompagne ce billet circule depuis un bon bout de temps sur Internet. J’ai dû la voir apparaître des dizaines de fois sur mon fil de nouvelles Facebook. Elle est accompagnée d’un message disant qu’il est impossible de vivre avec le salaire minimum. Elle laisse penser que si ce salaire est insuffisant, c’est en premier lieu en raison de l’inflation.

Inflation

– démagogie

Cette image et son message m’indisposent pour plusieurs raisons, même si je suis bien d’accord que le salaire minimum n’est pas assez élevé pour vivre dignement avec ce seul revenu. Tout d’abord, elle est démagogique. En effet, j’ai de forts doutes qu’on pouvait remplir un gros panier d’épicerie avec 20,00 $ en 1998, mais, de toute façon, il est carrément mensonger de montrer qu’on pouvait en 2013 à peine acheter un quart ou un cinquième de ce qu’on pouvait acheter en 1998 avec ce même montant. Le ficher cansim 326-0020 nous montre en effet que le prix des aliments achetés au magasin a augmenté de 47 % entre 1998 et 2013, pas de 300 % ou 400 %! Soyons clair, j’ai moi-même écrit un billet pour dénoncer le fait que les prix augmentent plus vite dans les produits les plus consommés par les plus pauvres (notamment les aliments et le transport en commun), mais ils n’ont quand même pas quintuplé en 15 ans! La réalité est déjà assez déplorable sans en ajouter…

Évidemment, cette image est liée à la situation aux États-Unis, pas au Québec. Mais, cela ne change pas grand chose, car le taux d’inflation y est similaire (hausse de 43 % des prix entre 1998 et 2013).

– mauvaise cible

En accusant l’inflation d’être responsable du fait que le salaire minimum ne suffit pas pour vivre dignement, on oublie que le principal responsable de cette situation n’est pas l’inflation, mais l’insuffisance du salaire minimum! Mais, encore pire, ce type d’accusation endosse un mythe véhiculé par la droite depuis les années 1980 pour justifier ses politiques de lutte à l’inflation, entre autres responsables des récessions du début des années 1980 et 1990 et des politiques d’austérité de la Banque centrale européenne (BCE), soit que toute inflation est nuisible à l’économie et désavantage plus les pauvres que les riches. C’est pourtant l’inverse! Sinon, pourquoi la droite financée par les riches accorderaient tant d’importance à la lutte à l’inflation? Pourquoi le mandat de la BCE est-il de contrôler l’inflation et pas du tout de contrer le chômage?

Non seulement la lutte à l’inflation fait augmenter le chômage, mais une inflation élevée nuit en premier lieu aux personnes qui vivent des intérêts sur leur richesse, donc aux plus riches, comme Paul Krugman l’a bien expliqué dans son livre Sortez nous de cette crise…maintenant! dont j’ai parlé dans ce billet. Il est d’ailleurs revenu sur cette question dans deux billets de son blogue cette semaine, disant dans l’un d’eux : «[traduction] il faut se demander à qui profite une faible inflation ou la déflation, et des taux d’intérêt plus élevés. Et la réponse, au fond, c’est les vieux hommes riches». Il est en plus revenu sur le sujet dans sa dernière chronique, Who Wants a Depression? (Qui veut une dépression?). Il y précise entre autres que :

«[traduction] Le revenu d’intérêt moyen aux États-Unis était en 2012 de plus de 3000 $, mais la médiane n’était que de 255 $. Les très grands perdants de la baisse des taux d’intérêt bas sont vraiment riches – même pas le 1 %, mais le 0,1 % ou même 0,01 %. En 2007, avant la crise, le membre moyen du 0,01 % a reçu 3 millions $ (en dollars de 2012) en revenus d’intérêts. En 2011, ce revenu moyen était tombé à 1,3 million $ – une perte équivalente à près de 9 pour cent du revenu du groupe entre 2007 et 2011.»

Selon lui, cela explique en bonne partie les pressions pour faire augmenter les taux d’intérêts et faire diminuer l’inflation…

Et alors…

Même s’il est clair qu’une inflation plus élevée (mais pas trop!) bénéficie aux plus pauvres et nuit aux plus riches, bien des gauchistes perpétuent le message toxique de la droite que l’inflation, même peu élevée, est dommageable. Et ça, c’est mal!

