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La voix et l’influence des femmes

30 octobre 2014

VoixComme si je ne lisais pas déjà assez, j’ai ajouté à ma routine matinale la consultation d’un blogue économique que je ne regardais que sporadiquement auparavant, Economist’s View de Mark Thoma, professeur d’économie à l’University of Oregon. Ce blogue contient peu de billets de Thoma, mais fait plutôt le tour de textes économiques de sources diverses. C’est au cours d’une de ces consultations de routine que j’ai appris, par ce billet, que la Banque mondiale a publié récemment un livre portant sur la situation des femmes sur le plan mondial, livre intitulé Voice and Agency : Empowering Women and Girls for Shared Prosperity (Voix et agentivité : l’autonomisation des femmes et des filles pour une prospérité partagée; l’agentivité «est la faculté d’action d’un être; sa capacité à agir sur le monde, les choses, les êtres, à les transformer ou les influencer»).

Je n’ai pas lu tout ce livre (239 pages), mais seulement le sommaire (Overview, des pages numérotées 1 à 10), en plus de parcourir les sections qui me semblaient les plus intéressantes. Cela dit, cela permet de faire des constats intéressants, même si troublants…

Le contexte

Le livre commence par déterminer les principales barrières que les femmes doivent affronter pour avoir une chance de prendre leur place :

  • l’évitement des mariages à l’adolescence est associé à un niveau d’études plus élevé, à une fertilité plus basse, à une espérance de vie plus élevée et à des enfants en meilleure santé et qui, eux aussi, atteindront un niveau de scolarité plus élevé; or, la grossesse hâtive est encore trop répandue;
  • lorsqu’il y a plus de femmes élues, les politiques adoptées reflètent davantage les priorités des familles et des femmes; or, elles sont peu nombreuses parmi les éluEs;
  • la propriété et l’emploi augmentent le statut social des femmes et, par voie de conséquence, leur influence (agentivité) et leur rapport de force dans le ménage; or, elles sont relativement peu nombreuses à être propriétaires;
  • l’absence de violence, notamment conjugale, est bien sûr essentielle pour que les femmes se fassent entendre et puissent influencer leur environnement; or, celle-ci est encore bien trop présente.

Si la situation des femmes s’est améliorée au cours des dernières décennies sur ces plans, elle demeure bien loin de permettre la disparition de ces barrières. Je vais maintenant présenter quelques graphiques qui illustrent bien où elles en sont rendues sur ces plans.

Graphiques

Le premier graphique présente la proportion des femmes provenant de 54 pays (voir la liste dans le deuxième paragraphe du billet qui m’a mené vers ce livre), surtout pauvres, qui vivent des limitations d’agentivité dans trois domaines : manque de contrôle sur les ressources du ménage (c’est-à dire sans emploi rémunéré), tolérance de la violence conjugale et mariage avant 18 ans.

Voix1

Comme il y a beaucoup de chiffres dans ce graphique, je vais les présenter :

  • 42 % des femmes de ces pays sont sans emploi;
  • 51 % se sont mariées avant 18 ans;
  • 43 % tolèrent (traduction de «condones») la violence conjugale;
  • 31 % (8+12+11) vivent au moins deux de ces limitations;
  • 13 % les subissent toutes les trois;
  • seulement 21 % n’en vivent aucune.

Mais, ces données sont des moyennes et les moyennes sont plus souvent qu’autrement trompeuses… Voici d’ailleurs la situation dans le pays qui présente la pire situation, le Niger.

Voix2

Là, on peut voir que 45 % des femmes de ce pays subissent les trois limitations et que seulement 1 % n’en vivent aucune! Mais, cela veut aussi dire que la situation est moins déplorable que la moyenne dans d’autres de ces pays. Mince consolation…

Le dernier graphique que je présenterai dans cette section montre la corrélation entre la présence de ces limitations et le plus haut niveau de scolarité atteint.

Voix3

Alors que 79 % des femmes de ces 54 pays ont subi au moins une limitation, c’est le cas de 90 % de celles qui ont au plus une scolarité de niveau primaire, mais de 65 % de celles qui avait au moins l’équivalent d’un diplôme d’études secondaires (c’est déjà énorme!). Si 13 % des femmes subissent les trois limitations, c’est le cas de 18 % de celles qui ont au plus une scolarité de niveau primaire, mais de 5 % de celles qui avait au moins l’équivalent d’un diplôme d’études secondaires.

On peut toujours s’interroger sur la causalité de ces corrélations, mais il est clair que moins ces femmes sont scolarisées, plus elles subissent de limitations, mais aussi que moins elles subissent de limitations, plus elles sont scolarisées. Par exemple, un mariage à un jeune âge est sûrement une cause d’une scolarité plus faible, mais il est fort possible qu’une faible scolarité soit au moins en partie une cause de l’absence d’emploi rémunéré.

Et alors…

En feuilletant ce livre (sur l’écran), j’ai constaté qu’il contient bien d’autres éléments pertinents, notamment sur le niveau de contrôle sur la santé sexuelle et reproductive des femmes, sur leur participation politique, sur les données à développer pour mieux comprendre les facteurs les plus importants dans cette dynamique, etc. Par exemple, le prochain graphique montre que, si le niveau de présence des femmes dans les parlements nationaux augmente dans toutes les régions du monde, il demeure bien faible, avec à peine 22 % des postes élus, tout de même près du double de ce qu’on observait en 1997 (12 %).

Voix4

Et quel est le pays où cette proportion est la plus forte? Le Rwanda avec 64 % des postes élus! Par ailleurs, il n’y a en 2014 que 18 femmes parmi les chefs des États, soit 10 % d’entre eux et elles.

Et, ce n’est pas mieux dans d’autres postes d’influence. Ainsi, les femmes n’occupent que 27 % des postes de juges. Et quel est le pays où cette proportion est la plus élevée? La Sierra Leone avec un taux de 60 %!

Le livre nous apprend aussi que, dans 128 pays, il y a au moins une différence juridique entre les hommes et les femmes, allant de conditions différentes pour que les femmes obtiennent une carte d’identité officielle à des restrictions sur la possession ou l’utilisation de propriétés, l’établissement d’une cote de crédit et l’obtention d’un emploi. Et, ce n’est pas que dans des pays pauvres… Dans 15 pays, les femmes doivent avoir l’autorisation de leur mari pour pouvoir travailler. Dans 28 pays, les règles d’héritage ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes. Et ainsi de suite…

Il est dommage que les médias n’aient pas souligné la parution de ce livre. En ayant appris la sortie, j’ai considéré que c’était important d’au moins mentionner son existence et de faire part de ses principaux constats, même si (ou parce que) ils sont loin d’être roses…

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One Comment leave one →
  1. 30 octobre 2014 6 h 02 min

    Ce document, contenant plein de données sur la situation des femmes, est sorti juste après que j’aie terminé ce billet!!

    The Global Gender Gap Report 2014 (rapport de 2014 sur l’écart global entre les sexes)
    http://www3.weforum.org/docs/GGGR14/GGGR_CompleteReport_2014.pdf

    J'aime

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