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La résistance au changement

20 septembre 2014

changementD’aussi loin que je me souvienne depuis que je suis sur le marché du travail, on m’a accusé de résister aux changements. En lisant cette affirmation récente de Philippe Couillard sur sa réforme des régimes de retraite des employés municipaux, «Le changement est toujours difficile, pour beaucoup de personnes, le changement serait parfait si rien ne changeait», je me suis dit que le changement et ses changements dans la façon de parler de changements méritaient une place dans mes «expressions qui me tapent sur les nerfs»!

Mais, qu’est-ce qu’un changement? Quand l’opposition a demandé des changements importants aux changements souhaités par M. Couillard («Ce n’est pas que des changements cosmétiques qui satisferont la grande majorité des personnes qui sont venues en commission parlementaire. Il faut y aller de grands changements»), là, M. Couillard a cru bon d’avertir qu’«il n’y aura pas de modifications majeures au projet de loi actuel». Si on considère qu’une modification est une sorte de changement, on ne peut que conclure que M. Couillard trouve qu’une modification «est toujours difficile» et que pour lui, une modification serait parfaite si rien n’était modifié!

Mais, ce n’est pas tout! Quelque jours plus tard, il reprochait aux «structures dans le secteur public» de vouloir «ralentir les changements» . Quel crime de lèse-majesté! Lui qui veut ralentir les modifications reproche aux victimes de ses changements de vouloir ralentir ses changements!

Moïse et la gestion des changements

Les sophismes de notre premier ministre m’ont rappelé un texte qui m’avait fait rire comme un bon lorsque je l’ai lu, au début des années 1990, alors que je travaillais pour une centrale syndicale. On comparait le processus du changement dans l’organisation du travail à l’Exode d’Israël hors d’Égypte, rien de moins!

On y disait que la résistance au changement organisationnel était semblable à la résistance des Hébreux de traverser le désert. Puis, on associait le passage de la mer Rouge au sentiment des nostalgiques de l’ancienne organisation qui réalisent qu’il n’y aura plus de retour possible. Bon, je résume. À ma grande surprise, j’ai trouvé un texte qui utilise encore cette analogie (même si un peu différemment)! Et j’y ai appris que cette «méthode» date de 1989, ce qui veut dire que le texte que j’ai lu au début des années 1990 était relativement récent. Il est plus étonnant qu’on en parle encore, les gourous de la gestion étant portés à inventer des nouvelles méthodes variant peu des anciennes pour attirer de nouveaux clients (ou les mêmes!)…

Ce qui me faisait rigoler, c’est que les auteurs insistaient sur les écueils (la traversée du désert, par exemple), mais omettaient un léger détail… Les Hébreux étaient des esclaves en Égypte et Moïse leur demandait de quitter cette situation si enviable pour, ouache, se rendre à la Terre promise! Est-ce qu’on s’entend pour dire que les changements auxquels les gestionnaires reprochent à leurs employés de résister ressemblent plus à des «rationalisations» (autre expression qui me tape sur les nerfs dont j’ai déjà parlé avec son petit frère, l’optimisation…), à des obligations de faire plus avec moins ou à des compressions sauvages qu’à un passage de l’esclavage à la Terre promise? Et, même sans Terre promise à l’horizon, il est inévitable que ces changements nous fassent croiser en route des déserts…

Mais non, de nos jours, le changement est présenté comme intrinsèquement bon sans avoir à le démontrer, alors qu’il s’agit souvent de lubies de gestion qui ne feront que coûter cher en coûts de transitions sans rien vraiment améliorer, ni pour la qualité de travail, ni pour la satisfaction du travail bien accompli… Et il faudrait les accepter sans rien dire!

Et alors…

Dans le cas que j’ai présenté au début de ce billet, on demande à des employés de renoncer rétroactivement à des contrats que l’employeur a signé en connaissance de cause. Disons que la Terre promise ressemble ici plus à la politique de la terre brûlée! Et le premier ministre les accuse de résister au vol qu’il veut légaliser!

En fait, avant d’accepter un changement, il faut toujours se demander qu’elle est la nature du changement. Si on me démontre qu’on se dirige vers la Terre promise, je ne résisterai pas (mais poserai quand même des questions!). Mais si on veut me voler ou nuire à la qualité de vie à mon travail, je vais résister! Et pire, je vais même manifester pour résister au changement qui consiste à voler mes concitoyens!

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2 commentaires leave one →
  1. 21 septembre 2014 12 h 26 min

    Votre lien « manifester » m’a fait reculer dans le temps où j’ai retenu cette phrase « Les syndicats préparent une grande marche pacifique, le 20 septembre prochain, pour convaincre le gouvernement de reculer sur le projet de loi 3. » Je vous découvre de la suite dans les billets.

    Je n’avais pas retenu la date, j’ai été témoin de la suite sur rues sans en être, en touriste au Musée Grévin. Je n’ai pas été dérangé, je n’étais pas aux premières rangées, mais j’ai entendu Ranger haRanger les présents et présentes de hautparleurs.

    Ceci écrit, serrons maintenant le titre de plus près comme il se doit, parlons changement. Est-ce que ce que vous qualifiez à juste titre ou à nul escient de vol est injuste mais justifié ? Est-ce que Robin des bois était justifié de dérober le roi ou similaire, ou l’inverse, cette question a déjà été réfléchie je crois et les réponses doivent être visibles quelque part, pourquoi ne pas en débattre ici ?

    À ce sujet, en matière de justice, je me réfèrerai maintenant au premier principe de Rawls que Robert Dutil tient pour généralement admis dans son livre, La Juste Inégalité, 1995 :

    Chaque personne doit avoir un droit égal au système total le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec un même système pour tous.

    Le traducteur d’Amartya Sen, Paul Chemla, énonce le même principe ainsi : « Chaque personne a un droit égal à un système pleinement adéquat de libertés de base égales pour tous, qui soit compatible avec un même système de libertés pour tous. »

    En vertu de la théorie du contrat par contraste à celle de l’utilitarisme classique, vous êtes conscient de la suite des époques, Dutil m’apprend que Rawls postule « qu’aucun avantage matériel, fût-il pour la majorité, ne justifie la perte de libertés pour certains ».

    De là je reviens lire le chapitre 2 de L’idée de justice de Amartya Sen, 2009, Rawls et au-delà. Relire, c’est reculer pour mieux avancer, comme dans l’expression en déclin avancer en arrière.

    J’y découvre en page 86 Rawls affirmant que la recherche de la justice doit être liée à l’idée d’équité – et, en un sens, dérivée de cette idée. Je comprends que Rawls vient de se faire enlever la rondelle par Sen, un disciple à la fois discipliné et récréatif.

    Ce nobelé concevrait l’équité comme un impératif d’impartialité que Rawls décrit si je peux écrire comme « une situation imaginaire d’égalité initial où les participants n’ont aucune connaissance de leur identité personnelle ni de leurs intérêts respectifs au sein de la société. ». Il fallait écrire, qu’en penser ?

    Vous voyez où je veux en venir ? :
    – S’enrichir de l’expérience des autres d’ici avril 2015;
    – Faire partager à d’autres l’expérience des autres d’ici avril 2016;
    – Faire nôtre l’expérience des autres d’ici avril 2017;
    – Attendre au meilleur, activement, septembre 2018.

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  2. 21 septembre 2014 13 h 38 min

    «Vous voyez où je veux en venir ?»

    Je peux deviner bien des choses, mais je ne suis certain d’aucune de celles qui me viennent à l’esprit.

    J'aime

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