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6 commentaires leave one →
  1. Boileau permalink
    12 juillet 2014 10 h 20 min

    Merci de remettre les points sur les i et les barres sur les T.

    Aimé par 1 personne

  2. Yves permalink
    12 juillet 2014 10 h 49 min

    Quelque chose que je ne saisis pas.

    S’ il y a de l’inflation « (mais pas trop!) « et que le salaire minimum n’augmente pas en conséquence de cette hausse, alors me semble qu’elle devient nuisible et cela même si elle profite aux riches, non?
    Peut-être moins ici, cependant on sait qu’aux États-Unis le salaire minimum est resté très longtemps au même niveau.

    «Selon lui, cela explique en bonne partie les pressions pour faire augmenter les taux d’intérêts et faire diminuer l’inflation…«

    Me semble qu’aujourd’hui les taux d’intérêt sont vraiment très bas, alors on peut dire que leurs pressions n’atteignent pas leurs buts?

    J'aime

  3. Raph permalink
    13 juillet 2014 16 h 07 min

    Si l’inflation est basse, le taux d’intérêt réel, lui, est relativement élevé, dépendamment de la différence entre les deux. De plus, cela fait longtemps qu’un hausse du taux directeur est planifiée à la Banque du Canada, mais on attend encore la reprise vigoureuse qui aurait dû être le fruit de l’abondance du crédit. Cela crée manifestement l’effet inverse en endettant encore plus les ménages, ce qui limite les dépenses de consommation et donc la supposée reprise, en plus de contribuer aux anticipations auto-réalisatrices sur le faible niveau d’investissement des entreprises canadiennes (et mondiales). Bref, quand la Banque du Canada ajustera son taux directeur, cela risque de prendre à la gorge plusieurs citoyen-ne-s en plus d’augmenter de façon substantielle le taux d’intérêt réel (au profit des gros détenteurs d’actifs).

    Une autre stratégie afin de faire augmenter les taux d’intérêt est de mettre de la pression sur les finances publiques afin que les taux d’intérêt sur les obligations augmentent (suite à une décote par exemple). De ce fait, comme il est intéressant, dans ce contexte, d’investir dans les obligations gouvernementales, cela crée une pression à la hausse sur l’ensemble des taux d’intérêt, comme on a pu le voir en Grèce (ce qui laisse ensuite l’opportunité au gouvernement de racheter ses obligations à moindre prix et de faire un gain en capital, ce que la Grèce a justement fait pour se sortir de la merde). Donc, pour la droite, si elle s’active comme il faut, elle n’est même pas obligée d’attendre une reprise ou après les institutions publiques pour s’enrichir; elle peut simplement mettre de la pression à la bonne place.

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  4. 13 juillet 2014 16 h 44 min

    «Si l’inflation est basse, le taux d’intérêt réel, lui, est relativement élevé, dépendamment de la différence entre les deux»

    Actuellement, les deux sont à peu près au même niveau dans le monde occidental.

    «quand la Banque du Canada ajustera son taux directeur, cela risque de prendre à la gorge plusieurs citoyen-ne-s en plus d’augmenter de façon substantielle le taux d’intérêt réel (au profit des gros détenteurs d’actifs).»

    On s’entend.

    «elle peut simplement mettre de la pression à la bonne place»

    C’est la thèse de Krugman et je la partage.

    J'aime

  5. Richard Langelier permalink
    13 juillet 2014 21 h 43 min

    Darwin, as-tu déjà écrit un billet sur la stagflation?
    Lors des années 70, j’ai lu des billets dans les journaux, mais je n’ai jamais compris si c’était un mot passe-partout pour justifier l’Impuissance des politiques gouvernementales, alors que le monétarisme de Friedman devenait un dogme.

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  6. 13 juillet 2014 22 h 28 min

    «Darwin, as-tu déjà écrit un billet sur la stagflation?»

    Pas comme tel. Mais j’ai mentinnée le phénomène à quelques reprises :

    https://jeanneemard.wordpress.com/?s=stagflation

    Le phénomène est pour moi réel, mais tellement peu probable de nos jours dans les pays occidentaux, que je ne vois pas l’intérêt d’en parler plus que ça.

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